On lui avait pourtant dit de degajay

par Blanche Neige

dernière modification de Blanche Neige à 15/02 23:38
mots clés: ajay, Shut Down, blancheneige, Chris Alvein, charogne, aimée,

Blanche Neige

On lui avait pourtant dit de degajay


Cela faisait déjà quelques jours qu'ils fomentaient l'opération visant à nettoyer la zone. Des intrus y séjournaient sans avoir eut la politesse de leur faire quelques hommages voire daigner se renseigner sur les conditions inhérentes au gîte. Le couvert, chacun se démerdant, évidemment.
Le jardin étant odieusement menacé par la vermine, il suffisait juste d'éradiquer avant la prolifération.

Blanche Neige participerait pour la première fois au combat avec ceux qu'elle nommait affectueusement ses nains, intérieurement bien sûr. Parmi eux, elle se retrouvait en position de faiblesse et pourtant ils étaient tous sa force. Troupe hétéroclite mais néanmoins suffisamment soudée pour savoir faire la part des choses et ne retenir que ce qui était prioritaire.
Les morts à venir leur assureraient un hiver légèrement plus tranquille. Tuer pour survivre prenait alors tout son sens, elle-même ne rechignant pas à se nourrir de chair humaine.

Le linceul nocturne les recouvrait quand ils se mirent en marche, en silence.
Vêtue intégralement de noir, pull épais et jean, sa peau opaline était mangée par du grimage charbonneux et à mesure qu'ils progressaient vers leurs cibles, son stress prenait de l'essor.

Une nouvelle fois, elle leur ferait affronter le risque de la mort mais d'en être, lui ôtait le poids de la frustration.




Anthior Vath'Ib

On lui avait pourtant dit de degajay


La viande humaine... La première fois qu'Anthior en avait mangé, il s'agissait de l'un de ses anciens amis. Tués lors d'un raid du groupe de Blanche, alors qu'il prenait à peine ses marques au sein du groupe. Il se souvient de sa réticence à en manger. Après tout, il s'agissait peut-être du bras de son ami, là, en train de griller... Et puis de la viande humaine! Merde quoi!... Après quoi il passait plusieurs jours sans rien manger, puisque le groupe n'avait plus rien d'autre sous la main, avant de se décider enfin à s'attabler avec les autres. Après tout, ça ne sentait pas si mauvais que ce qu'on disait... Les autres étant habitués à ce régime spécial, il ne leur demanda pas ce qu'ils pensaient de cette viande, sachant qu'ils auraient répondu quelque chose comme "C'est juste de la viande, faut pas se formaliser avec ça". Et depuis, il ne s'en formalisait effectivement plus. Le goût n'était comparable à aucun animal qu'il ait déjà goûté, mais c'était plutôt bon, au final. Surtout avec quelques pommes de terre... Il était d'ailleurs occupé à préparer le repas du soir lorsque Blanche ordonna l'assaut à travers sa radio. Lui n'étant pas convié à l'attaque, il était resté avec les autres, couvrant les arrières du groupe, même s'ils n'avaient pas à craindre une quelconque contre-offensive.

Et tandis que, à quelques kilomètres de distance, des gens se faisaient massacrer violemment, lui plongeait ses patates dans l'eau. Et il se mit alors à rire car, sans trop savoir pourquoi, il venait de penser à l'un de ses anciens camarades de classe, pas très fortiche en anglais, et qui lui avait un jour traduit le mot "pomme de terre" par "ground apple". Quelques semaines en arrière, il se serait fait du soucis pour ses compagnons de voyage voire même pour le groupe du fameux "ajay", mais au contact de Blanche et de ses acolytes, sa vision du monde et des gens avait évoluée. Et pour l'heure, loin de s'inquiéter outre mesure, il continuait à éplucher ses patates difformes puis à les plonger dans l'eau en répétant d'un ton amusé "ground apple".

Chris Alvein

On lui avait pourtant dit de degajay


Le glas sonna enfin. L'opération venait de débuter, c'était le moment pour lancer le fameux assaut. Il s'agissait d'être discret et impitoyable contre ceux qui avaient sciemment violé les frontières des territoires Nord, sans aucun laissez-passer. Blanche Neige avait réuni toute la petite troupe, qui était sur le qui-vive, pour les briefer une toute dernière fois sur les objectifs à atteindre; Le groupe visé était identifié appartenant à un dénommé Ajay.

Les informations révélèrent qu'ils stationnaient, lui et sa horde, bien au-delà des limites tolérables et ce, en toute impunité, alors même qu'ils se livraient à de la cueillette illégale, sans en informer qui de droit, se sentant invulnérables tapis dans les montagnes. Mais celles-ci pouvaient être bien cruelles pour ceux qui ne savaient pas la dompter.

Le brun était particulièrement à l'aise sur ces pics enneigés, qu'il avait par le passé côtoyé de longues lunes durant. Il s'agissait de les pister entre ces massifs, rien de bien difficile. Il fallait être particulièrement observateur. Les détails, parfois anodins, allaient soigneusement les guider vers l'objectif. Il se pencha sur la brunette et lui souffla avec un petit sourire.


Saurais-tu me passer notre Longue-vue s'il te plaît? Le foyer doit laisser se dégager un mince filet dans ce ciel sombre, il s'agit de le repérer... On aura sa position avec exactitude.

Aimee

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La troupe marche lentement, mais sûrement. Chaque pas est calculé, pour ne pas faire une chute stupide, qui pourrait compromettre toute l'opération. Randonnée en montagne bien loin de l'activité de colonie de vacances. Ambiance sérieuse, et bien moins légère que celle qui anime le groupe habituellement.

Peu habituée au froid, l'haïtienne s'emmitouffle au mieux dans ses vêtements, chinés ici et là, principalement sur des cadavres, morts sous leurs assauts, ou non. Charognarde. Invisible dans la nuit, ou presque, seule la braise au bout de sa cigarette la trahit, imperceptible de loin. Autre trésor de fouille.

Le regard sombre balaye les alentours, à la recherche d'une silhouette, d'un mouvement, d'une lueur qui pourrait trahir une embuscade, mais rien. Pas même un animal, les survivants s'étant cachés dans leurs terriers pour l'hiver. Pas un mot, pas une parole, mais un son bien caractéristique s'échappe de sa personne. Un son metallique, alors que les mains aiguisent machinalement une lame, pour la préparer au combat. Rendre le métal plus tranchant, pour ne laisser aucune chance à la cible de s'en sortir, du moins, elle l'espère.

La jeune femme suit celle qui les dirige, docilement, le coeur battant un peu plus fort à chaque mètre parcourut. Pas une tueuse née, ni de sang froid, elle ne peut retenir la farandole de sentiments inexplicables qui tournoient dans son esprit, à chaque attaque.

Bientôt, son coeur sera plus vivant et actif que jamais, alors que celui de sa future victime emettra son dernier battement...

Charogne

On lui avait pourtant dit de degajay


On lui parlait peu, alors on parlait clairement. L'ordre d'attaquer avait été passé discrètement dans la soirée et le groupe se préparait déjà à commettre le crime de Cain, sous la lueur pâle d'une lune aussi malade que la terre qu'ils souilleraient sous peu.

A l'écart de la troupe, un jeu de lumière révélait la silhouette allongée d'un homme à plat ventre, ses amples vêtements -de fourrure, tissu, plastique et autres déchets- traînant sur le sol avec un air de carcasse éventrée, son immobilité rejoignant ce sens.
Ne bougeant qu'en de rares occasions, une vieille jumelle ayant perdue sa soeur vissée sur l'oeil, il veille.

Les mouvements sont notés, les combattants distingués et chaque détail pris en compte. Mais si l'ordre était bien de tuer, rien de cela ne semblait l'intéresser, et la simple notion d'ordre lui était pour le moment étrangère. Admirant le bivouac de fortune, aucun tas de matériel, aucun stock de viande ou de médicaments n'esquiva sa vigilance et chaque petit mouvement de marchandise se refléta sur l'oeil injecté de sang de la Charogne.

En avant-garde, il se préparait à piller, et éventuellement abattre ceux qui voudraient chercher à l'en empêcher. Le reste, ses "amis" s'en chargeraient.

Blanche Neige

On lui avait pourtant dit de degajay

Ce texte vaut une bière !

Tandis qu'ils gravitaient sur le chemin escarpé, elle évacuait toute pensée négative de son esprit, cherchait à estomper l'oppression envahissante. En cet instant, elle misait plus sur les capacités de chacun que les siennes propres.
Désolant peut-être mais ce n'était son habitude de se surestimer.
S'extirpant de son mutisme, elle prononça un simple "oui" tout en glissant sa senestre dans la besace élimée, extrayant l'objet pour le lui tendre, se parant d'un léger sourire.

Tandis qu'il épiait les alentours, elle fit un petit tour sur elle-même, humant l'air glacial, le nez et les pommettes rougis par le froid. Les grisâtres s'accrochèrent à la voûte sombre, que l'astre lunaire n'éclairait que faiblement. Un atout, assurément.

La jeune femme connaissait le nombre à tuer et espérait qu'il n'y en ait pas plus, ce qui pourrait évidemment mettre fin aux salutations à passer. Mais l'un des leurs servirait leurs intérêts en étant isolé des autres. Une proie facile à ne pas négliger, pour sûr.
Brève hésitation pour choisir qui irait au devant de la première victime. La voix basse.


Jesse, Charogne ? Allez m'foutre en charpie l'inconscient. Qu'on n'l'entende pas crier, j'ai pas envie d'une alerte avant qu'on leur tombe d'ssus. Bonne chance !

Conseil semblant inutile mais mieux valait prévenir que guérir. Un en moins, ce serait bon pour leurs affaires.


Chris Alvein

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Le ténébreux aima intensément ces nuitées qu'il passait en les dégustant une à une en compagnie de la brune. Toutes éblouissantes de silence enivrant et, aussi étrange que cela puisse paraître, de paix infinie. Parfois, elles furent propices à des complicités toutes intimistes, bien à l'écart des regards. Et ce soir-là, les ténèbres envahissantes, le prirent dans un stress tourbillonnant tout particulier et presque indescriptible. La Mort pouvait frapper le plus vaillant, le plus brave, le plus courageux, mais surtout la pire d'entre toutes; l'être aimé.

L'hispanique était presque habitué à la savoir bien à l'écart de la violence des lames qui transpercent les corps et les coeurs. Oui, la Mort fauchait allègrement à tour de faux, sans aucune distinction de classe sociale, ni de sexe. Bien ignorant était celui qui crût être hors de son atteinte. Tous étaient dans son sillon mortel. A cette idée obsédante, son coeur se serra; La brunette allait prendre part au massacre imminent, et il ne la quitta plus d'une seule coudée.

Il fallait frapper un ennemi avec toute la hargne et toute la violence qu'ils avaient emmagasiné. Le brun, lui, se nourrissait d'une peur toute cristalline et vivifiante, celle de voir les siens et surtout plus particulièrement la Belle, être blessés durant l'assaut. Aucune pitié n'était à tolérer et la moindre faille mentale, l'issue pouvait leur en être fatale.

La voûte céleste installa un voile sombre et épais qui recouvrit, peu à peu de son étreinte sournoise, les futurs assaillants, les rendant totalement invisibles à la vue des morts en sursis. Dans les murmures flottants, il glissa un petit "merci" à l'adresse de la brunette qui lui présentait leur longue-vue alors qu'il lui gratifiait d'un sourire tendre, néanmoins empreint d'une peur indicible. Se saisissant de l'instrument, il scruta le ciel à la recherche du filet de fumée. Il s'exclama en murmurant fortement, lorsqu'il l'eut repéré.


Là! Ils sont entre ces collines. C'est à peine si on distingue ces minces volutes de fumée...

Il se tourna derechef vers la cheffe et lui fit un signe que tout était "OK". Elle ordonna ensuite au fringant Jesse et à la répugnante Charogne de mettre hors d'état de nuire la sentinelle inconsciente toute proche d'eux.

Qui n'avait pas le courage de s'exposer au regard de l'abîme n'avait pas non plus le courage d'y jeter le regard. Il fallait regarder la Mort bien en face pour la défier et s'en sortir victorieux.

Charogne

On lui avait pourtant dit de degajay


Aux murmures de Blanche Neige, seuls quelques grognements se firent entendre en guise de réponse. Pendant un moment, la Charogne considéra l'idée simple et efficace de laisser les petits groupes s'entretuer, ramasser ce qu'il pouvait et se tirer simplement pour reprendre son vagabondage habituel. Mais il faisait de plus en plus froid, et il pensait de fait de moins en moins de toute façon.

Lorsque son duo se mit en marche, il fut contraint de remballer le petit papier qu'il griffonnait soigneusement et emboîter le pas, se glissant dans l'ombre de Jesse en direction de la vigie de fortune qui se promenait à l'écart.
Contrairement à ce que son habileté à la bagarre laissait penser, il n'était pas un tueur, même pas un mauvais gars. Il ne faisait que suivre les demandes de Blanche Neige, même pas des ordres, puisqu'il ne recevait d'ordres de personne.

La cible se rapprochait à vue d'oeil sans les voir. Les vivres entassées aussi. Se remplir les poches, partir, laisser les autres se démerder, tout cela se faisait de plus en plus tentant et déjà les fourmis qu'il ressentait dans ses jambes lui intimaient de fuir.

Il s'était trop rapproché pour cela, il le savait bien, mais son naturel le poussait tout de même à vouloir courir, s'en aller, profiter de la vie tant qu'il le pouvait. Il n'était plus qu'à quelques mètres et rampait plus qu'il ne courait tête baissée. Jesse s'était éloigné à sa gauche et les deux amorçaient sans aucune communication un mouvement de tenaille soigné. Les lueurs des deux campements lui faisaient de l'oeil, et il ne brisa ce précieux contact qu'au dernier mètre.

Ses haillons quittèrent ses épaules comme un roi ôterait une cape et la surprise fut totale. Sournois, vicieux, sa lance plongea derrière l'articulation du genou et y glissa comme dans du beurre, heurtant dans un "toc" bruyant la rotule de sa proie qui fut entraînée hors de la plaie ouverte qu'il forma de l'autre côté. Transpercée net.
Si le coup eut l'effet escompté et que la sentinelle ploya immédiatement genou à terre, sa réaction fut particulièrement rapide, et le coup de coude aveugle qu'elle balança rageusement vint se loger à la perfection contre la mandibule de la Charogne, craquant et se tordant douloureusement au point de lui faire lâcher prise.

Sous le choc de leurs blessures respectives, aucun des deux belligérants ne hurla, les poumons ne répondant pas à l'appel basique du cerveau de clamer sa douleur. L'arme de Jesse vint se loger sans peine dans la gorge de Mila qui fut alors privée de cette opportunité à tout jamais. Etrangement, elle n'opposa aucune résistance et sembla presque morte avant même que sa nuque ne devienne un carrefour de chair et d'acier.

La sensation fut étrange pour lui, légèrement sonné. Après un tel crochet, la sentinelle ressembla à un pantin dont on aurait coupé les fils, s'effondrant en poupée de chiffon sur le sol presque gelé, le sang coulant sans effusions, en flot continu souillant de vermillon le plancher des vaches.

Avec un plaisir à peine masqué, il récupéra ses haillons et s'allongea de nouveau à plat ventre, baigné par le carmin liquide qui le réchauffait, imbibait ses vêtements et le nappait de son étreinte réconfortante.

Et il redevint inanimé, plus près que jamais du campement d'Ajay.

Blanche Neige

On lui avait pourtant dit de degajay


La longue-vue reprise en main fut portée près de l'œil afin d'observer la progression des deux silhouettes vers la proie désignée. Une légère inquiétude sourdait en son sein même si elle ne songeait à l'échec. Un seul cri pouvait alerter les autres et c'était bien cela qui l'emmerdait.
Une moue nerveuse s'afficha sur les lèvres. Trop peu de clarté pour qu'elle distingua nettement mais elle admirait silencieusement les ombres masculines qui ne firent qu'une bouchée de l'éclaireur. Admiration amoindrie ceci dit quand elle aura cru voir un coup partir mais tout c'était passé si rapidement que le jeu d'ombres y était certainement pour quelque chose.

Son regard quitta la scène afin de déceler un quelconque changement au sein du campement d'Ajay, l'oreille tout autant à l'écoute mais rien ne semblait vouloir trahir la quiétude environnante.
Rangeant l'objet dans le sac élimé, sa senestre frôla ensuite le manche de son arme non sans la prise d'une bien courte inspiration puis elle éleva ses doigts afin de faire signe de progresser tout en disant, la voix basse.


D'un en moins. Approchons nous l'plus possible en restant hors d'leur vue.

La progression reprit, le plus silencieusement possible, jusqu'au point où les attendaient Jesse et Charogne. Cela empestait la mort et elle se dirigea près de la victime. Une femme, brune, jeune. La gorge sanguinolente béait superbement, le carmin bien chaud s'en échappant encore provoquait des volutes de brume dans l'air glacial. Le corps se courba en deux, ses doigts frôlèrent le liquide fuyant et se redressant, en goba ceux-ci à pleine bouche.

Aleyah, somme les d'rendre les armes s'ils veulent la vie sauve. Sans réponse, nous foncerons.

Aucun des futurs morts ne s'exprimera. Silence complet. Les dés étaient donc jetés.

Il est temps d'leur faire leur fête. D'la prudence avant tout, j'veux tous vous voir entier après la rixe.

Les pulsations cardiaques accélèrent subitement, les joues s'échauffèrent sous la bouffée d'adrénaline envahissante et pourtant, les tripes se tordaient d'anxiété.
Un sourire élargie sur le visage feintant la sérénité, qu'elle donna le signal d'un geste de la main, sitôt déchargés de l'inutile.
Un simple clin d'œil envers Chris qu'elle s'élança, pliée en deux, la démarche vive, afin de dénicher sa victime.