Dans l'abîme du temps

Chapitre débuté par Trym Aksel Moen

Chapitre concerne : Citrus Campus, Trym Aksel Moen,

L’homme avait un lourd passé, mais tout résidait dans un échec, larmoyant et complet, son histoire est triste et désolante, pourtant il n’est pas un saint homme, loin de là, il est même le contraire de ce qu’on pourrait appeler un homme de bien. Il s’est pris pour Dieu, tout simplement, quittant la notion d’homme, qu’il soit bon ou mauvais. Mais les Dieux sont sadiques et égoïstes, loin d’être en accord avec le partage du paradis. Ils plongèrent avec célérité le monde dans l’enfer pour l’empêcher d’atteindre son objectif.

Cet homme qui a joué à Dieu, c’est le docteur Trym Aksel Moen. Né en Norvège, il vécut toute son enfance à Arkam aux Etats Unis où il y fit ses études en génétique avant de travailler en Ecosse pour une société pharmaceutique du nom de Transhumanisme and Monarque, une filiale secrète de la Kaine Entreprise. Tout vous raconter serait long et complètement inintéressant, mais il semblait important de vous dire qui il était

Notre scientifique au repos forcé s’était arrêté dans un manoir en ruine, la décrépitude de la bâtisse ne voilait pas entièrement la splendeur et le luxe qui avait habités les lieux, abandonné bien avant le cataclysme, laissant des murs sans intérêt et une toiture éventrée aux vents et au sable. Il ne trouverait rien d’intéressant, il ne trouverait même pas un ouvrage digne d’intérêt, alors il sorti le sien, présent dans son sac en cuir qui ne le quittait jamais, Trym retira avec soin le voile de soie qui recouvrait le grimoire.

L’ouvrage était en cuir épais flanqué d’un pentacle informe et biscornu, une créature tentaculaire en décorait la couverture et les hiéroglyphes qui dévoilaient son titre n’étaient pas traduisibles. Sur la seconde de couverture on pouvait y lire les vers : « N'est pas mort à jamais qui dort dans l'éternel, En d'étranges éons, la mort même est mortelle. »-Abdul al-Hazred-

Il profita du calme, de la sérénité des lieux pour l’ouvrir et replonger dans ses pages maudites, elles étaient aussi fine que du vélin et les écritures ésotériques étaient en lettres pourpres. Il avait raté quelques choses et la folie qui emplissait son esprit alors qu’il y plongeait son âme, n’apportait aucune réponse, juste des doutes et des craintes. Ses rêves deviendraient cauchemars mais la clé de tout ne pouvait être ailleurs que dans ce livre. Le royaume du roi en jaune s’était rependu sur le monde, laissant courir Nyarlathotep et ses frères sous le soleil.

Le temps avait sombré sans qu’il ne s’en aperçoive, plongé dans les contrés de l’horreur, la nuit était tombée telle un couvercle sur cette demeures qui avait pris des allures inquiétantes de cauchemars, un grattement sur le plafond c’était fait entendre, l’animal devait être énorme mais il n’était pas sûr que cette apparition soudaine était réelle ou le simple fruit de son imagination. Son cœur s’emplit d’effroi alors qu’il se saisit de sa lance. La relique retrouva son linceul de soie et son tombeau de cuire, retrouvant l’épaule de l’homme prêt à prendre la fuite, il n’avait que trop trainé.

A pas de loup, il prit le chemin de la sortie, sortant du salon démeublé pour entrer dans le couloir dont la porte était à présent fermée. Un coup de vent certainement, c’était probable si le sol n’était pas devenu luisant sous la lune d’argent, du sang parcourait le dallage souillé, laissant une trainée de l’entrée à l’escalier. Des traces de pieds nues étaient clairement visible, un enfant certainement. Mais quelque chose n’allait pas, une singularité frappa le scientifique qui se figea un long moment dans la contemplation des empruntes. Elles étaient trop longues et au sommet de ses doigts de pied dont le gros orteil semblait fort écarté de ses frères, des coups de griffes avaient défiguré à jamais le marbre.

Ca ne pouvait être réelle, ça ne pouvait être ça, elle était morte, ça ne pouvait en être autrement. Mais il était homme de science, curieux comme sa condition l’exigeait, il ne pouvait rebrousser chemin et laisser cette énigme sans réponse. Dus-t-il en mourir.

Il se mit à monter les marches qui se mirent à grincer sous ses pas, comment n’avait-il rien entendu jusque-là ? Comme happé dans un autre monde, sans son ni temps. L’étage était relativement semblable au rez-de-chaussée, à l’exception de cette trainée de sang frais et poisseux, si c’était elle, elle cachait bien mal sa présence, sure de ne pas être dérangée. Mais elle avait dû le sentir, sentir sa présence et son odeur, il n’était plus propre depuis des jours, le voyage ne permettant pas une toilette régulière. Alors pourquoi ne l’avait-elle pas attaqué, pourquoi était-elle restée ? Tant de questions lui trottaient dans la tête. Et en même temps, si il s’agissait d’un simple mutant…

Le sang le mena à la dépouille d’un blaireau roux, ou un renard obèse, de ce qu’il en restait, exsangue, c’était un mammifère assez volumineux et carnivore à en juger par ses crocs. La bête avait dû se défendre, la créature responsable devait être redoutable, il se mit à regretter son choix et son obstination, maudite curiosité qui l’avait mené à cette fin probable. Il allait être père, il avait une famille et des gens qui comptaient sur lui, crever aussi stupidement pour le savoir… Et après tout, c’était toute sa vie, il s’enfonça d’avantage dans le ventre de la demeure, suivant les traces de pas ensanglantées.

Un grognement suivit d’un feulement animal, il était vu comme un prédateur, la bête qui avait dévoré le blaireau se sentait acculée, elle deviendrait d’avantage dangereuse, mais il devait savoir si c’était elle, il ne pouvait plus reculer, c’était trop tard. Une commode entre-ouverte dans le fond de la chambre était la seule cachette possible pour la bête sauvage. De la pointe de sa lance, il finit d’ouvrir la porte qui grince sans ménagement. Il s’attend à ce que la créature lui saute dessus, lui arrache la gorge de ses dents pointues. L’homme n’était pas sans défense, il défendrait chèrement sa vie, mais là où il s’attendait à une attaque, il ne trouva qu’un trou béant dans le mur.

Petite maline… Il devait avancer d’avantage alors que la bête qu’il suivait ne s’était pas encore montrée. A devenir fou, rêve ou réalité ? L’homme semblait voyagé dans un songe, un cauchemar à la réalité prenante et oppressante, son cœur allait exploser, son esprit allait se briser, il devait savoir. Le pas de trop fut franchi, Trym entra dans cette pièce secrète, comment ne l’avait-il pas vu plus tôt ? Cette pièce était de bonnes tailles, éclairées par deux fenêtres brisées et partiellement barricadées où les rayons de la lune blafarde venaient dévoiler un cadavre.

Une femme d’une trentaine d’année aux longs cheveux blancs et tressés était allongée pour l’éternité dans une posture de respect. La personne qui l’avait posé là avait pris grand soin à ce que les charognes et les insectes ne s’occupent pas de sa dépouille qui avait fini par se momifier au contact de l’air chaud et sec du désert. C’était remarquable et terrifiant, mais pas autant que la présence qu’il senti enfin dans son dos. Il se retourna avec empressement, lance à la main, c’était elle !

Sa créature était tapis dans le trou par lequel il était passé, la seule sortie, elle n’était pas la proie, elle l’avait piégé, c’était elle le prédateur. Il s’était laissé avoir par sa curiosité, il était foutu. Deux yeux rouges flamboyants dévoilaient un visage juvénile d’ange aux lèvres retroussées sur des crocs aiguisés. Elle était postée sur ses quatre pattes, bombant son dos couvert d’une robe qui avait dû être élégante dans le passée. Elle allait l’attaquer, il allait finir égorgé par sa propre création. Les Dieux lui rendaient ce qu’il avait semé. Trym accepta son sort et posa sa lance, l’ironie de sa folie.

-Je suis heureux que tu sois en vie, Tamma.

Elle comprit ce qu’il lui dit, son regard changea et elle s’assit aussi tôt, comme un chien qui aurait reconnu son maitre. Elle avait reconnu son nom… C’était incroyable, il reprenait espoir, son cœur se gonfla de fierté, elle était douée d’intelligence, la femme derrière lui avait dut prendre soin d’elle et après sa mort, Tamma lui avait préservé sa dépouille, comme des peuplades primitives auraient pu le faire. C’était incroyable. Ils restèrent un long moment à s’observer. Elle n’était pas docile, loin de là, il avait peur qu’un mouvement de trop la pousse à attaquer ou à fuir. Mais il était encore une fois trop curieux. Il s’apprêtait à avancer vers elle quand un autre bruit se fit entendre dans le hall. La porte d’entrer s’ouvrit et une voix de femme cria le nom de Trym.

Tamma disparue aussi tot, Romy était en danger, sa femme et son enfant allait rencontrer sa créature. Il reprit sa lance et se lança à sa poursuite. Mais alors qu’il dévalait les escaliers, il ne vit qu’une blonde enceinte jusqu’aux yeux, heureuse de l’avoir retrouvé. Il savait que sa chose les observait, mais il ne la rêverait certainement jamais. Heureux et fier, Trym embrassa la russe avant de reprendre le chemin du campement.