Beaucoup plus tard
Bonjour, ici Jules Lagrille.
Nous avons quitté les marécages dans lesquels se trouve ce magnifique bateau à vapeur abandonné, au sud de L’Escale, je ne sais pas si vous connaissez.
Un petit temps pour laisser aux auditeurs le temps de se poser la question, peut-être.
C’est notre première lune de voyage !
Un soupir.
Nous avons marché pendant quatre lieues vers le nord-ouest, en longeant le rivage, sur notre gauche, une étendue d’eau à perte de vue.
Nous venons de gravir une colline. Il y en a à perte de vue devant nous d’ailleurs !
Ils doivent faire une pause, il y a des bruits de bivouac autour d’eux.
Tout le monde va bien ?
Plok ?
Ben ?
Plus bas :
Ici Eva Long ! Covoyageuse des Régleurs de contes.
Au cas où certains auraient oublié.
Merci Jules, à vous les studios !
Un silence et un petit rire mutin.
Désolé Jules, j’ai toujours rêvé de dire ça à la radio !
Un bruit de pages qu’on tourne.
Vous avez oublié de dire que nous sommes dans le Nord ! Pas très très loin de la capitale mais ne dites rien sur Presley ! Ce n’est pas un homme fiable.
D’ailleurs pour les friands de potins, je crois que le projet de musée d’Ange est tombé à l’eau ! Et pas celle de la rivière juste à côté… si s’en est vraiment une.
Au moins une mer lointaine.
J’y ai laissé une belle broche quand même. Dans le musée, pas dans la mer.
Jules essayez de suivre voyons !
Ça remplace un bonnet phrygien RI-DI-CU-LE.
Qui a pu mettre une chose pareille je vous le demande !
Non Jules je ne vous le demande pas c’est une expression.
Elle écoute la suite sans l'interrompre, peut-être deux ou trois minutes d'affilée.
Vous parlez des montagnes où vous êtes parti bouder lors de notre première sortie ?
Elles sont un peu plus hautes que des collines.
Mais oui je pense que tous nos charmants auditeurs doivent visualiser.
Un soupir.
Merci Éva pour tous ces secrets dévoilés inutilement.
En même temps, si je n’étais pas parti… bouder… comme vous dites.
Je n’aurais jamais rencontré la fée des montagnes. La Blanche Argentée !
Et je n’aurais jamais pu écouter son histoire.
Un soupir, encore
Pour compléter le panorama.
Depuis que nous avons quitté les marécages, au Nord des rivages que nous avons traversés, nous n’avons vu que le désert et rien d’autre.
À la prochaine lune nous filerons tout droit, nous continuerons à longer la mer ou l’immense rivière. Nous descendrons et remonterons une nouvelle bosse.
Au Nord, nous verrons une plaine, au nord de cette plaine, des collines, au nord de ces collines, le désert, encore.
Je crois qu’une fois là, nous ne verrons vers le Nord-Ouest uniquement des collines et des montagnes.
Jules vous pensez vraiment que nos auditeurs vont prendre leurs crayons de couleurs et vont dessiner un joli plan ?
Ils sont pas tous comme vous…
Ils veulent juste savoir où sont les mines, ou ils peuvent tomber sur un troupeau, des caisses peut-être et éventuellement où sont les groupes armés.
Mais vos petites, moyennes et grandes montagnes, je pense qu’ils s’en carent la carotte !
A moins… Qu’ils remettent votre voix le soir… pour endormir leurs enfants !
Vous savez ! Les Robert ! Josette ! Ambroise et tous les autres…
Et ça ce n’était que les prénoms des plus jeunes enfants.
Attendez je reprends.
Un petit silence.
Elle parle bien devant la radio.
Vous savez où le soleil se lève ? Et bien on trace vers le soleil couchant ! On est les maîtres autoproclamés de cette langue de terre car on la connait bien !
A l’ouest donc ! J’dis ça pour ceux qui ne suivent pas…
Y'a des p’tits trucs sympas mais il y a aussi beaucoup de montagnes… Ça… avec vous, Jules, je crois qu’on l’avait compris.
Et la montagne ça ne nous gagne pas du tout… C’est chiant ! Surtout en hiver ! Et puis on glisse, le sol n’est pas stable, les pieds sont gelés, les mains j’en parle même pas… Vous avez pas froid Jules ?
A moins que ce soit lié à la thyroïde… il parait que c’est un truc très féminin ça, d’avoir froid aux extrémités.
Messieurs, Dames, si vous voulez témoigner de ça c’est votre moment !
Mince désolée Jules, je me suis peut être un peu emballée.
Passons les reliefs s’il vous plaît. Et puis c’est pas votre petite plaine qui va pouvoir accueillir tout un car de randonneurs, donc on est même pas obligé de la citer.
Mais bon… d’ici que notre radio attire enfin quelqu’un, les arbres auront eu le temps de déployer leurs racines pour nous serrer la pince.
Et ceux qui écoutent ont peut-être ce genre d’images en tête…

Vous avez vu, elle a l’air un peu contente quand même. Non ?
Il s’éclaircit la voix.
Nous voici à la 2ème lune de notre voyage !
Éva ?
Êtes vous vraiment persuadée que les gens vont nous écouter et traverser des dizaines de lieues à la vitesse de l’éclair pour venir chercher d’éventuelles caisses que nous aurions indiquées ?
Un silence.
Comme celle-ci ?
Il montre la direction qu’ils suivent, un peu plus loin.
Celle là ?
Il montre celle un peu vers le nord, que Plok doit aller chercher.
Puis les deux suivantes.
Et celles-là, non loin d’où m’est apparue la Blanche-Argentée quand j’étais seul, perdu, animé d’une tristesse infinie si loin de vous que je me demandais si j’allais encore entendre vos bavardages incessants ?
C’est nous qui allons les ouvrir, seulement nous !
Il souffle un grand coup.
J’admets que le décor n’est pas extrêmement facile à détailler.
Je manque d’entraînement aussi. Je débute presque.
Mais on fera ça de mieux en mieux, vous verrez et à ce moment là,
Vous m’avez convaincu qu’il fallait partager la science alors maintenant, faut le faire !
Non mais !
Et vous verrez, plus on va s’améliorer en manière de partager la configuration des lieux, plus on nous écoutera !
Je vous le parie !
Il a la voix d’un homme très confiant.
Allez, Je continue mon entraînement chers auditeurs !
Pour ceux qui écoute, je vous précise que nous sommes dans les Monts Escaloux.
Un long massif de collines, au Nord, à l’Est et à l’Ouest.
Au sud toujours cette étendue d’eau.
Pour ceux qui auraient taillé leurs crayons gris et bleus.
Il prend une grande inspiration, comme s’il respirait l’air des montagnettes.
Et tant qu’à progresser dans tous les domaines…
Éva ?
Vous pourriez me redonner un vers de votre composition histoire que je m’entraine à la poésie ? Ça fait deux lunes que j’y réfléchis pendant qu’on marche.
Je suis chaud là.
Je vais m’améliorer à chaque fois, là aussi..
Vous verrez.
Les auditeurs doivent trouver le temps long
Il y a un long blanc à l’antenne.
Il faut faire des rimes, c’est ça ?
C’est juste avec le mot de la fin ou il faut aussi essayer les mots de la phrase ?
Parce que le mot de la fin, c’est facile, je pourrais parler de Paris-Brest par exemple.
Je dis ça parce que j’ai faim.
Et que j’aimais ça, avant.
Ils doivent se déplacer, on entend le bruit du vent froid des montagnes.
J’espère qu’on retrouvera la combinaison de ski que je voulais vous offrir !
Ce serait vraiment adapté à la saison, vous ne pensez pas ?
Il doit s’arrêter et il marmonne…
“Les Régleurs de Contes sont partis vers l’ouest”… “Les Régleurs de Contes sont partis vers l’ouest”… “Les Régleurs de Contes sont partis vers l’ouest”… il prononce ça comme un mantra.
Transporteurs, mastodontes et assortis Alea Jacta Est !
C’est léger ça, non ?
De la poésie fluide, n’est-ce pas ? J’aime bien.
Un silence. Il doit attendre une confirmation. Quoiqu’il se passe, il reprendra :
“Les Régleurs de Contes sont partis vers l’ouest”...
Souleveurs de fonte immodestes, ils vont faire la sieste !
Mince il y a deux fois “este”. Dommage…
Un soupir, peut-être de dépit
Ils ont dû se remettre à marcher, on entend des pas. Il n’a pas coupé la radio.
Comme des bruits de sabots, il doit marcher plus fort.
Agitateurs sans honte d’une surprise-partie modeste !
Les pas ont cessé.
Pas mal !
Vraiment pas mal non ?
La rime “partie” est sacrément forte, même, je trouve !
On ne voit pas sa tête, mais il a la voix d’un mec qui fait le fier.
Si avec ça, elle n'est pas contente de nous voir, la sorc*clic*Voyons Klostro ! C’est de la petite montagne, qu’est ce que tu insinues !?
Eva c’est le genre de personne à qui tu dis "Je meurs de faim", et qui commence à paniquer en cherchant des secours ou à te compter dans ses prochaines rations au choix….
Haa ! Vous voyez Jules ! Ça c’est de la poésie !
Ils venaient d’entendre les vers de Yoko.
On comprend rien mais la rime est belle !
Dites Jules… C’est quoi des aggouttis ? Est ce que ça a un rapport avec les égouts vous croyez ?
Ce serait fort de faire une poésie sur les égouts !
En même temps vu là où on va…
Puis c’est le moment de gloire de son petit protégé, Eva applaudit.
Super Plok ! Incroyable même !
Amazing !
Un magazine, Éva
Un blanc après cela.
On entend le vent hivernal souffler dans les montagnes.
Il n’a pas du tout la même voix que le vent de la forêt de l’Escale.
Ceux qui vivent en montagne le savent certainement.
#fiuuuuuuufiiiUUUUUfiiiiiiiiUUUUUU#
Vous m’avez fait raté mon ouverture avec tout ça, Éva.
Ce n’est pas très fair-play.
Il soupire.
Ce n’est pas très convivial de me comparer à Yoko, vous savez que c’est un vrai poète, lui, moi, je suis en formation…
Un autre soupir, ceux avec le nez, un tout petit peu plus poli que ceux avec la bouche.
Ils marquent plus l’agacement que l’énervement.
Agoutis ?
Qu’est ce que j’en sais moi ?
Des gens qui n’ont pas de goût, j’imagine, non ?
Un silence qui laisse passer un peu de vent. #fiuufiiiUU#
Je peux lancer l’émission là ?
On l’entend se taper sur le front lorsqu’il parle de magazine mais l’anglaise n’est pas déstabilisée pour autant, c’est une professionnelle du rebondissement.
C’est une idée ça vous savez !
Le magazine !
On pourrait y mettre ce qui intéresse le plus nos auditeurs, la section faits d’hiver. Car oui, elle ne voit pas forcément à long terme pour le moment.
Une rubrique jardinage ! Le tricot aussi, parce que bon en hiver ça caille un peu il faut le dire.
Et peut-être à la fin des petites annonces pour personnes esseulées.
“Très jeune homme ténébreux aux bonnes manières cherche compagne pour réchauffer ses nuits et se former à l’horizontal. Multiples critères autorisés, peu regardant. ” C’est pas mal ça vous ne trouvez pas ?
Ce n’est pas très flatteur pour moi mais l’essentiel est dit vous ne trouvez pas ?
Eva se rend probablement compte à ce moment-là qu'elle a encore quitté le sujet mais comme Jules l’a lancé c’est difficile de l'arrêter une fois qu’elle a une idée en tête.
Pardon ! Votre ouverture donc !
Elle lève le doigt.
Bien que… On est encore un peu dans le thème là.
Elle doit sûrement ressentir le regard ténébreux et un poil soupireux de Jules à ce moment-là.
Oui pardon ! Reprenons.
Messieurs Dames, nous recherchons la signification d’aggoutis. Si des auditeurs peuvent nous aider ?
Mais pas Yoko ! Ce serait trop simple.
Par contre Klostro on a pas trop de mal à le comprendre lui.
Elle a parlé un peu trop fort.
Pardon Klostro ! Oui la montagne est belle.
Jules nous vous écoutons, faites votre présentation, je ne vous dérange plus.
Chers auditeurs, nous sommes à la troisième lune de notre voyage.
Nous quitterons avant la fin de celle-ci, les monts de l’Escaloux pour aborder la pointe de la langue qu’Éva évoquait précédemment.
Il s’interrompt.
Agoutis ?
Je pense que ça veut dire ne pas avoir de goût, non ?
Et si je peux me permettre, je ne pense pas avoir de problème d’horizontalité, moi.
Il n’ajoute rien et reprend son annonce, retardée un instant par une rafale de vent.
#fiuuUUUuuufiIIIIiiuuufiiiiiiiiuuUUU#
Là-bas nous continuerons à suivre les rives de cette immense étendue d’eau longeant toujours la côte.
Le désert, peut-être glacé, nous accueillera. Il entoure, fièrement, les marécages de l’ancien aéroport.
#fiiiIIUUuufiiiUUuufiIIIIiUU#
Nous allons nous séparer. Plok va se charger des caisses du Nord, nous de la caisse du Sud.Ce n'était jamais très agréable pour Éva de laisser partir son petit Plok loin d’elle mais il fallait bien qu’il grandisse.
Pendant ce temps et pour tromper son anxiété, elle avait fouillé le sol en voyant un morceau sortir.
Jules allumez la radio, je crois que nous avons trouvé un trésor !
Je vais l’ouvrir en direct.
Elle est enjouée.
Messieurs Dames, nous avons devant nous un objet qui ressemble à du textile, peut être un sac. Probablement porté par les tous premiers explorateurs de cette zone isolée. Peut être qu'un avion s'était crashé ici, les survivants avaient dû survivre sans rien.
Nous avons là un objet qui a une Histoire et nous allons le découvrir en direct !
L’histoire s’écrit maintenant.
On l’entend qui creuse le sol, puis un long… très long soupir.
Jules… Ça ne vous rappelle rien cette combinaison ?
Amis auditeurs, veuillez nous excuser… Ce n’est pas la découverte du siècle…
Ça aurait pu… Mais c’est juste cette horrible tenue…
Celle que Jules voulait m’offrir.
Voilà ce que peuvent s’imaginer les auditeurs. 
On avait entendu un gros “splosh” : Eva avait sûrement récupéré Plok dans ses bras, puis une bouteille en verre qu’on subtilise et enfin elle revenait vers la radio.
Laisse moi ça Plok, c’est pour les grands.
Elle reprenait alors son sérieux.
Madame Zilllah, pensez-vous qu’on sépare un moteur de son bidon de gasoil ? Ou d’un revolver de ses balles si ça peut vous parler un peu plus.
Monsieur Lagrille et moi sommes in-dis-so-cia-ble ! Et heureusement que nous réfléchissons à deux, autrement ce serait la catastrophe.
Nous établissons une carte orale pour le bien de tous et espérons que l’idée sera repris par d’autres.
Quand Yoko vient à parler, elle se tait quelques secondes puis un blanc. Un peu grand. Et une petite voix qui parle à son voisin.
C’est plus clair là ?
Il est exceptionnel !
Tu m'étonnes qu’il soit apprécié.
Chacun entend ce qu’il veut. Un rire.
Merci pour ton soutien Klostro ! On sent l’homme de lettre.
Oh tu sais on s’y fait bien à la longue. C’est juste une habitude à prendre. Il n’est pas si susceptible qu’il y paraît.
Oui, pardon Jules, je répondais à Johanna.
C’est une discussion entre femmes !
Mais comme tous nos auditeurs nous écoute et on sait tous combien ils sont nombreux…
Un peu plus fort.
N’est ce pas que vous êtes nombreux ?
Je ne voulais pas que tout le monde vous prenne pour un rabat joie.
D’accord Johanna, si nous voyons de belles crinières nous les laisserons sur la tête de ceux qui la portent.
D’ailleurs si ça pouvait être une généralité se serait pas mal…
Elle tapote du pied.
Il me vient une histoire, il faut que je vous la raconte : C’est l’histoire de Barnabé, un poney né sans un seul poil de crinière, le cou aussi lisse qu'une boule de billard. Dans le pré, le grand étalon Tempête passe son temps à le vanner en secouant sa superbe crinière au vent : « Alors Barnabé, on a confondu le shampoing avec de la crème dépilatoire ? »
Un jour, ils participent au grand concours d'obstacles du village. Manque de bol, une tempête monumentale se lève avec des rafales à 90 km/h.
Tempête s'élance le premier. Mais au moment de sauter, le vent lui rabat l'intégralité de sa magnifique crinière… pile devant les yeux. Aveuglé, l'étalon panique et finit le nez dans une botte de paille. Éliminé.
C’est au tour de Barnabé. Sans aucun poil pour faire de la résistance, le vent glisse sur lui comme sur une Formule 1. Il est tellement aérodynamique qu'il plane au-dessus des obstacles et gagne la coupe en un temps record.
Moralité : Mieux vaut avoir le crâne chauve et la coupe en mains, que la mèche rebelle et le nez dans le foin !
Éva s'est éloignée comme à son habitude du sujet. Le tout est de s’en rendre compte.
Mais ne vous inquiétez pas Johanna, on ne touchera pas aux chevaux !
Vu là où on va c’est plus des crocodiles qu’on va croiser… Ou des rats.
Jules, la suite s’il vous plaît !
*clic*
Chers auditeurs,
Il s’éclaircit la voix.
Nous venons de tester l’hospitalité du Nord.
Un silence.
Je dois vous avouer qu’ils ne récolteront pas la meilleure note dans les futurs guides touristiques.
Le ton est un peu bougon, il s’éclaircit encore la voix.
#plik#
Pour ceux qui n’auraient pas suivi je vous remets je vous invite à vous brancher sur la fréquence 106.6, vous aurez toutes les informations nécessaires à la compréhension de ce qui va suivre.
Cette fois-ci il tousse plus qu’il s’éclaircit la voix.
Il s’éloigne manifestement de son micro.
Désolé, je suis essoufflé.
Il respire plusieurs fois.
Au vu de leurs paroles, nous étions assez confiants.
Une chance sur deux selon Yoko, deux sur trois pensions-nous.
#plik#
Ben, tu me passes ton seau ?
Ben doit le lui passer.
Merci.
On ne sait jamais, peut-être que l’eau qui tombe sera potable.
Les auditeurs attentifs vont deviner rapidement qu’il n’a pas remporté le 1er prix des diaporamas dans le domaine de l’hydrologie.
*Bruit d’un seau qu’on pose sur le sol*
Nous pensons être sous la mer.
On doit vous avouer qu’on a cavalé comme des fous après la rencontre avec la sorcière. Elle nous a laissé un choix pas si cornélien que ça.
Soit s’enfuir et crever, soit devenir esclave.
On a vite choisi.
On s’est enfuit.
Un silence de quelques secondes
#plok#
Avant de répondre à leur invitation, nous avons donc essayé de minimiser les risques.
C’est ce que mon père m’a appris quand il mettait un peu de sucre dans les cuvées les moins cotées. Un niveau de sucre légèrement au-dessus des limites fixées par l’AOC. Du genre à être encore en mesure de plaider la bonne foi.
Les risques financiers d’abord.
Le ton est moins agacé, il a peut-être oublié qu’il était fâché.
Un jour où nous passions à la Capitale, pour ravitailler l’Escale- nous venions de vendre des broutilles et avions récupéré des centaines de crédits - Nous avons croisé le Président et avons évoqué notre envie de répondre à l’invitation de madame Zillah.
#plok#
Il a trouvé l’idée intéressante.
Et vous ne le savez peut-être pas, quand il trouve une idée intéressante il devient tout de suite dépensier…
Il nous a dit quelque chose du genre
“Banco, si tu livres un poste TSF à Dité, je te file 100 crédits et tout ce que tu peux porter comme vivres” Il l’a dit avec son accent un peu américain.
Sur le ton de la confidence :
Je crois que c’est son péché mignon les postes TSF.
#plok#
Il reprend.
Chers auditeurs, rendez vous bien compte.
On arrivait pour vendre des babioles et racheter des vivres pour l’Escale. Les ventes effectuées, nos sacs étaient vides.
Il exhale plus qu’il ne souffle.
Le président propose de nous payer 120 kg de vivres pour cette mission.
Un silence sans bruit de respiration.
On a donc récupéré presque 250 crédits pour s’équiper !
Je vous ai dit, les postes TSF, c’est son dada !
Ha ha !
#plok#
Par contre, la prime de 100 crédits, c’était uniquement si on réussissait à la livrer.
On faisait tous oui de la tête avec gravité quand il a dit ça.
Entre nous, au départ on espérait juste le convaincre de nous payer la prime de 100 crédits d’avance et de nous filer une petite rallonge de 50% pour les risques.
On a réfléchi une seconde, peut-être deux et on a dit, nous aussi, banco !
On voulait rencontrer du monde, discuter avec des gens qu’on n’avait jamais vraiment croisés, répondre à une invitation. Et là, on se retrouvait avec 9 à 10 lunes de rations d’avance.
#plok#
Il complète.
Vous comprenez mieux les problèmes que nous avons eu à gérer quand on est tombé sur toutes ces caisses remplies d'objets inutiles ou de tenues trop élégantes pour qu’une Anglaise les porte.
Il a la rancune tenace, manifestement.
Un soupir.
On aurait dû réfléchir un peu plus longtemps, je l’avoue.
Aller livrer un poste TSF chez ceux qui haïssent le Président, c’était l’assurance d’un premier rendez-vous maussade avec la sorcière.
#plok#
Mais on avait envie de voyager et comme disait ma grand-mère paternelle “ la jeuuunesse et la raiiison, c’est comme l’houile et l’eau, c’est point très mélangeant”
Il avait pris une voix chevrotante pour dire ça.
Un silence, puis, comme s’il se rattrapait.
Et les QUATRE étaient d’accord, je précise !
Il doit gratter une barbe naissante en continuant à parler..
L’Escale, ouverte sur le monde #grat grat grat# et les relations commerciales a tout de suite accepté que nous abandonnions notre mission. #grat grat grat#
#plok#
Ainsi, en plus de tout le reste, nous allions faire dans l’ouverture de relations diplomatiques…
Il a dû arrêter de se gratter.
Mais je dois dire qu'on a bien profité du voyage qui a duré bien plus longtemps que vous l’imaginez. Mais ça, ce ne sera pas moi qui le raconterai. La belle Éva le fera !
Moi, je reprendrai la parole après, pour vous décrire la manière très délicate dont on nous a accueilli dans le Nord.
Une grande respiration
#plok#
Président ?
Préparez les crédits, on a livré le poste TSF !
Il enchaîne directement
Tout à fait, Éva, quand nous avons indiqué que nous entrions dans les tunnels, cela faisait déjà plusieurs lunes que nous les explorions.
Un soupir.
Le plan que nous en avons tiré aurait pu être un beau cadeau pour les remercier de leur hospitalité !
Leur hospitalité…
#plok#
Parlons-en de cette hospitalité !
Nous sortons donc du métro, nous nous retrouvons avec un comité d’accueil conséquent.
Et ils s’approchent de nous, menaçants. Ils commencent à attraper tout ce qu’ils peuvent.
J’avais laissé le poste TSF au sol, pour soulager mon dos, c’est lourd ce truc ! Madame Zillah s’en empare vivement, avec les chaussettes à rayures d’Éva qui séchaient encore dessus. Pff...
Ils nous prennent même une partie des crédits que nous étions censés leur livrer et avec lesquels nous espérions être payés pour la livraison des pièces de bateau !
Autant vous dire qu'on a gardé le reste de la prime des cochons.
Il a dit ça d’une traite, il a l’air d’en avoir gros sur la patate.
#plok#
Eh bien qu’ils restent tout seul sur leur île à déprimer !
Ils veulent qu’on les suive, qu’on se mette à genoux devant eux et qu’on passe à la casserole, pas question ! On a profité qu’ils soient tous autour du sèche-chaussettes et on a filé.
Il revient quand même sur ce qu’a dit Éva à la fin.
Voyons Éva, c’était juste pour rigoler…
Il hésite…
Bon, je raconte à nos auditeurs, ça aurait pu être le casse du siècle…
Je me disais que comme ils étaient tous en balade, peut-être que leur communauté était toujours debout et sans défense.
Vu qu’ils ne nous attendaient pas si tôt, on aurait pu s’y rendre discrètement et y installer directement le poste TSF et créer leur ambassade en douce.
Ha ha ! On serait reparti avant qu’ils ne s’en rendent compte !
J’étais vraiment prêt à le faire.
Imaginez nous, en train de monter l’escalier qui menait à la sortie.
Plok, Ben et Éva essayant de me retenir de faire une bêtise…
#plok#
Si les auditeurs ont de l’imagination, ils peuvent imaginer la scène.
Mais vous, chère compagnonne, ainsi que Ben et Plok avez voté contre.
#plok#
Dommage, j’aimais bien le côté farce, même si j’avoue qu'au niveau fair-play, c’était un peu limite.
Il grogne
Mais vu l’ambiance locale, on aurait dû le faire finalement !
Cher M. Lagrillade,
Merci d'avoir choisi Les Terres de Dité.
...
Nous apprécions sincèrement que vous ayez choisi de séjourner chez nous.
Nous espérons que vous avez passé un agréable séjour.
...
Nous nous ferons une joie de vous accueillir à nouveau bientôt.
En guise de remerciement, nous vous offrons le second service pour votre prochaine visite.
...
Au plaisir de vous revoir.
Ou pas.