Le dur Rolland de l'opium

Chapitre débuté par Lhonore

Chapitre concerne : lhonore,

Ce texte vaut une bière !

PREMIERE BOULE


Il grelotait de froid.
Il n'en pouvait plus.
Cinq lunes sans manger...
Pourtant ses sacs regorgeaient de nourriture de la Cité, depuis qu'il les avait trouvées.
Ces putains de boites !
C'était le moment.
Il sentait ses os, à travers la toile de son treillis.
Il avait l'impression que ses joues lui rentraient à l'intérieur de la bouche.
Il était mort.
Ou juste, pas encore.

Tout va bien... Tout va bien... Tout va mal.

Il ouvrit la boite.
La boite aux trois boules.
Il se saisit de la petite pipe que lui avait confiée Allegra en lui laissant l'opium.
Il se saisit de l'une des trois boules, la plaça dans la pipe.
La pipe tint entre ses lèvres, tremblantes.
Il regarde Chloé.
Sa bouche ouverte.
Ses yeux vides.
Il craque l'allumette.
La place sur la boule, dans le foyer de la pipe.
Tire un grand coup.
Un très grand coup.



*silence*





*long silence*







Il regarde toujours l'esclave.
Mais Chloé ferme soudainement la bouche.
Une lueur apparaît dans ses yeux.
Chloé se lève.
Elle prend de l'épaisseur.
Un long manteau.
Un chapeau.
Une barbe hirsute.
Une grosse voix.
Ses yeux se vident de leur vide et le regardent fixement.

- Putain Lhonore tu branles quoi là ! Merde !

- Je fume de l'opium, monsieur.

-Oui je vois bien ! Et à quoi ça te sert ça ?

- ben à survivre, monsieur.

- Non mais ça va ! Tout le monde fait ça ! Et qu'est ce que t'apportes toi !?

- Je suis commerçant monsieur...

- Commerçant mes couilles ! T'es qu'une grosse merde en commerce, désolé de te le dire !

- ce n'est pas vrai mons

- Mais arrête tes conneries ! Tu as toujours vendu du vent ! tu vends du vent, là ! Et merde le vent, y'a que ça ici ! ça ne vaut plus rien !

l'homme au chapeau se rapproche tellement de son visage que...

- merde monsieur... t'es rance là... tu pues de la bouche...


- Ta gueule andouille ! Tu as vu comme t'es couvert ! Tu meurs de faim et tu veux mourir de froid !???


- Non monsieur... je... j'ai que ce que j'ai sur moi. La veste de combat, c'est celle de mademoiselle Tissi, la casquette, celle de mademoiselle Préda. Elles vaudront une fortune un jour, j'ai tout fait pour garder leur odeur !
Mais qui vous êtes pour me parler comme ça...
Papa ?


- COUILLON DE MES COUILLES ! Je ne suis pas ton père ! Je suis blanc, sale nègre ! Je suis ROLLAND GRADOS ! Tu vas me faire le plaisir de te couvrir un peu ! Et fissa !
Et répare cette putain de radio connard ! tu perds toute crédibilité là !


- Oui monsieur.

L'homme disparaît de sa vue.
Il déballe du film plastique la veste de combat de Tissi et l'enfile.
Il déballe du film plastique la casquette de Prédatrice et l'enfile.
Il les sent toutes les deux sur lui.
Il respire en grand coup en fermant les yeux.
Il regarde sa radio.








On entend des bruits d'artisan bricoleur.

Ces bruits semblent durer une éternité






Puis...









*clic*


Allo ? Monsieur Fresquel ?
ça remarche ?

*clic*

Allo ? Monsieur Brenable ?
ça remarche ?

*clic*

Allo ? Mademoiselle Neige ?
ça remarche ?

*clic*

Allo ? Monsieur Alfred ?
ça remarche ?

*clic*

Allo ? Ma reine ?
ça remarche ?

*clic*

Allo ? Monsieur Blake ?
ça remarche ?

*clic*

Allo ? Monsieur Bahca ?
ça remarche ?

*clic*

Allo ? Madame le Dantec ?
ça remarche ?

*clic*

Allo ? Monsieur Homère ?
ça remarche !

*clic*

Il y a comme une hésitation

Allo ? Allegra... ?
Non !
ça ne va pas être possible...
la voix s'éteint presque et même Rolland n'entend pas la suite

*clic*

La voix de Lhonore

ça ne crishe plus du tout, j'ai l'impression...


L'homme au chapeau reprend de sa grosse voix

- Tu vois que c'était possible ABRUTI ! Maintenant, tu changes la vitre puis tu te dépêches de changer le monde !

- Mais je ne peux pas, monsieur elle est cassée...

- Ben tu l'enlèves ! Tu l'enlèves !
Je reviens dans quatre ou cinq lunes et t'as intérêt à m'avoir inventé quelque chose d'utile.
COMPRIS ?

Un silence encore

- Oui monsieur...



Les bruits de bricolage reprennent...



Durent encore longtemps.

Comme des bris de verre, qui tombent dans la neige.

Quand soudain, un glissement soyeux...
Un petit déclic, comme si quelque chose retrouvait enfin sa place.
Puis.


*clic*

Allo ? Allo ?-----

Ce texte vaut 2 bières !

DEUXIEME BOULE





Pas encore mort de faim, il venait de se fumer la deuxième boule d'opium.


Toujours pas de mauvais voyage.
Le bol qu'il a !
Ha ha !



Il regardait Chloé en bandant...
Il aperçut du coin de l'oeil, un mouvement... derrière les arbres là, sur le flanc de la montagne.
Merde ! Un cerf !
Ou un élan...
Il ne savait pas.
Il était tout près.
L'animal changea...
Se mit sur ses pattes arrière, se vêtit d'un long manteau, ses bois se transformèrent en chapeau ses poils, sur le museau, en barbe hirsute...

- Monsieur Rolland ! Je suis content de vous revoir !
Qu'est-ce que je m'emmerde ici, si vous saviez.

- T'as pas à être content de me voir, abruti ! Si tu me vois, c'est pas bon signe si tu veux mon avis !
Alors pas encore mort ?

-Non monsieur... je bande encore...

Il rit bêtement.

- Tu devais inventer quelque chose d'utile ! Alors c'est quoi ?
Et ne fait pas patienter Rolland Grados !
Il est pas patient du tout !

- Oui je vois ça...
Ben voyez vous, j'y ai beaucoup réfléchi, je dois dire. Rapport à ce que je m'emmerde un peu là, voyez-vous.
Dès que vous avez disparu, en réalité, j'y ai pensé.
C'est ça qui m'a inspiré en réalité...

Il montre du doigt une montagne, au nord, ensevelie sous la neige...

- Elle est sacrément blanche vous ne trouvez pas.
Je me suis perdu dans sa blancheur.
Des heures.
Peut-être.
Puis.
j'ai pensé à vous.
A l'invention que vous m'aviez demandé.
Alors j'ai pris dans ce que j'avais dans mon travois... Ces bouts de bois souple, cette sorte d'osier, les sangles aussi, pour mes armures.
Je me suis fait des chaussures.

- DES CHAUSSURES ! il a inventé des chaussures ce con ! TU TE FOUS DE MA GUEULE OU QUOI ?

Lhonore se tient la tête

- Ne criez pas si fort, monsieur Grados !
Oui des chaussures...
Des chaussures pour la neige.
Des sortes de raquettes..
Tenez !
Regardez !

Il lui montre



Je me suis dit, la jolie montagne, avec des chaussures comme ça, je la gravirais en moins de deux.
Eh puis non en fait...
ça ne marche pas.
Je n'ai pas du trouver la bonne composition là... elles accrochent trop la neige, ou pas assez...

Il souffle
j'étais bien dégoûté en réalité...
Mais bon, je me décourage pas facilement, vous le savez !

Un silence

Non...
Vous ne devez pas le savoir.
Mais maintenant si.
Après, j'ai pensé à un truc...
J'ai pensé à mon travois.
C'est chiant à tracter ce truc !
Dans les montées, comme dans les descentes.
Je ne sais pas d'où m'est venue l'idée.
je rêverais encore, je pourrais me dire que ça vient de là, mais ça fait tellement longtemps que je n'ai pas rêvé !

Il se racle la gorge

j'ai pensé à un travois avec des skis, d'abord...
Puis plutôt à un travois-luge après...
Regardez !
J'ai bien avancé !

il enlève le tas de branchage accumulé pour un futur feu, sans doute.


c'est joli non ?
ça ne marche pas encore, mais c'est joli, je trouve.
Je vous jure que je prie en ce moment, Baphomet, le Grand Troll et tout le toutim habituel...
J'attends que les dieux me répondent.
Doivent être occupés.

Eh puis le travois-luge, je pourrais mettre Chloé dedans.
Ce n'était pas possible avec les raquettes.
Impossible de lui enfiler un truc à la Chloé, elle bouge tout le temps.
Si les raquettes avaient marché, j'aurais été obligé de la trainer derrière de toute façon.

un nouveau silence

En même temps, devant, il ne faut pas.
J'ai vraiment trop envie de la baiser.
Je vous jure, là, j'en peux plus, avec cette odeur de Tissi et de Reine sur moi.
S'il n'y avait pas cette virginité que je dois garder.
Putain... qu'est ce que je lui mettrais, à ce petit cul...



- Des raquettes.
C'était pas con ça.
Le travois-luge... Je ne sais pas.
Pourquoi pas...
Et arrête de me casser les bonbons avec ta virginité.
Elle vaut rien.
RIEN DU TOUT !
T'as vu qui la voulait ?
La plus grosse pute de la terre qui te l'a fait à l'envers en plus, avec ses soldes et cette dette qu'elle t'a mise sur le dos !
La folle furieuse là, l'adoratrice de baphomet qui voulait juste te couper la bite et la langue, pour se les fourrer dans son cul.


Même Rolland Grados fait parfois silence

- Je me demande bien ce qu'ils ont tous avec ta langue d'ailleurs.

Et l'autre là, l'inconnue sans radio...
Pff... T'es dans le désert, t'as pas de radio, non mais allo quoi !
On dirait toi !
Débarrasse toi de ta virginité ! MERDE !
Quand t'auras plus rien.
Tu ne vaudras plus rien.
Et quand tu ne vaudras plus rien.
TU pourras ENFIN devenir quelqu'un !
BAISE-Là ta Chloé !
Fissa !
Je reviens pour ta dernière boule.
T'auras intérêt à avoir réglé tout ça.
Le monde avance.
Il est temps que tu le rattrapes !

Rolland Grados disparait d'un coup.
Le cerf, ou l'élan réapparait brusquement et se casse la gueule dans le ravin

Le silence revient...



Il regarde encore Chloé, à genoux, penchée, le cul en l'air, à chercher de la flotte...

Il s'approche d'elle...
Doucement, il lui retire son pantalon, le fait descendre jusqu'aux genoux.
Elle ne sent pas la rose.
Une petite poignée de neige qu'il fait fondre dans ses mains.
Il nettoie une première fois.
Il recommence plusieurs fois.

On y voit plus clair.

Il lui retire complètement le pantalon.
Explore avec ses doigts la jeune femme, découvrant un à un, les lieux qu'Allegra lui avaient fait reconnaître.
il y passe du temps, parce qu'on lui a expliqué que c'était bien de préparer... d'attendre un peu d'humidité.
Il la relève, la fait venir sur la couverture sur laquelle il était quand il la regardait.

Elle est à genoux, lui présentant sa croupe.
Il dégage son futal à lui.
S'agenouille derrière elle.
La recouvre un peu du blouson de Tissi.
Enlève sa casquette, la sent un coup et se la remet sur la tête.

Il la pénètre.
Doucement...
D'abord.
Il revient en arrière un petit peu...
S'enfonce à nouveau.
Puis...
Un long va-et-vient.
Et...
De longs va-et-viens...
De très longs va-et-viens.
Qui s'accélèrent.

Nul besoin de penser à Mc Cawley...
Elle s'en fout que ça ne dure pas longtemps.

Une image fugace de la jolie brune qui lui parle depuis trois lunes à la radio.

Il continue...
Ferme les yeux.
Imagine un chapeau noir sur sa tête...

Accélère encore.


Puis.
Enfin.


Il ralentit un instant.

Et...
A un moment.





Sa première fois.

Ce texte vaut une bière !

TROISIEME BOULE

Il songeait à une question importante.
Devait-il aller au bout du bout du bout de sa démarche et fonder sa nouvelle communauté là où il s'était promis d'aller où cesser de faire n'importe quoi et la fonder là où il était.

Si c'était la première solution pour laquelle il optait, il fallait encore marcher toute cette lune.

S'il choisissait la facilité, il resterait là où il est, n'aurait plus besoin de marcher, aurait une chance d'être un jour rejoint, voire secouru.

Ma petite Chloé, ça fait 14 lunes que je ne mange pas...
Va falloir que je lance une pièce là !
Que je vérifie mon bol.
J'ai raté le recrutement du meilleur garde du corps du monde.
il a dit que je le jugeais.
Et qu'en le jugeant, je le tuais.
J'ai mal expliqué.
Pff.

Toujours aussi timide et réservée, Chloé ne répondit pas, elle minaudait en bavant légèrement.

Même quand il s'employait à lui détendre les muqueuses, comme disait, dans le passé un amant de sa mère, elle ne réagissait pas beaucoup plus.
Et lui non plus, en réalité.
Certes, il éprouvait un plaisir rapide et intense, mais il se demandait s'il ne trouvait pas plus excitant l'attente du moment où ça arriverait, lorsqu'il se préservait de toute relation pour maintenir les prix élevés.

En guise de pièce il avait une boule d'opium.
Sa dernière.
La der des der !


Ma petite Chloé, je vais lancer ma dernière boule, si elle tombe bien, on avance encore.
Si elle tombe mal.
On fait une pause.
C'est loin, les Confins, quand même...

Il l'allume dans sa pipe qui ne sert qu'à ça.


Il attend de voir ce que le sort lui a réservé.


C'était une très longue bouffée...




Son cerveau crépite...



Mais ça à l'air d'aller.




Il bande même un peu.




J'ai un bol, j'ai un bol, j'ai bol... trois sur trois... marmonne t'il




Il regarde sa destination finale, qui se coiffe d'un chapeau semble rapetisser à vue d'oeil tout en prenant toute la place devant lui, se couvrant de barbe, d'un long manteau...
Rolland...
La grosse voix surgit !

-HA HA ! Tu as réussi mon con ?


-J'ai réussi quoi ? La voix semble éteinte

-Tu as réussi, tout simplement... 14 lunes de voyage, parti avec rien, un coup bol énorme avec cette caisse au départ.
Tu es mille fois cocu, comme ton père que t'a jamais connu ! Ha Ha !

-En même temps, à quoi ça sert ?

-A rien triple buse ! A RIEN ! Comme tout ce que tu as fait ! Quand tu es parti, tout le monde s'en foutait et tu n'y croyais pas. Maintenant, tout le monde s'en fout, mais au moins, toi tu peux y croire ! Tu y es dans tes confins ! HA HA !


-Oui mais pour quoi faire !?

-CE QUE TU VEUX GROSSE NOUILLE ! Tu es chez toi ! Tu y es arrivé ! On va te rejoindre ! Tu es déjà rejoint !! Regarde-là, là-bas, elle est venue elle, celle qui est derrière sa rivière ! Il montre du doigt la rive sud de la rivière en question.
Elle est venue ! Et c'est la première ! D'autres vont arriver ! Plein d'autres !

-Oui pour me tuer...

-Et alors ?! Il viendront pour te tuer et ils ne tueront pas, tu leur diras que tu n'es pas d'accord, c'est tout, tu sais faire ça, tu n'as fait que cela depuis que tu es là !

-Pourquoi ils ne me tueraient pas ? Même les dieux, même Dieu ne m'écoute pas, mes raquettes, mon travois-luge, il s'en battent les couilles ! Il s'énerve un peu...

-Mais t'emmerde pas avec tes dieux, ton Dieu ! Ils donnent le "LA", c'est tout, il ne sert ou ils ne servent qu'à ça...
A toi et aux autres, le do, le ré, le mi, le fa, le sol ! Tu fais la musique que tu veux, tu es qui tu veux, tu fais ce que tu veux, tu es libre !

Fais tes putains de Confins, comme ça ils viendront, ou pas...
Au moins t'aura essayé !
Baise Chloé !
Chante comme un pied !
Dis leur de venir, les rebuts, les oubliés de la terre !

ILS VIENDRONT !

Parce qu'ici, ils ne risqueront rien ! Puisqu'ils ne vaudront rien !
Ne seront un danger pour personne...

Et de vos merdes respectives que vous mélangerez laborieusement, il sortira peut-être, une mélodie, une étincelle... un truc curieux et étonnant qui pour la première fois de ta vie, aura permis...

QUE TU SERVES A QUELQUE CHOSE GROS ABRUTI !

HA HA HA HA HA !

Rolland Grados reprend sa place, un mouvement en sens inverse qui le mène là d'où il venait, pile poil, là, où les Confins seront.
Il se fond dans le décor.
Et disparait.




Une demi-heure plus tard.
Un peu plus ou un peu moins.
Lhonore se lève.
Une claque sur des fesses retentit doucement.
Pas un mot.
L'homme et la femme presque morte, gravissent les premières pentes.
La cabane sera là-haut.
Ce là-haut à qui il a déjà donné un nom.
Il avance.
Il avance.


Il avance.



fin.