Deutéronome

Chapitre débuté par Azazel

Chapitre concerne : laura, Rōningrad, Azazel,

L'Eternel te frappera de l'ulcère d'Egypte, d'hémorrhoïdes, de gale et de teigne, dont tu ne pourras guérir.
 
Deutéronome 28:27

Des lunes qu’il se trainait une courante pas possible. Il devenait difficile de garder ce corps dans un état présentable. Non qu’il en ait quelque chose à foutre en vérité.

Le groupe avait atterri dans ce qui semblait être LA cité depuis maintes lunes désormais et il ne s’était pas accomodé de la nourriture locale. Une certaine Penny torturait les nutriments et les condiments et c'est tout ce qui était servi. De sa longue et mouvementée existence il n’avait pas connu pire saloperie pour les intestins.

De manigances en duperies, il avait fait ériger son Qidsu à la sueur du front des autres. Le responsable de la bienséance cadastrale l’avait néanmoins exilé en périphérie du cloaque qu’ils nommaient Roningrad. Azazel s’en accomoderait, le temps était pour lui de toute façon.

Il avait mis à profit les quantités invraisemblables de matières qui suintaient de ses orifices pour consolider les paroies du Qidsu. L’odeur semblait incommoder les passants, mais là encore qu’en avait-il à foutre ? Depuis le pas de son antre il observait la vie courante des vermiceaux. Le mépris aurait transpiré de lui s’il était resté un port libre, mais visiblement la maladie progressait.


Une fin d’après-midi alors qu’il se rendait vers la vigie, il perdit quelque chose au milieu de la route. Il ne sembla pas s’en rendre compte, poursuivant nonchalamment son trajet.


Cela resta en l’état quelques jours avant que la rue ne soit nettoyée par un inconnu.


Il finit par se soigner, forcé par l’impérieuse nécessité d’être entendu. Les conventions des hommes étaient toujours très présentes et visiblement sentir la merde n’était pas plus admissible aujourd’hui qu’hier.

Laisser pourrir sa bite au soleil, au milieu de la voie publique non plus, mais heureusement personne n’avait semblé remarquer son oubli.

 


 

Voyez, j'ai mis le pays devant vous
Allez, et prenez possession du pays que l'Eternel a juré à vos pères,
Abraham, Isaac et Jacob,
De donner à eux et à leur postérité après eux.

Deutéronome 1:8
Ça pue. Ça Schlingue. C'est affreux.

Une étrange atmosphère plane dans le Nord-est du village.

Ma maison. Dans la rue. Du caca partout. Du caca. Pas du crottin de cheval ou du fumier de porc. Du caca. De la merde humaine.

Lors du nettoyage en règle, la petite blonde ne tarde pas à trouver l'épicentre du phénomène qui est venu souiller son domicile.

Le coupable fait partie des derniers habitants à s'être installé dans la petite communauté champêtre (enfin surtout fortifiée ne l'oublions pas).

Et voilà qu'un spectacle infligeant attend la jeune femme devant les portes du fameux "temple", en bonne diplomate elle garde son calme et se contente de hausser un sourcil de désapprobation (et de croiser les bras avec un léger déhanché).

Un raclement de gorge sourd (pour une Laura) suivi d'une voix calme tout à fait neutre... nan c'est pas vrai, le ton a un léger (fort) teint autoritaire..

"Azazel, faut qu'on parle, il me semble urgent de redéfinir avec toi les principes de la vie en collectivité."

Tout en sortant de son antre, Azazel tentait d’identifier la voix qui l’interpellait. Les lieux étaient décidément bien étranges. En d’autres temps, une femelle n’aurait pu s’adresser à lui.

Dans le contre-jour il reconnu la silhouette de celle qui parlait au nom des autres. Il avait bien posé quelques glyphes sur sa porte , mais ils étaient destinés à son enfant, il n’avait que faire de la génitrice.

Néanmoins elle pourrait se révéler utile en attendant qu’il puisse oeuvrer dans l’esprit des enfants de Roningrad. Au moins cela ne changeait pas, les humains pullulaient, tels des rats. Comment le miséricordieux avait-il pu en faire ses préférés ?

Azazel cracha par terre à cette pensée.

Il se redressa complètement, toisant la femelle. Son sourire figé reprit place sur son visage burriné.

 

- Madame Laura, ma bonne amie !

Je ne vous avais pas encore vue autour de mon humble Qidsu. C’est un grand plaisir pour moi de vous y accueillir.

Que puis-je faire pour vous être agréable ?

Courageuse ou totalement écervelée, la femelle a l'apparence d'une proie facile pourtant elle ne se montre pas du tout intimidée. Du moins en apparence. Elle se retient de se boucher les narines et de grimacer de dégoût.

"Azazel, mon bon ami." Dit-elle en affichant un grand sourire factice.

"J'aimerais bien ne pas retrouver vos matières fécales en dehors de cette... Cette chose." Pointant du doigt l'édifice derrière lui.

"Et des latrines prévue à cet effet." Indiquant vaguement la direction à prendre.

"En tout cas certainement pas sur ma porte ou dans la rue." Portant un regard sévère sur un ton se voulant courroucé. Sans hurler bien sûr, il ne sera pas dit que Laura est une hystérique.

"Je vous invite également à vous laver plus régulièrement et à prendre d'avantage soin de votre corps." Un frémissement de narine vient ponctuer cette dernière réclamation.

La petite blonde fixe le regard du démon (sans voir conscience du danger) tout au long de sa tirade, s'évitant avec grâce la vue désagréable du reste de l'anatomie pourrissante.
 
- Guhuhuhuhu !

Le rire fut presque sincère.

- Madame Laura, bien qu'un peu déçu, je prends bonne note de vos remarques. Sachez que les orifices deviennent parfois capricieux quand l'âge fait son oeuvre, vous y viendrez aussi j'en ai peur.
Soyez néanmoins rassurée, ma présence autour de votre maison n'avait pour unique but que d'apporter une .... protection sur votre progéniture. Les esprits sont parfois capricieux et on est jamais trop prudent.

Azazel renifla bruillament

- Vous êtes de ceux qui comptent ici, de ceux qu'on écoute, de ceux qu'on jalouse. Les mortels ne sont parfois pas moins dangereux vous savez ?

L'homme fit un pas vers Laura.

- Après tout ne parlez-vous pas au nom de cette... cité ?

Un pas de plus.

-  Celle-là même qui domine le petit monde qui nous entoure ?

Encore un pas.

- Tout cela pourrait être à vous...  Du levant, au couchant.

Un dernier pas, si près qu'il finit son intervention dans un souffle, se penchant à l'oreille de la jeune femme alors qu'aucun sourire n'habite plus son visage.

- Vous pourriez offrir tout cela à votre enfant, ma bonne amie. L'étoile du matin pourrait...  vous y aider .... Je ... pourrais vous y aider...

L'homme entame alors  un geste lent de la main, essayant de saisir le poignet de Laura.
Premier pas. La petite blonde reste stoïque.

Second pas. Elle hausse son second sourcil.

Troisième pas. Elle réprime un mouvement de recul.

Quatrième pas. Les poils de son cou se hérissent.

D'un geste rapide elle éloigne sa main avant de fixer l'homme imposant droit dans les yeux, presque face contre face.

Son regard crie très clairement 'NE ME TOUCHE PAS', mais sa voix reste calme et d'une clarté limpide.

"À quoi est-ce que vous jouez avec ces paroles subversives ? Etes-vous réellement en train de proposer Sohan en tant que futur Roi de Roningrad ? Moi en tant que Reine régente ? Et Roningrad en tant que Capitale du monde connue ?"

Le bleu de colère qui scintille dans ses yeux montre qu'elle n'est pas du tout ouverte à cette idée.

"Vous avez un problème avec le fonctionnement de l'USSR, Azazel, si c'est le cas on peut en discuter mais sortez d'abord de mon espace vital."

La maman lionne se veut féroce et indomptée.
 
L'homme semble sincèrement amusé par la réaction qu'il vient de susciter.Il ne semble pas pour autant partit pour bouger.
Il reprend en chuchotant  


- Ma bonne amie, ne voyez dans mes propos nulle malice, voyez-y .... un avenir, un champ des possibles. Votre enfant est né sous une ... bonne étoile !

- Guhuhuhuhhu !

Reculant vers sa tanière sans quitter Laura du regard.

- Je n'ai par ailleurs aucun problème avec notre bonne vieille USSR. J'ai .... pris bonne note de vos remarques et saurait me plier à vos .... exigences. Ne perdez néanmoins pas de vue que votre destinée n'est pas inévitablement de parler pour les autres.

- Guhuhuhuh !
Souviens-toi du jour où tu te présentas devant l'Eternel, ton Dieu, à Horeb,
Lorsque l'Eternel me dit:
Assemble auprès de moi le peuple!
Je veux leur faire entendre mes paroles, afin qu'ils apprennent à me craindre tout le temps qu'ils vivront sur la terre.


 
Deutéronome 4
Ce texte vaut une bière !

Il avait passé les jours suivants à observer la jeune femme de loin.

S’approchant de ses fenêtres la nuit, pour psalmodier des incantations obscures.

Par miracle il n’avait pas été repéré. Il faut dire qu’il avait daigné se laver, pour faire bonne figure.

Un doigt de pied ou deux y étaient restés, rien de notable, mais l’eau du puit aurait sans doute un goût bizarre pendant quelques temps.

Un jour qu’il écoutait aux portes du bureau de Laura, il l’entendit annoncer au désert la fin de ses fonctions. Elle sortit de l’office sans se retourner.

Aussitôt il s’engouffra dans la pièce, barricadant la porte derrière lui.


Il fouilla un peu partout, cartes, notes, boutons de la radio.

Celles-ci s’éveilla, des voix invectivaient, moquaient, pleurnichaient.

 

Un large sourire édenté au visage, le déchet pris le micro :

 

- Guhuhuhuhuhuhu !