Between dragon and rising sun

par Cyberbaronne Jeudi

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Between dragon and rising sun

Ce texte vaut 6 bières !




Jūzaburō voulait avoir un bon travail et une famille. Servir l’honneur du pays, servir surtout l’empereur Shōwa, Hirohito. La politique du Japon n’est que division entre modérés et volonté d’expansionnisme en Asie. Si jeune encore et aimant la simplicité en toute chose, notre homme n’a pas d’opinion car l’empereur saura toujours ce qui est le mieux comme ceux l’ayant précédé.

L’incident ferroviaire brouille les pistes. Les chefs sont de grands enfants malins lorsque nécessité fait loi pour empêcher l’unification de la Chine.

Jūzaburō est doué avec ses mains. Il n’est qu’un simple maçon aimant poser pierre par pierre ce qui deviendra toujours un bel édifice dont le Japon pourra s’enorgueillir. Une empreinte et un témoignage émouvant. La trace d’un vécu pas si vain.

Par cette belle journée d’automne 1931, l’empire du soleil levant envahit ce qui deviendra la Mandchourie. Bois, soja, maïs, bétail. Surtout le fer et le charbon. Les richesses sont suffisamment nombreuses pour que le territoire soit annexé, fut-il mettre un pantin sur le trône et compléter le réseau ferroviaire débuté par les russes.

Jūzaburō et ses compagnons ne sont pas inquiets. Heureux même d’avoir trouvé un emploi honnête. L’empire deviendra encore plus grand et fort, c’est une bonne chose. En bons patriotes, c’est près de la gare de Ping Fang que leurs tâches commencent. Le général de division Shirō Ishii est un homme savant. Il a de grands projets, mais a dû déménager plusieurs fois son unité dédiée à la prévention des épidémies et à la purification de l'eau. Autour de Harbin, les rumeurs sont inquiétantes mais notre maçon en a cure. S’il travaille bien, on lui promet un meilleur poste. Il peut même espérer un plus haut salaire en devenant gardien.

Lui et ses compagnons exécutent donc chaque tâche comme ils l’ont toujours fait sans jamais se plaindre. La centrale et les bâtiments annexes voient le jour. Assurément un bel endroit. Un beau témoignage de puissance. La science et la recherche sont importantes, Jūzaburō le sait. Il est donc très fier que la promesse fut tenue, encore plus fier de la confiance placée en lui. De simple maçon, le voilà donc gardien. Tout comme d’autres, il dormira dans des dortoirs spécialement aménagés. La seule chose qu’on lui demande en échange, c’est de tenir sa langue. Ne rien voir, ne rien dire, ne rien entendre. De toute façon, ce qui sera vu et su, aucun n’osera jamais en parler.










Des bûches parviennent de partout. Beaucoup sont suspectées d’espionnage pour les russes et envoyées pour un traitement spécial. Jūzaburō les y accompagne, moleste certaines si elles ne se montrent pas assez dociles comme on le lui a ordonné. Le protocole est souvent le même. Une injection dont les effets sont surveillés entre 24 et 30h après. Peste, choléra, typhus et typhoïde. La préférence va à la première. A cause des peaux qui noircissent. Un autre traitement préventif des plus courants sont les gaz toxiques auxquels nul ne réchappe derrière les vitres.

L’ancien maçon a peur, commence à penser que tout ceci est bien dangereux. Si des gardiens étaient contaminés ? Il n’est pas bon de se questionner alors il garde ses doutes pour lui. Avec le temps, il sait aux corps qu’on transporte pour les brûler ou les enterrer s’il y eut vivisection ou un éventuel nettoyage avec une brosse à chien dent car les pointes laissent des marques. Chirurgie de guerre, c'est tout ce qu'il sait.

Aujourd’hui, Jūzaburō est donc content de prendre l’air malgré les cahots sur la route. A trois heures du site, il faut amener plusieurs bûches entassées à l’arrière du véhicule. Brave et obéissant, il en attache aux poteaux et s’éloigne comme indiqué. L’expérience peut être dangereuse si le protocole n’est pas respecté. Un avion ne tarde d’ailleurs pas à survoler la zone, repère les cibles et largue ses bombes en céramique contenant des centaines de puces contaminées par la peste grâce à un élevage de rats.

Jūzaburō a un sursaut de conscience. Tout sent la mort et suinte la folie. Il imagine l’autre côté, chez lui, son village. Il les a entendues. Les rumeurs d’épidémies, de puits pollués, de nourriture contaminée donnée aux enfants. Il sait où ont fini certains de ses anciens compagnons. Là, au milieu des bûches dans une cellule aménagée pour un traitement spécial. Fuir maintenant est impossible, il faudra ruser. L’homme ne peut prendre le risque d’une trahison et tout est étroitement surveillé, mais il y a toujours moyen de s’évader quand on a posé pierre par pierre un tel édifice. Il connait les emplois du temps, ceux qui sont moins regardants ou les plus négligents.

Pourtant le plan échoue et c’est à deux doigts de se faire prendre qu’il renonce, lorsque Mahito prend son tour avec très exactement six minutes dix-huit secondes d’avance. Et Mahito, il est du genre susceptible et très méfiant.

La chance finit par sourire quand éclata une révolte plus violente. Cela arrivait parfois avec les bûches. Faut dire qu’il les y avait poussées avec finesse. Puis avec Pearl Harbor et l’entrée des Etats-Unis en guerre contre le Japon, cela commençait à faire beaucoup d’ennemis contre l’empire du soleil levant.

Le chaos interne fut une incroyable opportunité pour l’ancien maçon patriote devenu gardien, désormais déserteur. La fuite ne s’est pas faite sans souffrance. Heureusement, lui et quelques autres ont évité de justesse les projectiles mortels provenant de la toiture en terrasse. Du gazage à l’air libre. L’effet de surprise a sans doute joué.

Jūzaburō s’est même payé le luxe de réquisitionner un véhicule. Il roule le plus loin possible, aime sa nouvelle liberté même s’il doit la partager avec des bûches craintives et un de ses vieux compagnons. Certains fuiront, d’autres resteront. Il s'en accommode surtout depuis que Fang Yin voit en lui un sauveur. Pour le remercier, elle a extrait la balle et recousu la blessure. Ils se cachent, préfèrent les villages isolés, mais les nippons sont partout désormais. Ils feront l’amour plus par désespoir que par envie. Les autres tâchent de fermer les yeux sur cette histoire contre nature, mais l’étranger, sauveur ou pas, est et reste l’ennemi. Qui sait si ce n’est pas une nouvelle expérience tordue ? Qu’il ne les trahira pas ?

Alors quand la chance tourne et qu’un détachement vient battre la campagne, Jūzaburō est sacrifié sur l’autel de la liberté. Une balle dans la tête, ni plus ni moins.

Neuf mois plus tard et dans une totale clandestinité naîtra un sang mêlé. L'enfant de la honte.

Cyberbaronne Jeudi

Between dragon and rising sun

Ce texte vaut une bière !

Shinichi a eu très honte lorsque le moment est venu pour lui de se fondre dans la grande destinée du Japon. Honte jusqu'au mépris, lorsque sa okaasan précisa que l’important n’était pas les médailles ou les grades, mais de surtout lui revenir en vie. La caresse sur sa joue n’a pas apaisé cette honte mêlée de colère. Il aurait voulu qu’elle soit fière et l’encourage, lui si heureux de servir le drapeau et son représentant divin qu’est l’empereur Hirohito.

L'école fut d'ailleurs une révélation en lui enseignant comment combattre, mais surtout à quel point les chinois sont des sous hommes.

Ne doutant de rien, le militariste dans l’âme marche et presse désormais le pas. Un mois et deux-cent kilomètres. Chaque troupe fait la course pour parvenir le plus vite aux remparts de Nankin. La quête de reconnaissance et la fierté l’emportent dans une monstrueuse rivalité.

Zhijang se démène avec les anciens, poussant femmes et enfants à se cacher dans les champs. L’ennemi arrive ! L’ennemi arrive ! C’est le jeune fils de Feng qui les a prévenus.

Dans le dernier village avant la capitale chinoise, Li Rong serre les dents et enrage. Elle détourne les yeux du porc qui s’agite entre ses cuisses, ne se permet pas de pleurer. Ce serait là un aveu de faiblesse.

Zhijang et les anciens sont finalement morts dans la soirée sans échappatoire possible. L’ennemi les a emmenés jusqu’à la dernière maison près de la colline pour les y enfermer. Après avoir aspergé les murs extérieurs d’essence, le plus téméraire des premières classes Shinichi a allumé le brasier. Le feu a bien pris, léchant et dévorant chaque parcelle de matière tandis que les crépitements couvraient les hurlements. Ils sont contents.

Li Rong veut le venger, les venger, ne sait plus. Elle n’a plus rien à perdre. Un dernier élan de désespoir ou de défiance... La lame du couteau pénètre la jugulaire avec une facilité déconcertante. Le visage grimaçant de surprise, le soldat nippon tombe à terre. Celui-ci n'aura pas eu le temps de la violer. A l’embrasure de la demeure, un autre a pourtant tôt fait de vouloir le remplacer. Le sang de ce dernier ne fait qu’un tour et son cerveau lui intime l’ordre de tirer dans le tas.

Par romantisme, la croyance veut que Li Rong ait rejoint Zhijang.
Fiancés dans la vie comme dans la mort.











Sur la route, tout sous homme en âge de se battre est tué. Les femmes si elles ne se montrent pas dociles et les enfants aussi, en fin de compte. Il n'est pas utile de s'encombrer, encore moins de scrupules. Un concours est même organisé à celui qui fera le plus de victimes.

Shinichi gagne du galon qu'il en devient orgueilleux. Il apprécie particulièrement les entraînements sur cibles vivantes pour ne surtout pas perdre la main.

De la guerre de l’opium à celle-ci, le même jeu continue comme il a toujours été. Ainsi Nankin ne connait pas meilleur sort.

La situation n'est guère plus brillante dans le reste du monde.

Dans la zone de sécurité gérée ironiquement par des nazis, ceux qui sont protégés tentent de sauver des leurs. Lorsque le camion arrive, Jun a les yeux humides, laisse éclater une lueur de joie, s’empresse d’accueillir son oncle et de l’enlacer. Aucun lien de parenté ne les unit en vérité…

À deux mille kilomètres de là, Fang Yin prie et espère. Lai Fu entre les bras. Plus vraiment l’enfant de la honte à ses yeux désormais. Juste son fils, la chance qui arrive.

Cyberbaronne Jeudi

Between dragon and rising sun


La chance qui arrive a 48 étoiles d’un côté,
un marteau et une faucille de l’autre.

La chance qui arrive est ironie, mépris ou sans commentaire.

Elle a même un nom : Mokusatsu.










Hashimoto et Iwamoto sont joueurs de Go. Par les autorités, le tournoi fut déplacé dans la banlieue d’Hiroshima. Lorsque le chaos vient à s’installer en ville, l’onde de choc frappe le bâtiment, brise les fenêtres et renverse la planche. Ne déplorant que des blessures mineures, les hommes rangent la pièce, le plateau, se sustentent et relancent le jeu.**

La fameuse partie de la bombe atomique où les blancs ont gagné.

Tsutomu se rend en ville pour un voyage d’affaire. De la gare, il entraperçoit little boy dans le ciel. Vient l’immense flash, la sensation de chaleur et d’étouffement. Il perd connaissance. A son réveil, peau brûlée, à moitié sourd et yeux qui ne voient plus. Petit à petit pourtant, la vue lui revient assez pour constater la mort dans l’âme, l’apocalypse. Après quelques soins et se sentant assez en forme, il retourne chez lui dès le lendemain pour retrouver sa famille, mais surtout travailler. Personne ne semble croire son histoire. Celle d’une bombe différente.**

D’ailleurs, les hautes instances japonaises non plus n’y croient pas. La réunion a lieu aujourd’hui pour savoir s’il faut capituler. Les américains ont bombardé durant tout l’été et Hiroshima a subi moins de pertes que d’autres villes auparavant. Rien de neuf sous le soleil levant donc.

Plus tard la même journée, fat man fait son office et écrase Nagazaki. Les collègues de Tsutomu sont désormais forcés de le croire. Tsutomu qui possède sans doute un bon karma à moins d'être protégé par des yōkai bienveillants. A nouveau, il survit.

Non, ce qui décide les hautes instances à capituler… C’est la Russie.

Elle envahit le Mandchoukouo, le pille à son tour tout en combattant les nippons.

Lai Fu a quatre ans. Il ne comprend pas pourquoi les grandes personnes semblent effrayées, pourquoi sa mère lui répète sans cesse de ne pas parler aux étrangers, de les éviter. Elle qui lui demande de jouer dehors, quand elle en amène parfois dans la chambre. Quand ils crient bizarrement, Lai Fu sait que les hommes repartiront contents. Comme le mongol de la cavalerie qui semble gentil et lui a tapoté la tête. Ou ce soldat russe qui lui a offert un bateau, fabriqué avec le bâton le plus fin qu’il a pu trouver, une coque de noix et une feuille d’osmanthus. On eût dit une jonque.

La guerre s'achève. Ils sont nombreux désormais les japonais qui avaient migré. L'hiver se montre rude et beaucoup d'entre eux meurent de faim. Certains se regroupent dans des maisons pour les faire exploser ou usent de sabres afin d'abréger leurs souffrances. Opératrices téléphonique, ouvriers, agriculteurs...

Si quelques uns cherchent à rentrer, tout n'est pas si simple. Et tellement d'orphelins.

Comme cette mère trop pauvre portant sa fille, affaiblie et le ventre gonflé par la famine, jusqu'au centre du village pour la faire adopter. Étrangeté de la situation, désarroi, empathie ou besoin de montrer l'exemple malgré des proches et une Chine réfractaires, c'est la veuve Lin qui la prend sous son aile.


** Hrp : Ces deux histoires sont véridiques, volontairement factuelles et non romancées par rapport au contexte. Les prénoms ont été forcément gardés en conséquence.

Cyberbaronne Jeudi

Between dragon and rising sun


Jamais son époux n’est revenu après s’être enrôlé dans la milice. Celle des citoyens courageux pour résister à l’envahisseur. La veuve Lin retrouve enfin un semblant de sourire depuis que sa jolie perle vit avec elle. Des semaines entières lui donna-t-elle la becquée, pour ensuite lui masser délicatement le ventre afin que le corps accepte la nourriture et se fortifie.

Durant les frimas alors même que la rivière Songhua a gelé et qu’une épidémie a menacé, c’est dans la douleur que Fang Yin contempla un autre sang s’écouler. L’enfant à naître ne pouvait avoir sa place dans ce monde et jamais le mongol de la cavalerie ne saurait.

Elles ont fait le nécessaire. Pour protéger les toutes jeunes filles.
Elles ont fait le nécessaire. Pour éviter d’autres souffrances bien inutiles.

Le quotidien est donc désormais un rouage bien huilé autant par les saisons que par le travail aux champs aussi laborieux soit-il. Les femmes n’ont que le souhait d’une vie simple devant se poursuivre envers et contre tout, ne parlant jamais de ce qui fut. Le passé est le passé, plus rien à y comprendre, chercher ou trouver. Encore moins à regarder dans le trop laid.

Comme la fleur de prunier qui résiste aux derniers givres, elles savent que leur devoir est de courageusement affronter les vicissitudes de la vie.

Leurs enfants n’échappent pas à cet enseignement.

Grand est pourtant le plaisir à prendre les repas du soir ensemble. Les seules pages qu’on ose rouvrir sont celles qui évoquent les belles anecdotes, même si parfois les cœurs saignent.

Lai Fu et Quian Zhu se chamaillent. Durant la veillée, le premier reproche à la seconde plusieurs fausses notes. Le vieil erhu, trésor jalousement gardé et longuement caché, n’est pas bien accordé.

Ils se chamailleront encore le lendemain. L’un boude l’école du village lorsque l’autre n'a que l'envie d’y être. Lai Fu veut aider à reconstruire le pays en devenant charpentier. Le plus sérieusement du monde et limite pédante, Quian Zhu rabroue le garçon. Elle se rêve déjà grande musicienne au sein d’un orchestre, qui voyagera c’est certain, dans le monde entier.

Pour tout et rien, se chamaillent-ils ainsi presque tous les jours ; mais tous les jours, ils se réconcilient. Innocents.

Pas comme nationalistes et communistes depuis deux décennies. Ce qu’ont fait les japonais n’a pas suffi.

Malgré que le monde s’émeut encore des bombes, que des procès ont lieu pour pendre ceux ayant perpétrés des crimes contre l’humanité tandis que certains ne sont pas inquiétés : La guerre civile éclate.

Vaille que vaille, les grandes espérances.







Trois années passent et d'autres suivront vite. En attendant, les enfants grandissent, mais femmes comme villageois sont fatigués. Si la liberté est dans la tête, le choix du camp n’en est plus un. Si jamais, il l’avait été un jour.

Cyberbaronne Jeudi

Between dragon and rising sun


- Camarade tête de cochon !

Les mots sont méchamment soufflés avec toute la morgue possible dont est capable l’adolescente à l’ébouriffant caractère. Des yeux fauves plissés où danse une lueur colérique teintée de jalousie.

- Tu ne m’as pas écrit la moindre lettre…

Elle a tout imaginé après que Lai Fu se soit éloigné du village pour devenir apprenti charpentier.

Nonobstant un monde qui change teinté de sang et de désillusions, sous le regard fier et dur du joufflu Mao dont le portrait apparait désormais partout, ornant le mur de chacune des maisons, c’est sans crier gare que le jeune homme était en passe de réaliser un vieux rêve qui tenait debout; à l’inverse de Quian Zhu dont les aspirations ne verraient sans doute jamais le jour. Et pour cause…

Malgré la collectivisation accélérée à travers le socialisme s’appuyant sur la paysannerie, Lai Fu avait renoncé à cet avenir de justesse, pour se réaliser au travers des squelettes de bois longuement façonnés.

Jalouse et méfiante malgré la petite voix intérieure qui tente de la raisonner, et de cette culpabilité qui grandit comme la mauvaise herbe, toute sérénité l’avait quitté. Sa mère l’avait pourtant prévenue de se montrer douce et avenante, mais la colère se montrait la plus puissante.

A plus forte raison que la tête de cochon était surtout devenu un séduisant jeune homme attirant déjà un peu trop les regards des autres filles alentours. Et cela, Quian Zhu était bien incapable de le supporter. Que de disputes, parfois bagarres comme des chiffonnières n’a-t-elle pas eu au cours de ces derniers mois à ce propos !

Le prénom était toujours malvenu dans la bouche d’une autre. Surtout s’il s’agissait de compliments ou de rêvasseries crétines la faisant alors bondir hors de ses gonds ! Même une simple quête de nouvelles se transformait en scandale. Certaines en jouaient par pure taquinerie, quand les anciens levaient les yeux au ciel.








Pourvu que cela lui passe, semblaient-ils prier silencieusement. Cela ne passa bien entendu pas tandis que son imagination lui avait proposé de multiples scénarios. Peut-être une autre fille ? Plus jolie, plus conciliante ? Elle avait bien tenté de questionner Fang Yin à ce sujet, lorsque les deux se retrouvaient pour apprendre les rudiments de la médecine ancestrale, mais hormis un énigmatique sourire, nulle réponse ne vint soulager sa hantise. Pas la moindre nouvelle, pas la moindre confidence. Même sa propre mère ne trouvait rien de mieux que de se gausser à ses dépens !

Lai Fu ne cilla pas. Fier comme un paon, il offrit en retour un sourire en coin, amusé et moqueur, à la jeune fille.

- Ravi de te revoir aussi. Tiens, c’est pour toi.

Sans un mot de plus, il extirpa un petit paquet de sa besace et le tendit, puis attendit bras croisés, lorsque le présent rejoignit les mains de sa nouvelle propriétaire rougissante.

- C’est… Qu’est-ce que c’est ?

Pour toute réponse, un haussement d’épaules. De quoi faire fulminer de plus belle son interlocutrice qui n’avait pas changé, mais la voir ainsi le faisait tellement jubiler que cela en valait décidément la peine !

- Je ne sais pas, camarade. Il est temps que je salue ma mère et l’aide à préparer le repas. Oh j’oubliais ! Il parait que se faire du mauvais sang a des effets terribles sur la santé... Tu devrais le savoir si tu étudies la médecine chinoise !

Elle ne l’avait pas volé et dans un irrésistible éclat de rire, il quitta prestement les lieux.

C’est au coucher que Quian Zhu ouvrit enfin le paquet. De multiples lettres ne lui étant jamais parvenues, ainsi qu’un médaillon. Un simple anneau doré sur un fin cordon de cuir. Pour plus tard si elle le voulait, avait-il écrit sagement, en écho à une vieille promesse de l’enfance tant qu’ils en avaient encore le choix. De celle, naïve, qu’elle crût à jamais oubliée.

Un plus tard qui devrait attendre l'accord de leurs mères nullement surprises, ainsi qu'une autre promesse : Le fameux grand bond en avant.