Un désert en hors d'oeuvre.

Chapitre débuté par Oje Lihl

Chapitre concerne : Oje Lihl, blanche, jeanne, Le phare,

Ce texte vaut 3 bières !

Les grains de sable changent de couleur sous mes yeux...

Voilà des jours que mes pieds foulent ce désert. Que j'avance sous ce soleil écrasant. Semant ça et là quelques gouttes de sueur perlant de mon crâne pourtant couvert d'un bout de tissu arraché à mon Tee-Shirt.

Je regarde cette énième goutte profiter de la gravité pour rejoindre la multitude de grains s'abreuvant de ma peine.
Tel le petit poucet, je sème sur mon chemin. Mais je sais déjà que personne ne me retrouvera. La durée de vie du liquide s'échappant de moi est encore plus courte que la mienne. A peine a t'il rejoint le sol, que déjà le soleil lui montre ses pouvoirs et le fait disparaître en fumée.

Depuis combien de temps suis-je ici, esseulé avec à peine de quoi survivre encore quelques heures. Et pourquoi suis-je là?
Cette bosse sur mon crane, qui m'élance à chaque pas, est le dernier souvenir de mon ancienne vie.

Je marche encore et encore, espérant nouer contact, autre qu'avec les nombreux cadavres que je croise sur ma route. Ma route... si tant est qu'on puisse appeler cela comme ça. Je me contente de suivre ma direction, vers le coucher de soleil, espérant trouver un peu de verdure, synonyme de civilisaton.
Cette civilisation qu'il me fait pourtant peur de retrouver. Et pour cause... Les corps en décomposition montraient de nombreuses marques de morsure, et la chair en avait été arrachée. Je ne suis pas encore résigné à me jeter sur les restes de ces hommes et femmes, puisant dans les dernières réserves qu'il me reste, mais un jour, très proche, je sais que je vais devoir franchir le pas. La survie est à ce prix.

Une nouvelle fois, je retire le lambeau de tissu me servant d'infime protection, et le porte à mes lèvres. J'aspire le peu d'humidité que le soleil veut bien y laisser.
Le sel, le sable entrent dans ma bouche.
C'est désagréable, mais agréable à la fois. Peut-être n'aurais-pas l'occasion de me nourrir jusqu'à la prochaine lune. Ma gourde et quasi à sec. Mais je tiens le coup.

Je me suis bien découvert quelques compétences pour me fabriquer la nourriture, mais le manque d'eau me tuera certainement.

Je rêve d'une gourde bien remplie, d'ombre sous des palmiers, et d'une personne avec qui parler, à qui je pourrais raconter ma petite mort...

Alors que je poursuis mon chemin vers je ne sais où, des restes humains attirent mon attention. Ou plutôt un objet serré par quelques doigts ayant échappés aux prédateurs.
Un poste radio!

Je me jette sur l'émetteur, écrasant le semblant de corps humain gisant là, sous mes genoux. Écartant les doigts, qui se désolidarisent de la main, je m'empare de l'émetteur et le porte à hauteur de mon visage.

"-1..2, 1..2!
Mais c'est que ça semble marcher tout ça!"

Je reprend espoir et me dit que tout n'est pas perdu.

"-Oje parle aux franç.."

Merde.. je suis où, là?

"-Heuuu... Oje parle aux gens qui le comprennent!

Je suis actuellement perdu quelque part sur vos terres. Enfin..., j'espère que vous qui m'écoutez êtes sur cette terre!

Je ne vois pas très loin autour de moi, et tout ce que je croise depuis quelques jours ce sont des corps putréfiés (et pu très fiers non plus), à moitié dévorés par une espèce de prédateurs qu'il ne me tarde pas de rencontrer. J'ai bien semé quelques grains de sable pour ne pas retourner sur mes pas, mais dans cette étendue aride, pas facile de les retrouver.

Si une âme charitable m'entend, et qu'elle accepte de partager quelques vivres avec moi et de me guider vers la verdure, je suis preneur. Je pourrais lui faire bénéficier de mes quelques compétences de production en échange.
Mes faibles réserves ne me permettront pas actuellement de survivre très longtemps..."

Je relâche le bouton de l'émetteur et laisse tomber mon visage contre ma main. Un grésillement s'échappe de la radio. Quelqu'un a-t’il seulement entendu mon message? Deviendrais-je bientôt un tas d'os supplémentaire qui guidera un prochain explorateur du désert...?

Le désespoir me submerge. Les larmes me montent aux yeux.
Ne pas pleurer. Ne pas gâcher ce précieux liquide dont j'ai tant besoin...

Soudain, la radio émet quelques nouveaux grésillements et une voix féminine se fait entendre, rompant ainsi le silence du désert..

Une jeune femme se présente à moi sous le nom de Jeanne. Elle me propose de rejoindre un endroit, pas très loin de là, où je pourrais me reposer et me ressourcer.

Ainsi, le monde n'est pas complètement éteint. Je reprends espoir et écoute cette voix m'expliquant comment poursuivre mon chemin vers ce groupement de survivants.

Le Phare.

C'est le nom qu'elle me donne. Ce nom me paraît tellement en adéquation avec ma situation que je me décide à suivre ses conseils et reprends la marche, scrutant sans cesse dans la direction que Jeanne m'a donnée, à la recherche d'un bâtiment qui se dessinerait sur l'horizon.

Alors que je continue à laisser mes empreintes de pas sur le sable, la radio grésille de nouveau.
Une nouvelle voix.
Plus jeune cette fois.

"-Allô ? Heuu...

Tu m'reçois ?

Jeanne m'a parlé de toi. Il parait que t'es perdu? Moi aussi ! Enfin... un peu moins depuis quelques temps. Moi et les miens avons trouvé refuge dans un vieux phare resté intact ou presque ! C'est comme la mer, il y a des choses qui survivent à ce nouveau monde. Et puis ce phare nous protège du roi jaune. Il doit sacrément te faire suer celui là si tu es dehors sans protection?!

Tu... tu as de quoi survivre un peu ? Tu es débrouillard ? C'est fou c'qu'il faut savoir bricoler, bidouiller et déborder d'idées pour pas crever trop vite.

D'ailleurs à c'propos, Jeanne me disais que tu cherchais de la documentation sur le Phare? Faudrait qu'j'y réfléchisse quand j'aurai un peu d'temps. J'dessine à mes heures perdues. Mais... y'en a pas beaucoup depuis qu'on est au phare. C'est qu'il y a du boulot à tout retaper pour faire en sorte non seulement d'être en sécurité, mais aussi de survivre, d'améliorer sans cesse ce qu'on a. Y en a même qui se remettent à avoir des rêves et des projets. C'est génial non ?!

Parle moi de toi. Tu as des rêves ? As-tu besoin d'aide d'où tu es ?

Au fait, moi c'est Blanche."

La journée vient de démarrer mais les rayons du soleil sont déjà très agressifs sur ma peau.
Portant l'émetteur à mon visage, j'écoute attentivement la voix nouvelle, puis prends moi même la parole:

"Bonjour Blanche.
C'est donc à toi que revient la tâche ingrate de me guider à sortir de cette prison de sable.
Je me nomme Oje. Oje Lihl.
D'où je viens, je n'en sais fichtre rien. Mes souvenirs, avant ce désert se résument à une grosse bosse sur l'arrière du crâne. J'ai bien peur que quelqu'un ait voulu me faire une bonne (ou mauvaise) blague en me parachutant en ces lieux...
Et effectivement, il me fait vraiment suer, ce roi jaune! Il y a plus de sueur qui s'écoule de moi que d'eau restant dans ma gourde. A ce rythme, je ne tiendrais plus très longtemps sous ses lances de chaleurs.

Mes rêves? Sortir vivant de ce désert, m'échapper de son emprise, et plonger tête la première dans une (grosse) flaque d'eau.
Et aussi trouver une communauté où je me sentirais à l'aise, tout en participant à sa construction, voire à sa continuité pour la rendre plus présente sur le terrain, si c'est possible.
En gros, trouver un endroit et lier des affinités permettant de vivre tous ensemble et se protéger des dangers quels qu'ils soient."

Après avoir parlé de longues minutes sans laisser ma correspondante reprendre la parole, j'ai de nouveau la gorge sèche et bois une demi gorgée du fond de ma gourde...