Il n'est de bête si féroce qu'elle n'éprouve une once de pitié. Mais je n'en éprouve point, et ne suis donc pas une bête.
Tu vas jeter ça ? Jette-le ! C'est qu'une boîte vide, un morceau de métal tordu. Qu'est-ce que tu m'regardes comme ça ? J't'ai dit d'le jeter ! C'est tout ce que tu sais faire d'façon. Balancer les choses. Puis ça vient demander d'l'aide. « Manny, t'aurais pas... » « Manny, aide-moi... » « Manny, trouve une solution... » « Manny, fais quelque chose... » Va te faire foutre. Putain... T'as déjà eu faim ? J'te parle pas d'avoir l'estomac qui gargouille avant l'dîner. J'te parle de la faim qui t'fait regarder un rat comme si c'était un putain d'rôti. Non ? Alors ferme ta gueule ! T'as déjà eu soif au point d'hésiter devant une flaque d'eau qui sent la merde en te demandant si ça vaut l'coup d'être malade demain pour être vivant aujourd'hui ? Non ? Alors ferme encore ta putain de gueule ! T'aimes bien croire que t'es quelqu'un d'bien. Attends qu'y ait plus assez pour tout l'monde. Là, tu sauras. Là, tu verras c'que t'as dans l'ventre. Et tu verras aussi c'qu'ont les autres. Y en a qui partageront. Y en a qui t'ouvriront le ventre pour une boîte de haricots. Et les autres détourneront jute le regard, en s'racontant qu'ils avaient pas l'choix. Qu'ils pouvaient rien faire. Toujours la même putain d'histoire. On marche droit vers le bord du trou en sifflotant comme si le monde nous devait un putain de happy end. Une boîte vide, c'est une boîte vide... jusqu'au jour où ça l'est plus. Et quand t'auras besoin d'un putain de miracle, tu pourras toujours lever les yeux au ciel en espérant qu'un ange descende te torcher le cul. Mais qu'est-ce que j'en sais, hein ? J'suis qu'un pauvre con qui garde des saloperies. Mais viens pas m'dire qu't'avais pas l'choix.