La Longue-Vue.

par Chris Alvein

dernière modification de Blanche Neige à 11/01 19:41
mots clés: Les fuyardes fringantes, Chris Alvein, Aleyah, blancheneige,

Chris Alvein

La Longue-Vue.

Ce texte vaut 3 bières !



Le chemin sembla interminable sous ses souliers, accentué par ses longues journées de marche où le soleil l'assommait littéralement de ses rayons de plomb. Le calme désertique ajouta à la sensation de n'être rien, ni personne. Qui était-il d'ailleurs, juste un survivant aux pérégrinations plus que hasardeuses les unes des autres.

Cela faisait des lunes déjà qu'il avait perdu et enterré son ami de fortune, un pauvre gars sans histoire ni futur d'ailleurs. Un gars à l'hygiène négligée, touché par la gangrène. Affreux à regarder, jusqu'au bout. Le mal naquit partout sur son corps, le tordant ainsi de douleur, il n'eut même pas la force de le tuer. Et puis le tuer à mains nues? Si seulement il avait une arme à feu. C'était plus qu'un souvenir à présent. Ce gars en définitif, il ne le connaissait que très peu et il finirait par l'oublier, un moment ou un autre. C'est là une des brutalités de l'Homme; Vous n'êtes rien pour autrui et vous disparaissez dans le silence et l'indifférence générale. Sauf cas exceptionnel.



***


Il arriva bientôt dans une région montagneuse, garnie de collines avoisinantes, où une vieille route usée, depuis longtemps laissée à l'abandon, ouvrait le passage si profondément dans au coeur de la chaîne de montagne, qu'il était impossible de clairement apercevoir où elle menait exactement. Il prit des précautions toutes particulières et ce, depuis qu'il fut seul. Il jaugea minutieusement une colline puis une autre et jeta son dévolu sur une ni trop haute, ni trop difficile d'accès. Il se décida enfin à embarquer son barda sur l'une d'entre elles, sans trop trainer en chemin. Dessus, il prépara rapidement un petit campement, en déballant le minimum de son matériel, juste le strict nécessaire; Couchette et arme. Le reste, restera soigneusement plié et rangé dans son sac. Il plaça un petit foyer avec quelques grosses pierres, glanées ci et là, en les accolant l'une à l'autre, puis y jeta en son centre quelques brindilles bien sèches et pas trop épaisses. Il sortit enfin son Zippo odorant la bonne odeur de la gazoline. Humant les effluves intentionnellement, des souvenirs se ravivèrent un instant, d'une époque lointaine. Il fit prendre enfin la flamme incandescente à la paille morte, puis l'âtre artisanal fut pris par quelques flammèches crépitantes, boutant le feu à tout le reste.

La nuit ne tarderait pas à l'envelopper sous la voûte céleste dévoilant la nuit infinie et l'immensité du ciel, alors que voilà, lui-même commença à être plongé, progressivement, dans la pénombre des ombres montagneuses. Un café bu, il se leva ensuite pour se diriger vers une corniche qui donna accès à une vue dégagée sur la route en contrebas. Il sortit sa longue-vue, celle par qui tout commencera et scellera son destin manifeste, pour scruter son futur itinéraire.

L'instrument anodin lui révéla un campement franchement pas discret où deux femmes semblaient s'y affairer. Une noiraude et, celle où il s'attardera plus longuement, très longuement, une blanchette. Regagnant son campement, il sortit sa radio, puis commença à trianguler la fréquence. Il tomba franchement par hasard sur un crépitement qu'il exploita habilement, jusqu'à tomber sur la brunette aux yeux charbonneux.

D'une voix basse, à la tessiture chaleureuse et dans un français correct, quoique légèrement verbeux.


Bonsoir, je ne crois pas que vous pouvez m'apercevoir de où je suis, je suis en hauteur sur une colline, mais j'ai repéré votre petit campement en contrebas, avec votre amie la noiraude...Vous êtes du voyage vers le Nord je suppose?

Au fait où ai-je la tête, je m'appelle Chris Alvein, vous êtes?

Blanche Neige

La Longue-Vue.


La nuit les recouvrait de son linceul et le bitume de la route accusait encore la chaleur de cette journée. Même les montagnes n'avaient pu jouer d'ombres pour réduire la journée estivale qui s'était déroulée. Saloperie de canicule qui provoquait des gouttes de sueur grosses comme des perles de nacre mais là, il faudrait courir pour en espérer une revente.
Nuit qui se révélait presqu'aussi écrasante car la fraîcheur attendue faisait sa prude. La radio grésillant la mit aussitôt sur le qui-vive et dès que la voix masculine perça les ondes, elle força ses yeux à voir plus loin qu'ils ne le pouvaient. Ce n'était ni la black qu'Aleyah et elle avaient croisées et encore moins Yarhel avec son éloquence tordue sur le nirvana. Le nom ne lui disait absolument rien et la curiosité de l'homme lui fut instantanément déplaisante et pour cause.


***


Quelques jours auparavant seulement, l'Ebène et elle-même fuyaient le sud suite au massacre de la Junk Bond. Un groupe ou la jeune femme s'épanouissait.
Une fuite qui n'avait aucun trait au hasard. Entre une mort possible et la possibilité de devenir une esclave jusqu'à crever la gueule ouverte, mieux valait crever en étant encore libre de ses actes et de ses pensées. Le Sud leur étant fermé, une seule voie s'ouvrait à elles. Le Nord. Mais où et qui ? La géopolitique était d'une simplicité enfantine mais le manque de vivres était là. Un ravitaillement leur était vital pour ne pas crever de soif surtout. Si l'on pouvait se passer de manger quelques jours durant, la soif devait être étanchée sous ce soleil de plomb. Dépourvues de leurs forces pleines et entières, le Yin et le Yang s'offraient en proies faciles et en étaient conscientes.
Deux mains firent leurs propositions. L'une sur les ondes publiques, l'autre sur la fréquence privée. Acté fut de choisir la main discrète. Leur survie étant encore loin d'être assurée mais elles puiseraient sur leurs réserves enfouies au plus profond d'elles-mêmes et l'instinct était un moteur capable de décupler tout être pourvu d'une volonté de fer.

La jeune femme, suite aux informations données, avait enregistré mentalement leur plan de fuite. Plan qui les conduirait sur un terrain difficile d'accès pour autrui. Celle qui avait pris le nom de mer alors que nulle écume à l'horizon ne baignait son rivage mais ce sable d'une densité incroyable permettait de s'y enterrer pour se camoufler. Puis les montagnes qui bordaient la mer ou le bleu était absent, hormis dans ce ciel.
Ce coin extrêmement reculé fut, à leur surprise, bondé de monde. Toutes deux pourraient voir la fin du voyage s'achever bien plus tôt que prévu mais qui voudrait les tuer récolterait bien peu, à part la nourriture qu'offrirait leurs dépouilles et encore, vu leur faiblesse, mais l'eau était la priorité de tous.
La brune avait reçu une bien étrange transmission, la menaçant de mort sous un couvert anonyme, même si de mentionner sa soeur lui indiquait en toute logique qu'il s'agissait de Preda. Elle l'ignora. Qu'elle vienne donc achever le travail.
Ce petit monde se déplacerait sans surprise plus au sud. Combien seraient-ils abandonnés ? Déjà deux verraient leurs carcasses exposées.

Si le ravitaillement avait du retard, la charogne viendrait les béqueter. Mais l'homme serait au rendez-vous, leur cédant les provisions et Blanche-Neige le remercierait à sa façon. C'était la première étape à leur survie et en cela, elle était reconnaissante.


***


Peu après, elle réinstaura la communication.

Bonsoir, j'suis Blanche Neige. J'ai beau tourner la tête dans tous les sens, j'ne sais de quel côté vous êtes. J'peux pas vous dire vers ou j'me déplacerais prochainement car c'serait m'mettre en danger mais j'pense que vous comprendrez. La votre, d'direction, vous la savez déjà ? Non qu'je la demande en refusant moi même d'répondre.

Déclic. Contrariée qu'il les ait dénombré aussi mais sa voix aura gardé une intonation normale.


Chris Alvein

La Longue-Vue.


A cette époque, l’aventurier ténébreux et totalement désarmé, donc inoffensif, avait eu vent d’une petite piste, probablement rien en définitif - et comme dirait feu Devos il existe des "moins que rien" et parfois avec "trois fois rien" on peut s’offrir une crotte de nez. Donc "rien" vaut nécessairement quelque chose - Il se laissa séduire alors quelque peu à l’idée d’y faire le voyage. Cette idée germa définitivement dans son esprit juste après le décès de son compagnon de route. L’illustre inconnu numéro 42. Le malheureux servit inéluctablement de barbaque aux chiens errants. Le loup sommeillait encore.

Une voix qui émana du Fort Boréal l’invita à un séjour chez eux au détour d’une discussion somme toute anodine. Pour lui, c’était certainement le dernier refuge potable d'alors, pour un temps du moins. A vrai dire, il ne compta pas s’encroûter indéfiniment dans une telle communauté à boire le thé et à faire la vaisselle, quelle horreur. Le confort et la sécurité toute relative qu'offraient des remparts, créaient l’illusion d'être intouchable avec un grenier plein à craquer. Pire, ils faisaient faiblir la volonté combative des gens jusqu'à l’annihiler totalement, les rendant ainsi faibles et oisifs. Du menu fretin, pour les vrais méchants. Le brun était en équilibre entre les deux. Ni d'une engeance ni d'une autre. Il était sa propre catégorie dans ce désert.


***


Il écouta bien attentivement la voix féminine, qu’il n'avait jamais entendu auparavant, lui non plus. Alors la voix masculine répondit de manière posée, sans piq aucun dans les aiguës. La tessiture resta plus chaude que froide, révélant une partie de sa personnalité.

Désolé mademoiselle Blanche Neige, ma question fut intrusive et je m'en rends parfaitement compte. D'autant plus que vous devez vous sentir plutôt vulnérable sur la route en contrebas, celle qui mène vers le Nord. Moi je suis sur les collines, il vous sera très difficile de m’apercevoir et puis j'utilise une longue-vue. En tout cas j'ai eu quelques difficultés à trouver votre fréquence par triangulation, j’ai été chanceux je dirais. Heureusement que vous campiez encore au même endroit, sinon les calculs de localisation de la fréquence auraient été faussés.

Je cherche des compagnons de route, pour maximiser nos chances de production et surtout de survie. Au moins, le temps de faire un trajet commun ensemble. Si cela vous dit, je suis intéressé. J'aimerais regagner le continent Ouest pour ma part. Je sais que la confiance se gagne au prix de lourds sacrifices parfois, mais j'espère que le fait de parler franchement de ma destination vous rassurera sur mes velléités. Auquel cas ce n'est pas grave et je vous souhaite une bonne route.

Blanche Neige

La Longue-Vue.

Ce texte vaut une bière !

Petite moue dubitative à la remarque, qui, si elle était juste, n'en était pas moins désagréable à entendre. Mettre le doigt sur la potentielle vulnérabilité que la route offrait, était assez culotté mais il lui en fallait plus pour craindre le pire quand le pire a déjà eut lieu.
D'être épiée de la sorte, sans pouvoir de son côté faire de même, vint accroître sa contrariété. Distinguait-il uniquement sa silhouette ou était-il capable de voir nettement un doigt s'agiter ? Questionnement intérieur qui ne serait pas formulé mais se hissant bien sur le bout des pieds, elle agita fugacement l'index, certaine qu'il n'en verrait rien à moins d'avoir l'œil constamment collé à l'objet.


J'accepte vos excuses. J'n'ai pas d'jumelles donc j'vais éviter de m'esquinter les yeux en pleine nuit puis les collines sont un rempart assuré j'pense.
J'y camperais peut-être encore demain mais c'n'est pas une certitude du tout, non que j'change d'avis comme l'envie d'pisser.
Vous avez raison sur un point, la confiance se gagne d'diverses façons, la mienne y est aussi soumise mais j'ai tendance à être un peu optimiste malgré tout. Pour c'qui est d'me rassurer, j'dois avouer que je n'en sais rien encore.
Pour c'qui est d'votre destination, l'ouest, ça reste vague et j'le comprends mais vous êtes attendu ou quelque chose comme ça ? J'ne vous sens pas un peu perdu comme j'le fus y a plusieurs mois d'ça.
M'concernant, j'n'ai rien quant à faire route commune un temps car vu vos propos, ça semble être temporaire, hors affinités parlant.
J'dois par contre en aviser ma compagne d'route avant d'vous promettre que c'est oui.


Déclic.

Chris Alvein

La Longue-Vue.


Effectivement le brun ne remarqua que sa silhouette scintillante dans cette nuit ténébreuse. Le voile de la nuit enveloppa progressivement la voûte céleste de son empreinte insidieuse. Il cessa d'ailleurs de la regarder, ça position était connue à présent. Et voilà que leur fréquence respective tournaient à plein régime.

Les collines sont sûres, mais il faut payer le prix pour s'y retrouver. De toute manière, avant la prochaine lune, je vais redescendre sur la route pour continuer mon chemin.

Il ne releva rien sur la "confiance", il se contenta d'acquiescer à ses mots. Chacun avait sa propre définition de toute manière, et ils avaient exposé chacun la leur.

Je me rends vers l'Ouest, tout simplement. Mais détrompez-vous on est tous perdu, plus ou moins. Suffit d'être bien renseigné et de savoir négocier les informations. Mais désolé je peux pas vous en dire davantage, d'autant plus que je ne sais pas quels sont vos intentions ni la direction de votre destination non plus. Je vous ai donné le strict minimum pour vous informer de la direction que je voudrais prendre, si vous êtes intéressée...enfin ce sera temporaire j'imagine on aura sûrement des directions différentes plus tard? Et que voulez-vous dire par hors affinités? En tout les cas, le cas échéant, comme je le disais, je vous souhaiterais une bonne route vers votre destination.

Blanche Neige

La Longue-Vue.


Attentive aux propos avant de s'asseoir précautionneusement, les divers hématomes marbrant son corps synonyme de douleur. Reprise de la communication, après un brin de réflexion.
Le bitume gardait encore de sa chaleur mais n'était plus brûlant.


J'vais vous donner plus d'précision. J'fuis le sud, nous avons fuit le sud après quelques évènements désagréables qui aura faillit... Se tait subitement pour reprendre un peu à côté. Rien d'bien intéressant en fait.

J'peux pas savoir à l'avance pour les directions différentes ou non. Délicat d'savoir sur le long terme.
C'que j'voulais dire, c'était une entente au minimum d'ou l'affinité en question.
Dans l'hypothèse ou vous nous rejoindriez, avez vous d'quoi faire un si long chemin ? Car comme j'l'ai dit, il y a des chances qu'nous n'resterons pas à cet endroit précis et cette information est assez importante, même si j'en vois une autre mais à c'stade, c'est trop tôt.


Un déclic, songeant à une autre demande, en tout point incongrue. De tourner le visage dans la direction ou elle supposait qu'il soit tout en se massant légèrement le flanc.

Chris Alvein

La Longue-Vue.


Il dormait presque devant son campement de fortune, la fatigue l’avait sournoisement assaillit sans crier gare. Elle pouvait être un danger vicieux si l’on n’y prêtait pas attention. Il n’alluma aucun feu finalement, c'était plus prudent et puis l'air était doux. Soudain la radio le fit sursauter. Il se frotta machinalement les yeux rapidement. Puis toussota pour s'éclaircir la voix.

Elle lui conta une partie de son histoire. Encore une fois il ne releva rien se contentant d’acquiescer. Il ne demanda pas plus d'explication. Puis à sa suite, il prit la parole à son tour.


Oui, donc vous privilégiez le Nord, un peu comme moi. Je pense avoir négocié ce qu'il faut de rations et d’équipements, pour un petit voyage de quelques lunes, oui.

Il fit une petite moue incertaine.

Hum, dites-moi je ne vous sens pas du tout à l'aise et ce n'est pas un reproche, mais je pense que je vais cesser de vous importuner. Et je vous souhaite d'ores et déjà bonne route à vous et votre amie. Soyez bien prudentes.

***


Il s'était endormi profondément. Sa radio, elle, aucun répit; le brun la mise en mode enregistrement toute la nuit et captura le dernier message de la brunette. Au petit matin, il prépara une petite ration et un café dégueulasse mais fort. Il le but rapidement, pour que le shot prenne effet directement sur son organisme. Il plia très vite tout son barda dans son sac puis se posa sur une pierre pour méditer sa journée future. Il Sortit enfin sa radio et écouta le message de Blanche Neige.

J'espère que vous avez eu bonne nuit. Et sinon, oui, prenez votre aise. Discutez en long, en large. Et vous me direz quoi.

Blanche Neige

La Longue-Vue.


La réponse suivrait presque la transmission de l'autre bout des collines.

J'suis à l'aise mais la fatigue m'prend.
Je vous recontacte dès qu'j'aurais discuté avec ma compagne d'route, j'veux pas décider sans avoir eut son avis. Bonne nuit. A bientôt.


Sans doute entendrait-il son bâillement partiel avant le déclic.
La journée l'avait littéralement épuisée et maintenant que la fraîcheur survenait, il était temps d'essayer de dormir un peu, d'une oreille seulement.


***


A peine plus fraîche que la veille, la chaleur était déjà étouffante et le reflet sur le bitume était prompte à filer un mal de crâne lancinant.
Impossible de gaspiller l'eau pour retirer la poussière et au matin, elle se sentait déjà poisseuse. Sa voix ne trahirait rien de cela.


Bonjour Chris.
La nuit s'est bien passée même si à choisir, j'préfère l'inconfort du sable, sans les grains qu'se faufilent partout. Et la votre ?
Avant de prendre une décision arrêtée, j'aimerais savoir si vous êtes capable de nous rejoindre, si nous, nous n'bougeons pas ? J'suis pas très friande d'l'immobilisme.


Déclic.


Chris Alvein

La Longue-Vue.

Ce texte vaut une bière !

La voix masculine avait retrouvé son agréable timbre bas aux tonalités suavées. Elle s'était bien reposée visiblement. Le brun écouta son intervention, puis directement à sa suite, il répondit.

Bonjour. Moi je préfère un lit, un vrai. A choisir, autant éviter routes, montagnes et étendues sablonneuses. Mais je n’ai pas le luxe de choisir. En tout cas, je vous remercie, la mienne s'est bien passée également.

Il leva un sourcil dubitatif. Il affichait -et elle ne pouvait pas le voir- un visage d'incompréhension.

Euh... je ne comprends pas ce que vous voulez dire. Vous n'êtes pas friande d'immobilisme, soit, mais je dois vous rejoindre si vous ne bougez pas de place? Soyez plus claire, vous voulez dire quoi précisément?

Il sortit sa longue-vue et vit un homme filiforme avec une incroyable barbe, au visage très pâle et à ses côtés une femme noire avec un shorty...toute de noire vêtue. Il ne voyait quasiment que sa chevelure impressionnante.

Je suis précis et clair; Je vous ai dit, je dois atteindre des tunnels qui se trouvent tout proche d'ici, selon les informations que j'ai. Étant donné que je suis sur les collines, je ne peux pas les localiser clairement, de ma position. Mais là où vous vous trouvez, ce n'est pas mon chemin naturel.

Il rangea rapidement sa longue-vue.

De toute manière, je crois que vous êtes assez là. A vous quatre. Je vais plutôt, finalement continuer ma route seul.

***


Quelque heures plus tard, il descendit de la colline et s'enfonça vers les tunnels et puis, il prit un peu de son temps pour lui envoyer enfin une dernière communication, pour l’instant. Mais cela il l'ignorait encore totalement.

Non ça ira je sais plus ou moins où elles se trouvent. Bonne chance à vous et au revoir.

A ce moment, tous deux ignoraient le dénouement qui se jouerait les lunes suivantes. Était-ce vraiment un au revoir final?

Blanche Neige

La Longue-Vue.


Un peu perplexe face à la dernière remarque mais une information cruciale cependant avait été fournie.

Un lit... j'exclue ce luxe même si bien sûr, je ne dirais pas non à l'idée de dormir dedans.
J'suis désolée, j'avais en fait mal compris ou peut-être mes propos vous auront induit en erreur. Si vous gagnez les tunnels, c'est effectivement pas sur ma route mais... c'est la première fois qu'vous les mentionnez aussi.
J'peux vous orienter vers eux, car nous avons croisé l'entrée de ceux-ci. J'n'ai plus trop la distance exacte, mais de ma position, c'est plein sud. Enfin, il y a un croisement de la route et d'là, je crois qu'on peut les apercevoir.


Pli agacé sur les lèvres de cette déduction facile.

Quatre... si vous aviez raison, ça m'arrangerait sans doute. J'vous souhaite une bonne route et peut-être nous recroiserons nous, tôt ou tard.

En tant qu'ennemis supposa-t-elle mais cela resterait dans ses pensées.

***


Son regard se déporta en arrière, d'où elle était venue, l'imaginant à peine plus loin s'il avait commencé à se déplacer.

Bonne chance également et si un jour l'on se recroise, d'près ou d'loin, j'espère discuter avec vous. Au revoir.

Déclic. L'avenir en déciderait.


Chris Alvein

La Longue-Vue.


Quelques lunes s'étaient glissées, sans s'accrocher, sur la ligne du temps infini, définissant à chacun sa propre destinée. Une ligne imaginaire, indéformable, qui assujettissait l'Homme à sa simple et unique volonté; celle de couler inexorablement vers le même sens. Le temps était-il saisissable? Avait-il seulement une consistance matérielle, peut-être n'était-il même pas un objet Physique. Alors, rien n'était supposé à l'avance, mais tout était paradoxalement écrit avec minutie dans un registre inaccessible.

***

Il traina les pieds un peu plus dans les tunnels, planifiant plus calmement la suite du voyage qui s'annoncerait plutôt caduque en définitif. A la sortie des tunnels, alors qu'il apercevait le grand pont qui menait au Nord, il remarqua une énorme étendue sur laquelle jonchait des cadavres à perte de vue. Tous massacrés. Le brun était la seule âme qui y déambulait.

Cette nuit-là, il reçut un message scellant définitivement son destin. Fort Boréal était tombée. Certains parlaient d'une mauvaise gestion, d'autre d'une attaque surprise de type Cheval de Troie. Toujours était-il qu'il n'y avait plus aucun avenir dans le Nord pour lui. Le voilà à présent qu'il redevenait le solitaire qu'il avait d'ailleurs toujours été, ne comptant que sur lui-même. Sa confiance, personne ne semblait la mériter. La brunette allait totalement changer cette donne.

***

Une voix familière, neutre cependant, se fit entendre dans la radio de la Belle aux yeux charbonneux.


Bonsoir. Vous êtes arrivées à bon port alors? Comment va votre petit groupe?

Blanche Neige

La Longue-Vue.


Le Yin et le Yang étaient enfin parvenu à la fin de leur périple, dans un état encore bien pitoyable mais les jours suivant verraient leur forme se mettre à un niveau optimal.
Depuis, de deux, leur chiffre avait doublé. L'haïtienne avait accepté de les suivre, ainsi que le gourou malgré la tentative de capture en tout point foireuse.

Sur place, un Dojo mené par un Chat qui avait le don de la parole, provoquant la profonde perplexité de la jeune femme. Mais grâce au dojo, elle pourrait enfin dormir d'une traite, sur ses deux oreilles.


***


Quand cette voix déjà entendue refit surface, les sourcils se froncèrent légèrement aux propos énoncés. Ce même jour, elle avait su qu'il était en vie car il s'était exprimé sur la fréquence publique, mais de là à ce qu'il se souvienne d'elle, c'était surprenant. Elle-même avait parfois songé à lui, s'interrogeant sur les projets qu'il devait avoir. Mais elle n'ignorait pas le carnage qui avait vraisemblablement eut lieu dans la zone ou l'homme se rendait.
Contact anodin ou pas ?


Bonsoir. J'ne cacherais pas qu'je ne pensais pas vous entendre, excepté sur les ondes publiques ou j'crois que vous êtes intervenu.

A bon port... mais comment le sauriez vous si c'était le cas ?

L'on va mieux qu'il y a quelques jours, plus en forme on va dire et l'ambiance reste sympathique. J'dois être pourvue d'un certain charme, ou pas.
Et vous, comment c'sera déroulé votre voyage ? Vous êtes parvenu à destination ?


Déclic.



Chris Alvein

La Longue-Vue.


Sa voix suave et un peu rauque reprenait le dessus. La première intervention laissait transparaître un timbre plutôt neutre.

Ah? Vous ne pensez pas m'entendre, et pourquoi donc? On s'était promis quelque chose?

L’intonation virait à l'interrogation feinte. Si elle était attentive elle le remarqueroit sans doute.

J'ai effectivement ouvert ma fréquence, une seule fois, pour donner un conseil, qui me semble assez important. Les gens sont tous obnubilés par la carte. Et la gestion dans tout ça?

Petit rire amusé.

Vous ne partagez pas avec moi cette idée? Quoiqu'il en soit, concernant "l'arrivé à bon port" j'ignore totalement si c'était le cas. J'ai juste oublié de jouer de mon intonation pour marquer l'interrogation. Je vous posais une question en réalité. Et je suis content d'entendre que tout va bien pour vous. En ce qui me concerne, oui, ça va, je suis en vie, pour l’instant. Tout reste à faire maintenant.

Une petite moue qui laisse poindre un petit sourire.

Vous aviez été dérangé, vous pouvez me l'avouer, lorsque je vous ai regardé à travers ma longue-vue?

Blanche Neige

La Longue-Vue.


Un pli amusé étira les lèvres un instant sous cette question qui n'était qu'apparence mais à laquelle elle répondrait.

Non, bien sûr qu'non. Pas d'promesse et j'pense avoir une mémoire pas trop faillible.

L'exposé lui avait paru assez long. Forcément, elle saurait pas se taire, bien qu'y mettant un poil de tact.

La carte est un bon moyen d'repère et c'est d'ses erreurs qu'on apprend paraît ? Mais si j'sais qu'la gestion des vivres est importantes, s'faire un tableau en étant isolé... c'est une perte d'temps, vous n'croyez pas ? Ou vous êtes trop technique peut-être.

J'suis bien arrivée au terme du voyage d'survie car il s'agissait bien d'ça et j'ai sans doute quelques jours devant moi pour en profiter un peu, d'cette fichue vie. Voire mois si ça m'est accordé mais j'ferais tout pour.


Une pause, se remémorant plus ou moins ce qu'elle avait ressentie lorsqu'il l'avait épié.

Dérangée, pas vraiment. J'préfère être observée de près pour voir le regard d'l'autre et à distance, sans une paire d'jumelle pour faire pareil, c'est l'manque de réciproque qui est particulier.
En position inversée, ça vous aurait fait quoi ?


Déclic.




Chris Alvein

La Longue-Vue.


Il se recoiffa machinalement alors qu'il l'écoutait très attentivement. Ses cheveux, quant à eux, restèrent hirsutes, un style qu’il entretient rigoureusement.

Je comprends votre point de vue, mais c'est à mon sens, une erreur que de croire que si on est seul, aucun plan ni tableau n'est nécessaire. Je pense que même tout seul, il faut dénombrer précisément ses rations ainsi que sa capacité productive, pour ensuite les calculer. Il faut aussi savoir où l'on se dirige plus ou moins, et in fine on aura une idée relativement juste de son autonomie. C'est-à-dire, traduit de l'abstraction pure à la réalité fonctionnelle: combien de lunes puis-je passer sans manquer de rien ou combien de kilomètres puis-je parcourir, si on préfère marcher plutôt que tenter de produire.

Le ton redevient moins technique, pour glisser doucement vers un aspect plus visuel. Le relever était impératif. Déjà pour sa propre curiosité, qui le tritura très longuement après l’avoir effectivement épié. Elle avait totalement tut sa réaction, ne laissant rien transparaître sur le coup, si ce n’était lui glisser une rumeur en sourdine qu’il interprètera à sa manière.

C'est pour cette raison que j'ai arrêté. Je n'avais pas vu directement le déséquilibre provoqué. Loin de moi l'idée de vous observer sans que vous ne le sachiez. Je crois que j'ai été directement parfaitement transparent. C'était par nécessité, disons, technique. Je n’avais pas l'intention de deviner votre tour de poitrine. Je ne fais pas les choses de cette façon. Et pour vous répondre, j'aurais eu le même sentiment que vous. Je préfère voir mes interlocuteurs en face de moi, bien dans les yeux.

Blanche Neige

La Longue-Vue.

Ce texte vaut une bière !

Elle n'aurait peut-être pas dû poursuivre l'orientation sur la gestion des vivres, auquel elle ne ferait qu'une réponse brève après avoir refoulé le fou rire à la mention du tour de poitrine. La nuit, les sons résonnaient tellement qu'il valait mieux la mettre en sourdine.

J'pense que vous auriez mieux fait qu'moi quand j'gestionnais les vivres de mon précédent groupe car j'dois dire qu'm'échiner à des calculs pointus, j'ne le faisais pas mais j'gérais au compte goutte tout d'même. C'est chiant entre nous.

Vous n'vous en êtes pas caché et vous auriez pu simplement m'mentir car en pleine nuit, j'suis pas un chat pour y voir bien à une distance folle.
Bien mieux pour savoir d'quoi on est un peu fait, au minimum mais mieux qu'rien.


Courte pause.

Mais pour que vous m'posiez la question, vous y songiez encore ?
Ou envisagez vous dans l'futur un genre d'face à face ? N'voyez là que ma curiosité, j'suis pas femme pour rien.


Déclic.