Quand Acnée perd la face (Ce qu'il en reste )

Chapitre débuté par Alicia

Chapitre concerne : Acnée, Desert'Karâv'Crou, Alicia, Penny Olgasson,

Alicia avait rencontré le colonel Caly une lune auparavant et les deux avaient décidés de faire route commune.
Ça n'avait pas été sans mal tant la militaire surnommée "Acnée" avait un visage repoussant. Un visage monstrueux.



Le résultat d'une "attaque chimique"avait-elle précisé...
Diantre que le résultat n'était pas beau à voir!
Elle l'avait suivit malgré une certaine réticence.

Pourtant l'attaque d'une folle furieuse les avait rapidement obligé à s'arrêter. Cette vieille peau déséchée par le soleil avait terminé avec le poing métallique d'Alicia enfoncé profondément dans son visage. Cet événement avait confirmé à la jeune femme ce qu'elle soupçonnait déjà. Le monde extérieur était aussi dangereux voir pire que le fond de la mine où elle réparait les équipements des autres esclaves.
Elle ne pouvait donc pas rester seule et puis son bras mécanique ne fonctionnait pas encore si bien que ça. Elle n'aurait pas toujours la chance d'aujourd'hui, il lui fallait des compagnons.
Pourtant celle avec qui elle partageait un feu aujourdhui ne lui plaisait pas tellement.

Elle était allergique à toute forme d'autorité et d'organisation militaire. Toute sa vie on lui avait donné des ordres, forcé à travailler dans des conditions deplorables, on lui avait dit où elle devait manger,boire chier, dormir... (Malheureusement souvent au même endroit)
Et la première fois qu'elle avait tenté de reprendre sa liberté, on l'avait rattrapé et arraché une partie de son corps. Elle n'avait dut sa survie qu'à sa tenacité et ses compétences exeptionelles de bricoleuse.
C'était là tous les bénéfices qu'elle avait reçu de ses maitres :
Humiliation et mutilation

Alors aujourd'hui il lui était difficile d'obéir à qui que ce soit et particulièrement à l'affreuse colonel avec une tête de gruyère .
Et un oeil moisi qui pendait sur son visage comme une vieille couille fletrie.
Pire,elle lui faisait peur.
Même si l'infâme lui avait dit que sa maladie de peau n'était pas contagieuse elle était terrifiée à l'idée de terminer comme elle.

C'est donc avec soulagement qu'elle accueillit la voix d'un autre personnage haut en couleur, madame Penny Olgasson. Ouf elle n'était plus seule.

" Salâ,
Ca Penny d'l'aute côté da machine. J'vins juste d'sorti d'ma tôle!
Si qu'y'a un dégenn' qui m'capte, faites meu'l'save!
J'su pas une d'ces raval'vomi mâ rester tout seule, ça m'aguiche pas trop!
j'redis, si qu'y'a on gens qui capte, responds-meu!!"

Alicia lui avait indiqué leur position aussi vite qu'elle avait put, trop heureuse d'avoir une autre forme de compagnie.
Cette dernière avait rappliqué le long de la rivière avec un type qu'elle nommait "Kroutchav" et qui lui avait un tatouage sur une bonne partie de son visage.
Examinant la scène avec pragmatisme Penny Olgasson dans son patoi aux accentuations si charismatique lui proposa vite de rejoindre sa bande.
Mais pas seulement...

Ce texte vaut une bière !

Teu t'as bîn faite de t'karâv vec meu, l'aut' vérole j'a sente pas bîn, 'fin pou'toute dire que j'a sens jusqu'à d'ici pius exactement. J'save raiment pas comment qu't'as faite pour rester toute ce temps vec on dégenn pareil...
Pis qu'a ce'que teu m'narre, t'estimes teu chanceuse qu'a ta pas r'filé son grêle.. Meu j'vu on gens dans ma tôle, qu'ava juste serrer l'pogne d'on aut', pis "fiou"!
Elle imite le bruit d'un éclair, et claque des doigts.
Pis qu'avant qu'il eu l'temps d'di "fiou", qu'y'eu on trou qui lui poussa dans l'tripe, pis qu'ça monta dans'l'plâstre. J'a m'rappelle qu'on jouasse à lui balancer des trucs d'dans, nousôtes était kido, mâ quand-y bougea pius, trop facile d'y'j'ter des caillasses alô nousôtes a du changer d'jeu...
T'l'as pas touchée au moins?

Penny sentait bien que le vent allait tourner pour elle et qu'en la jouant finaude, sa situation serait grandement améliorée dans les jours prochains...
Kroutchev ou Kroutchav' comme elle aimait l'appeller (pouvait-elle le dire autrement?) qui venait de la rejoindre était un bon gaillard, pas bégueule pour un sou, un de ces gars qui ne rechignerait pas à taper sur une inconnue, simplement parceque eux ils étaient trois et qu'elle en face... elle était en face...

Penny s'était retrouvée "en face" toute son enfance, et elle avait beau rendre coup pour coup, souvent le double même, à chaque fois qu'un "kido" tombait, deux autres se tenaient derrière...
Quand tu vis toute seule, tu ne dors jamais vraiment, tu manges en cachette et tu passes ton temps à te retourner et sursauter, alors oui tu dois former une meute, un "crou".
Personne n'avait voulu suivre Penny hors de son abri, il lui fallait en reformer un au plus vite, et rien ne soude autant les gens que le sang versé en commun...
- Tu m'écoutes plus Penny? T'as l'air dans l'vague
- Bîn sûr que j't'esgourde ma bellerie, j'fâ qu'ça, j'a t'suis toute ouïe..

Mais non, Penny n'écoutait pas, elle traquait la moindre ouverture...
Alô cause meu ptit'Alicia, continue d'causer atâ qu'la Penny trouvera on bon mot pou' dt'a retourner l'cervelette, lâsse just'on porte qu'a s'entrouv'..
...Acnée m'a parlé d'un groupe menaçant venue du nord....
Bingo, voilà ce qu'elle attendait...

Penny tapa du poing sur son genoux et faillit s'étouffer avec le brin de paille qu'elle rongeait machinalement en lachant:
-Mire meu ça qu'ça toute foutance! J'en vins du nord pis que j'save bîn qu'a rîn d'menaçant qui vînt d'toute là-haut. Meu n'avis qu'ça d'la jactance pou' te mettre à d'dans.
Tout en mimant un petit bonhomme qui marche avec sa main droite...
Qu'on va pas nord pis qu'on va au sud, pis qu'à-bas teu vl'à troquée cont' deux clous pis on boîte da conserve...
La main gauche s'était ajoutée à la scène qui virait brusquement du grotesque à l'obscène...
Meu doucerie j'mire bîn qu't'as pas venue pa'hasard, pis qu'loin d'meu toute idée da m'jeter des miramboles, mâ que j'a m'sens on peu comme teu salut. Fâ qu'on t'sauve, fâ qu'on t'sauve d'laut' pustu qu'a va teu r'vendre! Pis qu'nousôtes va t'sauver, quoi t'bois? quoi t'fais? s'eu j'mens j'me fâ enfler!
Alicia l'écoutait maintenant avec attention

-Teu save bîn qu'teu peuves donner toute confiance à meu, t'as on peu comme meu p'tite soeur j'a jamais eu. Charnav' bîn ça qu'j'va dire..
T'as d'jà prise teu part à c'qu'on appelle la marav? Nan?
Proche teu on peu, j'm'en va t'radiné su'l'sujet...

Alicia buvait les paroles de Penny. Cette dernière avait une forme de charisme doublée d'un certain charme. C'était un cocktail particulier certes et qui pouvait probablement sembler indigeste pour d'autres mais qui ennivrait merveilleusement bien la jeune femme.
Et puis elle proposait de la prendre sous son aile, de l'aider, de la guider mais pas comme une maîtresse ou une chef. Plutôt comme une grande soeur, comme une amie, comme son égal ...
C'était un rapport social inédit et tellement raffraichissant pour celle qui avait été soumise à la captivité toute sa vie. En un instant elle l'aurait suivit au bout du monde simplement parce qu'elle lui avait tendu la main pour la sortir du pétrin, sans rien lui demander en retour.
Dès lors Penny Olgason n'eut pas beaucoup de mal à la convaincre qu'il ne fallait pas se contenter d'abandonner le colonel mais qu'il fallait aussi s'assurer qu'elle ne nuise pas à d'autres.
En ses termes il fallait la marave un bon coup!
Que sa sale face dégénérée disparaisse à tout jamais de la surface de ce désert... Et Alicia accepta cette proposition avec une certaine forme d'enthousiasme

Ensuite tout se déroula très vite. Le camarade Kroutchav complètement acquis à la cause de Penny ne se fit pas prier pour suivre d'un bon pas les deux nouvelles compagnes vers le campement de la créature.
Cette dernière qui ne se doutait de rien, somnolait au coin d'un feu mourant.

Penny entama les hostilités en la "réveillant" d'un franc coup de botte dans les côtes, immédiatement suivi par celle de Kroutchav dans la tête cette fois ce qui ne lui laissa pas le temps de se ressaisir ou même de se relever. Ce fut au tour d'Alicia et elle ne ménagea pas ses efforts pour la frapper, alternant entre le poing de son bras de chair et les griffes acérées de celui en métal.
C'était jouissif.
Comme une seconde libération.
Chaque coup était envoyé avec plus d'entrain et de force. Dans sa tête elle ne rossait pas seulement Acnée mais tous les enfoirés qui l'avaient fait souffrir dans le passé , à commencer par celui qui lui avait sectionné son membre si précieux . Elle n'avait aucune idée de ce qui motivait les autres à autant de violence. Mais à les voir à l'oeuvre tous semblaient avoir une bonne raison...

La marave se termina quelques longues minutes plus tard laissant un corps en charpille.

Les trois le trainèrent instinctivement jusqu'aux braises du feu et y plongèrent sans hésitation sa vilaine tête. Elle ne cria pas. Elle était sans doute déjà morte depuis un moment. Ses cheveux s'embrasérent et l'horrible visage disparut pour de bon dans une fumée noire .

Cette scène de violence se termina par une tirade dont seule Penny avait le secret.

Pis qu'ça faite une pisse-dûr de pius en moins... Mâ, Kroutchav' pis surtoute teu ptite Alicia, save bîn qu'nousôtes a prime aucun plaisir dans c'te marav', dis-teu qu'ce fûte on gesture medical, l'ablatance d'on sâle pustu' qu'a rendait c'desert bîn pius laid qui n'a dj'a...
Pis quand l'jou qui suive vîndra, qu'nousôtes s'l'karav' pius loin, j'veux qu'vousôtes laissâmes toute c't'histoi darrier nousôtes, vec toutes le sâles pensances pis l'charogne puant qui va vec...
Ça bîn d'ac?

Alors que les deux autres aquiessaient en silence, elle s'essuya la sueur qui perlait de son front d'un revers de main et commença à lorgner aux alentours et plus particulièrement vers le maigre tas de réserves de la défunte.

J'save pas bîn pou vousôtes mâ j'sens comme on sechesse dans l'fond da gosier d'meu, l'aura pas laissé trainasser on tite flasque pa'l'pius grand'hasard..