Karl, assis sur un tas de gravats, tourne le bouton de sa radio rouillée. Il ajuste son vieux pull troué, toussote, et appuie sur l’émetteur. Sa voix est rauque, entre le sarcasme et la fatigue :
- Ici Karl. T’as l’air de savoir compter tes crédits et tes mots, Meï. C’est déjà mieux que 90 % des abrutis qui squattent les ondes.
Un silence. Il gratte sa barbe grise, réfléchit.
- Écoute, je suis pas un chef, je suis pas vraiment un guerrier non plus.Je suis le gars qui trouve ce qu’il manque : de l’eau qui sent pas la mort, des câbles pas encore bouffés par la rouille par exemple. J’ai pas beaucoup de talent pour réparer, je me débrouille sans plus, mais j'ai la manie de trouver des trucs qui marchent. Ou qui peuvent servir. Et pour les mecs qui veulent te poignarder ? J’ai plus vraiment de muscles, mais j’ai des yeux et je suis endurant. Je vois les pièges avant de marcher dedans. Enfin… presque toujours.
Un nouveau silence puis un grésillement et sa voix qui repart.
- Je cherche pas à te suivre comme un chien perdu. Je cherche un groupe, une communauté, ou même juste une bande de tarés organisés qui savent pas crever idiots. Toi, t’as l’air de savoir garder la tête froide, et moi, je pense être pas pire pour trouver de l'eau et du matériel Si t’es déjà dans un coin où y’a du monde sérieux, ou si t’as des contacts, dis-le. Je suis pas un cadeau, mais je suis utile. Et je reste pas là où y’a rien à grappiller. Sinon, on peut essayer de trouver ça ensemble. Mais je veux pas juste survivre à deux.
Il marque une pause, écoute le bruit statique puis rajoute.
- Par contre, du coup, je ne marche pas en file indienne, et je partage que si y’as quelque chose à apporter.
Un raclement de gorge.
- Fréquence ouverte demain à l’aube. Si t’es encore là.
Il lâche l’émetteur. La radio grésille.
Tout s’achète, tout se vend… même l’espoir. Mais moi, j’fais des rabais sur les miracles.