Des chiffres et des lettres

Chapitre débuté par Conan

Chapitre concerne : Forty-niners, Cerberus, Conan,

Il commençait à faire froid sur le désert. La plupart des survivants se couvraient. De vêtements. De cuir. De fourrure. De sacs poubelles. De n'importe quelle saloperie qui tenait un peu chaud.

Parmi les Cerberus, deux personnes détonnaient. Ice, bien sûr, qui paraissait reprendre des couleurs seulement quand le thermomètre passait sous les 0°Celsius, et Conan, pour qui un pagne consistait le summum de la mode vestimentaire.

Le groupe tuait le temps, à défaut de gens, dissimulé dans une des nombreuses villes abandonnées qu'ils croisaient régulièrement. Quelqu'un, un jour, avait décidé de faire de cet endroit son chez-lui. D'y rebâtir la civilisation, peut-être, ou, au moins, un havre pour ceux qui y trouveraient refuge. Quel qu'il ou elle aie pu être, il n'avait sans doute pas envisagé que les pires racailles du Fract viendraient y jouer à cache-cache entre deux massacres.

Conan avait cru comprendre qu'un groupe ennemi était proche et qu'ils devaient donc se montrer discrets. Pas de feu. Pas de drapeau débile dressé sur un des bâtiments en ruine. Pas d'entraînement avec des armes à poudre. Tous les véhicules gardaient le moteur éteint et étaient dissimulés du mieux possible dans les diverses baraques en ruine. Et interdiction de sonner le vuvuzela avant le dernier instant.

Pour s'occuper, le colosse s'amusait à grimper et descendre les escaliers du poste central. Rien de bien fantastique, mais ça constituait un entraînement comme un autre et ça lui permettait de jeter un œil au paysage depuis la vigie.

C'est ainsi qu'il fut le premier à les voir. Un groupe plutôt imposant. Du moins c'est ce qu'il avait pensé lorsqu'il les avait croisé, seul et sans arme, de longues lunes auparavant. Rien que des proies, désormais. Des gens qui avaient choisi le mauvais camp. Et pour Conan, le mauvais camp englobait à peu près le monde entier à l'exception de ses amis et lui.

C'est en battant son record de descente d'escalier que la montagne de muscles rejoint Pechad et les autres pour les prévenir. L'heure du massacre était venue.

Si pour beaucoup l'hiver approchait, c'était bien une sorte de printemps que vivait la Charogne : un renouveau et une reprise en main de sa vie qui partait salement en couille. Cela se traduisait par l'absence de consommation de drogue et de chair douteuse, des relations sexuelles un peu plus classiques (mais toujours sanglantes) avec Pechad, et une session régulière de gerbes intenses et purificatrices pour s'extirper les toxines du corps.

Et justement, ce jour là, la Charogne était au fond du caniveau. Pas littéralement, mais pas loin non plus : les véhicules bâchés, il traînait non loin à genoux dans le sable froid, recrachant ses tripes à grand renforts de crispations gutturales. Scène presque émouvante, Pechad se tenait à ses côtés, tapotant le pillard d'une patte de velours tatouée. Pas la première fois qu'il gerbait, malade comme l'était la bête lors des voyages véhiculés, mais ses récentes prouesses vomitives laissaient par moment sans voix. Surtout lui.

Calmé, le tas de débris mobile retourna se lover dans un coin, la fine couche de givre sur ses vêtements témoignant une fois de plus de son expertise en camouflage. Toujours à l'écart du groupe, sobre et n'ayant pas touché de drogue depuis ses abus répétés, il comptait sagement ses munitions et vérifiait l'état de son arme. Pour une fois, on n'allait pas l'envoyer devant comme un loup de plus dans la meute : il savait à peu près quand le groupe attaquerait, et quel serait le but recherché.

Doucement, il observa sous sa couche textile les aller-retours de la montagne de muscle, et secoua comme toujours la tête en désapprobation. Il n'appréciait guère les méthodes martiales dépassées de Conan, mais ce dernier se révélait tout de même redoutable lorsqu'il ne se fourrait pas l'épée dans l'oeil -pas que cela le gênait- ou se trompait de truc à taper. Lorsque ce dernier arrêta son ménage, le cliquetis de la dernière balle chargée accompagna sa descente de marche, et la nouvelle Charogne se leva à son tour.

Inspirant à pleins poumons l'air frais précédent les massacres habituels de la meute, il s'avança, toujours en avant garde, sans attendre d'ordres ou de réactions.

La portière claqua, et la Charogne revêtit son masque de Mort une fois de plus.