La guerre de Joyland n'aura pas lieu.

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dernière modification de Mr Citron à 05/11 14:29
mots clés: joyland, L'épopée Transylvanienne, Comte Von Krakoug,

Comte Von Krakoug

La guerre de Joyland n'aura pas lieu.


De l'une des meurtrières de fortune de la vieille grange fortifiée à la hâte, le Comte avait pu suivre la tragédie qui se jouait, aux portes de Joyland : les barrières qui protégeaient l'entrée de la petite communauté avaient été levées, et une jeune fille de taille moyenne, portant un bonnet rouge visible à des lieues à la ronde, traînait sans ménagement une femme de couleur noire, le visage tuméfié, courbée et implorante... Celle-ci avait bien essayé de regagner le village, de se faufiler à l'entrée, mais avait implacablement été repoussée par les piques et les lances d'une bande de femmes et d'enfants hirsutes... Blessée à mort, la malheureuse n'avait vu qu'une issue possible, et quelle issue...

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La noire moribonde s'était traînée jusqu'à la porte de la grange, fortifiée par les soins du Comte et de ses bons camarades... Edentée, meurtrie, elle avait gratté à la porte, qui s'était ouverte sur la silhouette menaçante du grand vieux Sale, visiblement ravi...

"... Miss Boumbala, quel plaisir de vous voir ici..." Avait marmonné le vieil aristocrate au regard gourmand, en se frottant les mains... "Ne vous avais-je pas dit que nos chemins se croiseraient à nouveau?? Nous allons enfin pouvoir clore le malheureux chapitre de Vent Couvert, tous ensemble ici présents."

Le vieil enfoiré avait fait signe à Knudd et Monsieur Citron, les deux fieffés coquins, de se saisir du déchet humain, pour la rentrer sans ménagement dans la grange. La malheureuse protestait mollement, encore sonnée de la correction administrée par Joyland; le Comte, lui, exultait :

"Pas le pal dîtes-vous? Ma verge fière et pure? Je suis navré de devoir vous la refuser, l'Illustre Comte Von Krakoug ne mange pas de ce pain là... Rassurez-vous, vous allez sous peu être comblée... Vous souvenez-vous de tout ce que je vous ai promis? Et bien c'est maintenant, et vous êtes aux premières loges. Hin hin hin... Monsieur Citron, tâchez de nous trouver une broche assez conséquente pour la chère Mademoiselle Boumbala..."

Le vieux pourri s'était penché, pour coller sa figure blafarde contre le visage suppliant, il la saisit par les cheveux, lui susurre à l'oreille :

"Vous rappelez-vous, Miss Boumbala, de ce que je vous disais tantôt sur la lente agonie de vos amies? Mademoiselle Peggy qui était assez lourde s'est enfoncée assez vite sur le pieux, cela n'a pas pris plus d'une journée, et je vous rappelle qu'elle vous a maudite tout du long... Mademoiselle Sérénio, qui elle en revanche faisait votre corpulence, est morte dans la nuit du deuxième jour. Je pense très sincèrement qu'elle a du son salut a la merde, qui rendait le pal plus glissant... Aussi si vous ressentez un besoin pressant, là tout de suite, je vous suggère de ne pas vous retenir..."

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"Vous vous êtes surpassés mes amis. Vraiment... Mademoiselle Piqûre, rendons grâce à vos connaissances anatomiques si pointues..."


Von Krakoug s'auto congratulait devant l'oeuvre de toute la fine équipe : après des heures de hurlements, de râles, de pleurs et de gémissements, possiblement entendus jusqu'à Joyland, un pieu avait été enfoncé dans le rectum de Miss Boumbala, jusqu'à percer son intestin... A l'odeur infecte de feu Boarloch se mêlait maintenant celle de sang et d'excréments, des entrailles de l'ex Vent-Couverte... Toutes les parties charnues du corps étaient mutilées, et portaient des marques de dents, de découpage au canif, et d'entailles... Les joues et le nez avaient été méthodiquement rongés, en témoignait le visage du vieux dément couvert de sang, ses dents écarlates, son foulard et sa chemise maculés d'une sinistre gelée rouge foncée... Les doigts et orteils avaient été coupés, et les moignons expéditivement cautérisés à la braise...

Difficile de dire si la malheureuse était toujours en vie... Le corps allongé sur le ventre n'était plus secoué d'aucun spasme, alors même que monsieur Citron, comme un forcené, tentait d'enfoncer le pal plus loin encore, tandis que Knudd maintenait la tête assez droite pour faire ressortir la pointe par la bouche...

"Allons allons, amis. Vous avez tous bien travaillés, aujourd'hui..." Leur dit-il en épongeant sa figure suante et sanglante.

"Allez donc planter ça devant notre charmant bungalow... Nous l'emporterons avec nous plus tard..."




Piqure

La guerre de Joyland n'aura pas lieu.


En soins palliatifs une infirmière assure un confort maximal à son patient jusqu'au dernier instant.

C'était bien du coup que la mourante Miss Boumbala soit venue de son propre chef, mourir entre leurs mains.

C'est que pendant toute la durée de la lune qui s'achevait, la Miss avait alterné les insultes, les menaces, et les propositions de ralliement dans la radio du Comte.

Le constat de l'infirmière c'était : la colère, la démence, et la nymphomanie, son diagnostique l'aliénation mentale, son traitement l'Euthanasie.

Dont acte.

Si entraînée était-elle l'infirmière Piqûre cette fois, laissait ses camarades officier, elle ne servait que soutien à la pauvre patiente pour l'accompagner en douceur, vers le sort terrible qui l'attendait.

L'infirmière susurrait donc à l'oreille de la victime pendant tout le temps que ses compagnons l'entreprenaient.

Elle susurrait quand on lui écarta bien largement les cuisses pour marquer d'un coup de vieux ciseaux l'endroit où le pal entrerait.
Elle susurrait quand on lui découpa des morceaux de chairs, au niveau des bras, des fesses et des épaules, en évitant soigneusement de toucher quelque point vital.

Elle susurrait encore quand le Comte se pencha sur ce qu'on aurait pu appeler autrefois la beauté d'ébène, pour lui déchiqueter les joues à coups de canif et de dents.
Elle susurrait même lorsque ses murmures se perdirent dans les cris de la malheureuse dont on cautérisait les plaies, et qui résonnèrent avec une telle violence que le fantôme de Boarloch sut qu'il devait s'attendre à de la visite.

L'infirmière, professionnellement, méthodiquement, et avec une patience infinie, berça et cajola sa patiente durant toute son agonie.

Personne d'autre qu'elle, n'aurait pu répéter ce qu'elle avait dit. Miss Boumbala emporterait au tombeau les mots qui l'avaient guidée jusqu'au terme de sa vie :


"Ça ne va pas aller Mademoiselle Boumbala, et ce n'est pas bientôt fini.
Vous allez souffrir encore un peu plus dans une minute, et de plus en plus fort dans les heures à venir.
Mais ce ne sera rien, en comparaison de la fin qu'ils vous réservent. Vous nous avez vus faire, vous avez pu apprécier notre professionnalisme.
Aujourd'hui il est tout pour vous, tout notre talent à votre service.

Vous auriez du nous écouter Mademoiselle Boumbala, ou a défaut être fidèle aux personnes qui vous ont secourue. Croyez-vous que cela nous amuse de devoir vous punir?

Mais c'est votre faute,votre très grande faute. Vous êtes l'artisan de votre propre infortune.

Vous devriez être heureuse, vous partez avec panache et de la main de cet homme dont vous convoitiez les bons soins.
Vous les avez ses bons soins, ce n'est peut-être pas ceux que vous espériez, mais ceux là en vérité ne profitent qu'à moi.
Toutefois vous avez de quoi vous réjouir, jamais nous ne sommes autant appliqués, jamais nous n'y avons mis autant de soin.
Cela fait de vous, en quelque sorte, notre préférée.

N'essayez pas de vous évader dans votre tête, inutile d'essayer de penser à autre chose, la douleur est une chose dont on ne peut guère se cacher. Embrassez-la, épousez-la, et cela finira par s'arrêter.
Mais pas bientôt, non. Ils ne font que commencer."


Et elle continua, ainsi, pendant les heures que dura l'agonie, la torture, persuadée qu'en préparant sa patiente à toujours subir le pire, elle l'aidait à affronter ce qui l'attendait.

Rebecca

La guerre de Joyland n'aura pas lieu.



La douche froide avait été consommée, il s'agissait maintenant d'administrer un juste châtiment à tous les rats et autres parasites qui vérolaient Joyland de l'intérieur.

Il faut dire que Rebecca n'avait pas été facile à convaincre.
Les rumeurs et ragots avaient fait naitre en elle une méfiance qui s'était transformée peu à peu, au gré des diverses provocations échangées sur les grandes ondes, en véritable haine. Et seul un subtil mélange d'Appréhension, de Raison et de Vérité pouvait la faire changer d'avis au sujet du Comte et sa clique.

L'Appréhension était venue d'autres rumeurs. Celles faisant office d'une alliance. Entre le Comte et d'autres nomades circulant plus au Sud de Joyland. D'un armement suffisamment conséquent pour mettre à bas tout ce qui avait été construit jusque là... et menacer évidemment la vie de ceux qui lui était maintenant cher.

La Raison, quant-à elle, était venu d'un certain Bob Soporatto. Illustre inconnu aux oreilles de l'adolescente et pourtant figure d'importance car il n'était rien de moins que l'administrateur de cette alliance sudiste. L'homme avait su dans un certain sens la convaincre que toute cette histoire était né de quiproquo et qu'aucune des deux factions n'avait à y gagner dans un conflit armé. Avouant même que les provocations avaient dérapées, d'un coté, comme de l'autre. Mais malgré ses arguments Soporatto ne pouvait empêcher Rebecca de penser que tout ne pouvait pas être aussi simple. Qu'il y avait forcément anguille sous roche.

Et c'est là qu'intervient la Vérité. Sous la forme d'un enregistrement audio, ne laissant aucun doute sur l'identité de son auteur. Miss Boumbala, réfugiée ayant fuit l'horreur de Vent-Couvert, et qui jouissait maintenant de la protection de Joyland, se livrait à un retournement de veste de haute volée. Contactant de le Comte Krakoug, pourtant supposé être à l'origine de toutes ses peines, pour lui vendre littéralement Joyland en l'informant de l'intérieur.

C'était en quelque sorte la goutte d'eau qui renversait la vapeur.

Elle devait se rendre à l'évidence : Elle s'était plantée en beauté.
Et elle ne pouvait s'empêcher de mettre ça sur le compte d'une trop grande bonté d'âme.

L'adolescente bouillait de l'intérieur.
Prête une fois pour toute à débarrasser Joyland de la chienlit qui l'infestait. Elles avaient été trop tendre. Trop malléable. Et il fallait frapper un grand coup... sans évidemment de tromper de cibles. Et ces dernières étaient toutes désignées.

D'autres éléments perturbateurs peuplaient le parc d'attractions, et Rebecca laissait au bon soin d'Ella de régler ces cas là. Quant à elle... elle se gardait la joie de faire comprendre à cette grosse vache de négresse que nul n'était autoriser à se foutre de sa gueule.

Accompagnée par Sven, homme de confiance de la garde de Joyland, Rebecca arrivait devant la tente de fortune dans laquelle dormait notre chère girouette africaine.
Le grand nordique s'empressait d'extirper sans ménagement la mama de son sommeil, et sans lui laisser le temps de s'exprimer, sinon par cris et par pleurs, Rebecca la rouait de coup. Lui détruisant le visage à coup de bâton, et lui lacérant la couenne à l'aide de fil barbelé.

Et quelques fut les suppliques de la traitresse, Rebecca ne les entendit pas. C'est en silence, sans déclamer le moindre mot qu'elle appliquait sa sentence. Elle ne ferait pas l'honneur à cette sous-merde de lui expliquer les raisons de cette correction.

Une heure plus tard. C'est une Boumbala non plus noire, mais rouge sang qui était expulsée en dehors des limites du Parc.

L'agonie pouvait débuter.


Mr Citron

La guerre de Joyland n'aura pas lieu.


La chapelle diabolique qui servait de repère provisoire à la troupe de scélérats avait été barricadée pour soutenir l'assaut de l'armée des Pucelles. Citron s'était méthodiquement préparé à recevoir la troupe menée par son Octavia d'Arrogance. Il ne savait pas qu'elles étaient les chances de fesser ces mioches récalcitrantes, mais il s'en foutait. Son côté raisonnable était enfoui sous les immondices de ses méfaits. Seule comptait à présent de se repaître d'une bonne farce de cinglé.

Mais les voix du saigneur sont impénétrables, contrairement aux sphincters des suppliciés. Il faudrait se contenter de consommer l'hostie quotidienne, au nom du Comte, du Fist et du Cinglé d'Esprit. La dernière des sorcières de la forêt de Vent Couvert débarquait directement de Joyland sur son balai. Mais au lieu de parcourir les cieux, une pustule sur le nez, elle lézardait le sol, la gueule en sang. Elle avait été chassée de Joyland à coup de balai et elle ne tarderait pas à avoir un balai dans le cul.

Il faut croire que les Pucelles ne sont finalement pas aussi vierges que dans les légendes. Et que le crapaud ne se transforme pas toujours en prince charmant. La négresse coassait sur le seuil de la grange lorsque le Comte et ses suivants lui firent l'hospitalité de l'accueillir dans un ballet ignoble. Elle avait les yeux révulsés et tremblait comme un Parkinsonien.

Citron se souvenait vaguement avoir entendu parlé du vaudou lorsqu'il zonait dans les tunnels de son enfance. Ce suppôt de Serenio était manifestement une adepte de ces rites ancestraux méconnus. Mais elle ne tarderait pas à connaître l'exorcisme préféré de la troupe, le supplice du pal. La cruelle cérémonie pouvait débuter. Amen et peu amènes.

Erin

La guerre de Joyland n'aura pas lieu.


Aux portes du parc d'attraction délabré une silhouette rousse scrute la maison des horreurs. Ses longs cheveux cachent un rictus désapprobateur mais en aucun cas son regard gris glacial. Debout rigide comme un piquet, une pelle à la main, elle observe l’infortunée conduite à l’échafaud. Une traîtresse ? Sans aucun doute. Une punition méritée ? Erin grince des dents. La rouquine se fond dans le décor ne bougeant pas d’un pouce, tel un épouvantail devant Joyland. Quand les cris commencent, elle frissonne de dégoût mais ne bouge pas le petit doigt. La jeune femme rumine ce qui s’est passé, ce qui s’est dit, et les hurlements demeurent.

Son imagination s’emballe crescendo au fur et à mesure des heures qui passent.Le supplice continu et ses phalanges blanchissent à force de serrer l’ustensile improvisé en arme. C’est à ces sadiques que cette conne qu’on a aidé voulait nous livrer pour garantir sa survie ?Ce fut une négligence de ne pas soupçonner cette réfugiée, de faire preuve d’humanisme. Réfugiée elle l’était vraiment, mais prête à toutes nous sacrifier elle l’était aussi. Les sentiments de honte, de colère et de désarroi se mélangent tel un maelstrom d’émotions négatives.

Enfin ce qui reste de la noiraude est montré au grand jour, embrochée comme un cochon. La jeune femme regarde paniquée la scène macabre, sans bouger, sans protester. L’odeur, cette vision… Un haut le cœur menace la dignité d’une des vigies du parc. Elle se penche en avant, lâche la pelle, tombe à genoux et vomit, et vomit encore. Elle essuie les restes sur sa bouche et, sans se relever, lance un profond regard noir en direction des bourreaux.
Joyland sauve ? Erin ne le croit toujours pas.

Ella Maume

La guerre de Joyland n'aura pas lieu.


La Maume s’était fait une joie de devoir aller flirter avec la faucheuse, sans doute parce que les rénovations n’allaient pas assez vite à son goût et qu’il lui manquait un brin de ce qui avait fait sa vie jusqu’ici : la peur. Pourtant, une autre option avait été envisagée. Soprocto ayant joué les médiateurs, de longs palabres auxquels elle n’entendait pas grand-chose eurent lieu.
Elle avait appris que deux traitres se cachaient chez eux, et qu’il fallait donc faire quelque chose. La plus jeune de ses ainées s’occuperait de celle qui avait abusé de leur bonté, jouant la carte du traumatisme, de la douleur émotionnelle… Elle suivit tout cela de loin, prête à intervenir au cas où, mais ce ne fut pas nécessaire. La dame à la peau rouge et noire désormais, se dirigeait vers ces étranges nouveaux alliés, la gamine s’en désintéressa et alla effectuer la tâche qui lui incombait.

Elle devait se débarrasser d’un hôte gênant et en virer d’autres… Du moins participer à ces actions. Tout à fait le genre de boulot qu’on confie à une gamine de douze printemps, quoi. Normal. Enfin, depuis qu’elle avait quitté la cave paternelle pour les égouts, la notion de normalité était quelque peu étrange.
Accompagnée de quelques personnes, elle s’attaqua à celui qui se faisait appeler « Légionnaire »… Muet, armé, dangereux, certes, mais Légionnaire ? Il n’en avait que le nom. Il ne fit pas long feu. La Maume n’aurait su dire si c’était la boule d’acier qu’elle lui avait balancé en pleine face ou le coup de pique d’une de ses congénères qui l’avait fini, mais il était bien fini.
C’est sur place, après qu’il eut été dépouillé de toutes ses possessions, que la gamine entama la récolte. Nul sentimentalisme, nul dégoût. Elle aimait la viande et se foutait de sa provenance. Repoussant une mèche qui lui barrait la vue, elle se barbouilla de sang frais et ne songea nullement à se nettoyer avant d’aller rejoindre le reste des habitants.

Son état ne semblait plus guère les étonner, au demeurant, la chiarde n’étant pas un modèle d’hygiène. Après avoir partagé le repas avec tout le monde, elle alla se poster sur la Grande Roue, observant ce qui se passait alentours. Lorsque leurs voisins furent proches, elle alla retrouver ceux qui s’étaient proposés pour l’aider.
C’est donc en groupe, face à l’homme vert et au jeune Bergson, qu’ils arrivèrent. Bergson… Il était venu les trouver, leur avouant qu’il avait voulu les trahir mais que finalement, il préférait trahir ses nouveaux alliés… Une belle forme de tourne casaque, en somme. Sauf qu’un être aussi indécis ne pourrait jamais leur inspirer de confiance. Au fond, les fous qui étaient devant leur logis avaient au moins la constance pour eux.
Bref. Il n’y eut guère de bataille, le nombre faisait leur force. Ils ne leur firent pas grand mal, les laissant emporter leurs affaires, à peine réveillés. C’est aux portes de Joyland qu’ils comprirent sans doute. Ils étaient attendus. La gamine adressa un signe de tête à leurs nouveaux alliés, signifiant par là que le cadeau était fin prêt. Elle passait la main.

Comte Von Krakoug

La guerre de Joyland n'aura pas lieu.


Une véritable procession, qui se dirigeait à l'entrée du parc d'attractions en ruines, refuge de toutes les veuves, orphelins, et déshérités de la Terre. Une procession digne des cortèges de piété les plus réussis d'Espagne : une Semana Santa complètement tordue, avec pour tout char et idole, une vierge oui... Une vierge noire, atrocement mutilée, embrochée sur un pieu du fondement jusqu'à la bouche; couverte pour tout encens de sa propre merde, et pour toute myrrhe de son propre sang caillé et puant.

A tout seigneur tout honneur : le Comte arrivait en tête, drapé de la plus grande dignité possible, bien que le visage et les cheveux collés d'une hémoglobine ne lui appartenant absolument pas, dieu merci. Derrière lui suivaient Knudd et Monsieur Citron, chacun à un bout de la broche, traînant avec la plus grande dévotion, cela se voyait à leurs mines sérieuses, le macabre trophée. Johnny B-Good, aussi bon que l'indiquait son nom, suivait de près les deux porteurs, en portant lui même sur son épaule un lourd gourdin hérissé de clous dont la rouille n'était plus perceptible, cachée sous des pièces de peau faisandée...

Et pour fermer le glorieux défilé, qui avançait lentement en mordillant ses lèvres, jusqu'à en mutiler les pauvres muqueuses saignantes, l'infirmière Piqûre, caution morale de toute cette troupe de héros dignes des plus grands romans d'aventure... Seule femme de la fine équipe, et certainement la plus barje de tout le petit groupe...

Une magnifique procession, donc, qui serpentait jusqu'à l'ancien parking du parc d'attraction, sur lequel pourrissaient des véhicules à l'abandon, et des lampadaires éteints, dont certains en passe de s'effondrer sur les passants imprudents. Et c'est sur ce même parking, bien en vue de la grille d'entrée, que les affreux avaient hissé tel un mât leur abominable décoration, profitant d'un trou dans l'asphalte lézardée et défoncée. Puis la grille s'était ouverte...

Deux types à la démarche hésitante, chassés par la population locale, sortaient en emportant leurs maigres affaires. Douche froide de la rencontre : au niveau du guichet d'entrée, Bergson et son compagnon d'infortune étaient tombés sur le Comte. Vous ici, bel aristocrate? Quelle surprise...

"Monsieur Bergson je présume? Je suis ravi de vous rencontrer enfin..." Plus mielleux que de coutume, à la limite de l'obséquieux, l'aristocrate s'incline; derrière la grille de la communauté, une gamine crasseuse adresse un signe de tête au vieil enfoiré. "Et voilà donc votre ami, qui vient ajouter aux mondanités de cette douce soirée d'été. Je souhaiterais récupérer son sac à dos voyez-vous? Monsieur B-Good, rapportez-moi, je vous prie, le sac à dos de l'ami de l'estimable monsieur Bergson."

B-Good l'expéditif, silencieux et à la mine renfrognée, avait-il fait semblant de comprendre de travers? Ou avait-il simplement traduit l'ordre à sa façon à lui? Quoiqu'il en soit, positionné derrière le deuxième type, il venait de lui asséner un violent coup de gourdin clouté derrière les oreilles. Si violent que le craquement de la boîte crânienne n'avait laissé aucun doute quant a tout diagnostic de la Piqûre monomaniaque : fracture ouverte. Du genre très ouverte. Par mesure de sécurité, quand le porteur du sac s'était écroulé de tout son long auprès d'un Bergson plus tétanisé que surpris, le bon Johnny en avait rajouté une couche, en écrasant le crâne déjà bien abîmé sous le talon de sa ranger... Du sang, et de la cervelle venaient d'éclabousser le bas du pantalon de Bergson l'agent secret... Un œil tentait timidement de quitter l'orbite désormais plus très accueillante du macchabée...

"Hum... Merci Monsieur B-Good. Votre zèle vous honore, je me dois de vous le faire savoir." Le vieux grimace un peu, découvrant à la vue de son interlocuteur une dentition carnassière et rosée... Fermement, il prend l'exilé de Joyland par l'épaule, comme pour entamer une promenade amicale, avance sur le parking en maintenant toujours Bergson par l'épaule, et en chuchotant à la seule attention du triple agent double : "Nous ne ferons pas affaire ensemble, semble-t-il, monsieur Bergson. J'ai peur que vous ne soyiez beaucoup trop impliqué dans votre métier d'agent secret. Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, je ne remets absolument pas en doute vos compétences; j'ai simplement peur que vous ne sachiez plus, à terme, faire la différence entre les commanditaires de l'espionnage et les gens à espionner."

Les deux marcheurs étaient arrivés sur la rangée centrale des lampadaires du parking, toujours bien en vue du portail du parc communauté. Sur place, sous le regard critique de Mademoiselle Piqûre, Knudd venait de passer une corde terminée par un nœud coulant au réverbère vermoulu qui semblait le plus solide. L'étreinte du Comte, bras dessus bras dessous avec le désormais très condamné espion, s'était soudain resserrée comme un étau; impossible de s'en dégager. "Ne vous débattez pas." Le sinistre vieil enculé désigne d'un doigt osseux le cadavre ravagé de Miss Boumbala, qui coulait lentement sur le pal érigé tantôt. Il murmure à l'oreille du condamné : "Vous l'avez sûrement entendue gueuler, non? Alors ne vous débattez pas. Et cela sera plus rapide que pour elle..."

Plus d'espoir de s'échapper. A l'étreinte du Comte vient s'ajouter celle de Monsieur Citron, qui attrape les jambes de Bergson. Les deux sinistres enfoirés traînent sans ménagement leur chargement gigotant, jusque sous sa potence, alors que Knudd, le Viking des temps modernes, passe la corde de chanvre autour du cou de l'espion à la courte carrière.

"Hissez mes amis ! Ohhhh... HISSE !"

Implacablement, le nœud coulant se resserre autour de la gorge; Citron lâche les jambes du malheureux, Knudd tire de plus belle sur la corde... Le corps se soulève dans les airs, les jambes s'agitent frénétiquement dans le vide. En l'espace de quelques secondes, les yeux de l'infortuné gonflent sous ses paupières, le sang ne circule plus jusqu'au cerveau; une trique d'enfer vient déformer le devant du pantalon... Les jambes s'agitent toujours dans le vide.

"Epargnez à votre prude regard, mademoiselle Piqûre, la vue de cette proéminente verge, qui me conduit je l'avoue, à frémir de jalousie. Monsieur Bergson?! M'entendez-vous, là haut?? Tâchez d'apprécier votre moment ! Et surtout de trouver une position confortable. Vous y êtes pour un certain temps : vous ne descendrez que lorsque les chairs pourrissantes de votre cou céderont sous le poids de votre corps."

Joyland, terre de la joie... Il n'y avait qu'à regarder son accueillant parking plongé dans la pénombre, pour bien s'en rendre compte...


Mr Citron

La guerre de Joyland n'aura pas lieu.


A l'entrée du parc d'attractions, sur une pancarte en bois, le voyageur de passage peut lire distinctement "Bienvenue à Joyland". A côté de ce message d'hospitalité, ses yeux tomberont sans nul doute sur le cadavre d'un homme se balançant au bout d'une corde et d'une femme embrôchée à un pal. Tout compte fait, il s'agit peut être d'un message d'avertissement.


Un parc d'attractions sans maison des horreurs, c'est un peu comme une une bière sans alcool ou une olive sans noyau, ça a un goût de dénaturé voire pas de goût du tout.
Oui jeune fille, toi qui est toujours pucelle et qui me regarde avec des grands yeux affligés, je vois bien à ton minois boudeur que tu n'as pas eu ton lot de sensations fortes. Il t'en manque une, l'essentielle, celle dont tu n'avais pas parlé à ta génitrice mais que tu espérais secrètement trouver en venant ici: la Peur, la belle et grande Peur.

Alors jette un oeil par-dessus la muraille de Joyland et admire le spectacle proposé par le Comte et sa troupe d'artistes tortionnaires.
Vois cette négresse défigurée, sanguinolante, que ces saltimbanques promènent embrochée du cul à la gorge. C'est le trophée de ces tristes sires. Et regarde avec quelle violence, ils donnent la mort à ce pauvre garçon muet pour lui arracher son sac à dos comme de vulgaires voyous dénués de respect pour la vie humaine.
Et clou du spectacle, il amène un beau garçon au gibet. Oh nooon, ils vont le pendre haut et court. Et ils se réjouissent, oui, ils sont fiers de leurs méfaits. Ecoute-les rire à gorges déployées pendant que leur victime, dans un réflexe des plus humains, cherchent de ses mains tremblantes à desserrer cette corde passée autour de son cou.
Pour inspirer un grand bol d'air salvateur, pour alimenter ses poumons et son sang en oxygène, pour tout simplement vivre. Mais il ne survivra point, il va s'asphyxier. Il est mort.

Toi qui personnifie la sérénité, l'amour et la gentillesse, tu es confronté à ces loups qui se repaissent des chairs de leurs semblables. Quel drame, quelle horreur ! Tu sens tes poils se hérissaient sur ta peau et ton estomac se nouer. La bile commence à te remonter l'intestin, tu vas vomir. Tu as peur, tu es terrorisée...tu pleures ?

Mais non, ne pleure pas chérie, ce n'est rien. Cesse de cacher tes yeux derrière tes doigts et regarde qui est le malandrin qui se balance par cette corde. Tu le reconnais ? C'est Bergson, le vil Bergson. Celui-là même que tu espérais eviscéré dans tes rêves les plus inavouables.
Bergson a été tellement méchant avec toi. Il t'avais promis l'Amour, il t'avait écrit un poème maladroit mais tellement touchant. Mais tu n'osais pas lui parler, lui donner un baiser.
Alors il s'est détourné de toi et tu as compris que ce n'était qu'un menteur qui cherchait à t'abuser. Il a regardé sous la jupe de ta meilleure copine avec son sourire de pervers. Et pire que tout, il s'est moqué de toi dès que tu avais le dos tourné. Il t'as humilié. Oui, ce cloporte t'as trahi, il ne méritait que la mort. C'est lui qui s'est passé la corde au cou.

Quelle ironie du sort ! Maintenant, tu souris et tu ressens du bien être. Tu vois, tu n'as plus peur, tu es rempli de haine. Une partie de toi est comme ce Comte et ces croque-mitaines. Mais tu ne le diras jamais à ta maman ! Oh que non, tu ne le diras même jamais à personne. Tu seras une menteuse pour le restant de tes jours ma petite Pucelle. Ce sera ta face cachée, ton côté obscur, ton penchant inavouable. Inavouable mais tellement jouissif.