L'épilogue Singulier

Chapitre débuté par Domi

Chapitre concerne : püppchen, darcyo'sullivan, adiputri, zack, jack, prime,

Ce texte vaut une bière !

Texte de: Darcy O'Sullivan


La nuit était noire maintenant, la lune haute dans le ciel, les étoiles à peine masquées par quelques nuages vagabonds. Dans les marais,
le feu éclairait la petite troupe, chassait quelques nuisibles mais était surtout de joie. La soirée avait été bonne, le contrat était plus que rempli et maintenant chacun pouvait se reposer avant de retrouver le reste des Singuliers plus tard.

Quelques discussions avaient encore lieu, légères, futiles parfois, mêlées de rires, auxquelles l'aveugle participait sans peine. Pourtant elle finit par se taire, et tourner la tête vers l'Est. Avait-elle seulement rêvé ? Il y avait tant de bruits étranges dans les marais qu'il était parfois difficile de distinguer ce qui provenait des insectes, des animaux, du gargouillis des marécages, des hommes présents. Durant de longues secondes, la jeune femme resta figée, les sens aux aguets. Elle savait que la menace n'était pas absente, mais ils étaient plus loin après tout, alors pourquoi s'en faire ? D'autant que celui de quart ne semblait rien remarquer. Virait-elle paranoïaque ?

Darcy secoua doucement la tête avant de revenir à la conversation, son éternel sourire doux aux lèvres. Les Dieux étaient avec elle de toute façon, elle leur avait offert le Sang et la Vie...

Texte de: Adiputri

Adi s'affairait à trier les marchandises de leurs victimes. Le pactole était intéressant, mais éparpillé sans logique aucune. Dans la bataille, les paquetages déjà bordéliques s'étaient mélangés en un chaos total. La nuit tombant rendait la tâche difficile. Elle avait posé son fusil, pas trop loin, mais dans l'afterglow de la victoire, son attention était plus au butin qu'aux risques. Qui les surprendrait dans ces marais ? Ils venaient de remporter une victoire décisive, affirmant une bonne fois pour toute leur domination sur le territoire du Nord.

Tout en triant les sacs éventrés, elle conversait avec les autres qui empilaient les cadavres des morts. Une discussion beaucoup trop joyeuse pour une ambiance si morbide. L'humain fait si facilement abstraction de l'horreur autour d'eux. Adi faisait tout particulièrement de l'oeil à Zack, ce soir. Depuis qu'ils travaillaient ensemble, elle avait appris à supporter son côté fanfaron et à plus voir son côté musclé. Elle se pencha vers lui pour lui dire va savoir quelle remarque peu subtile, en posant la main sur son dos. Mais avant d'avoir pu sortir sa phrase, elle se raidit.

Un bruit, clairement humain, et ne venant clairement pas du camp. Elle regarda Zack. Avait-il entendu la même chose ?

Texte de: Püppchen

Püppchen qui veille de quart pour surveiller les environs détecte les mouvements. Plusieurs silhouettes lumineuses dans l'orbite de sa caméra thermique.

La main sur le harpon, elle glisse de l'arbre à demi mort dans lequel elle s'est installé pour rejoindre les autres.

Arrivée au niveau du campement, elle chuchote à ceux qui sont éveillés.

Plusieurs personnes se rapprochent dans le marais. Püppchen croit que les personnes cherchent à former un cercle autour du campement des Singuliers. Püppchen pense que les personnes ne viennent pas pour discuter.

Ce texte vaut une bière !

Notre invincibilité dépend de nous, la vulnérabilité de l'ennemi de lui...

Tout est question de préparation, d'information et de paris sur ce que l'on ne sait pas, basés sur ce que l'on sait...

La CHC venait d'apprendre l'attaque sur le groupe de Julien Dupontroue... Pas un seul survivant si ce n'était la jeune femme nommée Korra. Ce fut instantannément le branle-bas de combat : distribution des quelques armes qu'ils avaient, choix des combattants, préparation des chevaux afin d'intervenir rapidement... La cible ne devait pas avoir l'occasion de fuir...

Quelques heures plus tard, les voilà dans un marais, évoluant avec peine dans les eaux boueuses... Impossible d'être complètement silencieux avec les chevaux contrairement aux déplacements piétons... Ils avançent en colonne, les uns derrière les autres, au moins pour s'approcher de leurs proies du moment...

James regarde son jeune frère derrière lui, l'excitation gagne peu à peu les esprits. Enfin un vrai combat à venir... Pas ces petites sorties loisirs où il suffit de couper une tête ou deux... Pas une nouvelle chasse aux zombies... Non cette fois c'est une opération d'envergure qui va se dérouler... De ce qu'ils savent, les gars d'en face sont pas des péquenauds... Ils sont aussi bien armés qu'eux, voire mieux même...

La nuit aurait été bien noire sans cette belle lune blanche, bien haut dans le ciel... L'odeur de sang commençait à se méler à celle du marais pour les nez les plus fins... Battements de coeur réguliers... Les reflêts de lumière révélaient maintenant une teinte légèrement rougeâtre de l'eau en surface... Ils étaient arrivés...

James se retourne vers la mortelle Blake et lui fait un signe de tête... A une cinquantaine de mètres, en direction de l'ouest, les cibles sont regroupées, un feu de bois allumé pour éclairer la précédente et future zone de combat, encore inconscientes de ce qui va leur tomber dessus... Les ombres se meuvent dans la pénombre du marais, presque sans bruit... James tire son épée de son ceinturon... Il y aura les tireurs à distance et les gens au corps à corps... Le sourire s'étend un peu plus sur ses lèvres...

Du sang... Voilà ce qui lui manquait depuis quelques lunes... Le jour de paye était enfin arrivé...

James est devant. Déterminé et probablement en train de saliver à l’avant-goût du sang. Aloïs pouvait presque sentir la rage monter en lui. Son regard, sa stature. Il imaginait ses avant-bras crispés sur les rênes de son cheval, prêt à en découdre.

Les chevaux étaient incroyablement calmes et disciplinés, malgré les attaques frénétiques des insectes dans ses marais puants.

Le révérend tenait son chapelet dans sa maint gauche et avait arrêté de tripoter la chaîne de sa montre à gousset. Chose rare. Il faisait tourner les billes de bois autour de la cordelette et laissait son cheval suivre le peloton. Il priait.

Il approuvait cette escapade qui se voudrait sanglante et violente. Les causes ne manquaient pas. Mais un pincement revenait sans cesse le gêner.

Les Singuliers. Darcy. La jeune guide aveugle avec qui il avait déjà eu de longs échanges radiophoniques. Il n’avait pas eu de nouveaux contacts depuis qu’il avait rejoint les autres membres de la CHC. A dire vrai, il en était nostalgique. Ces conversations lui avaient apporté quelque chose de nouveau dans son monde. Une accroche. Il s’était surpris à penser à sa voix, son rire cristallin, sa spiritualité intrigante.

Ils allaient devoir lui faire face. Elle et ses compagnons de voyage. Armés sans aucun doute. Alors il priait pour que dans l’action il puisse raisonner la demoiselle et qu’elle se rende. Il désirait en savoir plus sur elle.

Il s’approcha aux côtés de James.

« Jimmy.., Je m’occupe de O’sullivan. »

Il fit discrètement comprendre sa volonté au reste des assaillants.

Il ne restait plus qu'une cinquantaine de mètres les séparant du campement Singulier.
James sortit son épée, la rage au poing.

Aloïs se saisit du reaver attaché à son cheval. Il le portait lame en bas le bras tendu. Allégorie contemporaine de la mort silencieuse, drapée d'un juste au corps sombre, sa faux prête à s'abattre sur la chaire tendineuse du cou de ses victimes du haut de son funeste destrier .

La survie de Darcy ne dépendait pas que de lui. Elle avait aussi sa part de responsabilités. Le chapelet avait fait place à la chaîne de sa montre. Il ne priait plus.

Le soudain afflux sanguin lui fit mal à l'extrémité des doigts et dans son crâne. il venait d'identifier la séduisante chef de groupe.

Elle semblait regarder précisément dans sa direction...

Et non, finalement, malheureusement, elle n'avait pas halluciné. Püppchen venait leur confirmer ses craintes...

Ainsi leur rencontre aurait lieu là, dans des marais nauséabonds où le sang avait été versé. Où du sang serait encore versé. Elle le savait. On ne vient pas rendre une visite de courtoisie sans s'annoncer, encore moins en pleine nuit.

L'aveugle se pencha vers Jack, à côté d'elle. Elle déposa un baiser sur sa joue puis se leva. Elle ne prit même pas la peine de prendre sa faucille. A quoi bon ?

Nous nous retrouverons dans le Sidh. Lugh nous accueillera tous.

Sur son visage éclairé par les flammes, il y eut un dernier sourire pour ses amis. Avant que ne résonnèrent les premiers coups de feu et que l'éclat des lames se révéla. La ressemblance avec leur propre attaque sur les métas était douloureusement moqueuse. Le destin avait parfois un humour douteux.

Elle entendait les siens tomber, leur cri, leur râle, leur respiration hachée, leur douleur, leur mort. Son coeur se serra pour chacun d'entre eux. Ses yeux neigeux ne pouvaient pleurer, mais son âme les remplaçait. Elle les avait menés à leur fin. Et elle était bien incapable de pouvoir y faire quoique ce soit.

Pourtant, dans tout ce chaos, dans toute cette peine, l'irlandaise trouvait une faible lueur de joie. Elle le rencontrerait, même si ce ne serait qu'une fois. L'homme qui habitait trop souvent son esprit pour que cela fut innocent. L'homme avec qui elle avait passé des heures à échanger sur leurs religions, leur vision de la vie, leur monde, jusqu'à ce que la conversation prit une tournure plus sensuelle.

Les yeux blancs parcoururent alors le campement ravagé, comme à sa recherche. Mais celle-ci fut de courte durée, car la jeune femme tomba bientôt genoux à terre, un coup l'ayant fauchée, d'autres la blessant profondément. Elle sentait le sang qui maculait ses vêtements, qui se mêlait à celui des deux sacrifiés précédemment. Mortelle ironie.

Aloïs...

Le prénom avait été lâché entre ses mâchoires crispées.

Elle devait le voir, à sa manière.

Lugh ne pouvait la rappeler maintenant.

Ce texte vaut une bière !

Son frère s'approcha pour quelques mots... James tourna la tête vers lui, fixant son regard un instant, puis lui fit un signe de tête. Son frère avait pas mal communiqué avec Darcy pendant un temps et Delaney avait compris qu'il y avait une sorte de lien. Alors si l'révérend voulait se charger de Sullivan, pas de problème...

Dans un murmure pour lui-même : "Halouuh-mnak..."

Lame tirée, la charge est donnée sans un seul cri... Le hennissement des chevaux est le seul signal qui parviendrait aux oreilles de leurs cibles. Enfin ! Un vrai combat ! Les cavaliers fondent sur le campement des Singuliers avec toute la détermination que nécessite une charge. C'est un éclair qui fend l'air dans un craquement bruyant, déchirant les chairs, faisant pleuvoir rouge sang sur le marais, pour la seconde fois de la nuit... Les armes blanches s'entrechoquent tandis que les coups de feu s'échangent...

Les Singuliers commencent à tomber... Un par un, ils rejoignent les Métahumains morts quelques heures avant... L'ombre du Tana est au paradis ! Il frappe, cogne, taille... Des giclées de sang viennent décorer son visage et ses vêtements... Il sourit et crie... Voilà le sang pour ses dieux...
Son cheval se cabre, il tombe dans la boue, l'équidé s'échappe... Il tourne la tête et aperçoit un morceau de rocher juste à côté de son visage... La chance est avec lui... Il se relève et replonge dans la bataille à pieds cette fois... Terre et sang dessinent des symboles de mort sur sa face... Il a l'air d'un fou...

Peu à peu, le calme revient sur les lieux... Le grand Malenko souffle, il a la respiration haletante... La plupart de leurs cibles sont à terre. En fait, il ne reste plus que deux survivants parmi leurs "ennemis"... Retranchés, si l'on pouvait le dire ainsi, derrière un arbre, sans doute tombé lors de la dernière tempète... Difficile de les atteindre sans risquer un coup. Il reste une arme à feu sur les deux survivants...

- La putain d'histoire s'termine ici ! Balancez vos armes et tout vot' matos. On vous laissera peut-être en vie ! Dernière chance !

James se rapproche de Karma et lui chuchote :

- Prends Carol avec toi, essayez de les contourner... Dès que vous pouvez, vous les descendez.

Le compteur venait de se mettre en route pour Darcy et Alois...

Blackout sur les radios...en plein milieu de la nuit...l'ambiance est carrément sordide...

Dominique a bien...allez quoi...une bouteille de whisky bas de gamme dans le nez, déjà.

Elle vide prestement sa musette dans le petit panier de course attaché au dos d'Isab-Elle, l'esclave infectée de service... Arme de poing, munitions de divers calibre...ça traine pas...

Bon allez, je crois qu'ils sont tous morts à l'heure qu'il est...moi j'me casse, c'est dangereux par ici maintenant, je vous conseille de pas trop trainer, faut vous rassembler au Fort rapidement et bien réfléchir à votre futur. Cette fois l'avenir est entre vos mains. Bonne chance et bon courage pour la suite.

Et de filer de suite après un petit rail de coke, dans la nuit, en courant carrément, deux grammes dans chaque poche mais la tête bien pleine aussi, vers le petit campement d'As.7 missionné au sud, pour récupérer le putain de chameau et jouer plus tard une belle comédie, pendant que la terreur va s'installer dans la région... Et ce con d'As.7 va le lui filer, le putain de chameau... Texan idiot... Homme de trop de valeurs... Pas vraiment le plus perspicace des gangsters...

Dans la vie y'a plusieurs types de personnes...ceux qui ont le flingue et ceux qui creusent, et patati, et patata, on connait la chanson...

Et celle là, se délestant du flingue comme une patate brûlante, reprenant vite la première monture qui lui tombe sous la main, s'avère être une grosse salope, pour sa propre survie. Mais elle le fait bien, oh ouais. C'est l'instinct, c'est inné chez certaines personnes, tapi là, au fond, quelque chose qu'on ne pouvait pas prévoir, quelque chose qu'on n'aurait jamais pu deviner, en lui parlant avant le Grand Merdier, avant le Crash... Une mère de famille sans histoire... Devenue une enfoiré de monstre dès les premiers signes du chaos...quelqu'un de malsain, une brute et une sadique...une meurtrière...jusqu'à tuer les fruits de ses entrailles...alors son propre putain de groupe de branlos...tu parles...

Affolement sous un crâne. Megan, Pajojo et Calinouille sont abasourdis, anéantis par la nouvelle.

En plus Domi vient de se barrer. Pour Megan, c'était un peu comme une mère. Une mère qui savait canaliser les pulsions meurtrières de son petit démon intérieur. Pour Pajojo, ledit démon, Domi était son meilleur pion, son atout caché pour dominer le monde et faire advenir le règne de Satan.
Et elle se barre comme ça.

Impossible.

Sans un mot, et surtout sans distribuer à ses amis le ravitaillement accroché à son poney, Megan s'enfuit dans la nuit sur les traces de Domi. Elle va se faire entendre. Plus jamais Pajojo ne sera en retrait. Megan non plus. C'est un pacte de survie entre la jeune fille et son squatteur maléfique.

Ce coup-ci l'enfance est vraiment finie.

Arrivée près de Domi et son chameau elle se lâche :

Hé la grognasse !

Tu ne t'en vas pas comme ça ! Tu m'appartiens !

Alors, vieille bouffeuse de queues décrépite, tu te ressaisis et on va faire avaler leurs couilles au MONDE ENTIER !

C'EST BIEN COMPRIS, GROSSE PUTE ?

La chevauchée diabolique frappait le campement des singuliers dans la plus grande violence, les chevaux tournoyant autour du feu dans une danse macabre. Les coups de feu faisant fuir les oiseaux et tomber les victimes.

La faux du révérend sifflait dans l’air, ajoutant une dimension musicale à ce massacre. Elle finit par s’abattre sur le cou frêle et bronzé d’Adiputri alors qu’elle tentait de fuir la confrontation. Sa tête tomba net dans le sang de ses fraîches victimes, un regard horrifié figé à tout jamais vers le ciel. Son beau corps de femme élancé fut saisi de quelques convulsions, le sang chaud jaillissant de ses artères au rythme de son cœur apeuré. Elle s’effondra de tout son long dans les eaux rouges pour rejoindre sa tête. Un si beau corps pensa Aloïs. Quel gâchis.

Il tâcha de calmer son cheval, cherchant des yeux la jeune femme au regard vide. Elle n’était pas visible. C’était terminé. Deux survivants en sursis. Retranchés derrière ces arbres aux racines hors de l’eau et de la tourbe. Son frère avait parlé. Et il avait raison, dernière chance… Personne ici ne prendrait le risque d’attendre des renforts ennemis… pas même lui. Et pourtant cette idée lui pinçait le cœur. Il devait persuader Darcy de se rendre, à tous prix.

Il fit un geste à son aîné et au reste du clan, montrant qu’il allait à la rencontre de la cheftaine. Arrivé à proximité des arbres il s’annonça :

« Darcy, c’est Aloïs…
Dois-je craindre pour ma vie si je m’approche de vous ?....
Je n’ai jamais vraiment souhaité en arriver là vous savez...
Permettez-moi une discussion avec vous, je ne suis pas armé. »

Visiblement sa seconde était plus loin et ne risquait pas de l’atteindre. Il s’avança sans dire un mot, enjambant quelques bois morts dans un bruit de succion morbide provoqué par ses bottes dans la vase. Il découvrit alors la belle Darcy et ses yeux de neige. Ils pourraient parler encore quelques longues minutes. Mais l’issue était en fait déjà toute tracée.

Püppchen contemple le chaos et entend les voix des deux salopards qui viennent de tailler en pièce leur projet. Elle s’est bien battue, infligeant ici et là quelques blessures qui, hélas, ne se sont pas révélées mortelles.

Son bras gauche n’est plus là, le liquide noirâtre qui en dégouline lentement rappelle l’étrangeté de la création du père.

Le harpon toujours solidement tenu dans l’autre main espère encore une issue.

Alors de son ton monocorde, elle ose l’ironie et la provocation face aux assaillants.

Vous, vous donnez votre matos et peut-être que vous aurez le pardon des Singuliers ! Sinon, putain de saloperie de merdeux tu n’as cas venir le chercher toi même !

Un dernier bluff. Darcy, à ses côtés semble ailleurs …

La voix de Delaney résonna, forte et implacable. Il voulait tout, bien entendu. Il avait déjà tout, pourquoi demander ? Même si Püppchen, sa fidèle amie et garde du corps auto-proclamée, tentait un dernier coup de bravoure, l'aveugle savait que leurs vies s'arrêtaient là. Alors elle ne prit même la peine de répondre, concentrant ses dernières forces sur le cadet qui s'annonçait.

Vous n'avez rien à craindre.

Elle l'écouta avancer, jusqu'à être à ses côtés. Enfin. Tant de fois la rencontre avait été imaginée, mais jamais aussi ensanglantée. Alors, dans un demi-sourire, elle souffla à l'homme, sachant pertinemment qu'il saisirait le sous-entendu :

Je crains que nous n'ayons plus le temps pour une confession...

Une légère toux lui arracha ensuite une grimace. Elle s'affaiblissait progressivement, et ce fut donc une main imperceptiblement tremblante qu'elle posa sur la joue d'Aloïs.

Vous souvenez-vous, quand je vous ai appris à voir ?

Ses doigts fins glissèrent sur le visage masculin. Ils suivirent chaque ligne et chaque courbe, caressèrent la peau, effleurèrent la racine des cheveux, de façon bien plus douce et lascive que la jeune femme ne le faisait habituellement. Son sourire s'était étiré, ravi et apaisé. Elle aurait pu aimer follement cet homme, sans doute même était-ce déjà un peu le cas, si les circonstances avaient été différentes.

J'ai quelque chose pour vous.

Elle abandonna le contact pour sortir d'une poche de son jeans un petit galet plat et lisse qu'elle déposa au creux de la main du révérend. Elle toussota encore quelques secondes avant de lui expliquer :

Ca donnait... du relief à nos conversations.

Elle lui sourit, déposa un baiser au coin de ses lèvres et caressa sa joue une dernière fois.

Rejoignez votre frère. Moi... je vais rencontrer Lugh. Merc...

Une nouvelle quinte l'interrompit. Dès qu'elle fut passée, l'aveugle se redressa tant bien que mal et posa ses yeux sur les alentours,
attendant celui qui viendrait l'achever.

Ce texte vaut une bière !

Le trentenaire aux cheveux hirsutes et à la veste tachée de sang frais mêlé à de la boue se pencha lentement vers la jeune femme alors qu’elle lui murmurait l’allusion. Sa poitrine déjà éprouvée par les battements militaires de son cœur, se fendit en deux de l’intérieur. Ce qu’il n’osait pas comprendre ni s’avouer se révéla soudain comme totalement trivial… Sa toute première rencontre avec elle serait également la dernière. Il était perdu l’espace de quelques secondes ; partagé entre la contemplation du corps élancé et athlétique de l’Irlandaise et l’observation tragique de ses plaies multiples et béantes, explicites, manifestes… Il fit un effort pour se ressaisir et chasser l’évidence : il aurait aussi pu l’aimer comme elle se l’imaginait… Il posa sa main sur une large plaie pour ralentir les saignements et la regarda dans les yeux :

« Effectivement, le temps des confessions est ailleurs Darcy, tel est le court des choses… Vous rencontrer enfin reste néanmoins un plaisir. Vos yeux sont d’une splendeur et d’une fraîcheur poétique… »

Il se stoppa à l’approche de sa main, belle et délicate, déjà pâlit par le sang perdu. Elle lui caressa le visage, les cheveux, avec lenteur et légèreté comme pour saisir les moindres détails du visage du révérend. Bien sûr il se souvenait précisément ce moment qu'elle évoquait. Amusant au début. Intriguant et puissant à la fin.

« Oui Darcy je me rappelle très bien. » Dit-il avec un sourire ostensiblement ému.

Il l’observa chercher dans sa poche et se laissa prendre la main. Elle y déposa le galet. Il écouta attentivement, essayant de comprendre à quoi lui aurait servit la petite pierre. Il pensa comprendre en notant sa texture parfaitement lisse.

Il referma sa main et profita, avec tous ses sens, de chaque aspect de ce premier et dernier baiser. Il passa sa main derrière la nuque douce et tiède de la jeune femme et continua de fixer son regard polaire et silencieux, ne pouvant répondre à son annonce accablante de vérité.

Constatant son effort pour scruter autour d’elle, Aloïs pivota son visage, neutralisé de toute expression, dans la même direction.

« Qu’y-a-t-il Darcy, restez allongée. »

James se rapproche de Karma et lui chuchote :

- Prends Carol avec toi, essayez de les contourner... Dès que vous pouvez, vous les descendez.


Les ordres étaient simples. Sans perdre de temps, il se dirige vers la psy qui l’accompagne depuis les premières lunes. Ils n'avaient pas participé aux premiers carnages, cela avait quelques peu frustré l'ado d'être mis sur la touche comme ça. Ils avaient juste suivi la première équipe, de loin. Un back-up au "cas où quoi", leur avait on -dit. Un signe de tête et un doigt qui dessine un arc de cercle pour lui expliquer le plan. Elle acquiesce de la tête avant qu'une main ne se pose sur l'épaule du jeune homme. C'était Hayley. Il se retourne pour lui faire face tandis qu'elle lui tend un fusil qu'il prend machinalement tout en vérifiant s’il est bien chargé. "Pas mal !", songe-t-il pour lui-même tout en appréciant l'arme des yeux.
« Amuse-toi bien ! » Lui dit -elle avant de repartir vers James évaluer à nouveaux la situation

Un maigre sourire se dessine sur ses lèvres, suivi d'un murmure à l'adresse de Carol.

- Saa, Ikemashô...


Il s'aventure le premier, ouvrant la marche, se faufilant de souches d'arbres à rochers dans ce marais qui pue la mort tout en enjambant quelques cadavres par moments. Un véritable charnier. Faire le grand tour prend du temps et le bruit dans leurs progressions peut les trahir à tout moment lorsqu'ils seront proches de leurs cibles.

- Mendokusai...

James avait prévu le coup ou bien coup du destin ? Le bruit de conversation rend leur approche plus facile. Sacrée diversion que lui fait le prêtre. Le voilà à porté de tir, notant la petite romance entre Aloïs et l'aveugle. Il attend en profitant de mettre en joue la blessée, les laissant à leurs derniers instants ensemble.

- Yare yare daze...

Puis c'est là qu'il voit l'irlandaise se redresser, ses sens en éveil, à la recherche de quelque chose. De lui en fait. Il le comprend au moment où les prunelles bien qu'aveugles de la demoiselle se posent sur lui et la psychologue. Puis c'est au tour d'Aloïs de faire de même, le temps que le doigt ne presse la détente, délivrant un bruit de détonation suivi de la balle qui viendra conduire Darcy rejoindre son Dieu et s'attirer les foudres du révérend pour le restant de sa vie, sans doute. C'est le Karma.

Une des deux survivantes du combat venait de parler. Pas de reddition et même de la provocation. Soit. L'adolescent et la psy étaient de toute façon déjà partis pour terminer le travail.
Alois prévint l'ennemie de son arrivée tout en s'avançant. James lui aurait bien dit de ramener sa gueule à couvert, mais il savait de quel bois était fait son jeune frère : comme lui s'il avait décidé quelque chose, il était difficile de lui faire entendre raison. Il aurait donc devant lui, le temps d'action que Karma lui laisserait...

Ce temps fut très vite écoulé, et le coup de calibre 12 suivi d'une charge à l'épée par la psy sonnèrent la fin de l'histoire pour le groupe de combat des Singuliers. James se redressa, le coeur battant encore avec l'adrénaline du combat présente partout dans son corps, puis fit signe au groupe que c'était bon.

- Bon putain d'travail les gars !

Un signe de tête à Hayley, l'autre leader présent sur les lieux, il n'aurait pas été mieux accompagné par quelqu'un d'autre pour cette attaque. Il jeta un coup d’œil sur le révérend, puis s'approcha de Carol qui semblait paralysée sur la garde de l'épée, Puppchen embrochée dessus. Il posa ses mains sur celles de la jeune femme, profitant de l'absence d'Edward pour coller son corps contre son dos et lui murmurer quelque chose à l'oreille qui la fit desserrer les mains de l'arme blanche... Il récupéra l'épée qu'il lui avait confié un peu plus tôt puis se dirigea vers l'un des corps ennemis au sol... Il fallait qu'il y en ait un...

Il s'accroupit alors près du cadavre encore chaud puis sortit l'une de ses deux lames courbées. D'un coup puissant, il planta le couteau à la base du sternum et commença à trancher la chair vers le haut. Le bruit sourd de l'air s'engouffrant dans la cage thoracique semblait plus fort maintenant qu'une sorte de silence était plus ou moins revenu sur le marais... Les gestes du Malenko étaient calmes et précis.

*Un ennemi de valeur, tombé au combat... Ouais... *

La lame ressortit quasiment au niveau de la gorge avant de rejoindre le sol, tandis que, accroupit au dessus du corps, James plongeait ses deux mains dans l'ouverture pour écarter chaque partie et trouver ce qu'il cherchait... Un trésor bien chaud et remplis de cette essence appelée âme...

*Ce qu'il avait à faire... *

Attrapant le cœur, il l'arracha à son propriétaire avant de le porter à sa bouche et de mordre dedans... Le sang dégorgeait de chaque côté, coulant le long de sa bouche et de son cou... Il murmurait quelques abominations que lui seul comprenait... Quelques bouchées plus tard, il ne resterait plus rien du muscle prélevé...

*Voilà.... c'était fait... *

Ils allaient maintenant devoir faire le tri dans c'qui était récupérable et ce qui ne l'était pas, dépecer quelques corps pour en tirer les belles pièces pour les temps difficiles... Rien ne se perd, rien ne se créé et tout se transforme...