Le Wako de l'USSR

Chapitre débuté par Jelani Mipira

Chapitre concerne : USSR - La Plume rouge, Rōningrad, Jelani Mipira,

Il y a fort, fort, longtemps... (Laeli - Mel - Sylvain - Jelani)
 

Il est de ces rivages si proches qu’ils paraissent être une solution au plus terrible des naufrages. Celui du Sud, paisible et assagi, maté par un soleil dur et cruel avec les épidermes fragiles, aurait pu être idéal. C’était un bel endroit pour mourir.

Les nuées bourdonnantes des radios n’avaient pas cessé de la nuit. Une victime expiatoire avait été exigée. Il l’avait exigé.

Jelani marchait le long de la plage, d’un pas lent et mesuré, un rectangle de quelques mètres de long comme tapis d’entrainement. Son pantalon trainait jusqu’à ses chevilles dénudées ; le tout venait se faire lécher langoureusement par une mousse aussi onctueuse que paresseuse.
Il regarda derrière lui, contemplant le campement fait de brics et de brocs, de trucs et de machins, de loubards et d’étudiantes. Les plus dangereux ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Il inclina la tête, fixant, autant qu’il pouvait, le soleil ; il ne pouvait pas, ses paupières se plissant naturellement pour protéger le globe oculaire.

Il revint sur ses pas, nettoya ses pieds et rechaussa ses grôles. C’était l’heure, le moment, l’instant. Ecrire ce qu’ils seraient. Donner l’exemple.

Il rejoignit la foule, le bruit et les odeurs ; il s’immisça tendrement dans leur humanité, pour se fondre, comme un fantôme. Il lui faudrait de la fermeté. Il approcha une jeune femme aux cheveux roses, assise sur buche, à s’ennuyer fermement. Il devait s’entretenir avec elle, et lui remettre un sac qu’une autre lui avait transmis derrière l’une des tentes de la Plume rouge. Quelques mots, faire connaissance. Poursuivre, chacun de son côté; elle, un peu plus chargée, lui, pas encore plus léger.

Il ne lui fallut pas aller bien loin. Il trouva celui qu’il cherchait. L’homme se disait pirate ; il en avait les manières. Indomptable, rugueux, l’un de ceux qui donnent des cheveux poivre et sel aux embruns eux-mêmes. Il était affalé avec ses compagnons, au coin d’un feu d’ordures. Il n’y avait jamais eu autant de matériel inflammable que depuis le grand crash.


« April va aller ravitailler quelques camarades. Elle ramènera un ou deux jerrican de pétrole. Peut-être un peu de vodka.
-Avec plaisir, mais attention à elle, parce que là elle est déjà bien droguée. Malgré ça, je ne doute pas qu’elle exécute sa mission à bien. »


Le professeur hocha la tête. Cela lui suffisait. Il balaya du regard les hommes présents. Croisa celui d’un colosse qui servait, plus ou moins, de garde du corps au corsaire. Une seconde. Deux secondes.
 

Non loin de la dissimuler dans l'ombre protectrice du campement, Laëli observait la scène avec une certaine nervosité.
Quelques gouttes de sueur perlaient déjà sur son front, sa main crispée sur sa radio tremblait alors qu'elle n'en soit qu'à l'étape la plus simple et humaine de l'opération; écarter un innocent avant que celui-ci ne soit mêler à une affaire dont il ne connaissait rien ou presque.

La fréquence était déjà prête quand elle porta son émetteur au niveau de ses lèvres et fit grésiller le récepteur du colosse protecteur du pirate.


"Barbe Rose, ici Laëlithia. Tu peux me rejoindre au nord du campement ? Il faudrait que je te présente aux autres gros bras, en cas où tu aies à travailler avec eux."

Le nord du campement, seuls quelques camarades s'y trouvaient à l'heure actuelle, mais qu'importent qui, tous les Daymios connaissaient le plan et pourrait bien occuper la montagne de muscles le temps que la peine soit appliquée.

Une grande inspiration est prise alors que la radio est glissée à sa ceinture. Une nouvelle fois, elle songe que tout est toujours plus simple au cinéma et qu'elle serait bien plus à sa place dans un trou de souris, mais il était trop tard pour reculer.

Un dernier regard est jeté à la scène et l'espadon soulever avec peine se pose sur son épaule alors qu'elle rejoint les acteurs de la scène maintenant dépouillée d'un autre de ses participants.

 

Mel a ressenti l'atmosphère chargée d'électricité toute la soirée, ou bien c'est son corps parcouru d'adrénaline qui lui joue des tours. Evidemment, elle n'a rien à faire à proprement parler dans ce qui se trame ce soir là, mais elle sait ce qui est prévu et elle a un peu peur que ça tourne mal. Après tout, même dans un plan bien huilé il y a parfois quelque chose qui coince. Spectatrice attentive des événements à venir, seuls ses yeux bougent pour suivre les différents protagonistes. Assise sans bouger devant sa tente, elle s'est enroulée pour ne pas avoir froid autant que pour se fondre dans l'obscurité.  Une minute, deux… Combien de temps encore ? Elle sait que ça arrivera. Elle attend.
 

Une voix dans une radio que Jelani reconnut. Un court échange, si bref qu'il en était suspect. Le professeur fit jouer ses épaules, chassant la sueur qui perlait le long de sa colonne vertébrale. L'homme à la barbe teinte se lèva, s'en prévenir. Les dés étaient jetés. Mipira raffermit sa poigne sur le manche de la fourche qui ne le quittait plus depuis des jours. Il avait appris à la manipuler comme un bâton de bojutsu. Il savait sa petite troupe à présent aguerrie, et sans doute dissimulée dans les parages. Ne pas pouvoir la voir restait une rude épreuve pour ses nerfs.

"Benben, le Comité de Salut public des Daimyos a parlé. Nous te condamnons pour tes nombreux égarements."

Alors que le pirate accusait la nouvelle, Jelani manœuvra pour lui porter un rapide coup d'estoc à l'estomac. Pourtant, la bonne étoile du marin était encore là, car son esclave, allongée à ses pieds comme un chien près de son maître, se releva au même moment, encaissant les pointes de la fourche en pleine épaule.

"Et merde.... Hey, vous autres ! Maintenant !"
 

Laëli lui avait expliqué. Les accusations, semblaient n'en plus finir. Sylvain avait d’abord pris la défense du pirate, expliquant que certes l'attaque de Xavier était une erreur et qui n'en faisait jamais ? Que les tentatives d'intimidations aux groupe environnant étaient dû au manque de communication en interne et que BenBen devait faire cela dans le but d'éviter des embuches venant des dits petits groupes gravitants proche...

Mais au fil des nouveaux chefs d'accusations, la défense du blondinet faiblissait. Des tentatives d'infiltrations et de trahison, viols...

Soupirant devant l'indéfendable, Sylvain demanda quel travail Benben allait-il devoir faire pour être "rééduqué" comme le code le prévoyait.
C'est donc le teint blême qu'il apprit que le travail n'allait pas être d'actualité. Le code était très très clair sur le viol entre autre, ce point en particulier plaisait au caféinoman ce qui renforça l'idée de la peine choisie pour ce forban.

Il avait été choisie parmi ceux qui allait venir en renfort pour exécuter la sentence.  Ils était là, juste à côté, attendant discrètement que la sentence soit donné. Et une fois qu'elle fut donné il sortie de sa cachette et regarda comment les événements funestes s'organisaient. Benben était encore surpris de la tentative de Jelani, son esclave d'autant plus qu'il avait pris le coup pour son maitre. Un troisième allait porter secours à son capitaine, la petite brune.
Tous les mouvements des condamné comme des bourreaux ne fit en rien perdre à Sylvain son calme. Il avait le capitaine en ligne de mire, si lui tombait les autres ne serait pas obliger de le rejoindre.

Le dandy attendait, attendait la fenêtre de tir qui allait pouvoir mettre fin à cette histoire sordide...  

 

La situation avait dégénéré en un rien de temps. Là où l'affaire aurait pu se résoudre par une exécution propre du capitaine daimyo fou, les choses se transformaient déjà en bataille rangée, le sang visage se lançait à la rescousse de son maître, Animaline la jeune pirate sur ses talons.
Sans trop réfléchir, la Bugeisha entrainée par l'adrénaline leva son arme, pour l'abattre de son plat sur la petite pirate? Sept kilos de métal, sept putains de kilos ! Bien évidemment que c'était une idée de merde, mais qui pouvait être suffisamment con pour forger une arme aussi maniable qu'un pack d'eau ?
Le résultat fut sans appel, nulle action classieuse où l’héroïne tel black widow parvenait à assommer toutes ses cibles sans goutte sang ni transpiration, mais bien l'exact opposé.
La résistance de l'air combiné au manque de poigne de Laëli avait conduit l'arme à reprendre une trajectoire plus naturelle pour les lois de la physique, lame dans le sens du mouvement, le poids fit le reste.


"Put..."

Un juron couvert par un hurlement de douleur et d'agonie de l'autre femme du combat, une gerbe de sang s'étalant sur la scène alors que la lame s'enfonce et reste figée, profondément enfoncer dans l'épaule gauche.
Le comble du gore fut atteint quand le décérébré changea de cible pour se ruer sur elle, la poussant à retirer l'arme pour se défendre et frapper une nouvelle fois.

Les deux corps inertes devant elle furent rejoints au sol par l'arme mortelle. Tuer des sans visage ou des individus "masqués" selon les termes peu évocatifs de l'USSR, elle en avait déjà fait l'expérience plusieurs reprises, cinq à présent, une simple question de survie dans le métro, pour elle comme pour ceux qui voyageaient avec elle. Tuer une personne normale par contre une première qui la rendit livide, bouche entre ouverte alors qu'elle contemplait le corps de la femme pirate, sourde et aveugle au monde qui l'entourait.

 

Comme un diable sorti de sa boite, comme l'explosion d'une mine anti-personnel, comme un feu de broussaille en plein bush australien... Le calme apparent venait de laisser place à une agitation et une violence à peine contenue. En quelques secondes, l'ordre des choses s'écroulait, la table était renversée. Il n'y avait plus à réfléchir, seulement à agir, sous l'effet de l'adrénaline, vite, et si possible, bien. Jelani dégagea son arme de la malheureuse, forçant de toute ses forces, tandis que le pirate se jetait sur lui à mains-nues. Déséquilibrés, ils roulèrent dans la poussière du campement, échangeant les taloches, sans parvenir à se séparer.

Benben finit par prendre le dessus, à califourchon sur le professeur, qui sentait les mains épaisses du pirate se resserrer autour de sa gorge, sans parvenir à en défaire l'étreinte mortelle. Chaque seconde lui coutait, jusqu'à ce que son adverse s'affale sur lui, inerte et gargouillant un filet de sang. Du genou, Jelani repoussa le cadavre tout juste chaud, pour lever les yeux sur Sylvain. Il venait de porter le coup fatal, et de lui sauver la vie, par la même occasion.

"Merci."

Il n'y avait pas grand chose de plus à dire. La valeur d'une vie ne pouvait s'élever en un nombre de mot; sa reconnaissance se devait d'être éternelle, jusqu'à ce qu'il trouve le moyen de lui rendre la pareil.

"J'ai une dette. Je ne l'oublierai pas."

Il se releva, aidé par son bienfaiteur, et constata les dégats. Laeli avait fermé le compte d'Animaline et soldé celui de la blessée. Plus rien d'ennemis ne vivait encore au cœur du campement.