La ligue des bavards invétérés

Chapitre débuté par Eva Long

Chapitre concerne : les régleurs de contes, Eva Long,

Ce texte vaut 3 bières !

La veille du départ, Éva comptait les jours depuis un moment déjà. Cette plaine qu’on distinguait à des kilomètres à la ronde, plate et sans relief, finissait par lui peser, sans parler qu’elle était devenue une vraie malle non-ambulante, portant presque tout le stock du groupe à ses pieds.
C’était le seul coin un peu vert du secteur, si on faisait abstraction de Plok, polymorphe… vert lui aussi, assez fascinant.

Un peu plus loin, Jules rangeait le chapelet de munitions. À l’origine, ce n’étaient que des cartouches trouvées dans la cale d’un navire. Mais même s’ils parlaient beaucoup, il arrivait que le temps s’étire étrangement en sa compagnie. Alors, pour se distraire, ils laissaient filer des hypothèses improbables, surtout depuis qu’ils savaient qu’un couple les avait portées, sans jamais vouloir s’en séparer, quoi qu’il arrive.
Leur enlever avait été un véritable crève-cœur.
Jules avait probablement dû bien les nettoyer avant de les ranger.

 

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A la capitale, au milieu des groupes qui se formaient, je m'étais limitée à deux choix, faisant appel à mon instinct : les Drealock et le BCBG, et j’avais opté pour le BCBG. Le choix n’avait pas été simple, et peut-être que je le regretterai un jour.
Je me souvenais avoir échangé avec Jules à son sujet et l’avoir comparé à une Syrphe.

A ce moment là on se tutoyait encore. Premier carton rouge ! Il me traite de vieille. 
J'en revenais pas du nombre de conneries qu'il arrivait à sortir à l'heure.
Mais ça m'amusait. 

Ça c'etait avant le contrat. 

 

Ce texte vaut une bière !
Il la regardait, un peu plus loin, elle devait être en train de préparer le départ, regardant sur les plans griffonés qu'elle faisait.

Il essayait de ranger son sac. Il fallait tout bien caler.
Il ne sait pas où ranger le chapelet qu'elle lui a confié.
Ils allaient se rendre en ville dans peu de temps, une étape avant la Capitale.

Il se redresse et regarde vers leurs compagnons.

Éva ? 
Savez-vous où se trouve Marin ?
Je ne le vois plus ?
J'espère que...

Il avance à pas accélérés vers Yoko et Plok, qui se reposent avant le départ.
Il s'approche du plus gros des deux.
Mais du vraiment plus gros hein...

Il se penche de côté. Se redresse regarde encore au loin, puis secoue la tête.
Il revient sur ses pas, s'approche de la brune et parle suffisamment loin de leurs amis pour ne pas les réveiller.
À un moment, j'ai cru qu'il était écrasé sous Yoko.
Et elle sait que tout le monde n'avait pas l'élasticité de leur vert-camarade.
Il a dû aller se promener.
Il tient toujours du bout des doigts le chapelet de cartouches.
Il fronce les sourcils en bougonnant.
Un chapelet, un chapelet, c'est vous qui le dites !
Ça pourrait être un collier ! 
Un collier de cartouches pour impressionner les gens.

Il soupire.
Il prend la posture d'un mec pas aimable et en imite la voix "T'as vu mec, combien de cartouches j'ai déjà tirées !".
Il se marre.
Je ne sais pas où les ranger... pff...
Il revient vers son sac.
Il finit par ouvrir une poche latérale et en retire un carnet.
Ce carnet sur lequel il griffone de temps en temps.
Il le pose par terre et fait glisser le chapelet dans la poche, qu'il referme.
Il prend le livre et se redresse.
Il l'ouvre et se plonge quelques minutes dans sa lecture, en commençant par le début.

Il sourit à celle qui a accepté difficilement de les guider, avec une petite moue particulière.
Eh bien, j'avais pas trop la forme à l'époque.
Il le range dans la poche intérieure de son blouson et attache les lanières, presque prêt pour le départ.





Aujourd'hui, c'est la fin de la douzième lune, il paraît que l'été va commencer.
Il lui reste encore 6 secondes. Il a le temps. 


 
L'idée absolument déplacée selon laquelle Yoko, obèse de son Etat, ait pu désarticuler un pauvre jeune homme en s'effondrant dessus avait clairement effleuré l'esprit de Jules.
Yoko Sumo (C'est un.. pseudonyme mais là nous enfonçons une porte ouverte) le remarque sans effort mais n'offre en réponse qu'une lueur amusée.
Ce détachement est toutefois interrompu par une pensée fugace adressée au petit Plok, qui a effectivement vécu un écrasement en tentant de le retenir lors d'un malaise.

Il est là, assis sur une pierre. On dirait une boule posée sur une boule, comme dans l'un de ces déserts sahariens. Il serait alors l'oeuvre de la morsure du vent.
Un truc nettement plus sympathique que la cruelle et banale combinaison d'une boulimie dépressive et d'une thiroïde merdique.

"Marié avec le vent". Quelque part, oui ! On peut voir en lui une forme de punk, vu le naturel avec lequel il a suivi ce couple d'inconnu pour qui il ne pouvait que tenir la chandelle.
Punk, vu comme il avait accepté comme son petit frère un blob juvénile dont les instincts humains étaient.. supposés. 
Moins punk avec Marin et Holland qu'il avait cru être de dangereux bandits. A tort.
... Oui bon, Yoko se rêvait être plein d'autres trucs que lui-même.

Néanmoins.. et à ce stade de narration intérieure il lève enfin son gros derche..


On bouge bientôt ? J'ai hâte de faire travailler mes genoux, la dernière fois qu'ils m'ont lâché j'étais dans un canapé plein de puces, je ne garde pas un hyper bon souvenir de l'immobilisme.

Avec son petit frère vert, il était le gros sac en arrière-plan. Il donnait un peu de relief à ces deux belles gueules de cinéma.

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[Lecture d'avant-crash, page de journal d'adolescent. Encre légèrement passée, écriture tremblante.]


J'en peux plus maman, je ne veux pas être un cochon, pourquoi es-tu si fine maman ?
Pourquoi je suis un gros porc, putain ? Qu'est-ce que j'ai fait ?
Je vais leur montrer comment on attendrit la viande, moi.
Ils vont se prendre un hippopotame à pleine vitesse.
Un truc monstrueux, maman. Comme s'ils se prenaient un train.
Ce n'est pas juste, mais c'est qu'une bande de connards de toute façon.


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Yoko cligne des yeux en se remémorant cet écrit juvénile. Les adultes sont des poupées russes. Il sait qu'il a toujours ce jeune perdu dans son esprit.
Mais on ne roule pas sur les trous-du-cul en pleurnichant, jeune homme. On digère, on garde la bile pour plus tard.
Il prend une inspiration puis commence à rassembler les affaires à porter.

 
Le petit être dormait paisiblement. D'un point de vue extérieur, on pouvait y voir une grosse flaque gélatineuse dans l'herbe, c'est à ça que ressemble Plok lorsqu'il ne maintient pas son corps.
Il pouvait sentir le vents souffler, la chaleur du soleil réchauffer ses particules et l'odeur de l'herbe au petit matin.
Mais il pouvait également entendre partiellement les bruits stomacales de son frère et les discussions entre ses parents, entre 2 rêves.
Il était en confiance, paisible.


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Plok revient d'expédition dans une grotte sombre et humide. Etant l'ainé de la famille, c'était à lui de subvenir aux besoins et de s'occuper de ses frères et sœurs.
Mais n'étant pas le plus dégourdi, il revenait souvent bredouille, ce qui agaçait ses parents.
Cependant, cette fois-ci, il échappera aux sermons, car à son retour, il ne trouva que de multiples giclures verdâtre partout sur les murs glacials de cette grotte.


Papa ? Maman ? Frère ? Sœur ? Plok sage, promis !

Sa voix faisant échos dans ce lieu. Il comprend alors rapidement que les humains les ont retrouvés... pour de bon.
Plok regarde autour de lui, terrorisé, puis se met à courir, vite. Ca, il sait faire.
Lors de sa fuite, il se rend compte d'un truc. S'il ne veut pas être la proie des humains, il n'a qu'à en devenir un.
Il transforme donc son corps du mieux qu'il peut.


Plok être Humain, promis !

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Ses yeux sans orbite s'ouvrent et Plok se redresse. Quel étrange rêve. 
Il se déplace finalement vers sa famille, le sourire aux lèvres.


Plok prêt pour balade !
Ce texte vaut une bière !
Ça faisait du bien de se dégourdir les jambes, de voir un peu de nouvelles têtes, de faire des rencontres, de dessiner sur son carnet de voyage les reliefs qui défilaient, se faire des pronostic aussi était une grande passion. Certains juraient que c'etait un cul de sac, d'autres un passage vers un sous terrain ou qu'on pouvait marcher dans cette direction pendant encore des mois sans arriver à la mer. 
Il en avait fallu de peu à Eva pour qu'elle ne voit jamais ces immenses étendues se profiler à l'horizon. 

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En effet Jules... (se sera souvent la faute de Jules) avait réussi à lui vendre du rêve : 
Rester enfermée dans la capitale le restant de leur vie, côtoyer la président et Ange tous les jours et les surprendre en sortant de la caravane avec la mine toute rouge, voir tout le monde partir, explorer pendant qu'eux ils resteraient à enterrer les corps décomposés qui n'avaient pas de leur vivant eut assez de force pour s'accrocher à un groupe. 
Le tableau était idyllique. 
Il lui avait vendu un post de Marshall qu'il aurait lui aussi. Il s'y croyait déjà d'ailleurs avec ses appels radio.
Un coin tranquille, rémunéré, aucune prise de risque. Leur taf ne consistait qu'à aller voir ceux qui ne trouvaient pas la sortie. 

Au début elle avait eu un peu de mal à se dire que tous les matins elle verrait toujours la même tête, même si physiquement il était avantagé. Qu'elle referait les mêmes actions dans une espace de 3 kilomètres maxi mais il faut avouer qu'il savait parler. 
Ah ça, c'etait un bel orateur, elle ne peut pas le nier. A ce demander s'il n'avait pas été commercial dans la vie d'avant. 
Afin de ne pas se faire avoir par une closes supplémentaires qui l'inciterait à faire des actions peut être inavouables, Eva en toute fiabilité mutuelle établit un contrat. 

La première règle fut de se vouvoyer. En tant que coéquipiers, ils devaient maintenir une certaine distance.
Au début...

Ils avaient donc la capitale juste pour eux. Eva s'occupait d'ouvrir le dialogue avec les mecs et lui avec les femmes. Et les "chose c'est qui ?"
Plok était un être “non identifié” qui semblait surtout chercher de la compagnie, car il appelait autour de lui alors qu’elle ne l’avait même pas aperçu à la capitale.

Marin lui c'etait autre chose... Le roi du business, il avait dû vendre sa mère trois fois déjà. Ou alors il avait dû être pickpoket dans un marché dans sa vie d'avant. Dés qu'il faisait un sourire à Eva, elle se demandait s'il n'en avait pas profiter pour lui récuperer "honnêtement" une bouteille d'eau. 
Alors, lorsqu'il a proposé à Éva que le duo les rejoingne, elle a simplement répondu :
"Le problème avec toi, c'est que j'ai l'impression que dès que tu auras l'opportinité, tu vas me vendre en esclave au meilleur offrant ! "
Ça l'avait fait rire.
Et il restait encore à convaincre Jules. 
L'idée de sortir commencait à tourner dans son esprit. 
Mais toujours pas dans celui de Jules. Mais alors pas du tout ! 

Quand Éva revient auprès du Marshall en carton, il discute avec un homme assez corpulant. 
Tiens dont, elle l'avait pas vu avant. 
Yoko n'avait pas été demarché par Jules Lagrille. Pour dire les choses sans jugement, les deux hommes étaient aux Antipodes sur les plans physique, psychologique, et peut-être d'autres sujets encore inconnus. C'était une première rencontre après tout.
Yoko était un homme obèse, à la posture dénotant la présence cachée d'une musculature efficace qui s'acharnait à rendre l'homme plutôt mobile.Yoko n'avait pas l'air méchant, mais il se débrouillait mieux derrière un crayon ou un poste radio. Rien à voir avec la belle gueule de Jules, qui avait tout du gendre idéal : Beau, propre sur lui, avenant.


Yoko était émerveillé par la richesse de l'être humain, et avait tendance à sympathiser avec n'importe qui (ou n'importe quoi).
...C'était d'ailleurs pour cela que le gros homme avait reçu une invitation sous forme d'ultimatum d'un certain Keanu Ribs. Il l'avait déclinée poliment mais était.. très conscient du danger dans lequel il se trouvait désormais.

Tout lui paraissait suspect. Dangereux. Il se savait seul dans la Capitale et bientôt désargenté donc en sursis.
Un jeune homme du nom de Marin lui avait proposé un échange avec son amie Holland dans un marais. Il n'avait pas compris alors que Holland était une jeune femme et qu'elle n'était pas dangereuse. Il y voyait une embuscade pour découper un homme isolé et obèse.

Jules Lagrille paraissait donc vachement propre à ne lui faire aucune proposition profitable à court terme. Et Eva Long, et bien.. Elle lui faisait le même effet. Une femme très belle, dirigiste, un peu speed. Bref, quelqu'un de sain. Sans danger.


C'est comme ça qu'il approcha, au tout début. Parce qu'ils avaient l'air équilibré.
Et ça, c'était quand même un bon départ pour leur relation mine de rien.