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Chapitre débuté par Djek'ill

Chapitre concerne : djek'ill, l'autre,

Ce texte vaut une bière !

Une ombre craint-elle plus la lumière que l'obscurité ?

"- Allez ! Allez ! On se bouge le trognon mes mignons ! On creuse, on pioche, on se dandine et on extrait ! On se remue mes mignons ! On se remue, et on recommence ! Allez !"

Perché sur sa chaise Louis XIV qu'il fait balancer dangereusement malgré son état totalement délabré qui reste néanmoins peu accordé à son environnement méprisable, le garde-chiourme chantonne tout en donnant des coups de garcette, ça et là, au gré d'une musique aussi peu juste que celle relâchée par sa voix.
Qu'importe les fausses notes à son auditoire qui n'écoute pas, ou plutôt, n'entend pas. Une vingtaine de forçats, l’œil vitreux, reproduisent les gestes d'une mécanique biologique qui a depuis longtemps remplacé l'engin mécanique qui sévissait dans ces boyaux, faute de carburant.

"- Allez ! AAAALLLEEEEÊÊÊÊEEEZ...rgh ! Kof ! Kof ! Kof!"

Voulant pousser ses cordes vocales martyrisées vers une hauteur vertigineuse, l'être vicié manqua s'étouffer dans l'air qui lui rendait la pareille.

"- Rhaaa...aaaah...saloperie de poussière de merde !!!"

Le voilà qui envoie un violent coup vers la tête du moustachu qui passe devant lui. On lui a bien sûr défendu de le faire, mais qu'importe ! L'expression de son art, frustrée, réclame réparation et le zombie qui se tord devant lui fera parfait office. D'ailleurs, cela ne semble pas l'incommoder.
Aussi l'énergumène assène les coups, les uns supplantant les autres suivant une cadence qui s'emballe, sans que sa victime n'y oppose plus de résistance qu'un regard béat s'évanouissant peu à peu sous un tas ecchymoses. L'être misérable ne prend pas même la peine de lever le bras pour se protéger la tête qui ramasse les coups à la pelle.

Lorsque le visage du moustachu se met à couler suffisamment pour dégoûter finalement son bourreau, ce dernier lui assène une énorme baffe pour détourner de sa vue la face ravagée. D'un dernier coup de pied rageur, il envoie la pauvre créature valdinguer en direction de la grande râpeuse.

"- Mais qu'est ce que tu fous, bordel ?!"

Plus efficace pour calmer ses nerfs que le martyr d'une bête de somme humaine, l'arrivée d'un ouvrier supérieur recale le chanteur frustré sur son royal reposoir.

"- Il faisait n'importe quoi, j'ai essayé de lui expliquer comment faire le boulot !"

L'arrivant soupire et s'avance en direction du moustachu dont l'explosé de face n'est fort heureusement pas entré en contact avec le tapis broyeur animé sans état d'âme par plus d'esclaves encore. Jamais ces derniers n'auraient arrêté la rotation des pointes diamantées, furent-elles en train de dépecer l'un des leurs.

Fort heureusement pour la bête, donc, sa face n'était pas éparpillée sur la petite dizaine de mètres de tapis roulant, mais elle était restée suffisamment proche de ce dernier pour cuire à la chaleur dégagée par le frottement des diamants contre la roche. Les lambeaux de peau générés par les coups de garcette commençaient déjà à remplacer l'odeur repoussante de l'ouvrage difficile par un appétissant fumet de cochon grillé.

L'homme ramassa l'esclave et le remit sur ses pieds. Ce dernier ne bougea pas.

"- Mais merde ! T'as vu ce que t'as fait ? Il est tout pété ! Qu'est ce que tu veux qu'on fasse avec ça ?
- En même temps, s'il est pas foutu de tenir un seau, c'est quand même pas une grande perte...!
- Très philosophique, vraiment !
- J't'emmerde !"

Comme si l'air n'était pas déjà suffisamment irrespirable, le dégénéré s'allume un énorme joint et entame un repli stratégique vers les confins de méandres de sa cervelle.

"- Viens avec moi, toi !"

Si l'homme n'avait pas été trop prompt à se tourner vers la sortie, il aurait perçu le temps d'hésitation anormal, il aurait armé son révolver et logé une balle de 45 magnum entre les deux yeux encore vitreux. Mais il était pressé de quitter la puanteur, et la pénombre.

Illumination, brillante clarté fait fondre les ailes.

"- Bon, voyons voir ce qu'on peut faire pour te retaper..."

L'ouvrier peine à ajuster la hauteur de son tabouret pour se mettre au niveau du visage tuméfié. Il abandonne son combat contre l'adversité et accepte de plier le dos pour contempler les meurtrissures.

"- Bhé tu t'es pas loupé, mon cochon !"

D'un geste nonchalant, il s'empare de la bouteille de lave-vitre. Cela fait longtemps qu'elle a prit l'habitude de n'être plus remplie de son produit savonneux, au profit d'un résidu de gnôle infâme montant dans les 95° d'éthanol.

Sans ménagement, il en asperge le visage sanguinolent qui prend alors une teinte rouge vif. Le saignement, qui s'était calmé, reprend de plus belle.

Caché derrière ses yeux vitreux qui se camouflent eux-même derrière des paupières au volume surprenant, le moustachu ne réagit pas à la brûlure éthylique.

"- Ca soulage, hein ? Haha !"

Pour faire bonne mesure, l'individu asperge une dernière giclé sur la charpie. Il prend un bâtonnet de bois et palpe les chairs tuméfiées avant de déclarer.

"- Bon, les tests, maintenant."

Il chute de son perchoir pour se placer devant l'esclave.

"- Plie un genou ! Ouvre la bouche ! Repose le pied à terre ! Lève le bras en l'air ! Lèche ton coude ! Plie le genou ! Ferme l’œil gauche ! Plie le genou ! Relève toi ! Attrape le vide ! Ferme l'oeil droit ! Tourne sur toi même ! Repose le pied ! Ouvre l'oeil droit ! Saute deux fois ! Ferme l'oeil droit ! Tourne sur toi-même ! Attrape ton genou gauche !..."

Les ordres absurdes se succèdent rapidement. L'esclave réagit au quart de tour, tel un automate. L'ouvrier a l'air satisfait.

"- Bien ! Je pense qu'il ne t'a pas trop défoncé. Repos !

Tu vas prendre cette caisse d'explosif et la descendre dans la galerie. Tu reprendras ensuite le travail. On nous a donné l'ordre de passer au travers du rocher. Vous allez pouvoir reprendre les choses sérieuses !

...

Tu t'en fous, hein ! La vie est tellement facile pour toi..."

L'esclave réagit et se saisit de la caisse. Elle est particulièrement lourde, mais cela semble l'indifférer.

Qui suis-je ?

Allez, remue-toi ! Le boulot ne va pas se faire tout seul !"

Le moustachu n'hésite pas et se retourne vers l'enfer qui lui sert de foyer. L'enfer est chaud, finalement. Brûlant.

Quand vient l'aurore, il est déjà trop tard pour défaire le règne des monstres.

Ho putain de merde ! T'as vu ta gueule, toi ? T'as failli me faire débander !

Avant de s'occuper du nouvel arrivant qui ne semble pas faiblir malgré le poids conséquent de la caisse qu'il tient devant lui, le préposé au matériel s'offre le temps d'imprimer les derniers coups de reins qui l'élevèrent vers l'orgasme. La jeune femme qui lui sert de vide-bourses aurait pu être belle, si on ignorait totalement les couches d’exéma immondes qui lui dévorait le cou et la base du visage. Ses yeux ne clignaient pas alors que sa tête tressautait au rythme des assauts viriles. Aucune crispation ne pouvait se lire à la commissure de ses lèvres. De ses yeux, aussi vitreux que ceux du moustachu, on pouvait lire plus qu'une certaine quiétude, un absentéisme, alors que le bourrin suait à grosses gouttes au dessus de son postérieur qu'il mettait de l'entrain à démonter sauvagement. Aucun bruit ne venait de ce corps maltraité, mais plutôt de la table métallique sur lequel il reposait, qui crissait sur le sol et grinçait en amortissant le vas-et-vient.

Des grognements, il en filtrait pourtant d'une bouche, celle du préposé qui revenait difficilement à lui en donnant quelques claques sur la fesse qu'il dominait, pour se donner une contenance quelconque.

Alors ? Qu'est ce que tu m'apportes ? Hhhhh !!!

Il avait voulu sortir trop vite. Son membre encore roide s'était plié alors qu'il faisait un pas de côté pour avancer vers le moustachu.

Avec un rictus de douleur, il se massa le sexe puant de déjections avant de s'essuyer sur le dos de la jeune femme toujours prostrée.

Ouiiii-i-i-i ! Encore plus de couleur !

Distraitement, il ouvrir la caisse, que tenait le moustachu immobile, plongea la main entre les lamelles de papier pétrifiées qui protégeait quelques bâtons d'une dynamite des plus douteux. C'est en voyant ce qu'il empoignait que le préposé reprit son sérieux.

Avec le plus grand soin, il reposa le bâton dans son conteneur, en s'assurant qu'il ne suintait pas.

Bien ! Hmm...

Il s'approcha d'une carte placardée sur le mur qui était maculée d'inscriptions. A l'aide du crayon suspendu à sa chaîne, il nota une croix sur un conduit représenté sur le papier jauni par le temps. Il se répéta.

Bien ! Tu vas emmener ça dans le conduit B37 de la galerie G475.

Le moustachu fit une volte rapide et se dirigea vers la porte sans un mot. Ce faisant, il fit sursauter le préposer.

Mais put...aiiin !!! Attends, bordel ! Stop !
Mais merde, tu dois être équipé d'une puce i2, toi ! C'est pas possible d'être aussi con ! T'as une idée de ce qu'il y a dans cette caisse ? Tu vas tous nous flinguer espèce de taré !

Allant pleinement dans le sens de son discours, il mit une claque au moustachu.

Ho, toi ! Tu te lèves, tu remontes ton froc et tu vas filer un coup de main à monsieur ! C'est de l'explosif, alors vous faites doucement !

S'animant finalement, la jeune femme se redressa, remonta le pantalon informe sur ses cuisses maculées de sang et d'excréments comme si c'était la chose la plus naturelle du monde et se dirigea vers le moustachu sans sourciller. Elle attrapa l'une des deux poignées de la caisse qu'il soutenait et attendit qu'il en fit de même avant de se tourner à son tour vers la porte.

Sans un mot, sans même se regarder, les deux esclaves avancèrent de concert vers la galerie indiquée.