Récit d'un Homme Mort

Chapitre débuté par Yark

Chapitre concerne : Crépuscule, Yark,

Ce texte vaut 6 bières !
Hier je suis mort.

Lorsque j’ai ouvert les yeux, point de lumières, seulement la nuit sans étoiles, le corps enseveli au milieu des pierres, je ne sentais plus rien, avec un gout d’humus dans la bouche. Mes membres raides et glacés ne bougeaient plus, coincés dans ce cercueil de terre.

Il valait mieux qu’il en soit ainsi, peu importe ce que j’ai fait, je n’étais de toute façon pas une créature qui méritait sa condition d’être-vivant. Peut-être réussirais-je mieux ma vie d’être-mort.

Après quelques minutes à méditer sur ma destinée funèbre, il fallait se rendre à l’évidence, j’allais trépasser de nouveau si je restais là impassible. Renaitre puis mourir, la vie a-t-elle un sens ? Est-ce le bon sens pour mourir et vivre ensuite ?

Mes sens justement ressuscitent lentement. Alors, péniblement, j’ai tenté de m’extirper de mon armure faite de décombres et de boue quand enfin une de mes mains raides a jailli de ma tombe. Je suis ainsi né de la terre et des ténèbres à nouveau.

Je respirais enfin, mais un air vicié, mortel, suffocant. La nuit est éternelle dans cet endroit. J’étais dans un tunnel et au bout aucune lumières. Aucune rédemption dans ce purgatoire sombre. Seul la haine et la colère m’attendent ici, je le sens d’autres âmes en peine rôdent autour.

Une radio, dont j’ignorais jusque-là l’existence semble être ma seule arme dans ce nouveau monde. Elle retentit comme le chant mortel des sirènes et me rappelle que la mort n’est pas une vie tranquille. Elle est pleine de bruit et de fureur.

Ainsi fut la première âme mortelle que je rencontrai dans cet abyssal souterrain. Un homme à la voix nerveuse se présente comme étant de confession hébraïque, Arno Klarsfeld, peut-être sa sagesse divine m’aidera-t-elle à comprendre ma condition mortelle et me repentir de mes péchés.

Mais nulle sagesse ne découle de cet homme. Il souhaite m’embrigader dans une cabale contre l’espèce humaine et veut rejoindre d’autres hommes de sa trempe qui partagent sa haine. Quel idiot. Je lui réponds que j’ai de la pitié pour lui et que je peux le délivrer de toutes ses peurs qui lui ronge l'esprit dans un sommeil éternel qui l’apaisera. Je suis magnanime, je lui laisse la possibilité de m’oublier.
 
Mais la peur gouverne cet homme. Il devient agressif. Ce manque de sang-froid et cette non maitrise de ses sens prouve sa faiblesse d’esprit. Je décide de le tuer. Mais comme un nourrisson qui vient de mourir, je suis trop faible pour cela. Je peux cependant l’empêcher de devenir plus fort et d’arriver à ses fins, à notre fin, à tous.

Ma vision des alentours devient ainsi plus clairvoyante à mesure que je m’éveille à ce nouveau monde sombre qui m’entoure. De nombreuses âmes isolés semblent hébétés, chacune dans leurs destins respectifs mais toutes muent par la même volonté de survivre dans l’au-delà, au-delà de la mort. Sont-ils eux aussi déjà mort ? Nul ne le sait.

Je décide de toutes les contacter. Toutes, sans exceptions. « Avez-vous peur créatures perdues ? N’ayez plus peur créatures égarés. Méfiez-vous de la créature extrémiste pétris de peur et de vengeance qui rôde alentour. Si vous venez avec moi, alors il ne te faudra plus avoir peur. » Tels sont mes mots condensés.

Ma parole porte, partout autour, je fais de nombreuses rencontres éclectiques. Mon plan fonctionne. L’extrémiste reste désespérément seul et si je ne suis pas celui qui l’aura finalement abattu froidement, j’ai la satisfaction doucereuse d’avoir creusé sa tombe grâce à l’arme plus redoutable encore qu’est la voix.

Parmi les créatures contactées dans ces tunnels, quelques-unes retiennent mon attention. Et je suis attiré par un curieux cirque itinérant dont la lumière attire les papillons que nous sommes. Le contraste est saisissant avec ma personne obscure et m’interpelle, comme un bateau pris dans la tempête de ses souffrances intérieures et qui aperçoit enfin un phare, un espoir.

Je ne sais qui je suis, mais je me plais à croire que je suis moi-même adepte de secrets faussement occultes me permettant de trouver ma place dans ce monde étrange. Ils irradient de lumières et que peut-elle être sans obscurité. Le phare n’existe que dans la nuit et lui procure son écrin permettant de la sublimer.

Je me pose en tant que Maitre des Enigmes à leur contact. Je suis « l’Homme Sombre », celui que l’on vient voir lorsqu’on veut connaitre son destin funeste. Je suis un escroc. Mon seul pouvoir réside dans le fait de faire croire ce que les gens veulent voir. Très vite la lassitude me gagne. Je vogue sur les ténèbres de ma condition et ma rédemption ne viendra pas en perdant ma liberté de penser, d’agir et de mourir en prédisant la météo des âmes aux créatures mentalement égarés. Je décide alors de devenir mon propre capitaine Crépusculaire, de voguer moi-même sur le Crépuscule de ma non-vie. Crépuscule se nomme mon bateau.

Quittant ainsi le Cirque, je prends le risque de défendre l’indéfendable par amitié envers une personne contacté pendant l’épisode hébraïque. La créature de la Petite Demi-Semaine se défend bien et je trouve à ma mesure une créature aussi dérangé que moi, mais elle dérange trop de monde et une fois encore ma prédiction mortelle s’avère juste. Je finis par croire que j’ai réellement le don de prédire la mort. Peut-être une accointance avec ma propre condition. Je suis capable de prédire une seule mort, la mienne, car je suis déjà mort.

C’est alors que mon trépas va prendre une tournure bien étrange. Les créatures isolées dans cet abyme souterrain deviennent rares et les âmes en peine se regroupent, se renforcent, deviennent fortes en s’entraidant, comme s’ils fuyaient la mort. Pourquoi fuir la mort, elle est une renaissance. Rares en effet deviennent les personnes solitaires, elles constituent soient des proies de choix, soient des recrues aliénées.


Je n’ai cependant d’autres choix que de rejoindre moi-même un groupe dirigé par un certain Magnus, si je veux survivre dans ma mort. Une double foulure malheureuse, une à chaque membre, m’apprend en effet que subsister seul est malheureusement impossible. Je décide malgré tout de rester en retrait. Je suis une ombre qui suis sombrement sa suite en nombre.

J’ai pris la décision de gagner ma liberté en quittant le Cirque et me voilà de nouveau enchainée et privé d’indépendance. Ce Magnus se montre cependant conciliant et me permet de garder une certaine autonomie, toute relative, je vais l’apprendre. Je dois accueillir contraint et forcé une créature nommé Ruby Costello sur mon bateau Crépusculaire. Nous n’avons à priori rien en commun. Tout nous oppose, mais je m’y contrains. Nous apprendrons à nous connaitre, nous respecter, nous aimer, ou nous détruire.

D’autant que j’ai besoin d’elle pour survivre, car une nouvelle épreuve nous attend. Nous devons sortir de ces tunnels. Cependant plus le temps passe avec cette créature, plus elle m’apparait insipide, inintéressante, agressive avec une bien trop haute opinion d’elle-même. Une de ces créatures infecte dont la sottise n’a d’égal que l’arrogance. Elle me rappelle l’épisode hébraïque. Je sens ma volonté défaillir. Et mon âme est partagé entre la haine et l’amour. Le meurtre ou la passion. J’ai plongé moi-même dans ce piège mortel qui se referme car je ne pourrais m’en débarrasser sans subir le courroux du groupe que j’ai rejoint.

Mais peut-être me suis-je trompé et que ma volonté de la tuer se taira à la lumière du jour. Peut-être dois-je l’aimer avant de la sacrifier. Peut-être dois-je lui faire l’amour pendant que je l’étrangle. Peut-être dois-je seulement la respecter sans l’assassiner et elle me rendra l’étincelle de vie qui me manque. Je suis déjà mort à l’intérieur. Est-elle mon phare ou sera-t-elle mes ténèbres ?

A force de me perdre dans ces digressions morales, je ne vois même plus la réalité et où je grimpe. Des tuyaux, des fils électriques, du béton déchiqueté. Tout n'est que destruction verticale, mais un passage semble bel et bien exister. La lumière filtre à travers tous ces amas de pierre et d'aciers entremêlés. Le phare que je cherchais comme une rédemption dans ces ténèbres existe finalement peut-être.

Lorsqu'enfin il semble ne plus y avoir davantage à monter, je prends une énorme bouffée d'air. La première à l'extérieure. Ma bouche est pleine de sable. Je ne vois rien, mis à part cette lumière éternelle qui m’aveugle. Il va être difficile pour moi de s'habituer à ne plus s'habiller de la nuit. Mais aucun phare et aucune rédemption ne profile à l’horizon je le crains. Du sable partout. Un désert de sable aussi sec que mon âme. Et les ténèbres restent malgré tout, mais à l’intérieur de moi-même uniquement.

 
Ce texte vaut 3 bières !
Aujourd’hui je suis mort.

Lorsque j’ai ouvert les yeux, trop de lumière, seulement le jour avec son œil sauronique omniprésent, le corps agressé de poussière et de sable, je ressens trop sa présence qui me brule la peau, avec un gout minéral dans la bouche. Mes membres fatigués et fiévreux marchent sans arrêt, afin d’échapper à sa morsure mortelle.

Ma compagne d’infortune est bien plus à l’aise. Elle fourre son nez partout, se jette sur le moindre petit débris comme si elle se sentait plus vivante d’être ainsi à l’air libre. Je me sens pour ma part encore plus mort qu’habituellement. Nul coin sombre pour me cacher. Nul abri pour oublier que la vie existe. Rien ici et maintenant ne sied à ma sombre mélancolie.

Et plus je passe du temps avec cette femme, plus je me sens ordinaire, un simple homme dans toute sa banalité, sale, mal rasé, puant la sueur et la poussière et dont les cicatrices de la sur-vie commencent à se distinguer. Un homme, sombre, usé, insipide, quelconque, inintéressant. Et dans la merde, la mer de sable, jusqu’au cou. Je me sens vivant, pour la première fois de ma mort. Je me dégoute.

Perdu sans retour en arrière, nous sommes seuls. Le groupe de Magnus et ses alliés se sont volatilisés. La créature qui m’accompagne ne semble pas enclin à devenir ma compagne, ni perpétuer l’espèce humaine. Suis-je vraiment humain et en suis-je capable de toute façon ? Est-ce vraiment nécessaire que la vie existe sur ce monde mort ? Rien ne semble y pousser et rien donc n’y naîtra plus non plus. Le paysage, comme nos désirs et notre corps restent secs et sans vies nouvelles. Nous allons mourir, de nouveau. Je la dégoute.

Depuis quelques jours déjà elle m’ignore et c’est réciproque. Notre solitude respective nous accompagne à chacun de nos pas. Nous n’avons échangé que quelques mots succins, brefs et d’une banalité insipide. Un jour pourtant elle brise ce silence en me posant des questions étonnantes. Quel type de boisson je préfère et quelle est ma marque de voiture préféré. Ces questions sont d’une telle inutilité, d’une telle platitude et tellement dissonante par rapport à ce que nous vivons que je pense qu’elle se moque de moi. Peut-être sa façon à elle de briser la glace qui s’est instauré durablement maintenant. Ou est-elle vraiment idiote ?

C’est ce jour là et sur ces questions sans importances que tout va pourtant basculer. En essayant de recentrer la conversation sur des sujets plus profonds, et après quelques piques agressives de sa part pour éviter d’y répondre, j’apprends finalement qu’elle est une fugitive recherchée par des gens apparemment dangereux qui souhaitent sa mort. Des gens, qu’elle peine à identifier, mais capables de tuer toute vie de la surface selon ses propres mots. Que ce soit un mensonge ou la vérité, j’ai cependant un sentiment très étrange en l’écoutant raconter son récit. Nous sommes tous des fugitifs. Nous avons tous la mort qui nous court après. Et pourtant cela sonne comme une sentence prophétique.

Puisque nous en sommes aux confessions, je lui fais alors part de mes doutes la concernant et de ma dangerosité potentielle. Je ne cache pas mes intentions. Je suis aussi honnête que le tranchant de la faux de la Mort. Je lui avoue que si nous avions eu cette conversation plus tôt dans les tunnels, j’aurais probablement tenté de la tuer, sans haine, sans rancune, juste pour lui extirper quelques vivres ou parce qu’elle m’a mal parlé. Juste parce que nous sommes trop différents. Pour rien. Je lui dis que je me sens capable de la tuer, mais que je ne le ferais évidemment pas. Je pense au groupe de Magnus que nous allons probablement rejoindre bientôt ainsi qu’un groupe de pirate qui les accompagne. Notre collaboration forcée n’est donc qu’une histoire de quelques lunes. Tout rentrera dans l’ordre, bientôt.

Ces confessions réciproques auraient pu nous rapprocher, c’est ce que j’ai pensé. A tort. Blessé dans son orgueil, je constate le lendemain qu’elle est partie, avec l’ensemble des vivres nous permettant à chacun de survivre. Quelle folie. Je sens l’ombre de la mort qui se rapproche. Elle est mes ténèbres et causera ma perte. Mes doutes la concernant se transforment alors en haine. J’aurais dû la tuer quand j’en avais le temps sans me poser de questions, sans hésitations. Et si le groupe dont elle parle est aussi dangereux qu’elle le raconte, alors ils ne doivent jamais la retrouver car ils feront peser sur ce monde mort un danger encore plus grand. Elle est le phare sombre qui attire les ténèbres.

Heureusement je trouve dans le désert par hasard de quoi survivre. Le destin veut que j’ère encore un peu dans ce monde mort. Je sais qu’elle aussi bénéficie d’un sursaut lui permettant de survivre encore quelques jours, comme si un avion avait lancé toute sa cargaison à travers le ciel. La situation est d’autant plus idiote que nous nous dirigeons tous les deux vers le même endroit de notre salut : Karaboudjan. Un bateau investit par un groupe de pirate allié à Magnus. Je sais que je n’ai aucune chance de la tuer une fois arriver sur place. Et personne ne comprendrait pourquoi probablement.

C’est alors que sur le chemin du bateau je croise un groupe que j’ai déjà entendu à la radio, celle du journaliste de RC-16. Je lui fais part en toute franchise de mes intentions. Marchander pour que je survive et dans le meilleur des cas m’aider à assassiner Ruby qui se trouve juste à portée. Une seule lune nous sépare. Je compte lui donner des informations également sur la zone, notamment en lui révélant l’existence de la ville à proximité dont il ignore l’existence. Mais difficile d’accorder ainsi sa confiance à un étranger sorti de nulle part qui vous demande de tuer quelqu’un pour lui. Il prend peur et moi, seul, perdu, mourant, face à tout son groupe, je lui donne la sensation de le mener dans un guet-apens dont il ne sortira pas vivant. Il refuse ainsi de se compromettre dans un meurtre, mais également de marchander, de m’aider. Il s’enfuit avec tout son groupe face à ma sombre personne solitaire, créatrice de désordre dans ce monde.

Ma chance de tuer Ruby est cependant passé. Et survivre jusqu’à Karaboudjan se montre difficile. Enfui au plus profond de la cale du bateau je m’isole de ce monde et profite de la moindre occasion pour m’échapper, pour oublier. Dès qu’une mission se présente je la prends, dès qu’il faut se lancer dans une quête de récupération je prends les devants. Je veux oublier. A tel point que je finis également par en oublier les besoins élémentaires de ma carcasse qui se meurt à petit feu. Une mission de sauvetage s’engage pour m’aider. Un dénommé Jacko du groupe des pirates me rejoint et vient à mon secours. Cet être silencieux m’est d’un grand secours, mais il n’est qu’un pion sur le grand échiquier de la mort.

L’horreur pointe enfin le bout de son nez. La confrontation entre Ruby et moi-même au sein du Karaboudjan est inévitable, nous le savons tous les deux et elle frappe la première en pointant aux yeux de tous les mensonges de son être corrompu de noirs desseins. Je suis la bête et elle la belle, mais au fond de nos âmes nous savons tous les deux qui est vraiment la bête immonde qui profane des inepties. Je suis un être vil, un monstre contre nature à ses yeux, le fruit d'abjectes sorcellerie et diablerie. Une vermine sans vertu, adorateur de la foudre, sans conscience ni scrupule, une véritable créature démoniaque émaciée, dont la seule faculté est d'occire. Je ne peux trouver de place, parmi les honnêtes gens, car je me tapis dans l’ombre des terres sombres pour m'adonner à d’épouvantables pratiques, lieu qui devrait être rasé de la surface de la terre, et mes vestiges, recouverts de sel et de salpêtre. Au moment d'infliger la douleur, la souffrance et la mort, je connais une jouissance suprême qu'un homme normal ne connaît qu'en copulant ibidem cum eiaculatio avec une sorcière pendant le sabbat. Je suis un monstre contre nature, un pervers amoral et abject, né de l'enfer le plus noir et le plus pestilentiel, car de la souffrance et de la douleur seul le diable peut tirer de la jouissance.

Peu importe qu’on la croie ou pas, elle frappe au cœur le plus profond de mon orgueil et cette nature abyssal que je cachais en moi prend le dessus sur mon âme. Je me donne à une mort pathétique irréfléchi, alors que je sais pertinemment que je suis déjà mort. Le Karaboudjan sera mon cercueil pour toujours. Je n’ai aucune chance de vaincre mais je mourrais en combattant comme la bête que l’on veut que je sois. Je mourrais d’une mort violente pour renaitre ensuite à nouveau.

Mais je ne peux pas mourir ainsi, je le sais. Jacko qui était malgré lui resté avec moi, est envouté par ma personne malveillante et mourra à ma place. Un mort innocent dans cette folie. J’aurais dû mourir à sa place, nous le savons tous. Je resterais ainsi prostré sur sa tombe au pied du bateau, attendant la sentence des membres du Karaboudjan. Sentence qui ne vient pas, qui tarde, qui me fait douter. Et si… Et si je ne devais pas mourir ici. Et si j’avais un dernier acte à réaliser. Profitant de l’état de béatitude des membres du Karaboudjan, de ma folie qu’ils ont provoquée, je finis par m’enfuir en dévorant Jacko comme la bête que je suis. Loin. Le plus loin possible. Je sais que je n’ai aucune chance de survivre dans ce désert seul avec la mort aux trousses. Mais qu’importe, puisque le destin refuse que je meure, alors je ne mourrais pas ici.

Je deviens un fugitif moi aussi comme Ruby. Mais le destin veut me jouer un dernier tour à sa manière. Aussitôt sorti de l’ère d’influence du Karaboudjan en risquant de tomber à chaque pas, je tombe nez à nez de nouveau avec le groupe du journaliste. Je savais que nous nous retrouverions je lui avais dit, mais également un groupe constitué uniquement de femmes. Je reconnais Kuby que j’ai défendu à la radio et une dénommé Calie qui se montre particulièrement accueillante. Visiblement je fais toujours aussi peur au journaliste, celui-ci ne répond à aucune de mes sollicitations et s’enfuit. Un homme prudent, à raison. Calie en revanche ne voit aucun danger en ma personne. Elle fait erreur je le crains. Je suis un homme déjà mort depuis longtemps je le sais.

Je n’avais cependant absolument aucune volonté de m’arrêter, la zone restait dangereuse et la ville encore proche mais Calie me convint de rester et lorsque je lui raconte une partie de l’histoire et ma volonté de tuer une personne elle me dit même qu’elle pourrait m’aider. Son manque de prudence sera son fardeau et finalement le mien. L’occasion est trop belle, je mourrais à petit feu si je reste seul dans ce désert je le sais. Lorsque je me rapproche enfin de leur campement pour échanger quelques vivres, échanger nos histoires, je retrouve enfin l’espoir. Je crois que son côté ingénu est ma rédemption. Peut-être, peut-elle me redonner goût à la vie, me changer.

J’en oublie tout mon passé et veut commencer une nouvelle vie loin d’ici et de ce bout de désert maudit. Je pardonne même à Ruby ce qu’elle a fait de moi. Calie réussi à calmer la bête meurtrière que l’autre femme avait fait naitre en moi. Un nouveau départ s’annonce, j’ai enfin trouvé ce phare de lumière que je recherche depuis si longtemps. Cette naïveté endort ma vigilance. Je prends plus de temps que nécessaire pour m’enfuir, mais comment leur raconter toute l’histoire. Personne ne comprendrait. Je ne suis qu’une bête sombre et immonde prise dans son propre piège. Une bête mélancolique et amoureuse du romantisme mortelle comme le vampire que je suis devenu.

Les ténèbres sont partout autour comme une tempête sombre et furieuse et je suis ébloui par la lumière une fois de plus, celle que Calie irradie. Je la vois arriver doucement vers moi, le premier soir au campement lorsqu’enfin je les ai rejoints, je ne vois que son sourire légèrement triste. Les battements de son cœur. Elle a peur. Calie se rapproche de moi silencieusement, les yeux humides, avec toutes les femmes qui l’accompagne. Elle est douce et la bête sombre et furieuse qui est en moi se calme enfin. Je suis béat d’admiration. Je souris. Je me sens bien. Je suis heureux. C’est la fin. Demain je serais vivant.

Demain je serai mort.