La Nuit, Acte II - Moment choisi n°11

Chapitre débuté par Van Patten

Chapitre concerne : Van Patten,

Musique d’ambiance: https://www42.zippyshare.com/v/pu2aGOm7/file.html (je rappelle qu'il faut télécharger le mp3 et pas l'écouter en ligne car c'est une mauvaise qualité et qu'un échantillon.)

Acte II – Nutation

Nuit blanche mais noire d’encre, succéda au soir qui s’obscurcissait déjà à vue d’œil. Cette nuit enténébrée mit bien en évidence l’esseulée lune blafarde dans la silencieuse immensité céleste. Lune toute pleine et grosse, qui lézardait les murs alentours de ses rayons lactescents, alors que le duetto s’enfonçait, de plus en plus et très profondément au cœur du quartier populaire et estudiantin. Il était étonnant de voir autant de monde déambuler à cette heure si tardive. Essentiellement des jeunes dans tous leurs états, qui prolongeaient, pour la plupart, leur soirée bien arrosée en after. Ils tournèrent dans une ruelle sombre qui déboucha sur une large chaussée bondée, d’où émanait un vacarme de tous les diables. C’était le carrefour des boîtes de nuit mal famées, des clubs privés et autres lupanars.



Très vite ils s’approchèrent devant un vieux bouge miteux où s’amassaient tout un tas de punks à chien très bruyants, avec des clodos dans un état second lamentable. Probablement beurrés à la bière dégueulasse et pas fraiche, qui devait approcher le goût de la pisse tiède et frelatée. Ils devaient aussi avoir dans leur sang plusieurs grammes de divers psychotropes illicites. Un fléau que les mafias locales distribuaient sans vergogne et par tonnes, à qui mieux mieux. Ils se présentèrent à eux habillés de vielles frusques: treillis militaires sales avec de grosses rangers crottées aux pieds et des bombers rouges crasseux sur le dos, sur lesquels étaient brodés tout un tas d’obscurs écussons d’extrême-gauche indéchiffrables. A leur main droite, une canette maxi de 8°6 et dans l’autre, une drogue; le parfait petit kit de survie, de tout bon misérable punk à chien qui se respectait. Le couple fut très vite interpelé par la horde agitée et avinée, par l’entremise des tatouages qu’ils avaient entraperçu sur les bras de la brune demoiselle.

 -Hey frangine! Tu veux une 8°6? Viens on t’offre un joint… viens t’amuser ‘vec nous… on est les frères Strobbe… ha ha ha…on est connu izi! Hey ho mais   c’est qui lui là ak’ l’écharpe en laine… y s’est trompé de quartier le joueur de squash! C’est l’quartier populaiiiiiiiiiire ici m’nomme! Hein les gars pas vrai   hein? HEY ROTHSCHILD… retourne chez les bourges à la City p’tit péteux de privilégié blanc!

 -Ahu Ahu Ahu! Ahu Ahu Ahu!

 -Non merci, je ne suis pas intéressée… Et " lui", c’est mon chéri, et il ne s’appelle pas Rothschild... Salut les gars et bon amusement à vous... -Viens Lucas…  on s’tire.

 Lucas resta pantois, comme si on venait de lui asséner un coup sur la tête.

-Roh allez frangine…une petite 4°9 pas plus? Bon beh tant pis pour toi la rabat-joie… Sinon, toi tu peux passer même ak' ta rob' d'princesse… mais lui là, y dégage d’izi ce p’tit con de bourgeois… ou ‘lor y paie un droit postal de… -on dit combien les mecs? Ouais c’est bien ça, cent Livres- cent Livres ouais! Les capitalistes fils à papa, z’ont rien à faire izi… Izi c’est l’peuple profond et les classes ouvrièèèères. Marteauuu et fauciiiiiille camaraaaaaades! Donc y paie le droit de… cuiss…age… -non c’est pas ça je crois- d’imposage… bref l’truc des nobliaux garnis pleins les couilles là… T’sais, le totalitarisme des royalties... c’est finit tout ça... hey ouais on a niqué Charles l’premier, comme en France y z’ont niqué aussi Louis de Funès… iX Vé barre machin… à la révolution française ak les bonnets rouges et tout... s’fils d’pute d’fasciste ouais! Et depuis c’est nous qui taxons les aristochats comme toi ducon... On a même pris l’Bastion ce soir-là… et puis on a décapitonné la tête du Roi sur un échaffaudage! Hey ouais mec… on est des vrais révolutionnaires, on s’mouille la nouille! Pendant que toi et ta famille vous étiez dans vot’ château en or massif, avec vos CRS du Moyen Âge là… en collants et perruques binsûr… -non en Angleterre c’est le MET…nan les gars?? Ché plus- Bref… Y dégage s'toute...

-Toi et tes lascars, vous me parlez sur un autre ton d’accord, résidus de déchet de l’humanité… Je n’ai aucun droit de passage à vous payer, les clowns. Ce n’est pas très démocrate ça pour des cons qui se revendiquent être de gauches... La rue est à tout le monde, c’est bien compris, malgré votre profond déficit neuronal? De toute évidence vous ne saisissez pas bien l’Histoire en général, au vu des mélanges improbables que vous faites, mais surtout en particulier en ce qui concerne l’histoire du marteau et de la faucille, que vous servez à toutes les sauces d’ailleurs… C’est marrant comment vous usiez de cette symbolique à outrance, en ignorant presque tout à son sujet. Le marteau et la faucille c’est les classes laborieuses, ça oui. Mais vous, vous n’êtes que le lumpenprolétariat, vous n’êtes ni issus du peuple, ni issus du monde du travail. Vous n’êtes que la défécation du grand Capital au visage du petit peuple, qui souffre authentiquement, lui. En fait, au risque de vous choquer les demeurés congénitaux, vous êtes l’ennemi intime du peuple, en lui grattant continuellement des aides sociales, tandis qu’il croule, lui, sous les impôts et les charges. Ca c’est une analyse conséquemment de gauche. Comme le disait d'ailleurs un éminent intellectuel hégéliano-marxiste: "Les gauchistes, faut toujours les doubler à gauche"… Tu as quoi à rétorquer à cela l’abruti? Et au fait non...nous n’avons pas pris de quelconque…"bastion"… c’est en fait, la Bastille…et c’était en France ça, sombre crétin.

-S’toi l’abruti! Ouais qu’je connais l’histoire… j’étais prof d’histoire à la Sorbonne moi...alors calmoss’! Hey oui ducon, j’ai pas hérité de la fortune à papa moi… et c’est d’ailleurs à Oxford pour un Master complém’taire qu’j’ai rencontré Tony Blair dans ma promo. On l’app’lait Tony l’blaireau déjà à cette époque...  Il kiffait sareum grave quand je défonçais joute..ballement Margaret Thatcher qui v’nait de publier sa thèse sur le néo-libéralisme à c’te époque. Et justement, le sujet de ma thèse à moi…beh c’était la dérive néo-libérale de Thatcher, pas d’chance pour elle! En cinq milles pages et huit tomes six, j’ai démonté toute sa théorie et j’ai eu le prix Polizei pour ça! Tony l’a utilisé pour faire la politique de s’gouvern’ment plus tard au Labour…quel’que part j’tais consultant pour les hauts fonct’onnaires d’état…hey ouais… Pis finalement prof d’unif et la politique politicienne pas mon truc, j’préférais donner des cours privés à des p’tit bourgeois rentiers d’ta caste, pour leur apprendre ce que le fascisme et le libéralisme ont fait comme dégâts! En échange, y m’ filaient ensuite un squat pour moi et mes camarades anarcho-syndicalistes… mais aussi aux potos punks trash libertaires, qui faisaient de la zik trop cool dans l’local du d’ssus et c’est là aussi qu’j’ai rencontré l’batteur d’mon groupe. Et on acceptait aussi les trotskystes internationalistes dans not’ vieux rad pour faire d’la cuisine aux Migrants SDF vegans et low carnistes. Ouais mec, on est tolérant nous!, mais l’code couleur est strict! Eux ils ont un bomber vert avec marteau, faucille et un quatre flanqué en son milieu. Y a aussi les antifas qui pouvaient venir squatter. Les antifas y z’ont un bomber noir avec une tête de mort blanche barrée en rouge, c’est l’avant-garde eux et z’ont une formation paramilitaire très stric' chez les Seals pour casser la gueule aux éFeDéPé d’skinheads dans les manif’…c’est not’ section sécurité s’tu veux… Ouais ‘tout cas, faut pas s’tromper pour pas s’foutre sur la poire entre camarades ultra-gauches, ha ha ha! Puis moi chui l’chef de plusieurs communautés autogérées hein… j’ai géré plusieurs ZAD que j’ai monté moi-même avec les copains anarchistes, et ouais. D'ailleurs ce bâtard de p'tit suisse, Piero San Giorgio Armani, un néo-droitard fasciste ultra-nationaliste a repris l'concept des ZAD pour faire des BAD... Bref graucon quoi... mais moi j'ai eu plus de cinq cent personnes sous ma direction… chui un entrepreneur qui fait dans l’social et qui donne sa chance à touze… T’sais, j’ai payé quatre-vingt-neuf pourcents d’impostures, l’an dernier à la Couronne Britannique... ‘cause d’ça j’ai pas pu m’payer un dentiste… mes dents pourrissent tu vois… ouais mec, j’ai besoin de cinq mille trois cents Livres….six milles Euros quoi…soit un an de Revenu de Solidarité Active… J’devrais p’tête penser à un bridge plutôt qu’à un pivot…c’moins coûteux…-Nan ça nique les dents les bridges...- D’ailleurs j’étais tombé sur une roumaine dentiste bien sympa, ‘fin bref! J’disais donc…OUAIIIIS…NO PASARAN! Tu vois enfoiré… l’immigration a du bon… ‘spèce de raciste intolérant!

-Je parle à des abrutis qui partent dans un monologue délirant…Seigneur!- Non mais je n’en ai rien à cirer de ta fosse septique dégueulasse qui te sert de bouche à ordures, de tes petites bandes de clowns avec vos vestes colorées de tafioles, de ta pute roumaine et de vos putains de communautés auto-dégénérées de hippies puants qui polluent nos belles landes écossaises… Vous n’êtes que des parasites et la lie de l’humanité, qui se vautrent dans la fange la plus abjecte en vous complaisant dedans! Vous n’êtes pas le peuple. Oh que non…

-heeeoohéEEEHOOO TOI…Tu t’calme le richard des beaux quartiers! Tu veux qu’on te pète ta p’tite gueul’ de gros con d’droitard?! Hey les frérots, j’crois qu’c’est un facho réac’ çui-là... y veut se rebeller contre le peuple du travail… Z’entendez tous? CONTRE LE PEUPLE CAMARADES!! No Pasaran!! Tu votes extrême-droite toi l’fils d’pute?! Ton père l’ploutocrate il a licencié combien de pauvres ouvriers hein?! Frangine tu fous quoi avec un facho bordel? Putain tu t’laisses toucher par cet homophobe raciste… c’est contre-révolutionnaire ça…bordel! Tu veux être la pute d’un Nazi c’est ça? Viens ici meuf! Viens avec les Strobbe sinon on va t’tondre à la livraison!

-Lucas s’il te plaît, viens on se tire d’ici… arrête de répondre à ces abrutis sans cervelle, tu vois bien que ce sont des connards alcoolisés jusqu’à l’os…qui veulent te provoquer. Tu ne vas pas tomber dans ce piège grotesque? Et vous bordel la ferme bande de tas d’enculés! Je ne suis pas votre foutue FRANGINE ni votre potine, compris les débiles? Et je fais ce que je veux avec mon CUL, bande de puceaux… Et je préfère le lui donner et être sa pute, plutôt qu’être votre frangine…  Allez…Lucas on se tire d’ici... j’en ai plus que ma claque de ces merdeux…

-Attends Cristina…je vais les calmer là- Non mais qui tu traites de fils de pute, enfant de chienne? Tu parles bien des mères et de ma chérie, immonde raclure de bidet, quand la tienne de mère c’est la sœur à ton père le sodomite... Mais regardez vos sales tronches cassées, de vrais consanguins sans dents, imbibés jusqu’à la trogne… Ouais, je vote extrême-droite et sur le cœur je me suis même tatoué la croix gammée, mon petit nom c’est Benito, je porte des mocassins brunes comme lui, regardez… et je m’endors chaque soir doucereusement, sur des chants Waffen SS. Tu vas faire quoi maintenant alors, toi et tes connards de chiens de garde, à part aboyer comme des yorkshires castrés? Je vous prends tous un par un. Qui veut se faire coucher sur le trottoir en premier comme une grosse merde, se manifeste… On va reproduire la scène d’American History X avec Edward Norton, puisque l’Histoire visiblement ça vous connait les baltringues…

Le brun, totalement fou furieux, était devenu tout rouge, alors que la colère montait en lui en flèche. Très vite, il sortit de derrière sa poche un coup-de-poing américain en bronze, qu’il passa directement aux doigts de sa main droite. Puis il se mit à serrer fortement son poing en comprimant l’objet métallique froid, en se mettant face à eux tout en arborant un regard mauvais à leur attention. Au fond de lui, il avait une peur incroyable, mais il ne laissa rien filtrer, car la moindre faille physique ou mentale, l’issue aurait pu être fatale. Il resta donc de marbre, comme une statue fière, froide et droite. Son regard sombre était dur, alors que ses sourcils froncés, soulignèrent son énervement qui atteignit le paroxysme.

-LUCAS! Putain arrête! Mais tu es sérieux?! Tu deviens comme eux… un gros CON bordel! Eh bien vas-y bagarre-toi comme un chiffonnier… J’me casse! MERDE!

-Cristina? Oh?! CRISTINA ATTENDS JE…. Rah putain de merde…!

-FICHE-MOI LA PAIX LUCAS.... Va distribuer des pains, tu aimes ça la violence... tu es VIOLENT LUCAS...


Finalement excédée, la brunette fila, tandis que le brun la rattrapa, quelques mètres plus loin, et lui prit la main silencieusement tandis qu’il pressa le pas pour l’éloigner de là, mais surtout pour s’extraire au plus vite du quartier populaire, où il était devenu de toute évidence impopulaire, et qui devenait de plus en plus chaud à cette heure tardive. Bientôt ils quittèrent le brouhaha général pour atteindre une zone moins fréquentée et plus apaisée. Ils gardèrent le silence un long moment, avant que le brun ne brisa enfin la glace, l'air marri tandis qu'il se confondait en excuse maladroite.

-Je suis désolé…me suis un peu emporté tout à l’heure...

-Un peu que tu es désolé… mais tu m’as fait quoi là sérieusement avec ces soulards? Tu voulais me prouver quoi encore? Ils étaient en bande, et toi, comme une tête brûlée, tu fonces dans le tas avec un casse-gueule en plus… Je ne veux pas te ramasser en miettes, ni te voir filer au cachot, parce que tu as pété la gueule à deux trois punks sous cocaïne... s’il te plaît Lucas…refais plus ça...

-Je t’ai dit, je suis navré… je suis sanguin, je suis sanguin. C’était la soirée des connards… Après les petits bourgeois réactionnaires, on se prend dans la gueule l'autre frange extrême avec des putains de gauchistes dégénérés. Ils se sont passés le mot ma parole. Encore un peu ils auraient pu gâcher notre soirée. Bon bref, j’ai faim moi, avec toute cette agitation! Et si on allait manger un bout, dans un pub respectable, cette fois?

-Ah ouais, ça me dit clairement! Allons nous poser dans un pub oui... et dix Livres que je te rétame au Snooker. Tu relèves le défi… ou alors tu vas te coucher après le biberon que je te donnerais à téter?

-Et comment que je relève ton défi… et je mise même le double… et t’en toucheras pas une…et TU téteras mon gros biberon après…

Rire des deux complices.