CIVILS ! Un pour tous, tous pour un !

Un silence avant que l'individu déclame son texte...

Peuples du désert !

Je me présente, Octave, j'ai déjà causé deux ou trois fois sur les fréquences publiques.

J'ai cru comprendre que le monde était mort.
Que tout était foutu et que le dernier souffle du dernier vivant local éteindrait ce monde.
Je ne sais plus trop qui m'a raconté ça, mais je l'ai entendu !

Une toux brève.

J'en suis fort triste... 
Alors...
Vivons bien ses derniers instants !
Je viens de quitter le Port.
Enfin, Liberty Harbor comme l'appelaient des gens qui sont morts depuis longtemps.


Une sorte de bruit répétitif comme si quelqu'un tapotais sur le combiné du micro de la radio.

Je suis un Civil.

Je suis inoffensif.
Je n'ai pas d'arme, n'importe quel clampin peut me tuer.
Je n'ai pas de véhicule, je privilégie la marche.
Je suis seul et je le resterai.


Le silence d'un mec content d'avoir dit ce qu'il a dit, ça se sent clairement au ton des mots suivants.

En revanche, je peux être rejoint par n'importe qui !
Nous serons deux, cinq, dix.
Nous serons peut-être plus encore.
Chacun, sans arme, sans véhicule et sans groupe.
Produisant ce que nous savons faire, l'échangeant contre ce que nous ne faisons pas encore.

Une respiration.
Je me dirige , à pied, vers le continent. 
Traversant à gué, fondant à travers le bayou.
J'y serai dans deux ou trois lunes.


Il se rapproche du micro.
Une fois de l'autre côté.
Pensez vous que je doive aller au Nord ou au Sud ?

C'est très interressant ce que vous dites cher monsieur mais d'un point de vue purement médical cela parrait conduire à un certain nombre de risques concernant vos constantes.

Sinon, je suis à la recherche d'un centre médical digne de ce nom afin de m'occuper des infirmières ... euh des malades je veux dire, bien sur des malades. Quelqu'un aurait une info ?


"he trapped me!"

Evidemment, monsieur, ce genre d'initiative comporte des risques.
Je pense néanmoins que c'est la dernière solution qui nous reste.
Imaginez un jour ?
Une dizaine de personnes, marchant seuls, mais ensemble; dans le désert.
Sans obligation autre que le plaisir d'être utiles aux autres, ou, de manière plus pragmatique, le désir de survivre.
Ces gens là n'ayant aucune autre contrainte.
Aucune obligation d'obéir aux ordres de quelqu'un qui décidera de nos déplacements.
Aucune obligation de produire, pour produire.
La liberté de partir quand on le désire.


Un silence.

Rester pour aider les autres ou être aidé par les autres.
Discuter.
S'engueuler.
Et toutes sortes de choses !


Ha ha !
Si ce n'est pas ça la Divine Nonchalance !
Je ne sais pas ce que c'est !



Un autre long silence.

Un ton au dessous.
Je vous avoue, chers auditeurs, cher monsieur, que je vis pour le moment cela dans une solitude absolue !
Il reprend.
Mais, en même temps, quand je regarde vers l'ouest, je constate que je n'ai jamais été aussi près du continent qu'à cet instant.
C'est à la fois troublant et excitant.


 

Té ! C'est intéressant ce que tu dis l'ami, mais niveau plan de survie l'anarchie solo, c'est mmmh comment dire, moyen. Enfin bon t'as pas d'ennemis, c'est déjà ça. Personne ne veut te trouer la peau. Enfin pas encore.

Ceci dit, si même moi j'arrive à survivre alors que tout le monde me veut mort, t'as peut-être tes chances si t'as mon talent. J'peux te vendre quelques techniques de survie si ça te dit. Je dispense mes formations aux petits jeunes comme toi. Par exemple : "Technique de survie en milieu rouge hostile" ou "comment se moquer de l'USSR tout en survivant" ou bien "comment faire croire qu'on est ennuyé que personne veut jouer à trouve-papy alors que c'est précisément l'effet recherché par papy" J'en ai plein d'autres comme ça...

Ha ha !
Je ne suis pas sûr, mais je crois reconnaître votre voix, je crois que vous animez une autre fréquence... Oui, c'est ça, Orwell ! Monsieur Orwell !
Je n'ai pas tout compris de ce qui s'est passé, mais il semblerait qu'effectivement vous ayez quelques personnes qui vous en veulent.
En tout cas, vous êtes le premier depuis DEEES années qui me traite de petit jeune...
Ha ha !
On se rend pas compte, mais ça fait du bien, parfois, ce genre de choses...


Il reprend..

Quant à cette histoire de survie impossible...
Je répète.

Il tapote le micro comme s'il s'assurait qu'il fonctionne.
Je ne serai pas seul !
Enfin, je n'espère pas.
Nous marcherons ensemble, tous libres ne nos mouvements...
Ah ! Je ne sais pas comment vous l'expliquer.
C'est comme si nous n'étions pas groupés quoi !
Vous vous baladez dans le désert tout seul et tous ensemble à la fois, tant que c'est de manière tout à fait pacifique et non agressive.


Un silence, la voix s'est faite hésitante, un instant.

Je vois quelqu'un de l'autre côté de la rive !
Il a les cheveux longs, une sorte de ruban ou un bandeau qui lui ceint le front.
Je vais le contacter et essayer de le convaincre de devenir un civil !

Des bruits de manipulation de radio.
Si votre jeu ne fonctionne pas, monsieur Orwell, vous pourrez essayer à votre tour !

Sinon, vous me conseillez quoi ?
Vers le Nord et vers le Sud ?
Et en fonction de votre réponse, je serai ravi d'entendre vos conseils sur la destination que vous m'aurez proposée et les conseils de survie, aussi, bien sûr !


Ça coupe.

Octave ?

Bruit de bidouillage radio.

Octave. Nord être en ruine. Esst être en ruine. Coursse inévitable. Ouesst et Ssud abriter vie. Abriter ausssi plus puisssantes armées du monde.
Désert vivre en grande hégémonie maintenant. Factions faibles manger pousssière. Pas besoin de défendre neutrie, Octave... Car j'avoir compris.
J'avoir compris que c'est la guerre qui animer les conquérants. Régner devenir provisoire. Régner être pour préparer guerre, pas pour rendre terres meilleures.

Non, maintenant... A part pour irréductible vieillard baveux...

Désert vivre ssous règne des fantômes.

...

Vouloir consstruire arène pour échanger marrave, Octave ?

La voix est un peu hâchée, l'homme est manifestement essoufflé.

Je reconnais votre voix !
Mademoiselle Ange Bo Aza, c'est ça ?
bloublou
Excusez-moi, un trbloublou
Une grande respiration
Je traverse à gué et c'est plus profond que je croyais !
Il doit s'être arrêté, la respiration se calme.
Les Fleurs ? Le monde qui brûle, c'est bien vous ?
Et vous me dites que c'est vers le sud que je dois aller ?
Parce que l'ouest, je ne vais pas y retourner.
Surtout que j'ai fait la moitié du chemin.
Merci ! J'y vais de ce pas !

Il a dû reprendre sa marche, quelques bruits de flaques ou le crépitement de petites vagues.
Mais avant cela, je crois que j'ai trouvé un autre Civil !
Monsieur Bob Renard ! Il a l'air fort sympatique !
Il n'a plus rien à manger, je vais l'aid
bloublou
RAAH !

Un silence.

Je coupe, je vous reprends quand j'ai traversé.

Pardonnez ma longue absence, mesdames, mesdemoiselles, messieurs.
Je sauvais monsieur Bob.

Car il était mal en point.
C'est rien de le dire...
Il va mieux, il a maintenant de quoi reprendre des forces et ensuite, tenir des lunes.
Nous sommes comme ça, nous, les Civils.
Nous nous entraidons.


Un soupir.

Nous avons commencé notre route vers le sud.
Oui.
Nous allons vers Röningrad pour voir s'il existe d'autres personnes, comme nous, prêtes à traverser le monde librement, pour partir vers le Nord, cette fois-ci, et revenir après.
Mais le chemin est long.
Et ardu...


Il hésite.

Je croyais beaucoup en la carte de mademoiselle Céleste.
Elle me l'avait confiée, sûre d'elle, avant que je parte en forêt, en compagnie de monsieur Frenchie.
Elle est morte pendant notre absence.
Je n'ai jamais su pourquoi.


Un rêve bizarre...

Oui...

Une sorte de cauchemar même !
Dans ma tête, j'étais infirmier, livrant des patients à un institut.
Je m'étais endormi assis, au dessus de ma radio, que je devais tripoter en m'endormant...
Je ne sais pas ce qui s'est passé... 
J'ai dû toucher des boutons en sursautant.
J'ai perdu les fréquences que mademoiselle Céleste m'avaient données... que j'utilisais aussi pour monsieur Oleg.
Tout le monde est mort maintenant.


Et je n'ai jamais su pourquoi - je l'ai déjà dit - ni comment !!!

Pardon.
Je m'emballe.

Nous venons de partir du rivage, juste après le passage du gué entre la petite île et le continent.
Nous nous sommes dirigés vers l'Ouest.
Nous aurions dû trouver du sable.


Un ton gêné, presque en sourdine...
Nous apercevons des montagnes, des forêts et une plaine au loin.
C'est normal ?
Quelqu'un a des informations ?
Une carte plus précise ?

Nous serions plus rassurés, je pense.


Il coupe.

- Salutations, Octave. Si tu parviens jusqu'à Roningrad, tu devrais y trouver de la vie. En cherchant bien. Je n'ai pas de carte à te proposer mais peut-être une explication... Enfin... une explication, c'est vite dit... Nous avons pu constater des... glissements de terrain, disons, durant nos voyages. Une sorte de tectonique des plaques épisodique et bougrement accélérée. Des montagnes jaillissant des eaux, des forêts englouties par la mer, des rivières devenues désert... Ou l'inverse. Un phénomène assez inexplicable parmi d'autres... Mais comme le dit si bien, et si souvent, Orwell, je ne comprends pas tout, loin de là. Il est d'ailleurs lui-même un phénomène que je ne m'explique pas. En tous cas, ça explique peut-être pourquoi ta carte n'est pas totalement fiable. Bonne route à toi et à ceux qui t'accompagnent.

 


L'homme est un loup pour l'Homme. Et pour le loup ?

Je vous reconnais vous !
C'est une drôle de coincidence...
Je vous reconnais parce que vous êtes bavard et que je vous ai souvent entendu à la radio. Vous êtes monsieur Clétus, c'est ça ?
C'est très étonnant ça...


Il se tait comme s'il cherchait ses mots ou tout simplement, comme s'il réfléchissait quelques secondes.

Je ne dois pas dire qui, mais on vient de me dire que si j'approchais de Roningrad, c'était à vous que je devais avoir à faire.
Vous êtes, semble-t-il, une personne de confiance !
La personne qui m'a dit ça m'a dit de rester très discret sur elle et sur les motifs de mon approche.
Mais je vous le dis quand même...

Il chuchote à moitié :
Je viens chercher des Civils.
Il reprend.
Cette personne m'a même expliqué comment venir et ça à l'air facile en fait.
C'est juste long.
Il faut déjà que je trouve le gué, mais ça devrait le faire, je pense...


Un autre silence

Si vous connaissez Roningrad, vous pourriez me donner les noms de celles et ceux qui seraient intéressés pour se joindre à moi quand je partirai vers le Nord ?
Des gens qui ne portent pas d'armes, qui sont prêts à se déplacer seuls, mais à plusieurs ?
Cela me ferait gagner du temps, voyez-vous ?
Merci d'avance !

 

- Je suis bien Clétus, oui, mais tu me poses une colle, là, Octave. Quoique ça n'ait pas toujours été compris, je me suis fait bavard pour, le plus souvent, prendre la défense des silencieux... Pas pour décider à leur place de ce qu'ils souhaitent. Surtout pas, même. D'autant que, tu en conviendras, difficile de savoir ce que souhaite un silencieux... Et Roningrad possède un lot conséquent de silencieux. Ceux et celles qui ne le sont pas ne me donnent pas l'impression de vouloir voyager seuls mais à plusieurs et surtout pas sans arme. Alors faute de te faire gagner du temps, je vais arrêter de t'en faire perdre : je crains de ne pas pouvoir te donner de noms. Je peux tout au plus te dire que ceux et celles avec qui je fais route, comme moi-même, pourraient bien vouloir t'accompagner mais, à part quand ils me le demandent, je ne décide pas non plus à leur place et, de fait, ils ne voyagent pas non plus seuls... Ni sans arme, d'ailleurs. C'est dire si je ne te suis pas d'une grande aide. Quoiqu'il en soit, Roningrad n'est effectivement pas dure à trouver. Le plus dur sera sans doute de supporter les moustiques quand tu auras à traverser les nombreux marais... Je ne m'y suis jamais fait. Ces foutus suceurs de sang sont et resteront mes pires ennemis sur ces terres. De loin.

 


L'homme est un loup pour l'Homme. Et pour le loup ?

Vous êtes quelqu'un de très intéressant, en fait, monsieur Clétus.
Pardon de vous avoir traité de bavard, je voulais dire que vous, je vous connaissais, contrairement à beaucoup d'autres.

Un petit soupir.
Je pense que je vais blesser certains.
Je me dis que si tous les bavards décidaient de devenir Civils, sans doute que les silencieux seraient confrontés à deux choix : mourir ou bavarder.
En fait.
Pensez-vous que ce serait une bonne chose ?

- Pas s'ils décident de mourir. Et ne t'excuse pas, constater que je suis bavard n'est pas plus insultant que constater les silences. Cela dit, ils resteraient une troisième option aux silencieux, à mon avis... En fait, pour faire un constat supplémentaire, je dirais que c'est l'option qui a été le plus souvent choisie et qui explique peut-être qu'il y a plus de silencieux que de bavards ! Plutôt que mourir ou bavarder, les silencieux peuvent faire le choix d'abattre les bavards.

 


L'homme est un loup pour l'Homme. Et pour le loup ?

Les silencieux abattent les bavards parce qu'ils en ont peur, j'imagine.
Ils ont peur de perdre un pouvoir qu'ils auraient, je ne vois pas d'autre explication.

Les Civils avancent seuls, sans armes, sans camarades pour les défendre.
Ils ne font que s'entraider entre eux.
Il n'y a pas de raison que les silencieux les craignent.
Et s'ils ne les craigent pas, ils ne les tueront pas.

C'est tout.
C'est simple.
Assez basique, en fait.

 

Je voudrais demander aux silencieux ce qu'ils en pensent.

Je suis très patient.
Sachez-le.

Fritures introductives.
Un long silence. Enfin silence relatif, puisque l'on peut entendre une femme s'égosiller en fond ; ça ressemble à une affreuse chanson de l'Eurovision des années 70...
Puis soudain, sans doute pas la même personne que "l'artiste" puisqu'elle beugle encore derrière:


*rot gras*

...

...hamdoullah...

...


Basique ? LOL ! Mais genre d'quel ter-ter chelou tu t'pointes l'boomer ?!
S-M-L-P, qu'tu tchatches ou qu'tu baisses les yeux t'as vu, si un gonze eeeeeeeeeeeh beeeeeeeeeen y veut t'fout' une lon-meuh-balayette et qui lâche ses dobs qu'ont pas criav' d'puis "les" brouettes pour te fostran en quettebar trois-chatons ou qu'il y fout son brolic dans ton fiac juste pour golri, t'as cru t'allais dire pouce si t'as pas les boules j'suis ton zincou' mon pélot ? 
Frère, ta laïfe c'est cuit de ouf wesh. 

Hin hin... Créateurs et desstructeurs. Devoir manier les deux pouvoirs. Comme un sson de teuffeur qui résonne dans les bois. Un hurlement indisstinct de peur ou de joie. Hisstoire commencer pareil... Tout jaillit du ssilence. En profiter avant d'y retourner.

Toujours aussi philosophe, chère admiratrice des Fleurs.

En revanche...
Et pourtant j'ai réécouté plusieurs fois... Vraiment.
En ralentissant le texte, vous ne pouvez pas savoir...

Il s'éclaircit la voix...
Madame l'éructante ?
Je n'ai absolument pas compris ce que vous vouliez me dire.
Vous pourriez... 
Le formuler autrement ?
S'il vous plait ?

T'aurais consommé les mêmes choses étranges, tu trouverais qu'elle a raison.
... Rien qu'aux effluves on part dans le cosmos.


"Tu as un projet dans cette vie ? Dingue. Bon allez, mets-toi en slip-chaussette s'il te plaît."

- Je sais pas si ma consommation personnelle a changé à l'insu de mon plein gré mais je comprends de mieux en mieux Salomé. Et je partage son avis, d'ailleurs, bien qu'il soit pas réjouissant... Elle dit que craint ou pas craint, c'est pas la seule raison de se faire tuer ou pas tuer. En gros, hein. Je résume un peu, c'est bien moins imagé. Mais elle m'en voudra pas trop. Je pense.

 


L'homme est un loup pour l'Homme. Et pour le loup ?

"Madame est une locale, assurément !
Je reconnais bien là cet argot égyptien, ponctué de latin et de mots étranges comme étrangers...
Le langage fleuri des poissonniers du marché aux épices de Boubastis..."


*Miaulement lointain.*

"Elle dit qu'haranguer les citoyens de Romainville ainsi, alors qu'ils forniquent dans la soie et se goinfrent amplement de vin et d'olives, reste totalement illusoire et que vous pourriez vous attirer les foudres des autorités préfectorales.
Elle dit aussi qu'elle n'investirait pas une pièce de cuivre dans une caravane qui ne serait pas dignement escortée et que vous devriez vous méfier un peu plus des malfaisants.
Elle dit enfin que votre destin est scellé et que, devant les dieux, vous êtes soit stupide, soit téméraire...
Moi, j'ai pas d'avis, je fais que traduire."

"Ah, oui, j'oubliais...
Si Octave a une quinte de toux...
En supposant qu'elle soit juste...
Et que, subitement, le ton vienne à monter.
Combien ça fait de demi-tons ?
J'espère que vous avez l'oreille musicale parce que je ramasse les copies dans 5 minutes."

Mesdames,
Messieurs,


Je suis... proprement... effaré... par votre pessimisme.

Je m'assois dans le sable pour la peine...









Un long silence








Le bruit d'une personne qui devait être assise par terre et qui se relève sans avoir coupé le son de sa radio.

Non mais quand même, vous délirez à voix haute ou quoi ?

C'est une sorte de micro caché, plein de surprises et de surprises ? C'est ça ?

Vous allez donc tous continuer à vous terrer, à vous regrouper hérissés d'armes-qui-tuent juste parce que vous pensez que c'est la seule solution pour survivre alors que tout le monde me raconte, depuis que je suis sorti de cette drôle de ligne de métro désaffectée, que c'est terminé, que le monde est fichu ?


Une pause.

Pour la deuxième fois...

Une pause encore, il reprend presque à voix basse :

En si peu de temps ?!

Ça ne vous a pas suffit ?


Il soupire.

Manifestement, l'eschatologie a de beaux jours devant elle... Surtout si vous vous trompez !

Un autre soupir, plus ample.

Eh bien que les peureux me tuent !
Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise !?
J'espère qu'à Roningrad, tout le monde ne pense pas comme vous ! Sinon, la route sera longue jusqu'au Nord, après mon passage.3

Ça coupe brusquement.

- Je sens comme une pointe de déception, je me trompe ? Faut pas, Octave, faut pas. Pour les scatologies, je me prononce pas, mais... Note bien que parmi ceux qui t'ont répondu ici, peu sont du genre à se terrer... être attérés leur arrive, ok... et pour très bien connaître la plupart pour les avoir sous les yeux, peu sont si bien armés que ça. Note aussi qu'aucun de ceux qui t'ont répondu ici n'annonce la fin du monde, l'énième, ou même que ce monde soit fichu. Pas l'impression, non plus, que l'un, l'une ou l'autre, ici, ne cherche à te dissuader, toi ou quiconque, de mettre à exécution ton grand projet de voyageur seuls mais à plusieurs... A dire vrai, il se peut même très bien que seul, à plusieurs ou pas, tu survives plus longtemps, et l'as même déjà fait, que bien des gens qui ne voyageaient PAS seuls. Bon. De là à dire que c'est plus sûr, comme méthode... Chacun en pense ce qu'il veut. A titre personnel, je te cache pas que c'est surtout l'intérêt de la chose qui me laisse perplexe... Ça vient possiblement du fait que je voyage pas seul mais qu'on s'entraide quand même, y compris ceux et celles qui voyagent pas avec nous, que chacun est libre de partir, de revenir, a voix au chapitre concernant la direction à prendre... Bref. Ton projet a possiblement une dimension esthétique qui m'échappe complètement ou, plutôt, me passe complètement au-dessus, mais là, en l'état... A part faire tout pareil mais seul... Note que j'ai rien contre l'onanisme, pourtant. Même intellectuel. La preuve.

 


L'homme est un loup pour l'Homme. Et pour le loup ?

Il est pété lui, j'parie il porte des Crocs avec des fumantes d'ski jusqu'aux grenouillettes façon lardons d'nazis au Club Merde là, wesh. 

...

Zebi t'es pas seul tout à jacter qu'on pige keud' quand j'ouvre mon taille-crayon, en vrai vous faîtes comme des daronnes qui veulent ap' s'faire beurrer quat' nute'mi l'xénomorphe par papou et font genre y m'faut un p'tit doli à demain loulou, mais j'ai mes secrétaires comme dans Mad Men ici t'as vu, j'les connais ap' pourtant l'nésbi y sachent comme des vrais. 

...

W'ok j'vais lérou un b...heeeeeeeem, j'vais faire un EFFORT mamène.

...

'lors UNO: t'as d'jà téma à la barbare une pouf carrer ses griffes dans les mirettes d'une aut' tassepé pour une story d'FOND d'POMME-POTE ?! Sproooouiiiiiich ! Euaaaaaaaaaargh ! Y'a foye d'chocotte, que du seum ou d'la dinguerie. Et al' y'a une p'tite zonneré, la P-P c'était sacré à la cantoche, parole.
Trip sur un autre truc vieux schnock, là c'est encore plus BASIQUE: un gonze son blaze c'est Biffle-Man et lui son kif y'a même pas b'soin d'Wikipédo c'est façon Port-Salut. Il est ça comme, à moins d'lui scier l'zguégou son délire c'est sa queue sur ta gueule et si t'es psy c'est tout bénéf' ça va lui faire témon plus rapido presto l'jus d'coco dans ses balloches et son citron. Tu vas faire OUATE s'il est en mode Blanka, y t'course et veut t'faire une Chabal pour qu'tu d'viennes son melon à bite ? Tenter la réu' tupperware avec tes kheys qu'ont même ap' un gros schlass pour jégor' Jésus l'Agneau dans l'pédiluve ? T'as cru c'est vraiment la pétoche qui contrôle son haricot et son tuyau à foutre ? Claqué, fallait sortir l'dimanche comme disait une sista, ouaiiiiiiiiis ouaiiiiiiiiiis.

...

Deuz' ou...troiz'...?...: rien à carrer d'la fin du monde, j'ai un scoop, d'puis qu'ta môman s'est chiée d'ssus pour sortir ta tête de noeud d'sa foune, c'était d'jà terminax. Dans les glaouis d'ton pater même, si si. Tu peux chialer tout l'océan, l'gourou boulgour là, l'Carna sans blaze gère l'casino. Comme dans Casino. F-T-W gros. L'pessimicide c'est l'bonheur. 

Bordel, que quelqu'un lui dise d'arrêter de chier dans le micro. Même en me forçant à vomir avec la bouche près du micro, j'crois que j'arriverai même pas à son niveau d'imperméabilité d'élocution.

Bon m'sieur l'Octave. Si vous voulez une preuve que votre plan est pas si mauvais, vous avez qu'à me regarder. Des lunes qu'on dit que j'vais mourir, que le désert aura ma peau et qu'avec tous les ennemis que je me trimballe je ferai pas long feu et pourtant j'suis bien là, papy Orwell fait de la résistance. Té, si t'as l'cuir aussi solide que moi, t'as tes chances mon gars. Allez, perd pas espoir. Et reste vivant, donne leur tort à tous ces cons. Tu les emmerdes tous ces losers. Vis ta vie.

Par contre, juste un détail, évite de croiser ma route. Té !


 


Monsieur Clétus...
Vous me traitez de branleur.
J'ai tout à fait compris ce que vous disiez, vous savez ?

Il enchaine.
Mademoiselle l'Eructante.
Vous avez quand même un drôle de langage mais cette fois-ci j'ai un peu mieux compris ce que vous disiez.
Sauf la toute-fin que je n'ai vraiment pas comprise du tout.
Vous êtes très pessimiste.
C'est triste, je trouve.


Une respiration.

Quant à  vous, monsieur Orwell, vous êtes une sorte de vedette locale, je vous remercie de prendre le temps de m'apostropher lors de votre fuite éperdue, qui, comme vous le dites, se révèle plus facile ce que ce que tout le monde croyait, il y a peu.
Je reçois vos encouragements avec plaisir !

Une hésitation
Je ne sais pas où vous êtes et j'imagine que c'est mieux pour vous.
De ce fait, je vais avoir du mal à éviter votre route.
Je préfère vous dire où je suis.

Il parle de plus en plus bas.
Je suis à côté de monsieur Bob, nous aurions dû traverser le bras de mer à gué cette lune, mais j'ai fait une petite bêtise.
Je ne sais pas si vous faites comme ça, monsieur Orwell, mais peut-être que si... vous ne me semblez pas de première jeunesse, comme moi.
Vous évitez de vous gaver de médicaments toutes les lunes ?!
Les effets secondaires, vous connaissez j'imagine.

Il s'éclaircit la voix.
Eh bien sachez que les lunes où je souhaite faire abstinence de certaines substances médicamenteuses, je dépose mes algues, herbes ou sachets de poudre médicinale sur un rocher affleurant du sable.
J'ai fait ça la dernière fois.
Et je les ai oubliés.
Oui.
La honte.
j'aurais pu traverser, mais j'ai dû retourner chercher tout cela.
Je n'étais pas fier de moi...

Il reprend d'un ton un peu mécanique.
Donc pour être précis, en ce moment, je suis sur la rive nord du bras de mer que je suis censé traverser. 
Celui qu'on retrouve lorsque l'on se dirige vers la gauche quand on a rejoint le continent par la petite île qui est entre le territoire de Liberty Harbor et celui-ci.

On sent brusquement le sourire, dans ses mots.
Si vous pouviez éviter cette zone ce serait parfait !
Merci d'avance !


Un silence qui n'a pas le temps d'être pesant.


Mais je reviens à vous, monsieur Clétus.
Je vous pardonne de vos insinuations collantes et déplacées !
On m'a contacté discrètement, depuis mon appel aux silencieux, vous savez ?
On m'a dit de me méfier de tout et de tout le monde, de ne pas dire où je me trouvais pour protéger le Civil en devenir qui m'accompagne.

Malgré l'hésitation, il enchaine sans interruption
Sauf de vous !
Ah !



Là, il y a un vrai blanc.


Quand je vous verrai, je vous ferai ressentir la Divine Nonchalance.
C'est étonnant, j'arrive à voir ce qu'elle pourrait provoquer chez monsieur Orwell, pas encore pour vous.
Nous évoquerons cela quand nous nous verrons !


A très bientôt. !

une radio qu'on éteint pas.

Monsieur Bob.
Je compte sur vous !
Approchons nous du rivage, voulez vous ?
C'est par là que nous allons bientôt traverser.
Vous pourriez chercher quelques algues médicinales, vous ne pensez pas ? Sur le rivage, ce sera plus facile, je pense.


Ça coupe.



 

"Elle dit que vous vous méprenez fortement et que l'eschatologie n'est pas dans sa nature d'esprit.
Elle dit aussi que votre âme est tourmentée et que vous feriez mieux d'offrir des fèves à Carna plutôt que de jouer dangereusement avec la Roue du Destin.
Elle dit enfin que vous feriez mieux d'adopter des projets plus modestes si vous voulez rentrer dans vos frais.
Après... Moi j'ai pas d'avis, hein ? Je fais que traduire."

- J'ai rien contre les branleurs, Octave. Au propre comme au figuré. Se laisser vivre ou se faire du bien, dans les deux cas, ça me parait très sain. Cela dit, c'est moi-même qui étais visé, quand je parlais de branlette intellectuelle... et je n'en parlais qu'en référence à ton projet que je résumais par "faire ça tout seul". Alors que ce soit pauvre ou déplacé, ça, je te laisse en juger... Mais j'accepte ton pardon, quand même ! Au plaisir de te rencontrer, tu pourras tenter de me convaincre ou me faire voir tout l'intérêt de voyager seuls à plusieurs... Mais ne tarde pas trop, quand même. La bougeotte commence à me démanger... De terrer à enterrer, il n'y a qu'un pas et j'ai l'impression d'avoir déjà un pied dans la tombe.

 


L'homme est un loup pour l'Homme. Et pour le loup ?

Long reniflement, suivi d'une sorte de gémissement qui part dans les aigus.

Gniiiiiiihihihiiii-

Autre reniflement, suivi du même cri aigu qui se termine en ricanement.

Gniiiiiihihihinhiiiiiiin...

Bruit de pelle qui déplace de la terre.

La radio s'allume, il s'éclaircit la voix.

Au Traducteur, la jeune femme que je ne comprends pas toujours devrait s'attacher vos services, sa vie en serait transformée !
Merci à vous... 
Mais... il soupire... A quoi bon s'attacher à mener des projets modestes ?
Il se reprend.
Où on sommes-nous arrivés pour que le simple fait de se promener seul dans le sable du désert soit considéré comme un projet ambitieux ?
Monsieur Clétus a certainement une réponse à cela !
On va peut-être se croiser si vous partez en balade. 

Un petit rire
En tout cas, dès que vous parlez de tombe, on a l'impression d'entendre le bruit que ça fait d'en creuser une.
En l'attente, et en attendant  monsieur Bob, aussi, je vais continuer à faire mon prétentieux !
 

"Je vous en prie, cher monsieur, mon plaisir !
J'aime les langues, vous savez, vivantes comme mortes.
Hein ? Oui, les mortes-vivantes aussi...

Monsieur, puisque je suis ici, laissez-moi vous donner mon sentiment sur la question.
Voyez-vous, je suis également homme d'église et je suis sensible aux confessions publiques...

N'ayez pas peur de prêcher dans le désert !
Ce n'est pas parce que vous parler dans le vide que le sable n'a pas d'oreilles...
Croyez-moi...

Quant au reste...
Et bien, tâchez simplement d'être plus leste avec vos tables de la loi.
Les apôtres ne peuvent être des prophètes et un nain avec une matraque, même armuré, restera toujours moins dangereux que la jambe écorchée d'un colosse en guenilles...
Et David alors ? Me demanderez-vous...
David, c'est pas pareil, c'était un gitan.
Hein ? Comment ça, non ?"

Cher monsieur, je vous remercie de m'avoir donné votre sentiment.
J'apprécie le langage châtié dont vous faites usage.

Mais je ne pense pas que je parle dans le vide.

A Liberty Harbor, j'ai bien senti que les gens en avaient assez d'être tout le temps ensemble... ils avaient besoin d'un peu d'espace.
Certes, là-bas, ils étaient un peu pessimistes à parler de fin du monde, comme ça, mais ils étaient surtout déprimés par leur promiscuité permanente.
Ou alors, ils parlaient de fin du monde parce qu'ils étaient déprimés... aussi...
Je m'en suis rendu compte parce que moi, j'étais toujours de bonne humeur et complètement seul et libre de mes mouvements.
Ma capacité à maîtriser une bagarre était tellement faible que personne ne m'a jamais demandé d'assurer la moindre garde.
J'avoue...


Il hésite et le flot de paroles se tarit brusquement.

Une respiration...

J'avoue que c'est cette histoire de fin du monde qui m'a poussé à vous partager ce concept du Civil, 
J'essayais de guérir les gens, c'est tout.
Je voulais utiliser cette peur de la fin pour les inciter à briser chaînes de leurs habitudes délétères qui les incitaient à être sans arrêt en contact  les uns avec les autres ou avec le métal de leur arme.
Je n'ai pas précisé que j'étais le seul désarmé, pardonnez-moi.

Cela semble le déconcentrer, il hésite puis enchaîne.
Mais au contraire...
AU CONTRAIRE !
On sent presque, au sursaut de voix, qu'il a dû lever brusquement un bras en pointant l'index vers le ciel en répétant fort ces deux mots.

C'est justement maintenant que l'on sait que ce n'est pas la fin du monde qu'il faut maintenir au sol lourdement les tables de la loi que vous évoquez.
Cela ne sera plus la peur de la mort qui motivera celles et ceux qui se dresseront seuls et sans arme à l'orée du chemin vers le paradis, ce sera la volonté de prendre ce risque alors que le monde a tout l'avenir devant lui !


Il soupire.

Il faudrait juste que cette lune passe.
Monsieur Bob et moi on commence vraiment à avoir froid aux pieds à attendre de passer à gué.

Tout va bien se passer, monsieur Bob.