Time of Shadows

par Domi

dernière modification de Domi à 15/12 21:05
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Domi

Time of Shadows




-Lune 20 après le Grand Crash-
-Fin des Singuliers-
-État d'urgence à Fort Boréal-
-Dominique disparait dans le Désert-
-Seule-
-Dans les Ombres de la Route-

Domi

Time of Shadows


La gosse est venue. La gosse est venue. La gosse est venue.

Dominique, en treillis, a deux ou trois grammes dans le sang. Et quelques rails dans le nez.

Voire plus.

Son coeur se serre un peu, derrière les rivières de psychotropes, quand elle lève les yeux vers Calinouille.

La gosse est venue. Quelqu'un l'aime, ou du moins la veut, en ce monde.

Mais si on y regarde bien...la gamine n'a rien de normale.

Dominique non plus, n'a rien d'une femme "normale". Si on attend par "femme normale" mère de famille bien rangée...

Elle affute sa baïonnette, à côté du chameau endormi, faute de savoir quoi foutre d'autre.


...



Bientôt, la solution dans la cuillère bout, puis est absorbée d'un tir de piston.

La belle femme, cernée comme un panda et cireuse comme un squelette, prend le bras d'une Megan absolument dégueulasse et monstrueuse. Elle noue un vieux tuyau, au niveau du biceps, la seringue experte tenue entre un majeur et un index.


On va se taper un sacré trip, tu vas voir.

La drogue finit par entrer, explose dans le sang déjà bouillant du démon.

Au tour de Dominique...


Putain de merde...

Le corps en étoile sur le sol craquelé, au milieu de nulle part, Domi savoure sa "défaite" et sa "liberté".

Putain de merde, le ciel m'écrase. Bouge le un peu, Meggy.
Et puis...change ouais...change un peu la couleur. J'aime pas.

Megan

Time of Shadows


Les plans de Pajojo s'écroulaient.

Le démon des trucs mignons avait accompagné son hôte, Megan, au sein de cette petite troupe appelée les Singuliers. Les choses se présentaient bien, hormis le manque de putain de trucs mignons à hanter. N'y a-t-il donc que cette gamine et son putain de poney à être mignons dans ce monde de merde ?

La Domi, on peut pas la considérer mignonne. Après le désastre qui avait décimé le groupe, elle était partie en faisant la gueule. Tellement elle, ça. "So Domi", aurait-il dit si il était bilingue et pourvu d'humour.

Mais si parmi ses troupes, il y avait un individu à sacrifier en dernier pour s'attirer les bonnes grâces du Diable en personne, c'était bien elle, le plus têtu de ces vermisseaux. Sa force de volonté en ferait un mets de choix pour le Malin. C'est pourquoi il était inconcevable de la laisser partir.

Sans un regard en arrière, Pajojo avait donc quitté le reste des misérables serviteurs qui l'accompagnaient, les laissant vraisemblablement dans la merde.

Rien à foutre.

Viser Domi. La convaincre de vivre encore un peu, et de faire, citons Pajojo,
bouffer leur couilles au monde entier. Compris, grosse pute ?




Domi sait y faire avec le démon qui habite Megan. Jamais elle ne s'est interposée entre lui et ses victimes. Jamais elle n'a alerté Megan sur ce qu'elle devient quand elle se laisse aller. Une vraie professionnelle, froide et méthodique. On dirait qu'elle a côtoyé des démons toute sa vie.

Un p'tit fix ? Ca se refuse pas...

Les souvenirs de l'Enfer perdu tourbillonnent sous le crâne de la petite Megan. Les souffrances éternelles qui s'y cachent ne sont pas prévues pour contenir dans un cerveau humain. Alors que Pajojo s'étend, immobile et carrément défoncé, du sang coule des oreilles de la jeune fille perdue.

Domi

Time of Shadows


***

...

Est-ce que la petite communauté du Lagon avait un jour connu des jours heureux ?

En tous les cas, aujourd'hui, c'est plus trop ça... Tout en aval de la Source fabuleuse tant louée par son ancienne administratrice, on trouve deux cadavres gonflés par les gaz...ça fait des bulles...

Et dans la petite cahute, il y a une drôle de famille...

Le gros Calen ne parle plus que pour maugréer à propos de ses couilles, depuis que Berisha lui a foutu un coup de pied inattendu dedans... Domi laisse Megan se défouler sur son nouveau jouet. Une sorte de cadeau d'anniversaire... Près de la cheminée, enfoncée dans un vieux canapé tout mité, toujours en treillis dont les tâches de sang sont impossibles à rattraper faute de pressing efficace, la grande femme lit un magazine pas trop bousillé par l'Apocalypse, ses yeux noirs et assez fixes se posant tour à tour sur les différentes images... Un Art & Décoration, ou un truc comme ça... Des cuisines et des salons de bourgeois, quoi...
Elle écoute aussi la radio d'une oreille distraite, et ne peut pas s'empêcher de sortir quelques saloperies... Et toutes les dix minutes, elle se lève pour regarder à la fenêtre, tout en buvant un coup de whisky...


...ça bouge dans le coin...par contre je crois que le BOT s'est éloigné...dommage, ils paraissaient amusants...j'ai été amicale pourtant...va savoir...la réputation sans doute...

Dominique va enfoncer ensuite son index dans l'une des plaies du type qui se fait violer et martyriser par l'adolescente, et touille un peu dedans avec ongle et phalange. Le type hurle et chiale, comme d'habitude...

C'est tes potes tous les gars qui trainent dehors, hein petite chienne ?! Ils nous espionnent ! Vous donnez des informations sur nous ! Vous voulez voler nos animaux hein ?! Bande de fils de pute, vous allez payer, je vais tous vous chopper et vous faire parler ! Et puis tu me feras le plaisir de nettoyer tout le bordel que tu fous ici !

Domi

Time of Shadows

Ce texte vaut une bière !

***

...


Étrange scène que cette femme tout en grand imperméable d'un kaki très foncé, penchée au dessus de la petite rivière qui commence à bouillonner, à dégorger, alors qu'une pluie torrentielle et des vents violents s'abattent sur la région... Le peu de ce qu'on pourrait apercevoir de son visage est pareil au ciel, à l'orage... Luisant, à la fois livide et ténébreux, les deux orbites gonflées comme deux nuages menaçants, et l'arête du nez, l'infime parcelle de front apparent, aussi éclatantes que des éclairs... Elle ne s'abreuve pas à la source de vie, non... Elle rince des fémurs... Des tibias... Provenant d'une mort fraiche, délivrée des mains de la gosse... Elle les nettoie, oui... Pour, une fois bien débarrassés de leurs souillures, les plonger dans des grands sacs poubelles, avec d'autres crânes, d'autres cages thoraciques...

...chargée comme un mulet, l'éboueuse rompt son assise spongieuse pour se hâter de rejoindre au coeur de la tempête la tout aussi étrange petite caravane, qui chemine un peu plus loin, en direction du Nord-Est et de son horizon déprimant...des miséreux en haillons et couverts de plaies, de contusions, enchaînés et traînés derrière de grosses bêtes puissantes parées de toiles sombres, et des mêmes apparats qu'on trouve sous le plastique noir des sacs...ces animaux sont éreintés et fatigués, aussi, à leur façon, mais ne plient pas, à l'image de la femme...et ce qu'aboie le ciel...ils s'en moquent...combien de terribles coups de feu leur avait-elle craché juste à côté des oreilles, dans son centre équestre...

Le sol devient de plus en plus meuble...les bottes militaires de l'encapuchonnée se soulèvent avec de plus en plus de pesanteur...quel parfait sens de l'horaire, quand on doit bientôt traverser un bayou sordide, alors qu'il semblerait qu'ouragans et typhons s'apprêtent à tout laver, et transformer le monde en une gigantesque flaque de boue, d'où ne surnageront que quelques troncs d'arbres et troncs d'hommes pitoyables...

Ce bayou hanté par douze fantômes encore jeunes... Elle a cru apercevoir au loin, lors d'un jet lumineux, un autre cavalier de l'ombre s'y diriger également, à moins que ce ne soit encore qu'une hallucination de plus...l'Ankou et sa carriole n'existent pas...

Le vieux... Il a bien choisi son horaire, aussi, ce sinistre dingue...

Un vieux

Time of Shadows


La mitraille de l'eau sur les bâches et le tonnerre grondant, berceuses mélancoliques du monde moderne et de celui-ci.

Le ciel se fend de scarifications lumineuses à intervalles réguliers, éclairant les pauvres hères vivant encore ici-bas, malgré tout. L'air est solide et dense, d'un gris ténébreux qui s'éclaire à peine à la rencontre de l'eau. Les éclairs se réfléchissent sur la surface ondulante de l'océan, traversée au sud par des marais pestilentiels, tâche plus sombre encore dans cette nature morte.


Non.

Ce n'est pas une hallucination qui déferle du nord avec la lenteur de la mort. C'est le vieux, que cette dernière semble laisser tranquille, étrangement. Un passeur d'âmes arracheur de carne. Un diable friable. Un djinn en blue jeans. L'esprit silencieux quand le reste du vivant s'époumone, et qui continue à avancer sous la pluie en se laissant porter par d'autres que lui.

Plus rien d'exaltant ne macère d'ailleurs au fond de cette carcasse. Il a trop pris l'habitude de vivre par procuration, et l'âge n'aide pas. L'âge n'aide jamais. Ce serait même le genre à vous faire confondre sagesse et léthargie, bonheur et aveuglement, ou amour et confort. Chacun avec sa vigilance propre et ses sales travers. Pour ne jamais confondre certains choisissent de n'avoir rien de tout ça.


Le cheval s'arrête et s'ébroue en levant la patte avant. La gauche si vous tenez à savoir. Le sol est de plus en plus imbibé. Ils ne tarderont pas à arriver au charnier des anciens camarades de Gus. Il caresse l'encolure détrempée de Blast qui se remet en marche. Elle a le cœur vaillant d'un vieux mulet, mais bien mieux accroché que le sien. Des semaines qu'il n'a plus bu une goutte. C'est aujourd'hui qu'il ressort la fiole et s'en tartine le fond de la gorge.

Domi

Time of Shadows


***

...et parfois dans les Ombres se cachent de petites lueurs qui indiquent que toute trace d'humanité ou de sociabilité à peu près normale n'a pas non plus totalement disparu...n'allons pas nous imaginer que tout n'est qu'horreur et cruauté...

...


Ce sont les voix de quelques brigands du désert qui se parlent entre eux, face à face ou par radio, perdus là où bien peu de monde vont...

...

" Quoi de neuf, mama? "

...

" Tu as faim ? Tu veux boire un coup ?

Je vais m'occuper de décharger ta bête. "

...

" En tout cas si je peux faire un truc pour toi un jour, hésite pas, on se doit pas vraiment grand chose l'un à l'autre concrètement, la violence a emporté rapidement ceux qui auraient pu nous donner un avenir commun…….mais tout n'est peut-être pas perdu….. tu as toujours fait preuve de respect et de bienveillance à mon égard, et j'y suis sensible, je n'oublie pas. "

...

" ...ça risque d'être difficile de t'envoyer quelqu'un dans notre configuration actuelle. Je vais peut-être voir avec Gus.
Hm...vous partez quand, dans quelques jours ?

Tu voudrais combien ? Des rations pour cinq lunes ? "

...

" Ne va pas te faire mal au dos. "


FIN du Chapitre, passage à un autre.
***