Le dernier rodéo de Bronco

par Datura

dernière modification de Blanche Neige à 04/11 00:47
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Datura

Le dernier rodéo de Bronco




La question n'avait pas fait grand débat. Entre les rumeurs et les atermoiements radiophoniques, il était hors de question de faire confiance à ce Sinclair. L'homme et son biz' puaient le coup fourré à cent lieux. Des emmerdes potentielles que la Cité ne pouvait s'offrir le luxe de gérer.

En une autre époque et dans d'autres conditions, Datura aurait jugé suffisant de leur faire peur par quelques menaces bien senties et de les laisser filer pour aller vendre leur verbe en d'autres lieux. Mais là, avec les exactions commis un peu partout et le climat délétère, il était important de faire passer un message au Désert. Quitte à se salir un peu les mains et sortir de leur zone de confort.


Un message simple et concis :
La Cité des Miracles c'est pas des rigolos.


Curieusement, Sybille partageait son point de vue.
La petite blonde à l'apparence pourtant si inoffensive semblait même sacrément décidée. Pour des raisons d'ailleurs inconnues que Datura s'était bien retenu de lui demander. Elles étaient d'accord. Parfait. Pas besoin d'en savoir plus.

Le travail des éclaireurs avait été efficace et le plan d'action rapidement dressé. Tout se déroulerait aux abords du comptoir de Lhonore. C'est là qu'ils frapperaient. Rapidement.
La seule crainte avait été que la Junk Bond ne s'éternise pas suffisamment et reprenne sa route plus vite encore. Datura s'était alors chargée de noyer le poisson. De les garder un maximum dans le filet. En faussant directement les cartes auprès de Sinclair. Lui vendant tout son intérêt pour sa marchandise et les possibilités de négoce. Elle n'était pas certaine d'avoir fait mouche... Sinclair prenait son temps pour répondre. Les signes d'une prudence accrue pour l'ex-flic.

Mais... fallait croire que l'autre avait marché à fond dedans.
Ou qu'il les avait pris pour des tanches.

Va savoir.










Un dessin tracé sur une feuille de papier.
A la lueur d'une flamme de briquet.



Trois équipes.
Sybille et Dannys de ce point.
Nyx et Elie de celui-là pour un feu croisé.
Moi et Caviar on se poste là pour les prendre à revers.
On embarque le clébard avec nous, il traquera les fuyards.



Datura a pris naturellement la charge de coordonner l'attaque.
De part sa formation, c'est elle la plus compétente dans ce domaine.



Pour rappel, Bronco est à moi.

Bon. En position.
Feu au signal.



La JUNK BOND s'est installé non loin du Comptoir de l'africain.
Dans une petite cuvette, probablement pour se protéger des vents poussiéreux.
Un lieu de repos ne prenant pas en compte la possibilité d'une attaque. Preuve s'il en est qu'ils ne s'attendent pas à ce qu'il va leur tomber sur le coin de la gueule.

Les yeux des archers ont pris le temps de s'habituer à l'obscurité.
De plus une nuit sans nuage et avec une lune au trois-quart pleine offrent de quoi distinguer la silhouette de leurs cibles.

Le signal, c'est un hululement.
Quatre sifflements résonnent dans la nuit. Trois flèches et un trait d'arbalète.

Des cris. D'alarmes. De surprises. De douleurs? Il fait trop sombre pour savoir si il a déjà des morts. Ou tout simplement si cette première salve a fait mouche. Les archers poursuivent la stratégie de harcèlement. Et déjà une première silhouette s'approche de la position de Datura et Caviar. La première tentative de fuite.

Puis deux autres juste derrière.
Trois hommes à en juger par les carrures.

Caviar, en embuscade, choppe le premier au vol. La petite miss aux manières d'aristo à du suivre des cours d'escrime dans sa prime jeunesse, car elle se montre particulièrement habile et embroche sans difficulté le caravanier désarmé. Une gerbe de sang éclabousse sur une belle longueur. Elle a du toucher un point vital.

Pas besoin d'aide. Datura choisit donc une autre cible derrière et décoche une flèche qui touche l'un des deux autres fuyards. Ce dernier s'effondre dans un bruit sourd en lâchant un râle étouffé.

Le dernier commence à faire volte-face pour prendre la tangeante par un autre chemin.
Datura donne une tape sur le dos de son nouvel animal de compagnie.



Démon!


Un ordre qui ne souffre d'aucune hésitation.
La créature informe à mi chemin entre l'homme et la bestiole des profondeurs se met en chasse. Elle aura vite fait de rattraper le trublion des ondes. Ce bon vieux Bronco, qui pour le coup, semble beaucoup moins se bidonner.

Datura

Le dernier rodéo de Bronco

Ce texte vaut 2 bières !


Bronco







Ah chienlit, quand tu nous tiens...

Merde. Bordel. Putain.

Bronco n'était jamais là où il fallait être ! Partout où il allait, toujours des emmerdements ! Pas possible ! Et depuis que toutes ces histoires d'apocalypse avaient commencé, c'était pire que tout.

Bordel, tout ça avait démarré avec une histoire de fumiers. Au début ils étaient quatre gars. Des types sympathiques à première vue, Bronco faisait des blagues, on parlait un peu des projets, ça commençait à ressembler à une bande, ne restait plus qu'à lever des poulettes.
Mais tu parles d'une bande ! Des pourris, oui ! Putain !
D'abord, il y avait le Desmond. Il paraissait sympa, comme ça, le Desmond. Sauf que c'était ni un bon diplomate ni un bon tacticien. Pourtant il se prenait pour les deux, le fou ! Quant aux deux autres, La Tumeur et Rasperry, ils s'étaient fait la malle à la première occasion pour se coller sous les ordres d'une fillette autoproclamée spécialiste des coups des pute, laissant le bon vieux Bronco au côté de Desmond, sans un mot ni une explication. Bronco avait bien essayé de les contacter pour prendre la température, mais apparemment ils avaient décidé de couper totalement les ponts. Encore des péteux qui n'aimaient pas sa façon d'être, sans doute ! Ouais, Rasperry parlait au passé simple du subjonctif ou quelque chose comme ça, et la Tumeur parlait un jour sur sept. Pas facile tous les jours de se comprendre comme de bons vieux piliers de bar, merde.
Alors que Desmond semblait définitivement péter un câble et pensait être un singe savant alors qu'il n'avait semble t-il qu'un pois chiche dans la tête, Bronco décida de se joindre temporairement à une troupe que son "pote" avait rudoyé à de nombreuses reprises. Des pirates. Juan Carlos et compagnie. Pas très intéressants les bougres, ou du moins aussi intéressants que des experts-comptables, ils causaient surtout vivres et répartitions des tâches. Bordel, Bronco n'était pas arrivé sur la Terre pour compter des radis, et surtout pas partager ce qu'il y avait dans son sac rien que pour du temporaire ! En prime Desmond revenait au galop pour lui coller au train et faire exactement pareil que lui. L'ambiance commençait à puer. Merde, y'avait donc jamais moyen d'être peinard !
Quant à Tissi alias Barbara... Il voyait mal comment supporter un engin pareil, ces tournures de phrases lui cassaient les couilles. "D'accord ? D'accord.": ma main dans ta gueule de morue oui, et elle avait pas l'air spécialement toute seule dans sa tête, ça sentait le coupage de zigounette à la moindre blague de travers, une épée de Damoclès permanente.

Bordel, Bronco s'était alors vite barré pour rejoindre la classe absolue, la petite lumière dans cet horizon de chiasse: la Junk Bond Caravan. RIEN QUE LE NOM ! Une bande de moustachus pétant la forme et des pépés carénées comme ça, le LUXE et la VOLUPTE, de quoi faire du vrai BIZNESS. Là les compagnons ressemblaient enfin à quelque chose et ils ne semblaient pas aussi emmerdants que tous les autres pignoufs croisés jusqu'alors.

Sauf que pas de pot c'était encore une histoire de cons mon vieux Bronco. Alors qu'il était à peine intégré et qu'il jouait surtout au crapaud dans les marais avec la Blanche Neige, tout ça pour une foutu paire de boucles-d'oreille à la gomme, il avait appris que Radek avait fait une OPA sur un groupe de pécores. Pas de quoi fouetter un chat putain, mais Bronco était pas bien sûr que ce genre de conneries leur attirerait pas de grosses emmerdes, un jour. Ben tiens pardi, valait toujours mieux faire disparaitre toutes les preuves, ni vu ni connu je t'embrouille, dans ce genre d'affaires louches.
Mais nan ! Ils avaient décidé de les suivre à la trace, les autres pue-la-pisse et ce con de rital qui avait échoué à jouer les entremetteurs ! Tu parles d'une idée toi ! Merde ! Sauf qu'il avait au final vraiment pas tord, le Andrea, mais faut dire que le Bronco était pas la finesse même pour tout comprendre. Et ses potes aussi fallait croire. Et où ça qu'ils allaient tout ce monde là, je te le donne en mille: chez Barbara. Voilà que Bronco était pas sorti du gros merdier.

Alors là c'était le grand show. Tout le monde s'était excité d'un coup, fallait suivre des règles à la con comme si qu'on était à l'école primaire, y'en avait qu'était même pas d'accord avec la répartition des tâches, et surtout fallait vider son sac avant même d'avoir dit bonjour. Putain quand Domi lui racontait comment ça se passait, là-bas, avec leurs chevaux et leur bande de dégénérés, ça avait une autre gueule pour sûr ! Non mais puis oh, on pouvait souffler des fois, prendre un verre et se branler, peut être même se payer une nénette si elle acceptait les freaks de la bite ?! Après quelques tractations foutues d'avance, ingérence des tauliers de BHP pour le différend entre la Junk et les volés, une mise au cachot de son pote Angus sans qu'il ne bita quoi que ce soit, la bonne vieille technique de la prise d'otage, Bronco se retrouva encore sur les routes comme une endive avec les autres tartes. Et ils avaient laissé Barnabé derrière en plus ces cons là ! Ce bon vieux Barnabé !

Bordel, si tout le monde avait écouté Bronco et avait participé à une séance de catch bourrés sur la plage, ça ne se serait pas du tout terminé comme ça cette histoire.

Alors les revoilà nos fringants héros à encore patauger dans la gadoue et le vilain sort. Bronco commençait à voir des fils de putes de communistes partout. Les communistes, ça nan il aimait pas bordel ! Nan mais qu'est-ce qu'ils avaient tous à vouloir boire la bonne Clairefontaine du Bronco (de l'eau croupie) en se tournant les pouces, ces fiottes là ?! A vouloir mettre des panneaux partout, genre faut pas pisser là, c'est la terre sacrée ?! Comment ça on pouvait plus pisser dehors ?! Et en plus on le traitait de péteux et de menteur ! Qu'est ce qu'il avait fait au juste Bronco jusque là, PUTAIIIIIIN DE BOOOORDEEEEEEL DE MEEEEEEEEEEEERDEEEEEEE ?! Huarg, y'avait bien que ses discussions avec Domi à la radio qui l'apaisait, le vieux salaud. Une brave que celle là, avec ses chevaux sauvages et sa tête bien pleine. Une vraie bonne femme, qui se ferait pas tailler la gueule par le premier venu comme cette pouffiasse de ritale d'Alegra, qui avait perdu Fabienne ! Fabienne, sa pelle ! Et il en savait rien en plus le Bronco. Pour sûr par contre qu'un jour il lui montrerait son braquemard singulier à la Domi et son étrange petite copine Darcy qu'il connaissait pas mais qu'avait l'air bandante à la radio, oh ouais elle aurait touché son chibre avec surprise celle là faute de le voir, et que ça ferait concurrence avec ses connards de poney. Les grandes étendues sauvages, imposer le respect, des VRAIES DARONNES AVEC DES GROS FLINGUES QUI EN ONT COMME DES OBUS, en voilà une histoire qui avait un minimum de classe après toutes ces années de galère, coincé dans une putain société de merde.

Mais pendant ce temps-là à la Junk Bond, bordel, on avait décidé de bicraver des planches avec deux nègres pour des nèfles, des sacs pour les glandus collection de printemps. On s'attardait pour trois fois rien, dans une contrée hostile aux libertaires, remplies de rouges et de condés de l'apocalypse. Bronco rigolait toujours mais le coeur n'y était plus vraiment... Des chieuses à la radio, identifiez-vous et toutes ces conneries...

BRONCO CAMPE OU IL VEUT ET C'EST SOUVENT DANS TA CHATTE !

Tu parles.


Un soir qu'il pissait en ruminant sa vie pourrie, le piège se referma sur son énorme vis. Le sang coula en même temps que la pisse et bientôt son bide servit de hors-d'oeuvre. Dévoré vivant le Bronco !

En voilà encore une chouette histoire tiens ! Mais c'était la fin.




"HUUUUUUAAAAAAARRRRRRRGHHHHHHH ! FIIIIIIIIILS DE PUUUUUUUUUUUUUUTE !"




"EUUUUUUUuuuurgh...keurgh...keurgh..."








Ce furent les derniers mots du cheval fou.
Mauvaise contrée pour les gens de son ADN.

Aleyah

Le dernier rodéo de Bronco


Putain, il fallait bien qu’elle se soit levée juste à ce moment là, elle qui passait pourtant l’essentiel de son temps assise ou couchée, à économiser ses forces et à essayer de comprendre un peu mieux le sens des phrases nébuleuses prononcées par Radeck.

Cette nuit là, se lever pour se dégourdir un peu les jambes avait sans doute été une erreur... Une terrible erreur !

D’ailleurs, et comme pour la punir, elle avait bientôt ressentit un choc sourd au niveau de ses hanches... Un choc suffisant pour stopper ses déambulations nonchalantes et la faire reculer d’un pas.

Incrédule, elle avait alors regardé autour d’elle, cherchant à comprendre ce qui c’était passé. Puis, ne voyant rien de bien remarquable dans l’infinie épaisseur nocturne, elle avait baissé les yeux.


"Bordel de merde..."

Une flèche... Elle avait une putain de flèche plantée dans le bas ventre... Et sitôt cette image imprimée dans la rétine, que son cerveau ne trouva rien de mieux à faire que de sonner l’alarme.

Une vive douleur afflua, et elle serra les dents pour éviter de crier. Elle se laissa tomber au sol... A cette heure et vu son état, sa seule chance de survie, lui sembla t’il, était de se faire la plus discrète possible. Elle rampa vers le relatif abris d’un tronc depuis longtemps vitrifié, et s’y colla au plus prêt.

Elle entendait des voix à présent... discernait des ombres... Leurs propos n’étaient pas très distincts, mais elle parvint à comprendre que l’attaque n’était sans doute pas fortuite... Et également qu’elle n’était probablement pas, elle, une cible prioritaire.

Enfin une bonne nouvelle.

Pour prendre la poudre d’escampette, il lui fallait de la force. Elle sortit de sa poche une feuille de coca et se mit à la mâchouiller avec conviction. Elle pensa, non sans une pointe d'amusement, que sa peau noire et ses habits sombres ne pouvaient qu’être des alliés bienvenus, dans son projet de fuite et par cette obscurité.

Penser court terme, s’éloigner, clopiner le plus loin possible, ne pas sourire
–quel gageure en cette si joyeuse occasion-. Il serait toujours temps de faire le point, plus tard, sur tout le reste.

Ses yeux se posèrent à nouveau sur la flèche.

Toujours temps ou pas, d’ailleurs...

Elle continua à avancer...

Blanche Neige

Le dernier rodéo de Bronco


Cela faisait quelques jours qu'ils demeuraient assez statiques, s'étant déplacés peu auparavant afin d'extraire de cette eau si précieuse et c'est là aussi que la jeune femme cramant au soleil sans avoir conscience de rien, serait capturée. La brune ignorait l'identité de cette dernière vu qu'elle ne s'exprimait pas et qu'il avait fallu la contraindre à avaler quelques subsistances.
Lhonore avait finalement migré jusqu'à eux, l'endroit offrant un meilleur rendement pour le puits à venir et le campement de la Junk Bond s'était à peine éloigné du baraquement en construction. Ils avaient décidé d'investir pour cette boutique au charme particulier.
Leur stagnation n'avait rien à voir avec un potentiel contrat avec la Cité des miracles, la Junk Bond n'ayant pas l'intention de s'y rendre, ni même commercer avec. Le bordel ayant eut lieu au Phare les écartait prudemment de tout autre communauté.


La journée avait été digne des précédentes, canicule infernale qui faisait suer au moindre mouvement consenti et au soir venu, la fraîcheur était apprécié de tous. Ce n'est qu'à la nuit venu qu'elle se prêtait à de sommaires ablutions, rien d'extravagant en soi, mais le minimum requis. Mieux valait puer un peu que pleurer après la dernière goutte d'eau. Véritable casse-tête que toutes ces restrictions et Blanche-Neige était devenue officiellement celle qui indiquait le moindre partage, parfois soumis à quelques privations. Mais tandis qu'elle se changeait, troquant la robe presque bonne à jeter pour simplement revêtir un long tee-shirt bleu sombre lui arrivant jusqu'aux genoux, l'envie de siffloter gaiement la pris mais le visage se haussa un peu en entendant un espèce de hululement incongru puis les sourcils se froncèrent face à ce sifflement qu'elle n'identifia pas et pour cause, le tir à l'arc ou l'arbalète lui était tout bonnement inconnu. Mais les gémissements qui en découlèrent lui firent craindre le pire et le poil se hérissa sur sa peau, la sueur froide se présentant tout comme une soudaine amertume en bouche.
C'est donc pliée en deux qu'elle se déplaça jusqu'à leur campement, sans aucune arme vu qu'elle n'en possédait pas, comme la quasi totalité d'eux vu qu'ils additionnaient un fer à repasser, un parc-mètre rouillé et un couteau à baïonnette. Impossible de combattre à distance ainsi et même les poings seraient bien futiles.
Son estomac se noua quand elle finit par distinguer des corps expulsant leurs derniers souffles. Prostrée, incapable d'émettre le moindre son, les prunelles contemplaient l'horreur sans parvenir à regarder ailleurs. Elle vivait et pourtant, elle venait de mourir à l'instant. Qu'avaient-ils fait pour provoquer un tel massacre ? Un vol il y avait de cela quelques semaines et cela se résumait à ce seul point. Tombant à genoux, les bras ballant, elle ne vit pas l'ombre se ruer sur elle, la faisant rouler sur le sable pour la meurtrir de coups. Les yeux gris se figèrent sur son adversaire, un homme, qui semblait vouloir la déchiqueter de ses phalanges et à part lui déformer le visage et contraindre les plaintes de s'échapper de sa gorge, elle ne réagit nullement.
Est-ce son inertie qui fit stopper son agresseur ? Elle le saurait plus tard cela. Il désirait ne pas trop l'abîmer afin d'user à outrance de son corps.
Multiples contusions la parsemant, deux dents qui se sont déchaussées sous les impacts assénés, le goût ferreux du sang dans la bouche, lèvre inférieure fendue. Tout est brouillé. Elle ne ressent plus rien, hormis ce froid qui ne veut la quitter alors que l'acharnement sur elle l'a rendu fiévreuse.
Elle réalise par la suite qu'elle est seule, depuis quand ? Pourquoi n'a-t-elle pas été traîné parmi ses compagnons pour être achevée ? Ses pulsions lui dictent de foncer dans le lard quitte à crever mais elle est là, tremblante, pas foutue de bouger ses membres. Ils ne lui obéissent plus. Transformée en vulgaire larve.

Un sursaut l'étreint. Aura-t-elle sombré dans l'inconscience pour échapper à ce qui l'entoure ? Les joues sont humides de sel. La respiration difficile, elle se tourne, réprimant un gémissement plaintif. La réalité s'impose à elle, tout comme l'objectif qui résonne dans chaque fibre de son être. Rampante, elle se traîne jusqu'à la silhouette qui se dessine et l'atteint, le coeur menaçant de rompre. Aleyah. N'étaient-elles plus que elles deux ?