La presque véritable et véridique mort du grand Daimyo Xavier

Chapitre débuté par Jelani Mipira

Chapitre concerne : lapelledutigre, Xavier, Rōningrad, USSR - La Plume rouge, Jelani Mipira,

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Les papillons de l’automne virevoltaient déjà soyeusement, comme autant de feuilles défraichies qui abandonnent leur poste pour céder compulsivement à la paresse éternelle. La journée avait été encore chaude, pourtant, mais pas assez pour empêcher les premiers atours de la nature de roussir dans les hauteurs avoisinantes ; et les nuits fraiches ne réfrénaient pas encore la floraison des Albizias. Que Roningrad était belle, à la tombée de la nuit…

Pourtant, ce soir, sous les étoiles bienveillantes, le drame d’une vie se jouait. Les cigales chantaient encore, apaisant de leur ronronnement traditionnel les corps épuisées et les âmes évidées ; un chien hurlaient à la lune, une caravane nocturne s’approchait, éreintée d’un long et périlleux voyage. Le balai de manutentionnaires pressés de se coucher ne dérangera jamais l’homme esseulé. Il était cependant là, aux abords de la cité nippone, à genou, contemplant devant lui la pelle posée perpendiculairement à son regard.

Ses mains, parfaitement parallèles, reposaient sur ses rotules ; son fessier musclé, sur ses talons. Maitrisant parfaitement la position Kiza, l’homme semblait apaisé. Ses lèvres remuèrent lentement, comme une ultime prière ; il attrapa farouchement le manche de l’outil, tâta de l’index la lame, en vérifia l’affutage. Elle pouvait trancher un arbre.

Un sourire triste et serein lui figea le visage. Le voilà prêt à renoncer à tout. Pas de spectateur, pas de public, l’homme avait toujours été discret, et partirait de la sorte. Qu’est-ce qui le poussait à cela ? Le remord ? Une tache indélébile, sur le grand livre de sa vie ? Une prise de conscience de la fragilité de l’humanité, de son inconstance ? Qui sait ; il n’y avait nulle oreille attentive pour recevoir ses derniers mots. Malédiction ou excuse, il les emporterait dans la tombe.


L’action aurait pu être brève ; mais il fallait avouer, il n’avait jamais été très doué pour manier une arme. Alors un outil, qui donne des cals aux mains et des ampoules aux pouces… Il avait libéré son estomac de son kimono de lin et apposé la lame de l’escoupe sur des abdominaux conséquents. Ces derniers n’avaient attendu que la première goutte de sang pour ployer devant le fer, qui, à présent, farfouillait à la recherche d’un trésor perdu, et ne rencontrait que des boyaux contrariés.

« Ah, mais ça fait mal, ça… »

Incapable de finir son geste, impuissant à quémander de l’aide, il agonisa longuement dans une posture vaudevillesque, allongé en avant, le séant offert aux cieux et aux passants, le front en direction de sa progéniture perdue. Ce n’est qu’au petit matin, qu’une jeune samouraï en cuir clouté le trouva, et abrégea son dernier râle, d’un coup d’espadon derrière la nuque.

Ainsi mourut le Daymio de la Pelle du Tigre, qu’il soit dit que ce fut honorablement, ou presque. Et tout cas, ça a du être douloureux.