Implocalypse pulsative

Chapitre débuté par Danuta Klamczynski

Chapitre concerne : sonic, kitty, exodus, Danuta Klamczynski,

Toys R Us.
Enseigne abandonnée.
Rongée par le sel de l'eau. Juste là, sous le pont. On peut la lire encore quand le vent repousse les algues en surface.
Et je la regarde d'en haut. Je me dis que dans mon ventre rond, celui qui s'y cache ne connaitra jamais cette frénésie face aux rayons débordant de jouets. Pas de hurlement, pas de caprice. Pas de frustration face à la société de sur-consommation.

Toi + Nous.
Misiu caresse mon ventre qui m'encombre un peu plus chaque jour. Il caresse à travers la couche de peau, à travers la paroie de l'utérus, le pied de notre enfant cherchant à repousser les limites de son oeuf.
On est déjà une famille. On se parle quand on mange, on se raconte une histoire, on se dit bonne nuit. On s'aime même plus qu'avant que tout ne commence à déconner. L'amour, c'est tout ce qu'on a trouvé pour maquiller la cruelle vérité.

Terreurs Nocturnes.
Je te sens te crisper soudain. La nausée me réveille. Je rêvais que mes règles étaient de retour et que je cherchais dans un placard sans fond des tampons sans applicateur. En vain. Je glissais sur le sang de mes règles. De mes floppées de règles. De quoi repeindre l'enseigne dans l'eau. Dans la nuit, je touche mon sexe, tout est humide et j'ai mal à nouveau. Je sors de la tente à quatre pattes pour voir si je me suis pissée dessus à la lumière des braises. Pas de sang. Mais ça ne sent pas la pisse non plus.
La douleur revient. J'ai peur. C'est trop tôt. 
Bien sûr, si il y avait eu un hopital, un vrai, tu pourrais finir ta croissance dans une couveuse. J'ai compté, ça fait 7 mois maintenant. Mais là. Trop tôt. Tu voulais aller voir les jouets ? Mais c'est nul les jouets. C'est juste des merdes que donnent les parents pour avoir la paix ! Reste dans mon ventre.

Têtu et Nu.
Ca fait un mal de chien. Je te sens descendre et arracher mon ventre au passage. Je reste à genoux. Mes plaintes finissent par réveiller tout le monde. C'est la panique. Je les insulte tous. En polonais. Pourquoi ma mère ne m'a jamais dit que ça faisait autant mal ? J'ai la tête qui tourne. L'apocalypse n'est pas que dans ma tête, elle est dans mon ventre aussi...



 

Pause vagale : 


Tréfonds Nimbés.
Je n'y vois rien, pas même le kaléidoscope habituel. Des voix lointaines me ramènent à mon présent en équilibre sur le fil du rasoir. Des cris se rapprochent ? Ou plutôt ma conscience remet le volume de la réalité à fond. Kafka voit la tête, p'tain de merde ! Je pousse sans force. Je sens que Misiu maintient le haut de mon dos, je sens son souffle suspendu à chacune de mes contractions. Tobias n'est pas là, il pisse sûrement. Providence s'angoisse derrière Babush. La tête, c'est le plus dur. C'est bientôt la fin. J'hurle ma rage pour deux, trois, quatre, cinq et bientôt six.

à Terme et à la Nicotine
L'instint me fait tendre les bras pour sortir mon bébé de mon vagin déformé. Un élan naturel, plein d'amour et de liquides gluants. Je me le colle sur la poitrine. C'est une fille p'tain de merde ! Providence m'apporte de quoi te protéger du froid. Tobias passe voir, la curiosité est plus forte parfois. Misiu m'embrasse. J'embrasse Misiu. Le petit ver nu que tu es, gémit de faibles sons, alors qu'on s'affaire pour te décrocher de ton planceta encore en moi. Tu es une battante, tu aspires déjà le colostrum. Mon corps découvre sa nouvelle fonction, celui de biberon magique. Babush sort une cigarette, celle qu'il gardait pour cette nuit-là, car il savait que ça serait une nuit, p'tain de merde ! Tous les six, nous nous détendons. Ou presque. Mon ventre continue de me torturer. Le placenta sort. Enfin, je crois. Je te donne à ton père. Moi, j'ai encore du pain sur la planche.

Naissance Torturée
Ton placenta refuse de sortir. Des contractions plus fortes m'extirpent de ma torpeur. Je m'agenouille contre l'avis de Babush, parce que, p'tain de merde, ça fait moins mal comme ça. Je craque et pleure. Je me demande si finalement, je ne vais pas mourir avant de contempler le miracle de ton premier sourire. Autour, c'est le silence. Akio te donne à Tobias pour m'entourer de ses bras, pour ne pas me laisser crever seule. Je lui dis merci, mais je me retiens de le supplier de m'achever. Le temps s'étire quand on veille un mort en surcis. Sauf qu'on ne veillait pas le bon mort.
A force de pousser, mon corps expulse un autre petit bébé. Inerte à coté de ton placenta. Babush a le courage de regarder. Moi, j'ai peur de comprendre ce qu'il vient de se passer. Tobias s'approche de Providence, et lui chuchote quelques mots l'air grave. Il ne t'a plus dans ses bras. Je tremble, j'ai froid.
"Misiu, Misiu ? Emmène les au magasin de jouets... Je crois que ça leur ferait plaisir de voir toutes ces couleurs, ces musiques, donne leur de beaux ballons et des guimauves... Emmène les, on ne sait pas quand on repassera dans le coin... Faut qu'ils en profitent..."
Kafka m'enveloppe dans des couvertures, je tremble toujours. Je pose ma tête bourdonnante sur l'épaule de Providence.Tobias remet du bois pour ressuciter notre feu. Et Misiu s'en va avec nos deux bébés dans les bras, pour leur montrer l'enseigne, d'un peu plus près, juste un peu plus bas.