Umberto Piazola

74 ans - origine : Foutue mémoire...

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Umberto Piazola

"Gardez-moi des petits suisses à la cantine... Mais... Ca serait pas le timbre 'Le Luxembourg en chanson' de 1952, ça ? Che bellezza !" [Umberto vous attrape par le col] "Dammelo, pezzo di merda !"


Umberto était postier. Le meilleur. Et en Sicile, ça n'est pas peu dire. Des mollets d'enfer, qu'il avait, et il peut vous assurer qu'il faisait chauffer le caoutchouc de son vélo. Pas une lettre en retard. Des relations amicales avec tout le monde sur sa tournée. Une mémoire d'éléphant. Qu'est-ce qu'il aimait ce boulot...

Puis il est venu en France, pour suivre sa Paulette. Une touriste charmante, à l'époque. Au bout de quelques décennies, une grabataire comme les autres. Mais Umberto a aimé sa vie. Dans l'hexagone, à défaut de retrouver un travail de postier, sa libido professionnelle s'est déportée sur la philatélie. Et sur l'accordéon. Il a un sacré répertoire, le Umberto, et faut pas le lancer dessus. Mais c'est sans compter les années qui passent. Il a tendance à mélanger les textes et les mélodies, maintenant. Ainsi que les notes. Mais c'est pas bien grave. Son public d'aujourd'hui a la feuille qui part en rideau, ils seraient pas fichu de différencier ACDC de Charles Trenet. Alors il leur faisait ses petits concerts.

Ce public de sourdingues, c'était les résidents de l'EHPAD "Cinquante nuances de croûtes". Il ne se rappelle plus trop pourquoi on l'a mis là, ni quand. Certains disent Alzheimer. Mais à son époque, on disait juste qu'on était gâteux.

Quand tout a pété, il arrachait des mains d'un autre résident une lettre de sa petite fille. Pensez, dessus, il y avait l'édition tronquée à l'angle supérieur droit du timbre de la collection "Lozère champêtre" de 1966. Une rareté. Un beau trophée du monde qui partait en vrille. Peut-être le dernier. Il verra bien s'il en trouve d'autres, des timbres, sous les cendres.

En attendant, il a aussi perdu sa Paulette, celle pour qui il était venu en France. Et ses sphincters. C'est moche, la vieillesse.

Le livre de Umberto Piazola