Toi tu rentres pas. Ouais, je sais...

Chapitre débuté par Le chien

Chapitre concerne : scriptphp(rideaudefeu), redazylum(l'orque), cavey(màni), lechien, bahca, jinichihoshino,

Ce texte vaut une bière !

Partie de chasse - lune 3
Dans un désert de dunes, au milieu des débris d'une épave, un homme affaiblit se fait courser par un chien blanc de race norvégienne. Un môme âgé de cinq ou sept ans suit la scène...

La proie (l'homme-moule) s'est arc-boutée à son couteau-racine et n'a pas voulu céder. La force du chien est grande, pourtant quelque chose d'anormal vient de le blesser profondément. Ce n'est même pas un combat, c'est mille aiguilles empoisonnées qui le traversent de part en part. Le chien a mal, COUINE ! COUINE ! Soudain tout s'est brouillé dans sa tête et dans son corps, le petit crie des mots qu'il n'entend pas.

Mais que se passe-t-il ?

Comme une bête aveugle, broyée, noyée dans son propre sang il ne voit pas, il ne renifle pas l'odeur de l'Orque affamé qui rôde autour de lui, caché en embuscade derrière le rideau d'aiguilles enflammées.

L'ennemi avance sournoisement, la gueule ouverte pour un beau massacre.

Et soudain l'ennemi invisible surgit hors du rideau de feu. Sa tête, déjà assez hideuse, se déforme davantage. Il sourit de toutes ses dents d'une manière qui en dit long, la mâchoire inférieure prise de tremblements à vous faire dresser les cheveux sur la tête. CLAC ! CLAC ! CLAC ! Les pupilles rétrécies, les narines dilatées, il ressemble à un démon fou qui a reniflé une jeune vierge. En un rien de temps, l'Orque bondit sur le chien avec l'excitation d'un damné en chaleur, le mord cruellement, le laboure à coup de griffes, Aïe ! C'est un sale moment.

Il a un mal de chien à tout casser, c'est horrible.

Et alors qu'il se bat avec une force invisible, son petit corps de canidé prit de secousses, il se souvient de l'enfant-Roi et du vieil homme-Drakkar. Et il s'accroche à cette perception, pour ne pas crever.

La morsure de l'Orque a été profonde. Elle le blesse gravement et anormalement, il a failli y passer.

Sentant le danger de mort, il appelle son père à la rescousse, AOUH !!! AOUH !!! Mais son père -qui sait aussi se montrer cruel- choisit de ne pas répondre. Son coeur de chien lui martèle les côtes, il éprouve, et c'est une chose nouvelle pour lui, il éprouve de l'angoisse. S'il n'arrive pas à retrouver le chemin du Midgard, parce que c'est tout simplement impossible, il restera coincé ici !

Dressé sur ses ergots, l'Orque ne le quitte pas des yeux. Il fixe sa proie. Ses pupilles se sont rétrécies davantage, d'une manière insupportable. Sa nuque aussi plate qu'un galet lui fait avancer le museau, lui donnant un air d'abruti complet. Il empeste de partout. Son haleine a des relents de tabac froid macéré, GLOTTE ! Il réprime un rot, et se tape sur la poitrine. Puis il hoche la tête violemment de droite et de gauche, comme s'il voulait se déboucher les oreilles. En réalité, il se prépare à frapper de nouveau. Un son, inédit, chaotique, intraduisible, lui déchire les lèvres.

Il n'est pas inutile d'affirmer ici que le chien est courageux, pourtant un Troll aurait été préférable, cela lui aurait permis une sorte de conversation de bête à bête, en vieux Norrois.

Le Fils d'Odin, qui a reniflé l'odeur du Démon-tabac-froid, sent bien que la partie de chasse va être longue, très longue. GRRR !!! Fait-il en retroussant les babines.

Cependant que quelque part... "KIBA !"... Dans le Monde du Milieu un enfant pleure... Cependant qu'un vieil homme se penche sur lui... Et que du miel coule sur ses plaies, aussi doux que de la soie.

Sans le savoir, ils tissent les premiers fils du Premier pont.

GRRR ! Fait le chien. Les traits simiesques du Démon-tabac-froid se rident de jubilation, il hoche furieusement la tête avant d'arborer ce qu'il considère comme le sourire de celui qui vient de comprendre, c'est-à-dire une gueule ouverte d'écurie. GRRREUH ! Postillonne-t-il à son tour. S'ensuit un concert de grognements à rendre fou un sourd à qui on aurait arraché les oreilles, rien de moins, GRRR ! GRRREUH ! GRRR ! GRRREUH !

Pendant ce temps sur la Terre du Milieu, combien de lunes ont passé, combien d'antibiotiques, et combien de pansements ? Jino a-t-il pleuré toutes les larmes de son petit corps potelé ? L'enfant-Roi a-t-il appris à dresser les chameaux sauvages ? Et Bahca ? Le vieil homme-Drakkar, l'homme dans une enveloppe étrangère, a-t-il finit par accepter sa douleur ?

Bloqué quelque part le temps se fige pour le canidé. Et l'instant se prolonge, car Màni le dieu de la Lune fait durer le plaisir, trop occupé sans doute par les putes à gros nichons, les copains qui s'invitent à l'orgie, les bouteilles de champagne qu'on débouche pour arroser le banquet d'huîtres, et les montagnes de gambas, et les plateaux de homards, portés par des serveurs en tutus complètements défoncés au milieu des rires gras, tandis que l'orchestre joue un air d'orgue de cathédrale à faire transpirer toutes les bigotes du Ciel ! CHUU..UT !!!
CHUT !
Quoi ? Bande de mécréants, vous n'y croyez pas. Non, c'est vrai, Màni le Dieu de la Lune et du Climat ne participe pas à l'orgie. Justement il est assis devant une pierre monolithique, il médite.

...Cependant que des murmures persistants recouverts par le concert de grognements (GRRR, GRRREUH, GRRR, GRRREUH), comme le crissement d'un fil de soie qui grossit et s'étire, gorgé d'eau de pluie et de soleil qui bat...



Ce texte vaut 3 bières !

Après un court repos à l’abri derrière une carcasse, le chien réveille le petit homme. Tout excité, la bête lui tourne autour, tire sur son pantalon, l’invitant à la suivre. Jinichi Hoshino insouciant se met en marche sans crainte. Tous deux contournent rapidement la dune, le chien devançant le gamin de quelques mètres. Sur place, ils aperçoivent un pilleur d’épaves. La proie en vue, le chien fait montre de tout son talent de chasseur. Il fond sur elle rapidement, sa mâchoire saisit le corps allongé, sans doute endormi, pour ne plus le lâcher. Il secoue la tête pour arracher la chair, du sang jaillit. La scène est d’une rare violence pour un enfant de cinq ans. Pourtant, Jinichi n’en rate pas une miette. Il est comme émerveillé par la force de SON chien. Lorsqu’il aperçoit le couteau de chasse de l’ennemi, il sert ses petits poings, rempli d’inquiétude et se met à crier de toutes ses forces pour soutenir son compagnon !

"VAS-Y… ! " Un blanc.

Il se remémore soudain les paroles de Bahca. "Jino, tu lui as donné un nom ? Si tu le baptises, il sera définitivement à toi." Et à cet instant précis, un nom s’est imposé de lui-même : Kiba, croc en japonais. Il reprend une inspiration et termine sa phrase…

"…TUE-LE KIBAAAAA !"

La force de son cri est telle que son visage joufflu est tout rouge, le petit est surexcité. Il est persuadé de la victoire de sa bête. Cette dernière est en pleine forme et le brigand est pris par surprise. Malheureusement, les choses ne vont pas exactement se passer comme prévu. Le cri de l’enfant, censé encourager son champion, lui porte la poisse. L’homme alerté par le bruit plante par reflexe la lame qu’il tenait fermement dans la fourrure blanche de l’animal. Au même instant, ce dernier blesse mortellement sa cible à la gorge. Dans un gargouillis infâme, l’homme lâche son dernier soupir tandis que le chien s’affaisse doucement. La frénésie du gamin est immédiatement remplacée par la crainte. Ses petites mains potelées se relâchent, on peut lire l’effroi sur son visage alors qu’ il court immédiatement au chevet de son compagnon. Jinichi s’agenouille et pose ses mains dans les poils blancs teintés de rouge.

"Kiba !… Non… meurt pas mon chien… me laisse pas !"

Des larmes viennent rouler le long de ses joues. Il ne peut rien faire pour le sauver. Cette impuissance le plonge dans un profond désarroi. La seule chose qui lui vienne à l'esprit est d'appeler à l'aide.

"AU SECOURS!!!"

"AU SECOURS !"

L'homme court; sa jambe le retarde, mais il ne ménage pas sa peine : il a reconnu la voix de son jeune protégé. C'est en sueur qu'il retrouve l'enfant en larme. Les sanglots étouffent sa voix, et il est bien difficile d'obtenir une explication. Cette dernière se présente toute seule, lorsque Bahca comprend que le chien blanc qui leur servait de garde, d'ange-gardien et de compagnon, était à présent en piteux état. Sa fourrure virginale avait connu l'adolescence et un trop plein d'hormones, et la voila maculée comme jamais auparavant.

"Merde ! Jino, tais toi ! Attrape les seringues dans la boite verte, et de l'eau, beaucoup d'eau !"

I faut faire vite. La mort n'estjamais loin pour ceux qui arpentent le désert. D'abord, le piquer d'antibiotiques, pour empêcher toute infection qui le condamnerait à court terme. La piqûre n'est pas agréable, mais comparé à la morsure de la lame, c'est une caresse. La plaie, maintenant. Le sang coule encore, paresseusement, au milieu de la foret de poils polaires. Il coagule, parfois, rendant la tache difficile.

"Jino ! il faut nettoyer ! Trouve moi quelque chose pour tondre ton chien !"

Les mains dans le cambouis, il fait couler sur le corps frémissant ce qui reste de leur gourde. Tant pis, ils auront soif, mais ils trouveront bien un moyen de la remplir, demain. Il palpe le ventre de l'animal, lui flatte le col, chercher à l'apaiser avec quelques mots murmurés. La vie s'accroche, encore. Toujours.

Ce texte vaut une bière !

Alerté par les appels à l’aide du gamin, Bahca le rejoint quelques minutes plus tard. Immédiatement, l’homme prend les choses en main. Ses paroles font l’effet d’une gifle sur Jino qui jusque-là était totalement désœuvré. Minutieusement et malgré la vue encore troublée par les larmes, l’enfant suit les ordres, conscient que la survie de l’animal en dépend. Il apporte tout d’abord les seringues, puis la gourde. Et lorsqu’enfin il s’agit de raser Kiba, sans hésiter, Jinichi court récupérer le couteau de chasse, seul objet assez aiguisé pour permettre une telle opération. Ayant fait tout ce qui était à sa portée, l’enfant observe attentivement les gestes précis de l’adulte, tout en posant sa petite main potelée sur le crâne de la bête blessée, pour la réconforter. Et de lui murmurer :

"Ça va aller, mon chien... "

Après un temps qui lui semble être une éternité, l’intervention se termine. Le chien convalescent est déposé délicatement dans une couverture usée. Machinalement, Jino se couche tout contre lui afin de le préserver des nuits glaciales du désert. Peut-être craint-il de le perdre définitivement, la moindre seconde en sa compagnie vaut donc de l’or. Le regard plein d'inquiétude, il interroge Bahca.

"Dis, il va guérir, hein?"

Puis, en dépit de la tension accumulée durant cette rude journée, le sommeil ne tarde pas à l’emporter. Dans un rêve, le marmot se voit déjà arpenter les dunes avec un Kiba complètement rétabli… Derrière eux, le vieux Bahca les surveille d'un air paternel.

Ce texte vaut une bière !

"Il va survivre, tu crois ? "

Il n'en croit rien, le vieux bambou fendu. Il n'aime ni les frissons de l'animal, ni les espoirs infondés du gosse. Le désert donne, le désert reprend, n'est ce pas. Il caresse affectueusement la tête de la boule de poil blanche, respire calmement. La poitrine du chien se soulève irrégulièrement, mais il ne geint plus.

Que dire au gamin ? Au début, il ne lui dit rien. Mais il sent bien que ce n'est pas satisfaisant. Il se refuse à lui mentir; non pas qu'il ne soit plus à l'age des contes, mais s'il veut survivre, il faudra qu'il s'endurcisse. Même si le môme dort déjà, à petits poings fermés, plein d'optimiste et d'assurance, collé contre la pauvre bête, il ne peut s’empêcher de l'ouvrir, doucereusement, pour lui-même, pour eux.

"Tu sais..."

L'animal grogne, sans doute après l'une des chimères qu'il pourchasse à chaque songe; un monstre ou un proie, qui sait. En tout cas, il retrousse les babines; menace, ou appétissant repas ? Le paradis des chiens est peuplé de cuisses de volailles rôties et de torchons à mettre en charpie, assurément. Le sousmarinier avait hébergé quelques jours un yorkshire infect; celui d'une femme de passage, aux yeux aussi profond que l'océan. Comment s'appelait-elle ?

« Lena. »

Le nom avait filé tout seul, entre deux lèvres gercées à peine entre-ouvertes. Mais les yeux encore clos du petit asiatique, qui ne semblaient pas suivre la pensée muette de l'estropié le firent ravaler ces deux syllabes pécheresses. Il continua, l'honnête homme, comme s'il confessait un pécher à un sourd, presque inaudible, presque intrépide.

« Hum. Bon, il est fatigué, Jino. Trés fatigué. Et il a perdu beaucoup de sang. S'il passe la nuit, il faudra qu'il mange et boive correctement demain, et les jours d'après. Et on devra lui faire avaler quelques cachets, tous les jours. Et il n'aimera pas ça. Et on aura faim, peut-être tellement faim que tu regretteras ce qu'on lui aura donné… »

Mais le petit dormait toujours. L'annonce sous entendue du sacrifice de leur ration pour l'animal n'aurait certainement pas entamé l'amour que portait l'enfant au chien; mais Bahca n'était pas fait du même bois tendre. L'idée de manger le canidé, elle, avait déjà germé dans son esprit.

Ce texte vaut une bière !

Alors Màni décide de poser un arc-en-ciel là où il ne devrait pas, ce qui reste mystérieux. Beauté, douceur et lumière, le mélange est à couper le souffle. Le dieu de la Lune et du Climat sourit. Dans un mouvement magistral, il fait tournoyer ses bras comme ce sagouin de Loki.
- Au fait, s'écrie-t-il, je sors d'un bal costumé ! Très chic. Coupes en cristal, caviar glacé, petits fours...

Quelles sont les ambitions du chien ?

PARTIR !...PARTIR !...

Et puis tout d'un coup, clac ! Tout prend un sens. Le Démon-tabac-froid rejette la tête en arrière, un goitre à la place du coup s'ébranle, GARGARGHEU ! Le voilà qui rigole lui aussi. Non, il ne voit aucun inconvénient à raccompagner le chien jusqu'à la sortie, claquements de lèvres, tintements de dents plein de sous-entendus ! Ce que le chien comprend, pourtant il s'était préparé à lui planter les crocs dans la gorge, et maintenant le fils d'Odin se sent constipé, faisant une moue pitoyable l'air de dire, c'est quoi ce zoo ? L'Orque hausse les épaules, après quoi il lui fait signe de le suivre, le dos tatoué d'une flamme rouge pourpre, puant comme tout un cendrier...

Une nouvelle lune - lune 8
L'adversaire qui torture et qui pue ne l'a pas eu. Comme l'oisillon qui prend son essor, ses pattes battent furieusement l'air, faisant s'envoler la tique du matin. Aux premiers rayons du soleil, mille gouttelettes de poudre irisée forment une arche suspendue dans le ciel, entre Hel et le Monde du Milieu.

Un nouveau cycle.

Kiba se redresse et s'ébroue, se grattant machinalement la cicatrice sous les poils tondus. Il baille. Dans ses prunelles, les flammes d'une soif...

D'un pas tranquille il se dirige vers le petit, et vient lui lécher la main. Manifestement, les antibiotiques ont fait leur effet, ainsi que tous les soins prodigués. Ainsi que tous les sacrifices ? Mais déjà, il faut se remettre en marche, le chef de meute le sait : dans le désert, si tu restes immobile, tu finis en grillade pour les charognards. On fera des léchouilles plus tard. L'enfant-Roi, juché sur la bête a deux bosses, scrute un horizon liquéfiant, sous un soleil aussi obstiné que le marteau de Thor. Prudemment, la meute se déplace dans cet erg de sable, suivie de près par son cortège de mouches.