Elle était si jeune...

par Aloïs Wyatt

dernière modification de Aloïs Wyatt à 16/09 01:11
mots clés: edward, Aloïs Wyatt, James Delaney, molly, leinad,

Aloïs Wyatt

Elle était si jeune...

Ce texte vaut une bière !

Aloïs, le jeune homme en habit d’Eglise, discutait, concentré, avec son frère et Leinad. Il n’y avait pas de cohérence… L’heure était à l’organisation.

Ce n’était certainement pas leur genre de céder à la panique, non… Ils s’étaient retrouvés dans trop de situations bien plus stressantes pour esquisser la moindre anxiété face à cet événement pour le moins étrange. Ni James, ni Ed, ni le Serbe, n’avaient de souvenir précis… tout était encore très brouillon. Comment en étaient-ils arrivés là. Mystère encore non élucidé.

Le révérend regardait sa montre : 14:00. Plein soleil… Son front, largement et précocement dégarnit, ressentait le soleil brûlant. La température était bien celle d’un désert. Celui-ci s’étendait à perte de vue, comme c’était le cas depuis l’apocalypse…

Les grands gestes des protagonistes transformaient cette scène en chorégraphie, le tout sur un planché doré de sable fin et agressif. Tout en parlant, Aloïs épia les alentours, cherchant son frère aîné.

La chorégraphie stoppa net :


« Attendez !? Où est passé Ed ? Putain de Dieu Ed… »

Avec agacement, il joignit ses mains, alors pendantes de désolation, regarda le ciel et ajouta :

« Seigneur… Priez pour lui… »

Puis le regard revenu à l’horizontale, il plissa les yeux. Était-ce lui au loin ? Dans ce flou provoqué par la chaleur écrasante ?

Leinad Kcaj

Elle était si jeune...

Ce texte vaut 2 bières !

Au son des paroles d'Alois, Leinad releva sa tête.
Il cherchait du regard le réconfort qu'apporterait la présence d'Ed, son absence signifiant souvent le début des problèmes. Ou plutôt il cherchait a s'assurer qu'il n'était pas parti en expédition personnelle.

Le genre d'expédition personnelle dont on reviens avec un sac à dos Dora et des tshirts taille 12 ans.

Edward North

Elle était si jeune...


Dos voûté comme une arche d’église romane, équilibre instable, Edward North faisait peine à voir. Ça tanguait doucement comme un type bourré, sauf qu’il n’avait pas bu un ver d’alcool depuis plus de 20 ans. Ce qu’il restait de lui, s’il fallait le dire ainsi, ressemblait à la lutte d’un homme contre une chaleur irradiante. L’astre doré fut le responsable.

Non, si l’on observait Ed de plus près, on se rendait compte d’une façon indubitable que la réalité était ailleurs. Le squelette de North suait à pleines gouttes. Ça tremblait, ça convulsait un peu, ça tanguait toujours. North souffrait le martyr et le soleil était relégué à la dernière place dans l’explosion d’informations qui encombraient son esprit. Un bigbang de visions, de flashs, de cris dans sa tête, le tout s’entrechoqua comme un bocal de bille qu’on écrasait au sol : bruyant ; rebondissant ; agaçant ; irritant.

Le semi mourant se concentra, aidé par des clignements d’yeux exagérés. Le reste du groupe était affairé à débattre dans une langue qu’il ne voulait plus comprendre. « Réserves », « Campement », « Faire le guet », tout ça n’avait plus aucun sens pour lui. Ils étaient à 2 mètres de lui, ou 200, peut-être.

En scrutant l’horizon composé d’un désert et d’une douzaine de sueurs froides, il vit une petite silhouette enfantine faire tâche dans l’immensité du vide.


Blackout total, comme au milieu de ton plus lointain souvenir, quand t’avais 3 ans.


« Hmmmm. … … Hummmmpppppfff ….. Hmmmmmmm » gémit-il, les dents serrées, la frénésie exponentielle de sa douleur écrasant son corps rachitique en miettes.


Blackout, comme dans un rêve d’un de tes rêves que t’avais déjà fait.


A mesure qu’il se rapprocha de la fillette, il la distingua de plus en plus clairement. Le visage innocent un peu effrayé se vit remplacé par des flashs. Visage aux yeux de vipère, visage ruisselant d’un sang noir, visage à la mâchoire inférieure arrachée. A chaque image qui s’imposa à North, ses dents grincèrent.

« Hhhhmmmmmmmm. Hmmmmmmpff. » Le tambour résonna dans un rythme irrégulier, répandu en douleur lancinante dans ses avant-bras, sa mâchoire et ses tempes, partout. Dans sa tête il entendit soudain sa propre voix qui lui hurla ces mots :
« L’ECRASER COMME UNE COQUILLE VIDE »

Des larmes commencèrent à couler de ses yeux.
« BRULER LES SOMBRES PRÉSAGES QUE CE MONDE SE PRÊTE À LUI OFFRIR »


Blackout encore.


Edward North jeta le corps de l’enfant au sol et ce fut impossible de se souvenir combien de fois. Il asséna des coups non létaux, son mode opératoire en somme. Son épuisement l’arrêta, lui en grands sanglots, laissant la pauvre gamine dans une pléiade d’os brisés. Elle s'effondra, totalement consciente et les yeux grands ouverts, rougie de partout. Une demi-douzaine de mains agrippa Ed quasi en même temps, empoignant plus fermement les unes que les autres le coton de sa tenue pénitentiaire « orange crasse ». Il fut extrait de là dans la force de l’urgence, mais trop tard, et fut jeté à peine plus loin, comme un vulgaire sac de patates.

Sa tête frappa légèrement la roche désertique, les yeux trempés de larmes vers le ciel, tout rentra dans l’ordre. La fillette succombait lentement et en silence. Soulagé, Ed ressentait maintenant la douce chaleur du soleil, il esquissa même un semblant de sourire. L’esprit était libéré, Ed pouvait à nouveau penser.

Je suis ce que je suis, et je suis en paix. Que les hommes bons me jugent comme d’autres bons hommes ont su me juger par le passé.

James Delaney

Elle était si jeune...


Putain de merde, qu'est-ce qui s'était passé sur cette foutue planète ?! Y'avait plus que du sable, du sable à perte de vue !

James regarde autour de lui tout en échangeant des mots avec ses accolytes. L'heure n'est pas aux lamentations. Nan, ça jamais. Mais comment tout ça était arrivé ? Personne n'avait la réponse... Il s'éloigne du groupe, en faisant signe de le laisser tranquille, juste un petit peu pour faire le point. Il avance difficilement dans le sable quand son pieds vient heurter quelque chose. Il manque de trébucher mais se reprend juste assez tôt et retrouve son équilibre. Il regarde derrière lui, c'est une main qui sort du sol... Ses instincts reprennent tout doucement leurs fonctions. Il se jète au sol et se met à creuser... à la main, ratissant le sable sous ses jambes écartées...

Après quelques secondes le trésors est découvert : une radio et un mot laissé là pour qui trouverait cette personne sans doute. Il arrache la radio de la main du cadavre et se redresse laissant le mot se perdre dans le léger vent, sans doute à tout jamais... C'est clairement pas son problème. Et il entend une voix dans cette radio... Une gamine qui cherche son chemin... Molly... Saw. Tant pis pour elle... il lui répond qu'elle peut s'approcher. C'est une proie facile, mais la situation l'impose. Leurs poches sont loins d'être remplies. Elle hésite un long moment à la radio.

"Tu es méchant ou gentil ?"

James ne réponds pas. Il ajoute simplement que son grand frère est un gars bien, qu'il prend soin d'eux... Une fois qu'elle sera là, elle travaillera pour eux. Une fois qu'elle sera là, il la fera chasser, chercher de l'eau... De la main d'oeuvre bon marché... comme dans le temps... des petites mains.

Il retourne rejoindre le reste de la troupe. Les discussions reprennent pendant un moment puis l'alarme est donnée par Alois. Ed n'est plus là ! Fais chier ! Justement ce qu'il aurait dû éviter... Tout le monde court, mais il est déjà trop tard pour la gamine.

Ils se mettent à trois pour trainer Ed hors d'atteinte et le balancer en arrière. La gamine git devant eux, consciente mais sans doute incapable de bouger le moindre membre. James la regarde, le regard froid... Tant pis pour les petites mains... Il se frotte la main sur sa cicatrice au visage et se retourne vers Ed.


- T'as merdé Ed. Elle aurait pu nous être utile...

Le ton est calme , il connait son frère... Inutile de gueuler ou de s'énerver... Il pose la main sur l'épaule du cadet et croise son regard. Pas besoin de plus pour se comprendre. Il s'éloigne ensuite du révérend et se rapproche d'Ed pour le relever...

- Aller, debout. J'ai trouvé une radio. J'sais qui on va contacter...

Aloïs Wyatt

Elle était si jeune...

Ce texte vaut une bière !

L’ecclésiastique s’était également précipité sur son frère… Mais cela ne servait plus à grand-chose… La pauvre gamine était dans un état déplorable, probablement méconnaissable même par son plus proche parent. Edward n’y était pas allé de main morte.

Aloïs commençait à s’habituer aux sautes d’humeur (doux euphémisme) de son aîné et avait compris que celui-ci avait perdu une part de lui à un moment donné. Peut-être en prison. Peut-être juste avant son arrestation alors qu’Aloïs n’avait que 8 ans. En tous les cas, son frère, qu’il n’avait finalement que très peu connu était devenu très imprévisible. La petite Molly en avait aujourd’hui fait les frais.

Le révérend regardait Ed. Les mains jointes, il inspira très profondément. Il aimait cet homme, malgré son acte de violence gratuite sur l’enfant, il le trouvait attachant. Mais surtout, en dehors de ce genre d’attaques psychiques incontrôlées, il appréciait son état d’esprit, son regard sur le monde. Bref, c’était son frère et il ne pouvait tout simplement pas le détester. Il espérait cependant que la foi pourrait y changer quelque chose.

James s’approcha d’Aloïs et le regarda simplement. Il comprit immédiatement et se retourna vers le visage tuméfié et bouffi de Miss SAW. Ses yeux roulaient dans ses orbites et des vomissures mêlées à du sang sortaient encore lentement sur le côté de sa bouche béante entre deux micro convulsions. Alors que derrière lui on s’agitait, Le révérend sorti sa bible et commença :


« Molly, on ne te connaissait pas, mais on imagine que ta vie d’enfant aura été emplie de moments forts. Tu étais une petite fille d’esprit joyeux et tout ce que tu demandais était de vivre en paix avec des gens de bonne compagnie pour continuer ton passage sur cette terre hostile. Nous te demandons de bien vouloir pardonner notre frère qui ne te voulait aucun mal et qui n’a pas su se contrôler. Nous te souhaitons un voyage paisible et sans douleur vers l’au-delà. »

Il marqua une pause, ouvrit à la page souhaitée du premier coup comme s’il connaissait l’ouvrage par cœur et poursuivit :

« Lecture du livre de la Sagesse, chapitre 3, versets 1 à 6 et 9. La vie des justes est dans la main de Dieu, aucun tourment n'a de prise sur eux. Celui qui ne réfléchit pas s'est imaginé qu'ils étaient morts ; leur départ de ce monde a passé pour un malheur ; quand ils nous ont quittés, on les croyait anéantis, alors qu'ils sont dans la paix. Aux yeux des hommes, ils subissaient un châtiment, mais par leur espérance ils avaient déjà l’immortalité. Ce qu’ils ont eu à souffrir était peu de chose auprès du bonheur dont ils seront comblés, car Dieu les a mis à l’épreuve et les a reconnus dignes de lui. Comme on passe l’or au feu du creuset, il les a accueillis. Ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur comprendront la vérité ; ceux qui sont fidèles resteront avec lui dans son amour, car il accorde à ses élus grâce et miséricorde. »

Aloïs ferma le livre, puis s’exclama :

« Puisses tu apprécier le repos éternel que le seigneur offre à tous les mortels. »

Il s’avança vers la fillette, la redressa pour la faire tenir assise.

Elle éructa son dernier soupir… Le large morceau d’acier trempé dissimulé dans la reliure de la bible du révérend venait de s’abattre violement sur les cervicales de la toute nouvelle défunte, faisant taire à jamais sa douleur.


« Repose en paix ma fille ».