Le siège glorieux de Vent-Couvert.

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Chapitre concerne : L'épopée Transylvanienne, Comte Von Krakoug, buenavistasocialclub, serenio, knudd, lecamping, peggy,

Les lumières de la civilisation s'étaient éteintes à jamais avec la panne de la dernière centrale nucléaire, privée de la présence de ses bons travailleurs, et plongeant l'humanité dans l'obscurité la plus totale... Vent-Couvert n'échappait pas à la règle. A l'angoissante tombée de la nuit s'était mêlée une pluie battante, qui détrempait les vêtements des assaillants, les âmes noires des malfaisants, et transformait peu à peu le sol de l'entrée des bois en bourbier poisseux et collant.

Sur les barrières de fortune de la communauté, un cadavre de femme pendait tête en bas, accroché par les mollets aux défenses de bric et de broc. Morte là où elle avait défendu le maigre mur. Aucune lumière naturelle ne venait éclairer la scène morbide; juste les torches du groupe d'attaquants, qui vivotaient et dont les flammèches tentaient de résister à la pluie... Le temps idéal pour le Comte.

Le vieil enfoiré, terré toute la journée dans le coffre de l'épave de la 206 pour échapper aux rayons vengeurs du soleil, avait été prévenu par une tape sur la carlingue de la part de son infirmière, qu'il était temps de mettre le nez dehors. Tel un vieux vautour, l'aristocrade avait enfin daigné ouvrir le coffre, pour passer sa tête dehors et humer l'air humide et malsain des sous-bois détrempés.

"Guerre !"

La longue silhouette s'extrait du coffre, dans une gestuelle et un cérémonial excessifs, aidé de l'abominable femme dont la tenue jadis blanche n'avait absolument plus rien d'immaculé.

"La guerre et son cortège de malheurs, mademoiselle Piqûre... Famine, tortures, violences et rancœurs !"

Plus loin, sous les barrières de Vent-Couvert, un groupe d'hommes hirsutes et crasseux, et une femme chauve mais non moins souillon, observaient par les interstices des défenses, l'intérieur du repaire. Ils combattaient et piétinaient ici depuis des jours, avides, poussés par la cupidité, et la faim qui commençait à se faire sentir dans les rangs... A l'intérieur, il ne restait visiblement plus qu'une personne, traquée, blessée à mort, retranchée au fond d'une cabane en planches vermoulues complètement barricadée.

En compagnie de la sinistre Piqûre, le grand malade au teint gris s'avance dans le bois, à quelques pas des barricades. Prenant un air inspiré, et levant les bras au ciel, il s'exclame :

"Mes frères tombaient l'un après l'autre devant mon regard ! Sous le poids des armes que possédaient tous ces barbares ! Des lances des haches et des épées dans le jardin d'Eden, qui écoulaient du sang sur l'herbe verte de la plaine..."

Puis à l'attention de Monsieur Citron, en désignant l'orée de la forêt :

"Monsieur Citron, quittez le siège, prenez avec vous Monsieur Knudd, taillez des pieux assez larges et hauts pour pouvoir y planter un être humain du fondement jusqu'aux lèvres! Erigez ces pieux à l'entrée du sous-bois je vous prie. Ce lieu maudit sera l'avertissement concret qui refroidira les ardeurs de tout malfaisant souhaitant bafouer nos valeurs de paix, d'humanité, et de bonté."

Le Comte se frotte les mains. La pluie battante a peu à peu laissé place à une bruine légère. L'eau polluée trace des sillons noirs sur la peau grise; vision assez peu esthétique, que celle de ce long visage gris et sale, qui vient se coller au non moins hideux faciès de l'infirmière fêlée, pour susurrer d'un ton tant malsain qu'obscène :

"Quand Mademoiselle Serenio sera en notre possession, qu'elle soit dépouille mortelle ou bien captive frétillante, vous emploierez, chère amie, toutes vos connaissances approfondies du corps humain, pour me faire empaler ce démon malfaisant et odieux au bout d'un pieux... Les victimes du Diable et de ses associés seront vengées sous peu. Croyez-le bien."

Et de rester là, à observer le siège, ravi de la tournure des événements...

Le festin s’annonçait gargantuesque. Les amuse-gueules avaient été avalés sans coup férir et la pièce montée était en préparation. Manquait plus qu’à farcir les chous de crème et à se régaler. Mais les convives étaient visiblement trop confiants. Grisés par leurs aptitudes à dézinguer du solitaire désarmé dans la cambrousse, il s’attendait à une mise en scène sans anicroches. Ils n’avaient pourtant pas lésiné sur la promotion et le casting.
Mais après les premiers actes, le scénario ressemblait de moins en moins au siègle glorieux de la mythique Ilion. Au lieu de combats homériques à base d’entrochequements de héros et d’interventions divines, le spectateur assidu assistait plutôt à des coups d’épée dans l’eau de boudin. Hélas, le vieux aède aveugle ne chanterait point la gloire des assaillants pourfendant Serenio, l’incarnation du Mal, pendant les siècles à venir.
Point las, le lugubre Comte n’avait pas pour autant perdu de son éloquence théâtrale. Il gesticulait, il vociférait, il embellisait, il bouffait de la viande avariée, il pissait dans un violon…La pièce devait être sauvée, le final devait être grandiose et grandiloquent. Se tournant vers Monsieur Citron, il invita le tunnelier à préparer le décor du futur baisser de rideau.

Avec Knudd à mes côtés, je m’enquis de la requête du Comte et me dirigeait vers l’orée de la forêt toute proche. En passant près de la couche de Boarloch, je constatais que notre comparse était toujours prostré, le regard dans le vague et la bave aux lèvres. Le rugueux simplet avait dû se chopper un parasite en trempant sa pine dans le vagin de cette catin chinoise. A moins que notre chère infirmière lui est administrée un cocktail de son invention à des fins expérimentales.
Je m’aventurais dans le bois et repérait un arbre couché sur son tronc. Avec l’aide de Knudd et d’un tuyau métallique, je cassais une branche de diamètre respectable et d’une longueur d’homme que nous entrepenions de biseauter à l’une de ces extrémités. Ainsi pourvu de ce pal de circonstance, nous retournions dans la clairière entourant le cloaque de la pute Serenio à la rencontre du Comte et de son infirmière personnelle. Un sourire aux lèvres, j’humais la pestilence qui se dégageait de l’endroit.

Très cher ami, voici une broche à démon prête à être introduite dans l’orifice rectale de cette catin de Serenio. Il est temps de lui déboucher les sphincters pour lui faire apprécier notre humanisme compatissant arf arf arf.

Criant d’un ton de fou aliéné, Citron se tourna vers la palissade avec les mains en porte-voix

Sors de ton antre démon, viens affronter ton châtiment. Tu ne manipuleras plus jamais la moindre cervelle à ta guise. Vengeance pour notre frère Boarloch, le simple d’esprit que tu as zombifié. Tu vas crever dans d’atroces souffrances salope…

*Après l'attaque violente essuyée pendant la nuit et le départ précipité de Judith, blessée et découragée, Serenio avait un moment perdu pied. Elle était partagée entre une colère noire et un désespoir profond. Heureusement, elle avait pu se procurer un morceau de plastique que Peggy avait caché sous sa couche. Cette drogue sommaire lui permis de voir plus clair et c'est avec un aplomb rassurant qu'elle revint à la cabane pour s'adresser à tous

"Chers tous...
Nous sommes l'objet d'une haine impersonnelle et notre abri, notre petite organisation, notre joie de vivre n'est pas la bienvenue dans cette région, il faut se faire une raison. Dehors, les enragés qui nous en veulent ne sont pas prêts de cesser leur siège : ils ont juré la mort de Vent-Couvert.
Soit.
Mais pas la votre les amis.
Vous avez encore une chance de survivre : quittez notre forêt pour esquiver cette rage insensée et tentez de survivre ailleurs, comme vous le pouvez.
Je vais vous faire des coupons pour partager le reste de nos réserves afin que vous partiez avec de quoi tenir bon quelque temps.
Allez à l'entrepôt récupérer votre paquet et prenez la poudre d'escampette, il est encore temps.
Moi je resterai, je ferais diversion et je donnerai volontiers ma vie pour sauver les vôtres...
A quoi ça sert de mourir tous ensemble alors que leur coqueluche, la cible de leur haine, c'est moi?
Je ne vois pas.
Peggy, toi qui m'a accompagnée depuis le début : ne désespère pas ! regarde nous, caillou, la miss et adolfe sont là, tom le barbouilleur aussi, je te souhaite de pouvoir participer à son projet artistique...
Caillou, je te remet toutes les planches que tu as durement fabriqué. Merci de ta compagnie et de ton accompagnement à nos soirées chantantes.
Miss Boumbala, je n'oublierai jamais les bons repas que nous avons cuisinés ensemble... Puisses-tu faire naître à nouveau des sourires repus comme ce fut le cas ici.
Adolfe, je te souhaite de dépasser tes complexes et de t'affirmer enfin dans ce monde nouveau...

Mes amis, la vie amène la mort, je croyais qu'on serait à l'abri ici. La preuve en est que non...
Je vous souhaite bon vent...

La fine équipe avait profité des derniers rayons de soleil avant le changement de lune pour assouplir le siège de la boîte en carton où se terrait Serenio. Chacun vaquait à ses occupations. Le Comte se tapait un somme dans le coffre ouaté qui lui servait de couche, Piqûre faisait travailler son imagination pour tenter de réanimer le baveux Boarloch, Citron et Knudd étaient partis récolter de la viande de cloportes dans le désert alentours.
Profitant de ce délitement manifeste de l'attention des assaillants, une tierce personne réussit à s'introduire incognito dans la communauté devastée pour porter assistance à Serenio. La scélérate avait manifestement plus d'un tour dans sa besace.

Alors que l'astre du jour disparaîssait au loin, la troupe à nouveau réunie, faisait bon accueil à un nouvel arrivant, Johnny B-Good. Il avait eu droit, comme il se doit, aux envolées lyriques du Comte et au check-up complet de l'Infirmière. Citron dressait déjà la tablée pour partager un festin de viande faisandée avec ce renfort de fortune. La nouvelle lune devait s'ouvrir cérémonieusement avec l'empalement de la sorcière Serenio. Un spectacle son et lumières qui cimenterait la bonne humeur des affreux et compenserait la perte annoncée du simple d'esprit à la trique vigoureuse.

Un appel radio retentit alors dans la clairière de Vent Couvert: ''Peggy est de retour, elle est venue ravitaillée Serenio. Je répète, Peggy est venu au secours de Serenio. Fin de communication.''

Manifestement, la démone Serenio avait encore l'espoir de sauver sa peau et de se carapater. Cette perspective peu glorieuse et la remise aux cartons du supplice de la sorcière provoquèrent la fureur du Comte. Se tournant vers la palissade du cloaque, il vitupéra sa colère et harangua la troupe pour prendre d'assaut le repère des deux salopes.

Telle la créature de Frankeinstein, le mort-vivant Boarloch se leva dans un dernier baroud d'honneur. Il défonça la frêle palissade en s'écroulant dessus de tout son poids. Un râle bestial s'échappa de sa gorge alors qu'il s'affaissait sur le sol. A croire que cet endroit était vraiment soumis à des forces surnaturelles.
L'accès à la cabane était maintenant dégagé. Johnny B-Good, l'expérimenté guerrier, avec Citron sur ses talons, s'introduisit dans l'antre du mal en un tour de main suivi d'un coup de pied bien senti. Les deux sorcières furent vidées de la cabane manu militari.
Le Comte se pencha avec délectation sur la face apeurée de Serenio en se frottant les mains. Derrière lui, son assistante médicale affutait déjà son matériel. Le pal allait bientôt recevoir son trophée.

Peggy la cochonne, fortement amochée, essaya de profiter de l'attention focalisée vers sa maîtresse, pour se traîner vers la forêt et échapper aux regards de ses bourreaux. Elle n'était plus qu'à deux pas du couvert des arbres lorsqu'elle vint buter sur une paire de bottes. Soulevant son visage ensanglanté, elle croisa le regard de Knudd.
Le prévenant Knudd qui était resté en arrière de l'assaut pour intercepter d'éventuels fuyards qui auraient tenté de se faire oublier dans les Limbes. Sa botte se souleva et vint s'écraser, dans un bruit sec, sur le crâne de Peggy. Le sac de viande qu'il portait sur son épaule allait faire le plein d'ici peu.