Le dur Rolland de l'opium

par Lhonore

dernière modification de Lhonore à 14/02 21:33
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Lhonore

Le dur Rolland de l'opium

Ce texte vaut une bière !

PREMIERE BOULE


Il grelotait de froid.
Il n'en pouvait plus.
Cinq lunes sans manger...
Pourtant ses sacs regorgeaient de nourriture de la Cité, depuis qu'il les avait trouvées.
Ces putains de boites !
C'était le moment.
Il sentait ses os, à travers la toile de son treillis.
Il avait l'impression que ses joues lui rentraient à l'intérieur de la bouche.
Il était mort.
Ou juste, pas encore.


Tout va bien... Tout va bien... Tout va mal.

Il ouvrit la boite.
La boite aux trois boules.
Il se saisit de la petite pipe que lui avait confiée Allegra en lui laissant l'opium.
Il se saisit de l'une des trois boules, la plaça dans la pipe.
La pipe tint entre ses lèvres, tremblantes.
Il regarde Chloé.
Sa bouche ouverte.
Ses yeux vides.
Il craque l'allumette.
La place sur la boule, dans le foyer de la pipe.
Tire un grand coup.
Un très grand coup.




*silence*





*long silence*







Il regarde toujours l'esclave.
Mais Chloé ferme soudainement la bouche.
Une lueur apparaît dans ses yeux.
Chloé se lève.
Elle prend de l'épaisseur.
Un long manteau.
Un chapeau.
Une barbe hirsute.
Une grosse voix.
Ses yeux se vident de leur vide et le regardent fixement.


- Putain Lhonore tu branles quoi là ! Merde !

- Je fume de l'opium, monsieur.

-Oui je vois bien ! Et à quoi ça te sert ça ?

- ben à survivre, monsieur.

- Non mais ça va ! Tout le monde fait ça ! Et qu'est ce que t'apportes toi !?

- Je suis commerçant monsieur...

- Commerçant mes couilles ! T'es qu'une grosse merde en commerce, désolé de te le dire !

- ce n'est pas vrai mons

- Mais arrête tes conneries ! Tu as toujours vendu du vent ! tu vends du vent, là ! Et merde le vent, y'a que ça ici ! ça ne vaut plus rien !

l'homme au chapeau se rapproche tellement de son visage que...

- merde monsieur... t'es rance là... tu pues de la bouche...


- Ta gueule andouille ! Tu as vu comme t'es couvert ! Tu meurs de faim et tu veux mourir de froid !???


- Non monsieur... je... j'ai que ce que j'ai sur moi. La veste de combat, c'est celle de mademoiselle Tissi, la casquette, celle de mademoiselle Préda. Elles vaudront une fortune un jour, j'ai tout fait pour garder leur odeur !
Mais qui vous êtes pour me parler comme ça...
Papa ?



- COUILLON DE MES COUILLES ! Je ne suis pas ton père ! Je suis blanc, sale nègre ! Je suis ROLLAND GRADOS ! Tu vas me faire le plaisir de te couvrir un peu ! Et fissa !
Et répare cette putain de radio connard ! tu perds toute crédibilité là !



- Oui monsieur.

L'homme disparaît de sa vue.
Il déballe du film plastique la veste de combat de Tissi et l'enfile.
Il déballe du film plastique la casquette de Prédatrice et l'enfile.
Il les sent toutes les deux sur lui.
Il respire en grand coup en fermant les yeux.
Il regarde sa radio.








On entend des bruits d'artisan bricoleur.

Ces bruits semblent durer une éternité






Puis...










*clic*


Allo ? Monsieur Fresquel ?
ça remarche ?


*clic*

Allo ? Monsieur Brenable ?
ça remarche ?


*clic*

Allo ? Mademoiselle Neige ?
ça remarche ?


*clic*

Allo ? Monsieur Alfred ?
ça remarche ?


*clic*

Allo ? Ma reine ?
ça remarche ?


*clic*

Allo ? Monsieur Blake ?
ça remarche ?


*clic*

Allo ? Monsieur Bahca ?
ça remarche ?


*clic*

Allo ? Madame le Dantec ?
ça remarche ?


*clic*

Allo ? Monsieur Homère ?
ça remarche !


*clic*

Il y a comme une hésitation

Allo ? Allegra... ?
Non !
ça ne va pas être possible...

la voix s'éteint presque et même Rolland n'entend pas la suite

*clic*

La voix de Lhonore

ça ne crishe plus du tout, j'ai l'impression...


L'homme au chapeau reprend de sa grosse voix

- Tu vois que c'était possible ABRUTI ! Maintenant, tu changes la vitre puis tu te dépêches de changer le monde !

- Mais je ne peux pas, monsieur elle est cassée...

- Ben tu l'enlèves ! Tu l'enlèves !
Je reviens dans quatre ou cinq lunes et t'as intérêt à m'avoir inventé quelque chose d'utile.
COMPRIS ?


Un silence encore

- Oui monsieur...



Les bruits de bricolage reprennent...



Durent encore longtemps.

Comme des bris de verre, qui tombent dans la neige.

Quand soudain, un glissement soyeux...
Un petit déclic, comme si quelque chose retrouvait enfin sa place.
Puis.



*clic*

Allo ? Allo ?----- https://www.fract.org/monde/radio_sujet.php?sujet=106