That poor bastard

par Darcy O Sullivan

dernière modification de Püppchen à 03/11 20:40
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Darcy O Sullivan

That poor bastard

Ce texte vaut 2 bières !

* Texte écrit par le joueur de Roland *





Roland n'était pas le genre de mec à se porter volontaire, ni à jouer aux casse-cous. C'était plutôt l'inverse, il aimait se la couler douce, réfléchir au lieu d'agir. Mais que voulez-vous ! Même les vieux routards, poissard en diable comme lui, se laissent parfois entraîner par l'ivresse de la gagne, par l'enthousiasme irraisonné qui anime un groupe.

Ce n'était déjà pas bien malin de sa part de grimper en haut du pylône de ce pont. A son âge, pourquoi s'aventurer sur ces escaliers rouillés et branlants qui menaçaient de s'écrouler à chaque bourrasque ? Pourquoi vouloir scruter l'horizon aux jumelles quand il pouvait tripoter la belle Darcy dans sa tente ? Celle qu'il faisait tant sourire malgré leurs 20 ans de différence. L'aveugle qui voyait au delà des apparences et de sa sale gueule. LA fille qui le faisait bander tendrement.

Roland aurait très bien pu descendre au pied de ce même pylône avec le vieux, son complice de rodéo aussi taiseux que sinistre. Ensemble, ils auraient pêché en silence les derniers poissons du coin, loin de l'agitation du monde d'en haut.

Ou alors, il aurait emmené les deux gamines faire rebondir des gravats sur la surface de l'eau : Mégane, le monstre sans âge réincarné dans un corps d'enfant, et Püppchen, ce patchwork de cadavres cousus à la va-vite et dirigé par un IA de 5 ans d'âge mental. Qu'ils auraient ri !

Lui qui hier encore fantasmait sur toutes ces belles femmes qui l'attendaient de l'autre côté du pont... tout valait mieux que de rebrousser chemin vers le sud. Même attendre sans rien faire qu'on l'engueule. Même chercher des noises au Biker qui lui aurait surement foutu une raclée. Jack, cette enflure allait lui piquer Darcy. Il le voyait bien, ces deux-là se reniflaient. Ca allait fatalement se terminer en levrette derrière une vieille camionnette désossée.

Eh bien non ! Ce con de Roland a préféré faire confiance à son intuition. Après des années de poisse, la chance lui souriait enfin, ça lui faisait tout drôle. Désorienté, il avait baissé sa garde. Peut-être voulait-il se faire mousser auprès de Domi, ce glaçon aussi agréable qu'un knout. Il n'aimait pas ses méthodes, se sentait sale et coupable lorsqu'il baissait la tête face à elle mais c'était la patronne, il fallait bien se la mettre dans la poche.

Avant de quitter leur camp en urgence, il cria à la cantonade :


J'crois qu'j'ai vu un truc d'intéressant plus au sud. J'y vais !

Et il y alla. Cet homme qui avait le génie de tout faire foirer fila sans se retourner, en simple piéton. Il emprunta le côté périlleux du pont, la partie de la route que personne n'empruntait, ni à cheval ni à pied, car truffée de crevasses mortelles et betons friables. Il zigzagua entre quelques zombis avant de trouver la malle de survie qui avait surgit du désert balayé par les vents.

Putain ! C'est jackpot ici ! Ah ah ah ! Devinerez jamais c'que j'ai trouvé ! Du beau matos !

Son interlocuteur radiophonique ne partageait visiblement pas son enthousiasme. Roland lui répondit avec flegme :

Mais non, pas d'panique ! J'vais attendre l'arrivée des dadas. Y'a qu'des zombies dans l'coin, et pas du genre à mordre. Pis qui pourrait être assez con pour nous attaquer ? T'inquiète je gère, ici ça craint rien !

Ce fut ses dernières paroles publiques. Les toutes dernières furent d'ordre scabreuse, alors qu’arque-bouté sur sa nouvelle arbalète, il tentait désespéramment de tendre la corde.

Darcy O Sullivan

That poor bastard


Il y avait toujours une certaine tension quand l'un des leurs quittait le camp pour partir explorer ou récupérer quelque relique. Une tension composée d'inquiétude, mais souvent d'excitation aussi. La route était-elle libre, des épaves ou des ruines allaient-elles être découvertes derrière une dune, le nomade serait-il bien présent au rendez-vous pour le deal, bref toutes ces choses qui composaient la vie des voyageurs et les sortaient de la monotonie quotidienne.

Mais ce jour là, la tension ne faisait que se renforcer, la balance inquiétude-excitation s’alourdissait du premier côté, car celui qui était parti n'avait subitement plus donné de nouvelles. Et ces joyeux jurons avaient laissé place à d'indistincts bruits sourds et confus...


Roland ?

S'était-il blessé avec sa trouvaille ? Avait-il fait un malaise ? Sa radio était-elle tombée dans le sable ? Pourquoi diable ne répondait-il plus ?!

ROLAND ?

Une voix résonna dans la radio de l'homme. Éloignée de l'émetteur, presque incompréhensible, mais que l'aveugle reconnut. Cassandra. La soi-disant malade qui une heure plus tôt s'était réveillée et lui avait demandé ce que les Singuliers proposaient comme transaction commerciale. Le sang de la jeune femme ne fit qu'un tour, elle lâcha son appareil et se releva prestement.

Sale petite connasse...

Tout sourire avait disparu du joli visage de l'irlandaise. Et ce fut d'un ton qui ne souffrait d'aucune contestation qu'elle déclara aux siens :

On y va. TOUT DE SUITE.

L'horrible sensation de savoir ce qui était arrivé à l'homme au chapeau lui vrillait les tripes. Plus qu'un amant, il était un Singulier. Et personne ne pouvait s'en prendre à sa famille sans craindre un rude retour de bâtons. Elle cala juste sa radio sur la fréquence de Cassandra, pour répondre à sa précédente question :

Ta vie.

Et de mener les siens au Sud à vive allure, rebroussant chemin sur ce pont maudit.

Domi

That poor bastard


Plus tôt, à l'autre extrémité du pont...

Une femme en pantalon de treillis et débardeur sa(b)le se tient debout dans la pampa, au-delà de l'impressionnante et sinistre structure métallique, arme de poing et hachette à la ceinture, petites jumelles tactiques portées à hauteur des yeux. Avec, elle scrute de longues minutes le paysage austère à son Nord et son Nord-Ouest. Une fois les lentilles abaissées, on ne voit de son visage que les deux billes noires presque entourées par des ecchymoses, tellement les cernes nichées là sont épaisses et foncées ; le reste est camouflé derrière un shemagh soigneusement noué.

...


L'homme est assoupi, à l'ombre faiblarde d'un des rares bosquets à la ronde. Il ne semble pas tenir la grande forme. Sans doute abattu par les événements qui se sont déroulés il y a peu de temps dans le groupe de ses anciens camarades, le voilà seul et démuni, peu vigilant, à la merci complète du moindre prédateur.
La femme accroupie fait son inventaire via des gestes extrêmement lents: deux simples sacs de transport légers, dont l'un est vide. Elle fouille l'autre toujours sans précipitation, y fait-elle ses emplettes ? Une bouteille de flotte pleine de résidus douteux, quelques lamelles de viande brunâtre et racornie, un couteau bon pour du saucisson bas de gamme, même pas de quoi se faire un bandage à la main. Apparemment peu intéressée pour débarrasser le bougre de ses maigres biens, elle referme délicatement le sac et repart aussitôt courbée, une main sur la crosse de son pistolet.
L'homme, Gérard Menfussa, sera retrouvé mort quelques jours plus tard, séché par la déshydratation.


...


Tout y passe. Traces de pas, de sabots, crottins plus ou moins frais, restes et déchets de campements. Ossements, aussi. De trois personnes différentes au moins. Se sont tenues plusieurs exactions plutôt récentes par ici, la terre sèche n'a pas tout à fait encore absorbé le sang des exécutions et du dépeçage. Un panneau trivial indique non loin, sans doute avec les fluides d'une des victimes: "Domi lèche moi la chatte". Bien, cette fille est complètement siphonnée, paranoïaque, et elle commence à massacrer les pauvres hères qui ont eu le tort de croiser un jour son chemin et décider de la suivre. Ou comment se foutre une balle dans le pied, toute seule comme une grande... Rien de mieux pour les affaires de celle à qui elle demande de lui brouter le minou, et qui elle protège ses petits comme une louve...


...



Ils fuient. Plein Nord.
Voie libre et dégagée. La petite zonarde. Et un marcheur abandonné, ou bien qui a fait défection. C'est tout.




C'est peu après ses mots crachouillés dans les radios que Dorcas et ses drôles de dames peuvent voir revenir leur chef-éclaireur vers eux, courant à petites foulées sur l'asphalte entre les véhicules carbonisés. Hors d'haleine, elle se pose pour une dernière collation et un peu de tranquillité avant qu'ils ne poursuivent leur chemin dans la direction qu'elle avait prise, mais cette fois tous juchés sur leurs équidés.

...

Seulement, plus tard, alors qu'il est bientôt l'heure de décamper...
Le message de Roland, à l'arrière, au Sud.
Il y répond derechef, le "glaçon aussi agréable qu'un knout".




Reviens tout de suite.

...

Ok. Roland. J'ai dit...

...

Test. Test.




Plus de retour, au bout d'un moment.

Domi repose le combiné et entame l'ascension d'une ambulance en ruines. Celle-là n'arrivera pas pour Roland.
Les poings sur les hanches, son corps est tourné vers le drame inconnu qui se joue, là-bas, à l'autre extrémité du "Pont des Larmes". A ses compagnons en contrebas, elle lâche simplement derrière son épaule, de son habituelle voix fatiguée mais dénuée de doute:


On tient la position, prêts à partir, mais on attend les nouvelles de Darcy et des autres.
Pas de précipitation, on reste en alerte.
Surveillez la route du Nord pendant ce temps là.

Un vieux

That poor bastard


C'est le calme avant la tempête dans le camp. La chaleur de l'été est tempérée par la proximité des étendues marines, et pourtant, l'air est stagnant, certains des hommes et des femmes de la troupe aussi. C'est le cas du vieux qui, à l'ombre d'une bâche tendue entre un mur en béton et le sol, vide des poissons grisonnants en grimaçant. Contemplations ponctuelles du grès du désert vibrant sous l'effet des températures, transformant l'environnement en une vision ectoplasmique des mondes du rêve et du cauchemar. Il observe parfois le manège de ses contemporains, pudiquement. Roland en guetteur, aujourd'hui. En guetteur de succès. Le vieux bonhomme s'amuse parfois des amourettes au sein de la troupe, sans jamais ni n'en parler ni ne lancer des regards entendus. Gus n'est pas du genre intrusif, pour sûr.
Une mouette ricane. Il se demande quel goût ça a, une mouette.

...

La tension est monté depuis le départ de Roland. Sans doute rien d'inhabituel, mais Gus voit bien dans l'anxiété de Darcy que le dresseur de talent est un membre de la famille particulier. A mesure du temps sans nouvelle, il faut bien dire qu'il a pris une partie de cette anxiété pour la faire sienne. Après-tout, Roland n'est-il pas pour lui aussi, quelqu'un d'un peu particulier? Quelqu'un qui sait respecter le silence des émotions? N'y pensons pas trop, le type est un débrouillard, il en a été un des plus proches témoins.

...

La radio qui résonne, mais Gus n'entend pas. Darcy, sans se défaire de ses angoisses totalement, semble dans un premier un peu rassuré. Le vieux se rassure alors dans le même temps. Puis non. En quelques dizaines de secondes, c'est la panique général. On rassemble les affaires à la va-vite, pour les cacher sous des tôles trouvées-là, il va falloir voyager léger.

...

Gus se met à trottiner dans les talons de Darcy, la vielle canne offerte par Jack déjà prise en main à la façon d'une arme. Sous les traits immobiles du visage du vieillard malgré la course, un mélange de dénie plein d'espoir et de colère meurtrière explose en orage. Ça va gronder sur les petites idiotes trop opportunistes.

Darcy O Sullivan

That poor bastard


L'infâme opportuniste avait encore du sang plein les mains quand ils arrivèrent. Son forfait contre Roland ne s'était pas arrêté au meurtre, elle avait en plus commencé à ôter de son corps les parties les plus appétissantes. Un rapide topo fut soufflé à l'oreille de l'aveugle, qui n'eut alors que quelques mots pour les siens :

Tuez la.

Peu lui importait comment, peu lui importait qui. Elle s'était attaquée à un Singulier, elle en paierait le prix le plus élevé...

Faisant confiance à ses camarades pour venger la mort de leur compagnon, Darcy tomba à genoux près du cadavre de celui-ci. Ses yeux ne pleuraient pas, incapables qu'ils en étaient, mais son cœur lui était lourd. Ses doigts fins tentèrent alors de le rhabiller du mieux qu'ils pouvaient, recouvrant surtout les chairs découpées et les muscles cisaillés. Elle retrouva à tâtons le précieux chapeau de l'homme, et le déposa en soupirant sur sa poitrine à jamais immobile.

Non loin, elle pouvait entendre les échos de l'attaque. Et là dessus, elle alluma sa radio sur la fréquence de l'autre groupe, comme un partage. Nul besoin de mot, ils comprendraient.

D'une main couverte de sang, elle ferma ensuite les yeux de celui qui avait partagé quelques unes de ses nuits. Elle repoussa le souvenir de la veille, de l'étreinte plus brûlante que d'habitude, comme s'ils avaient su qu'elle serait la dernière. Un ultime baiser fut posé sur les lèvres déjà refroidies et elle lança, quand le silence régna de nouveau :


On va l'enterrer comme on pourra. Pas question qu'un charognard le finisse.

Domi

That poor bastard


L'écho embrouillé de la violence retransmise par le combiné, pendouillant maintenant par dessus son épaule, a pour effet de faire défiler derrière la façade de marbre tous les détails de la matinée, lors de la traversée du Pont des Larmes, dont elle darde l'architecture et le "mobilier" anarchique de ses yeux noirs, à la recherche de réponses tangibles.

Qui ? La vérité vient peut-être du Sud, de l'âpre désert, mais elle en doute fort. Pas grand chose d'inquiétant et d'humain n'avait subsisté après leur passage. Et Bay Harbor n'était désormais plus qu'une ville fantôme.

Une image s'imprime dans sa rétine. Celle d'une belle jeune femme bien sculptée et typée thaïlandaise, ou quelque chose comme ça, au chevet de deux frais infectés, une femme et un espèce de mutant albinos affreux, entre deux bagnoles cramées. Le malade de sexe féminin était leur chef, du moins l'interface diplomatique semblait-il. Elle avait apparemment parlementé avec Darcy quelques instants, avant de ne plus donner le moindre signe de vie.

Domi s'était contentée de regarder la scène sordide de loin et de haut, grave et sinistre sur son étalon noir, laissant à Adiputri le soin de dire adieu à ses anciens compagnons de Route. Ils se transformaient à petit feu. L'envie ne lui avait pas manqué de descendre de cheval et d'aller trancher dans le tas, quitte à bousiller aussi la gueule de la seule fille du trio saine d'esprit et de corps, mais elle avait bien d'autres chats à fouetter ce jour-là. Éclairer le Nord était la priorité. Déjà que ce bouffon de Dorcas pouvait à peine se traîner à pieds sans souffrir le martyre, inutile de risquer quelques blessures de plus dans un nettoyage complet de la zone contaminée.

...

L'insomniaque chronique coupe la chique à l'émetteur, descend lestement du véhicule mort.
Elle s'approche de la naïve petite Megan et lui englobe la mâchoire avec ses mains. Un geste aussi tendre que froid. L'espace d'un instant, elle s'imagine en train d'enfoncer les globes oculaires de l'adolescente à l'aide de ses pouces.

Mais elle lui annonce simplement comme ça, de sa voix basse, calme, et terne, en approchant son visage à la fois bronzé et spectral:


Megan, je dois te dire quelque chose. Roland est mort.

Megan

That poor bastard

Ce texte vaut une bière !

Mort ? Mort ? Roland est mort ?

Les paroles de Domi tournent en boucle dans la tête de la jeune fille. Elle ne pouvait pas dire qu'elle avait été très proche de Roland, cependant il n'était pas de ceux qui la snobaient systématiquement en raison de son jeune âge. Megan savait apprécier ce genre d'effort.

Déni :


Non c'est pas vrai, c'est pas possible. Il peut pas être mort.

Colère :

Il ne peut pas être mort !

Les stigmates habituels de la possession apparaissent les uns après les autres. Apparemment pour le marchandage, la dépression et l'acceptation, il faudra attendre un peu.

Qui est l'enfant de putain qui a causé la mort d'un de mes serviteurs ?

Vite, une radio !

Püppchen

That poor bastard


Aux mots et à la douleur de Darcy, les émotions, pré-programmées par père, au sein des parties mécaniques de son cerveau se mettent en branlent.

Haine, violence, rage, désespoir. Les zéros et les uns se bousculent et s'entrechoquent pour commander les parties de chaires de son être. Roland, mort. Un survivant, un membre des singuliers. Un homme agréable et efficace.


La femme tu Roland. Pour Püppchen la femme n'a pas les raisons de tuer Roland. Il n'y a pas eu de mauvais échange ou de mauvaises choses dites ! La femme doit mourrir !

C'est comme une bombe qu'elle font sur la femme et l'a saisi par le cou. Sa rage est telle, qu'elle n'est pas loin de lui broyer directement la trachée avec sa poigne monstrueuse.

Mais, elle ne sera pas l'unique bras de la vengeance. D'un mouvement de lancé du bras, elle envoie la meurtrière opportuniste aux pieds de ses compagnons.

La lueur rouge de sa caméra orbitale tressaute, témoin de son émotion, puis bascule du rouge au bleu. C'est alors d'une voix encore plus froide qu'elle ajoute :


LES SINGULIERS TUENT ENSEMBLE CETTE PUTAIN DE MAUVAISE CRÉATURE MAINTENANT !