Ode à la Beauté, Hymne à la Gloire.

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dernière modification de Piqure à 27/09 22:45
mots clés: L'épopée Transylvanienne, Comte Von Krakoug,

Comte Von Krakoug

Ode à la Beauté, Hymne à la Gloire.


Le matin se levait-il? La nuit tombait-elle sur le Monde? Impossible à dire, les jours, les heures, et les minutes, se succédant à une vitesse ahurissante dans les galeries obscures... La seule chose dont la jeune et volontaire infirmière aurait pû être assurée, si d'aventure elle avait ouvert les yeux à ce moment précis, c'est que ce qui pour elle n'avait certainement été qu'un "coup rapide" de qualité très discutable, se transformait pour son compagnon d'infortune en une véritable épopée sexuelle. Une manifestation tonitruante de sa Puissance Virile. Pour faire simple : une odyssée du phallus.

Dos à celle qu'il considérait comme la servante chanceuse de sa masculinité, debout et nu, vêtu en tout et pour tout d'un foulard de soie noué autour de son cou de vautour décharné, l'Immonde Sacrilège s'étirait; poings dressés fièrement vers le ciel, assuré d'avoir les Ténèbres pour témoins de sa puissance. Puis posant ses mains sur ses hanches, le genoux droit légèrement incliné vers l'avant, cambré tel un fier hidalgo, il contemplait le vide, avec toute la sereinité des Hommes de sa très haute condition, ne prêtant aucune attention au filet opaque qui se formait à la sortie de son urètre, pour aller couler sur son pied...

"Mon nom est Von Krakoug !" clamait-il à l'insondable obscurité, d'un ton plein de défi.

"De la lignée des Von Krakoug. Ce nom, savez-vous, fût pour les gens de rien, synonyme de terreur et de calamité. De puissance et de gloire ! Qui en doute encore? Qui, je vous le demande..."

Magnifique et bienfaisante nature, qui, aux yeux du comte lui même en tout cas, l'avait doté là du plus perfectionné des appareils masculins; beau et productif. A n'en pas douter, cette petite prolétaire misérable portait déjà en elle le fruit de leurs amours coupables. Mais hors de question de s'encombrer du bâtard d'une paysanne : elle devrait s'administrer elle même, en bonne professionnelle de la santé, un traitement prompt à régler le problème. Il y veillerait.

"Savent-ils, ici bas, que le Seigneur de ces contrées s'apprête à reprendre son dû? Car je sens à nouveau la force et la vigueur couler en moi. Claironnez, trompettes et cors de tous les anges du ciel !"

Puis comme s'il s'adressait, croyez le ou non, à sa propre verge :

"Ah, mon ami, il enjambe ce monde étroit, comme un colosse, et nous, hommes obscurs,passons sous ses énormes jambes, et alentour, cherchons des yeux nos tombes sans honneur. L’homme peut décider de son destin,parfois. La faute, cher Brutus, n’est guère dans nos astres,si nous sommes esclaves, mais en nous."

Fier et orgueilleux, l'aristocrate ne voyait désormais plus aucune limite à l'accomplissement de sa destiné. Les questions qu'il avait toujours pu se poser trouveraient réponse, au gré de l'abattement implacable des obstacles sur sa route. Et tout ça pour un simple coup de bite, envoyé à la hâte dans le con voluptueux mais hélas fortement crasseux d'une fêlée autoproclamée infirmière... Rapport des plus furtifs, alors qu'au second coup de rein, il avait déjà déversé la totalité de sa semence, même pas entièrement dans la matrice accueillante : en témoignait la vieille cuisse du magnifique déchu, recouverte de ses propres gamètes.

La journée/soirée/matinée/nuit, peu importait, commençait bien...


Piqure

Ode à la Beauté, Hymne à la Gloire.


Une infirmière soigne le corps, et apaise l'esprit.

C'était là, plus qu'une mission, son sacerdoce, l'infirmière Piqûre.
Même si elle avait choisi ce métier par défaut, désœuvrement et un peu aussi à cause de son prénom, il fallait bien l'avouer. (Si ses parents l'avaient appelée saucisse, elle aurait sûrement fait marchande de choucroute, mais elle s'appelait piqûre, que pouvait-elle faire? Oursin?) Elle était entrée dans le corps médical, moins brutalement que le corps médical au complet n'était entré en elle certes, mais comme on entre en religion.

Elle avait eu, durant ses études, une image un peu romancée de la fonction : elle s'était imaginée volant au secours de soldats blessés, dévoilant leurs bras musculeux, pour panser les blessures de leur héroïsme sur les champs de batailles; sauvant la vie d'enfants malingres et souffreteux, en leur donnant la becquée dans les rues de leurs villes fraîchement dévastées; ou tout simplement accompagnant de courageux malades dans leurs derniers instants, écouter dignement leurs derniers mots, des remerciements timides pour les soins qu'elle leur avait prodigués (ce à quoi elle aurait invariablement répondu qu'elle n'avait fait que son travail, et que non ce n'était pas la peine de la coucher sur leur testament, mais qu'elle acceptait tout de même si c'était là leur dernière volonté).

Mais en fait, cet apprentissage pénible fait de piqûres sur des oranges et de coups de boutoirs dans des cagibis crasseux pour passer en classe supérieure; ces années passées à torcher le cul des vieux malades et à chercher les dentiers que des mémés cinglées balançaient dans l'aquarium de l'hospice; ces longues nuits à écouter les râles mortifères d'une agonie qui n'avait que trop duré, ces brosses usées à tenter de sauver des blouses du vomi apocalyptique d'un petit affamé qu'elle avait nourri avec trop de bonne volonté, avaient achevé de la convaincre que ses parents auraient mieux fait de l'appeler Flûte à Bec.
Elle aurait été prof de musique, et n'aurait jamais eu -jamais vous m'entendez? à changer des pansements sur des escarres, à administrer des lavements au vinaigre chaud, à faire face à des patients souffrant d'un prurit où vous savez, et à découvrir que le où vous savez en question était tapissé de plus de champignons qu'un sous bois après une pluie d'été.

Mais elle était infirmière et une infirmière soignait le corps, et apaisait l'esprit.

Et justement, le corps et l'esprit auxquels elle avait affaire ces temps-ci, avaient besoin des deux et plutôt deux fois qu'une.

Elle avait eu du mal à apaiser l'esprit du vieux comte, mais ça avait fini par se faire. A force de patience, de caresses, et de transfusions sanguines, elle avait réussi à faire dresser le frêle animal, qui donne aux hommes des raisons de croire qu'ils lui doivent leur orgueil.

L'aventure n'avait guère été plaisante, ni même divertissante, mais elle avait eu le mérite d'être de courte durée. Et à son terme, estimant qu'elle avait bien mérité une petite pause syndicale, l'infirmière Piqûre avait choisi de feindre un sommeil, qu'elle savait que le Comte jugerait nécessaire à ce qu'elle récupère, après ce qu'il avait l'air de considérer comme une folle cavalcade.

Elle faisait semblant de dormir, donc. Et pendant ce temps, le vieux gesticulait, vociférait, et s'auto congratulait.
Elle se risqua à ouvrir un œil, et l’aperçut de dos,les bras écartés, en train de s'adresser à l'obscurité.
Nullement surprise par cette manifestation de mégalomanie et de sénilité, elle s'attarda surtout sur l'examen physique du corps de son patient. Car après tout, il ne fallait pas laisser passer une occasion d'émettre un diagnostique.

C'est très laid le corps d'un petit vieux décharné, voyez-vous. Cela pendouille, cela fripe, cela parchemine, cela ne donne pas envie de s'approcher. Mais c'était cela être infirmière, on ne pouvait pas refuser de soigner un patient, quel qu'était le soin, et quel qu'était le patient.

Elle l'examinait, l'examinait, l'examinait, avec attention, mais ne trouvait rien qui oriente le diagnostique vers une fin qui fût proche. C'était bien normal, elle était une bonne infirmière, et elle prenait bien soin de lui. Ses bons soins le garderaient en forme encore longtemps.
Et c'était là tout le paradoxe de son métier. En faisant son devoir auprès de son patient, elle était l'artisan de sa propre infortune. Infortune qui la liait à cet horrible vieux con, qui passait ses journées à se regarder le nombril en se félicitant d'être le maître du monde, et qui ne s'était jamais rendu compte, ni de son absence totale de pouvoir sur ses congénères, ni de la chute brutale et définitive de la civilisation qu'il pensait dominer.

Oups! avait-elle pensé cela à haute voix?
Dans le doute, et comme le vieux se tournait à nouveau vers elle, elle ferma de nouveau étroitement ses paupières, des fois qu'il lui prenne l'envie, soit de l'honorer de rechef, soit de lui faire partager ses opinions de vieux pruneau désœuvré.