Être ou ne pas être...

Chapitre débuté par Domi

Chapitre concerne : Domi , Shadow,

Ne pas gerber.

Ne pas se trancher la carotide.

Ne pas rester coincer là, avec ses défauts, sa mocheté, et tous ces souvenirs horribles.

Se regarder dans la glace et ne pas voir un truc atroce, à présent...

Dominique se fout un grand coup d'eau dans la gueule. Pourtant, elle n'en peut plus.

La gerbe... La mort...

Tous ces morts...

Et même Darcy... La belle Darcy... Elle l'a calculée... Elle l'a fait mourir... Est-ce qu'elle l'a fait exprès ?...
Darcy pourtant... ...ça c'était quelqu'un... ...quelqu'un qui savait la faire jouir...et du coup la faire dormir... Pourquoi, Darcy ? Parce que Domi... Domi est coupable de tout... C'est vrai ou pas...elle voit la mort de l'aveugle...dès qu'elle se couche...en vlash violent...les gerbes de sang...tout ce sang...tout ce sang...Adiputri...comment Adiputri peut cracher autant de sang à partir de la gorge...une si belle femme...le jus noir de Püppchen, qui lui coule sur la gueule...Zack son dernier amant, sa tête flotte, et pisse, et pisse...un jus vermillon, encore... Zack, un de ses bels amants, comme Jack, qui la frappe avec son bras déchiqueté, la martèle...encore et encore...et le sang, tellement de sang...ça gicle partout, on nage dedans...pourquoi il y a tellement de sang partout... La mort de la femme de Nation... La pauvre... Brisée les jambes... Découpée, presque vivante... Les hurlements des gars chopés, là...
Les flics dégommés un à un, elle ne sait pas trop comment...comment elle a pu faire un truc pareil...des gilets par balles et des armes lourdes...c'est pas possible...et elle pleurait après...elle pleurait... Sandrine, avec son crâne parti en fumée, dans le jardin... Tant de coups de club de golf... Sandrine... Elle buvait du martini avec elle... Elle discutait de tout et de rien, avec les gosses qui jouent, dans les genoux... Elle n'aimait pas beaucoup Sandrine... Est-ce que Sandrine l'aimait ? Sandrine et tout ce sang qui pisse... Toute cette mort, qui flotte autour d'elle... Elle l'attire, elle le sait...



Dominique convulse, ouais... Toute cette gerbe... Tous ses morts... Encore un dégueuli... Par elle... C'est jamais elle... Le vomi... Ses enfants... Ses enfants... Darcy... Les flics... Les belles femmes... Elle a armé tout ces gens... Parce qu'elle est malade... Elle voulait dire qu'il fallait pas la faire chier... Elle a fait passer le message, et maintenant...?
Est-ce que c'était seulement possible ? Darcy... Elle dégueule tout ce qu'elle peut, pleine de whisky, de vin et de ricard... Elle se hait tellement... Mais elle continue à vivre... Elle ne se comprend pas elle-même... Ses propres enfants... Darcy... Tout ce vomi... Toute cette poudre... Elle s'aime aussi... Elle dégueule... Et boit encore... Pour fêter ça...

Domi se nettoie un peu les yeux...

Qu'est-ce que tu fais, Maman...

Maman de l'Apocalypse... Elle titube... Va boire encore un coup de ricard...


Elle pleure, pleure, à l'épaule de l'homme qu'elle a enchainé.


Demain, il va encore souffrir la pire des misères du monde, avec la plus haineuse des bonnes femmes...


Et demain, Dominique n'aura aucune putain de larme, ni aucune trace de vomi, sur le coin de la gueule.


Dominique ne sera juste pas Dominique. Ce sera juste un gros monstre. Elle ne se rendra même pas compte de sa propre folie...

Pourtant...c'est une mère... Pour Megan elle fait tout... Elle amasse...

La nourriture abonde...

Les produits médicaux sont légions...

L'eau, c'est tranquille...

N'importe quel péquin crevant la dèche voudrait la richesse de Dominique...

...mais Dominique a beaucoup plus de poids à porter, que ce gars là..


Quand elle les réveille, les quelques connards, elle brandit les chaines, et dit comme ça:


Debout les petits chiens. Assez rigolé.


Et Dominique n'a plus de pleurs ni de vomi sur elle. Dominique a tout lavé, dans la discrétion. Dominique n'est une vraie femme que quand elle dort...et elle dort peu... Si peu...

Un cauchemar permanent...

Bonjour. Megan.

Souvent, le pire, c'est d'être malade et de savoir qu'on l'est.

Dominique est pas une grande littéraire... Disséquer des crapauds et des coeurs de boeuf, c'était tout de suite plus amusant que de lire des bouquins de naze et réciter des poésies... Pourtant elle était forcée... Fallait toujours ramener les meilleures notes, avoir un bon bulletin... Il fallait lire des pages, et des pages, et encore des pages de conneries toutes plus débiles les unes que les autres... Ce vieux con de Balzac, qui étale des tartines sur tout et n'importe quoi... La putain de cage d'un oiseau, il en faisait une tonne de gribouillis, ce con là... C'était quoi son putain de but à ce pouilleux...? Edgar Poe c'était déjà plus intéressant... Des histoires de morts, de la nuit... Oui... Dominique essaye de trouver un des bouquins qu'elle aurait aimé relire... Elle trouve pas... La Bible... La putain de Bible... Forcée d'aller au catéchisme, aussi... Réciter encore et encore des trucs à la con... Les prières de merde... Putain de Marie pleine de grâce... Dominique sait que Marie elle s'en fout bien, d'elle, si elle a jamais existé... Tout le monde se fout de tout le monde... Pourtant il faut bien faire avec... Nan ce qu'elle aimerait relire c'est un truc scientifique... Très carré... Un truc qui parle d'une maladie... D'un cancer... Comment ça se forme... Comment c'est possible... Ce putain de magazine... A quoi il sert maintenant ce putain de magazine... Des salons et des cuisines... Comme si des salons et des cuisines ça avait un réel intérêt... Nan ce qu'il faut savoir c'est là où il faut schlasser, pour vider quelqu'un en même pas dix secondes... Elle regrette de pas pouvoir revenir en arrière, pour trancher les carotides de tous ceux qui se moquaient d'elle, quand elle avait quatorze ans... Putain qu'est ce que ça pouvait leur faire que son pull soit moche et son pantalon dégueulasse... Putain de mère aussi... Putain de daron... Elle aurait du aussi leur trancher la gorge... Quel intérêt bon sang... Tout ça pour finir en prison et se faire tripoter le cul par des mochetés...? Faudrait être con... Bon...après tout, c'est passé c'est passé... La volonté de puissance...oui...ça c'est un bon concept... Nietzsche, c'était salement embrouillé, mais elle comprenait tout ce qu'il racontait, au moins, lui... C'était pas des trucs pour les pédales, à parler de la tapisserie...ou de foutus gitans, des femmes de ménage, avec leurs vies de merde détaillées comme si c'était important...ou bien quoi encore...

Elle repense à toutes ces filles qui la traitaient de pute, dans l'amphithéâtre... Putain de jalouses... C'est parce qu'on suce des mecs tous les soirs qu'on est une pute...? Et puis fallait bien bouffer, alors voler ce qu'il y a dans leurs portefeuilles, leur console de jeux vidéo, ou vider leur bar... Le Mac Do ça va bien deux minutes, mais quel taf d'esclaves putain... Quelle bande de cons aussi, à toujours penser avec leurs petites bites... Ouais, leurs bonnes petites bites bien dures... Oui, elle se rend compte que c'était pas bien... Mais après tout qui ils sont pour venir causer, les putains de gens avec leur propre maladie... Tout le monde encule tout le monde...et après quoi... Elle a juste volé quelques trucs... Ensuite elle s'est rangée des voitures... Putain de merde elle a jamais fait chier personne... Et puis soigner des animaux au moins c'est un truc pas trop mal, pas comme foutre des prunes ou coller des gens en zonzon... Y'a bien eu un excès de vitesse... Elle a dit aux deux glandus qui lui faisaient la morale qu'elle était désolée... Tu parles... Qu'est-ce que ça peut bien foutre, si elle avait shooté un gosse en vélo, ou si elle s'était elle-même encastrée dans un arbre... Y'aura toujours des milliards de morts... Des choses meurent et se bouffent entre elles sur son propre corps, à l'heure qu'il est... Personne n'en dit jamais rien, de toutes ces saloperies qui se font écraser sans même qu'on s'en aperçoive...

Dominique se souvient de ce petit garçon qu'elle avait rencontré en vacances dans un bled de merde du Finistère... Il faisait beau, y'avait un espèce de calme suspect... Comme si la nature attendait la catastrophe... La nature était tellement...elle sait pas trop comment dire...vibrante... Ouais, c'est peut-être vibrante... Faudrait demander à ce con de Balzac... Le petit garçon, il lui avait montré une fourmilière sous une pierre... Ils s'étaient amusés tous les deux à noyer les fourmis... C'était la panique à bord, et eux ils rigolaient de leur connerie... C'était très amusant à voir, toutes ces bestioles engluées dans la poussière, à perdre leurs pattes, à suffoquer... Est-ce que c'est là que le putain de mal a commencé ? Tout le monde s'en fout de ces putains de fourmis... Si un Dieu existait il lui parlerait des fourmis ? Des acariens ? Qu'est-ce qu'il s'en tape... C'est un putain de Dieu... Les Dieux ils font comme tout le monde, en mieux... Ils écrasent, ils broient... Ils donnent naissance...
Ils les ont noyées et après ils se sont un peu tripotés, curieux l'un de l'autre... Comment il s'appelait ce petit garçon...?

Dominique contemple le corps nu et meurtri de celui qui lui fait face... Elle pense lui retirer un rein... Juste pour voir, comme ça, combien de temps il va survivre, avec un rein en moins, dans le désert...
Y'a bien des handicapés physiques et des trisomiques qui se balladent à la fraîche...
Ils meurent aussi...

Dominique réfléchit à sa maladie... Bon, elle sait qu'elle est légèrement alcoolique, ok...
Mais comment on appelle les gens comme elle... Ceux qui font des horreurs, s'en rendent compte, et n'ont aucune gêne, voire s'en vantent... Des psychopathes ? C'est peut-être ça... Quel intérêt après tout...

Tout parait si vain et si parfait...

Si vain et si parfait...

Quel intérêt de vivre...

Putain à quoi sert de réfléchir à tout ça...

Tout est si vain et si parfait...

A quoi il pense, lui, ce putain de chameau ? Y'a quoi dans sa putain de tête, à lui ? Et ce stupide cheval ? Il est beau, le cheval... Il est beau... Elle l'aime bien ce putain de cheval... Elle repense à Findus... Est-ce que James le traite bien ? Ouais, James doit pas être du genre à assoiffer une bestiole comme ça, ou lui foutre des coups... Quel intérêt... Ils sont beaux et pratiques...

Beaux et pratiques... Les deux guignols là... Ils sont pas très beaux... Mais ils sont pratiques putain... Elle adore les voir bosser alors qu'elle leur fout des coups, juste pour déconner...

Putain de fourmis va...

Elle va se resservir un petit verre, allez... Et puis elle ira voir Megan pour la câliner...

Son coeur bat la mesure de quelques traces de coke... Elle contemple le crâne de Berisha entre ses doigts... Pourquoi elle garde cette merde...? Elle s'appelle pas Hamlet et lui pas Yorick, mais bon... C'est pas mal, pour pimper le sale putain de chameau ou cette enflure de Calinouille...ça donne de la classe aux animaux... Et puis ça lui rappelle la sale scène... C'était excellent... Elle avait bien rigolé... Enfin rigolé...façon de parler, quoi... Combien de temps était-il resté entre la vie et la mort...? Elle s'imaginait que cet état devait être une sorte d'extase, l'approche du nirvana... Toute cette douleur qui émanait de son corps pitoyable, à sa merci complète...
Elle ne s'était jamais sentie aussi vivante que quand elle imaginait James venir la battre et la sodomiser... Elle lui miaulait toutes les horreurs imaginables sur son propre sort à la radio parce qu'au fond, il n'y a que ça de vrai... Le putain de danger... Sentir qu'on est tout et rien du tout à la fois...

James...elle quitte des yeux le bout de squelette et regarde vers le Nord... A l'intérieur elle est surexcitée, malgré son visage de marbre... Elle voudrait qu'il la batte...la tonde...ou lui pisse dessus... Est-ce qu'il ferait ça...? Ou bien il serait au contraire très gentleman...mais bon, avec sa bite bien enfoncée dans son cul et prise par les cheveux...ce serait un plus... Elle lui fouterait des coups de dents... Elle se pose des questions sur la taille de sa queue...

Putain elle ne rencontre que des minables... Tous ces mutants, ces estropiés, ces vieux chnoques et ces petits connards qui courent les dunes et la pampa... C'est pas possible, y'a pas un seul mec correct et potable dans tout le désert, faut croire... T'as plus de chance de trouver un cactus en forme de Statue de la Liberté... Y'avait bien Jack... Mais bon... Jack c'était un gagne-petit comme les autres... Un mouton... Mais c'était le sien, elle aimait bien son petit mouton... Et Zack...jeune et vigoureux ouais... Ni vu ni connu, à le chevaucher comme une dingue, pendant que d'autres s'emmerdent à entretenir le feu et font mine de pas trop entendre certains râles... Cyrus...? Cyrus était un bon parti...c'était pas le genre à roupiller direct après avoir largué sa première cartouche... ...ouais ça mitraillait sec, il l'avait bien pilonné... Qu'est-ce qu'il fait en ce moment, ce clochard...? ...ça lui dirait bien de rebaiser avec lui, à l'occasion... Mais cette fois il serait attaché comme un petit caniche, avec une gag-ball enfoncée dans la bouche...

Le vieux Gus...? Putain pas question... Ce serait comme baiser son papy... Elle est un peu tarée et légèrement nympho sur les bords, mais faut parfois pas pousser... En plus c'est un crassouille... Fallait voir l'état de ses panards quand elle vérifiait l'état de sa cheville... Alors la bite... Autant se frotter la charogne d'un coyote sur la chatte...

Et Calen ressemble à une sorte de gros muffin bipède... Il est dégoûtant... Quelle sale gueule... Et ce bide, merde... Ce bide... Il doit même pas pouvoir voir son zizi, ce con...

Déjà que Megan c'est limite...mais faut bien lui apprendre un peu la vie...sinon elle restera frustrée...à son âge c'est pas bon la frustration...ça donne des boutons...

Et puis c'est pas évident non plus de se faire des copines...des vraies copines...y'a que des pisseuses et des connasses, ou des femmes trop plan-plan, quand c'est pas des infectées...toujours à parler de conneries ou faire l'étoile de mer...ça va être dur de retrouver quelqu'un comme Darcy...une bonne femme pas trop casse-nichons avec un minimum de personnalité pour pas trop s'emmerder au pieu...

Putain...Datura avec un gode ceinture...ça se serait un truc un minimum excitant... Quelle sale pute de keuf...elle aussi elle est un peu comme James...ça la surexcite quand elle cause... Sale truie...ça te fait la morale, et le lendemain ça se lance dans de grandes exécutions... Façon bolchévique... Y'a plus que ça, aussi... Des nazis et des bolchos...

Bon...Dominique envoie valdinguer le crâne de Berisha au lieu de lui causer, et baisse un peu son froc, dans la nuit...elle veut pas qu'il soit tout trempé et sente trop l'huitre non plus, pour voyager demain, il doit faire encore quelques jours...c'est déjà assez chiant comme ça de laver les chaussettes et les autres conneries de tout le monde, les foutues traces de merde sur les pantalons... C'est pas parce qu'on est des voyageurs qu'il faut se laisser aller dans la crasse, non plus... Les choses se sont quand même bien dégradées au fil du temps... A les voir arriver tout barbouillés de sang, avec les grosses giclées impossible à ravoir même en frottant comme une tarée, les gens peuvent faire un peu la tronche, ou se douter qu'ils mangent pas forcément tous les jours du cochon sauvage ou du lézard, et que c'est eux, le prochain menu du jour... D'ailleurs elle sait que y'en a un ou deux qui vont encore pas faire long feu, dans le coin... Faut se préparer pour l'hiver... Pourquoi ces connards n'ouvrent jamais leur claque-merde, aussi... C'est le b.a.-ba, communiquer avec les autres êtres humains, pour pas finir forcément dans la potage sur une affreuse méprise...

Putain...y'a combien de kilos de viande humaine séchée dans le ballot là-bas...? Vingt...? Trente...? Voire même quarante...? Tous ces hommes et toutes ces femmes... Elle a pas de balance...ça pourrait être bien de trouver une balance...pour la came aussi...pas pour peser des âmes...

Ouais, faut qu'elle se trouve d'autres fringues, quand même... Et des trucs plus sexy qu'être habillée comme un bidasse, ça cadrera pas avec l'ambiance voulue...
Et du maquillage... Ouais va falloir qu'elle se dégote du putain de maquillage, pour son nouveau rôle, bientôt... Va falloir en foutre plein la vue... Et se dégoter un nouveau palace... L'antre de la débauche... Plus qu'à dénicher un spot correct, là où ce vieux barjot de Brenable a désigné son plan épargne-retraite.

Domi crache dans sa main...putain...pourquoi James ne vient pas lui pisser sur le visage...quel connard ce mec... Elle est amoureuse... Comme une adolescente...

La femelle grogne un peu, dans la nuit, en se jouissant dessus... Le putain de chameau regarde ça comme s'il voyait un oeuf... ...ça le fait pas bander... Lui tout ce qu'il voudrait, c'est saillir une bonne petite chamelle... Bon...c'est pas tout ça mais elle manque encore de sommeil...va falloir se branler jusqu'à tomber d'épuisement...les hallucinations d'insomniaque reviennent de plus en plus en plus... Il faut quand même calmer le jeu... Une bonne dizaine de fois, hier, qu'elle s'est imaginée trucider Megan ou Calen...alors qu'elle ne faisait que les regarder...d'où ça vient, ça, putain...quelle partie du cerveau est endommagée...? ...des neuroleptiques... Il lui faut beaucoup de neuroleptiques...

Tout ça pour ne jamais regarder en arrière. Ou si peu. Pour quelques contacts radio. Toujours des choses peu tangibles, mais qui sont quand même là, ancrées sur cette terre.

Il n'y a que ça qui importe. La terre, la vie, la boue. Le sang. Que ce soit un moment ou une éternité...

Dominique s'est hissée au sommet d'un vieil arbre noueux, sans s'être délestée des précieux couteaux, au cas où. Dérisoires, mais toujours efficaces quand il le faut.

Mais ce n'est pas ça, son arme favorite... Ni même le plus puissant des fusils... Même si vraiment...bon ok, quand faut torcher faut torcher...


...


Le soleil à présent, éclatant, après tant de bouillie, de la bouillie semi-contrôlée, semi-subite... De la bouillie de sang, d'ivresse, de paroles... De la bouillie pas si mal, au fond... Les gens ont une espèce de...compassion...ou d'admiration. Alors qu'il n'y a rien d'autre qu'une femme qui sauve sa peau, comme les autres, à sa manière, certes... De façon très...bourrine..

Le tout est d'avoir toujours à la fin le contrôle... Est-ce que c'est vraiment le cas ? Elle le capte, à présent, l'astre sur sa gueule, un peu précaire elle-même, dans sa position d'équilibriste.

Encore sombre, elle bronze en plongeant la tête en arrière... Les rayons lui coulent sur la gorge...

Et elle repense alors avec tendresse aux jours heureux qu'elle a passé, un jour, avec toute sa famille... Au bonheur si intense de donner la vie qu'on ne peut le décrire... Alors elle pleure à la face du soleil... Mais ce ne sont pas des pleurs qui expriment un doute, l'angoisse, ou la tristesse... Elle pleure pour la vie qui lui apporte tant de sensations différentes, chaque minute, chaque jour, chaque heure, elle se fait la promesse de...non, c'est ridicule... Elle ne se fait aucune promesse. Pas plus qu'à tout autre. Même à Megan, sa protégée.

Elle ne se fait pas de promesse car elle sait que seul l'instant présent compte. Le fait d'être là, maintenant, tout de suite. Et d'avoir toujours une volonté de puissance, sans forcément la calculer elle-même.


Se faire martyriser toute son enfance, tyranniser par les autres gosses, rejetée comme un chien, a peut-être aidé.

Quelqu'un ayant la volonté de puissance aurait pris par la main de la frêle et laide Dominique, et l'aurait accompagné vers la volonté de puissance. Aurait vu que la moche allait se transformer en papillon. Mais rien de tout ça.

Mais elle se l'est créé toute seule. Entre deux âges. Quand son corps a changé. Quand elle est allée à l'université, et qu'il n'y avait plus de parents. Majeure, enfin. Le truc tamponné et acté. Merci la France, et tous les sombres couillons derrière. Tout ce champ...tout ce champ offert de volonté de puissance, alors que les autres vous écrasaient avant...



Dominique descend de l'arbre et s'étire largement. Ses muscles ondoient. Ce n'est pas une danse ridicule, ou un exercice après un effort fait connement, sans trop savoir pourquoi, au fond. Pourquoi les gens s'inscrivent pour des sports de combat ? Elle n'en avait jamais fait, avant l'apocalypse...

Désormais son corps est dur, sec, toujours charnu, mais prêt à encaisser... Son cerveau est dur, grenouillant, toujours charnu, mais prêt à encaisser... Surtout perfide, vif, et malin. Raconter des conneries...c'est tellement facile, alors pourquoi tout le monde se retient ? On dirait des gens incapables de s'inventer un autre qu'eux même, trois minutes. Et encore, l'autre, c'est soi. L'autre est toujours nous. Ils ne comprennent pas...

...


Elle repense à toutes ces putes, dans l'amphi. Elles lui jetaient des boules de papier, leurs propres cours, et ricanaient derrière son dos, murmuraient, susurraient, comme au collège. Pute. Pute, qu'elle disait, alors que Dominique prenait son cours sagement. Tout ça pour des mecs trop sensibles, qui parlent trop. Les hommes paraissent toujours durs, puissants, mais derrière il y a forcément un truc qui craque. Il y a forcément une faille, quelque part. Même chez le plus puissant des hommes.


Elle se demande qui est le plus puissant des hommes. Hommes avec une queue. Elle n'en a pas vraiment la réponse... James ? Elle en est pas si sure, mais c'est un bon candidat. Son amoureux, de loin. Celui qui aurait pu la bitumer, mais qui l'a laissée partir, sans aucun cicatrice. Ben forcément...il sait que ce n'est pas exclusivement la soumission, qui intéresse cette femme...

...

Et malgré le soleil éphémère, qui git là, à droit et à gauche, elle se replonge dans le marais, pour fouiller, de ses doigts, tout ce qui aurait pu être arrivé là, après l'Apocalypse.


Et elle dit comme ça, à un des crâne qu'elle fourre dans ses bagages et collectionne: tout va bien se passer, tu es déjà mort.


Elle se rappelle d'une chanson, écoutée via un garçon pas trop mauvais, fumées derrière la couette... Et toute la chambre sentait la beuh et le sexe...

On était alors, malgré le ton grave, sur un tout petit nuage. Tout nous paraissait possible, malgré la destruction et les massacres ailleurs...notre amour qui s'embrasait d'un coup, surtout.





Et au matin on ne s'est rien dit. J'ai pris ma culotte et j'ai fermé la porte.