Chapitre débuté par Iria Kessler
Chapitre concerne : Iria Kessler, zillah, Jeremiah Presley, gazlak, vanya, josh, juleslagrille, alinebréval, Mei, steph', lagéhenne, hazelmorgan,

Lune 1 – La rencontre
Je ne sais pas si j'ai fait le bon choix. Probablement pas. Mais rester à la Capitale, c'était crever lentement en regardant Presley se pavaner avec ses conneries capitalistes.
Zillah a lancé un appel. Une grande perche encapuchonnée, sinistre à souhait, avec une voix d'outre-tombe et des doigts de faucheuse. Franchement, tout chez elle hurle « danger », mais elle proposait ce que je voulais : se barrer de cette ville de merde.
J'ai répondu à l'annonce. Direct. « J'ai très envie de me barrer de cette ville qui vit trop dans le passé. » Je peux fabriquer des médocs, j'ai des vivres, je sais bricoler. Elle m'a engagée sur-le-champ. Trop facile, presque suspect.
Il y avait déjà Vanya. Un type sombre, discret, qui partage mon aversion pour Presley et son délire capitaliste. « La rue se fait toujours baiser » qu'il a dit. On est alignés, lui et moi. Ça, c'est rassurant. Je lui ai filé mon morgenstern. Il saura mieux s'en servir que moi, et ça fait de lui un allié solide si les choses tournent mal.
Puis Gazlak est arrivé. Un cadavre vivant avec des tendances... comment dire... zélées. Il s'est mis à genoux devant Zillah et a juré fidélité à la « Géhenne ». Putain, ce nom. « Maîtres de la Seconde ère », qu'elle dit. Ça pue le délire mystique à plein nez, mais bon, tant qu'on avance…
On a aussi croisé Mirela, une femme étrange qui nous observait avec méfiance. Elle a fini par tracer son chemin sans se joindre à nous. Dommage ou tant mieux, je sais pas.
Josh est arrivé peu après. Un colosse. Presque deux mètres, une masse de muscles et de violence contenue. Il me regarde d'une façon qui me met mal à l'aise, mais au moins il est direct. « Tant que tu ralentis pas, ça m'va. »
Zillah nous a demandé de rationner nos ressources par rotation. Med pour elle et Gaz, eau pour Vanya, bouffe pour moi. J'ai pas sourcillé. J'ai connu pire. J'ai filé ma part de nourriture à Vanya. Confiance, elle a dit. Ouais, on verra.
Presley a envoyé ses Marshall-intérimaires nous virer. Jules Lagrille, un pauvre type sans arme ni uniforme qui récite des ordres comme un chewing-gum. Je lui ai répondu avec ironie, histoire de marquer le coup. On s'est barrés peu après.
Bienvenue dans les Terres Désolées.

Lune 2 – Premiers pas dans la merde
On avance vers le nord. Loin de la Capitale, loin de Presley. Tant mieux.
On a croisé des trucs bizarres. Des sans-visages. Des zombies qui pipent pas mot et qui se baladent comme des fantômes. Josh en a capturé un. Puis Zillah l'a exécuté. Froidement. Efficacement. C'est comme ça maintenant.
Les ondes se sont mises à crépiter. Keanu Ribs, un des trois cochons dont Presley veut la peau, a balancé un message provocateur. Zillah lui a répondu, offrant une alliance contre le « capitalisme nécrosé ». J'ai ajouté ma voix : « Presley, vous reprenez la prétendue gloire d'une administration de milliardaires corrompus, j'ai vu vos statues de merde à la Capitale. Cela vous mènera à votre perte. »
On a rencontré un certain Teurgoul sur les ondes, qui cherchait un groupe. Zillah a répondu qu'on cherchait l'indépendance et qu'on se dirigeait vers le nord-ouest. On verra s'il nous suit.
Le groupe commence à prendre forme. C'est bizarre. C'est dangereux. Mais, au moins, on bouge.

Lune 3 – La statue et ses conséquences
Putain, j'aurais dû m'en douter.
Presley a découvert mon petit gribouillis sur la statue de Trump. « Facho », gravé au canif. Rien de bien méchant, juste un geste symbolique. Mais ce connard a mis ma tête à prix. Terroriste gauchiste, qu'il dit. Un témoin aurait confirmé. Quel témoin, bordel ? Ils ont dû tabasser un clodo pour lui faire cracher mon nom.
Maintenant, je suis officiellement une ennemie de la Capitale. Tant mieux. Au moins, c'est clair.
J'ai mis les choses au clair avec le groupe. « Je suis désolée si ça nous apporte des embrouilles. Si ça pose problème, je peux partir. » Mais je regrette rien. Josh a répondu avec son pragmatisme habituel : « Si tu pars, ils te chasseront quand même. Si tu restes, faudra passer par nous. » Il s'en fout de Presley. Ça me va. Il me met un taquet au passage, en me disant que j'ai été une gamine sur ce coup là. Je peux pas lui donner tort.
Les cochons ont répondu sur les ondes. Poussin, avec son langage approximatif, m'a soutenue. On dirait que je me fais des alliés malgré moi.
On continue d'avancer. La Capitale est derrière nous, mais pas assez loin.

Lune 4 – Bruit et fureur
Les ondes explosent. Tout le monde gueule, tout le monde menace, tout le monde se cherche.
Eva Long, une « règleuse de comptes » autoproclamée, a lancé un message depuis la Capitale. Météo, registre des morts, appel aux marchands. Elle essaie de faire croire que la Capitale est viable. Mensonges… ou désespoirs.
Jules Lagrille continue ses annonces ridicules. Zillah lui a balancé « suceur-en-chef » en pleine face. J'ai ri jaune.
Un certain Plok, une créature radioactive qui parle comme un enfant, a cherché une famille sur les ondes. Zillah l'a renvoyé vers la Capitale. On n'a pas de place pour ça. Pour le moment.
Josh continue d'être Josh. Silencieux, brutal, présent. Il me regarde toujours de cette façon… lourde. Je sais pas si c'est rassurant ou flippant.
Vanya reste discret. On partage des silences près du feu. Ça me suffit. On n'a pas besoin de longs discours pour se comprendre.

Lune 5 - Et j'ai crié Aline...
Bloody hell, quelle lune de merde.
Une fille, Aline Bréval, a débarqué. Seule, amochée, stupide. Elle s'est jetée dans nos bras en demandant à rejoindre le groupe. Naïve à en crever. Elle n'a pas saisi qu'on s'appelle « la Géhenne » pour une raison.
Zillah l'a capturée. Josh l'a violée. Gazlak l'a peinte comme une tête de mort. Zillah lui a coupé les cheveux.
J'ai détourné les yeux. Lâcheté, peut-être. Résignation, sûrement. Je ne peux pas m'interposer. Ce monde ne fait pas de cadeau. Ne pas rester seule. S'accommoder d'alliés qui sont ce qu'ils sont. Continuer d'avancer.
Dans un moment d'inattention, Aline a pris une radio et a lancé un appel de détresse. Elle a balancé nos noms, nos crimes supposés. Cannibalisme, viols, meurtres. Tout est vrai, en un sens. Mais elle a surtout empiré sa situation.
Je lui ai repris la radio. « Aline, tu viens d'empirer ta situation. Nous sommes la Géhenne, c'est écrit partout. »
Un certain Docteur Wiss du « SCP Foundation » a tenté de négocier sa libération. Zillah a refusé. « Nous allons la remplumer, la façonner pour la survie », qu'elle lui a sorti.
Et moi, je reste là, à regarder le feu, à essayer de ne pas penser à ce que je suis en train de devenir.
Ce soir, j'ai tenté autre chose. J'ai passé ma main dans les cheveux de Vanya. Je me suis approchée de lui. Je l'ai embrassé. Juste pour oublier. Juste pour sentir quelque chose d'autre que la merde ambiante. C'était plutôt sympa.
Si je dois marcher vers l'enfer pour survivre, alors soit. Demain sera un autre jour de labeur.

Lune 6 – Meetic post-apocalyptique et réalités brutales
Bloody hell, qu'est-ce que les ondes sont devenues bruyantes.
Tout le monde cherche quelqu'un. Tout le monde a peur de crever seul. Et moi, au milieu de ce bordel, je me demande si c'est du courage ou de la connerie pure.
Cette Mei, au moins, elle joue franc jeu. Pas de belles paroles, pas de promesses en l'air. Juste : « Je veux pas mourir seule, vous non plus, alors avançons ensemble. » Ça, je peux respecter.
Le reste ? Un cirque. Des vieux qui fouillent les décombres, des marchands qui ont arrêté de croire en quoi que ce soit, et surtout cette Hazel qui balance ses mensurations comme si on était encore à l'époque des applis de rencontre. Dans un monde où on bouffe des cadavres et où on se fait violer pour avoir eu le malheur de demander de l'aide, elle drague à la radio.
J'ai ri. Jaune, mais j'ai ri. Ça fait du bien d'entendre des voix qui rient encore. Même si je sais que la plupart d'entre elles vont finir par se taire. Violemment.
J'ai tenté de calmer le jeu. Trop de légèreté, c'est dangereux. Ça attire les mauvaises attentions. Moi, j'ai juste griffonné « facho » sur une statue et je me retrouve avec une prime sur la tête. Josh m'a rappelé la même chose. À sa manière. Lourde. Directe.
Et puis il y a Aline.
Je l'ai regardée se faire transformer en spectre vivant. Cheveux coupés, visage peint en tête de mort, yeux vides. Gazlak était fier de son œuvre. Zillah satisfaite de sa « renaissance ». Moi, j'ai détourné le regard. Encore.
Chaque fois que je le fais, je perds un peu plus de ce qui me reste d'humain. Mais qu'est-ce que je suis censée faire ? Me jeter entre elle et eux ? Finir attachée à côté d'elle ? Non. Je veux vivre. Et pour vivre, je ferme ma gueule et je détourne les yeux. C'est lâche. Je le sais. Mais je suis pas une héroïne. J'ai jamais prétendu l'être.
Josh est venu me parler ce soir.
Il voulait savoir pourquoi je suis là. Pourquoi une nana « comme moi » ne cherche pas un groupe de gentils. Parce qu'il m'a entendue à la radio, apparemment « bienveillante » avec ces gamines insouciantes. Bienveillante. Quelle blague. Je leur ai juste rappelé qu'elles allaient finir en viande si elles continuaient à jouer les influenceuses. C'est pas de la gentillesse. C'est de la lucidité. Je lui ai dit la vérité. Je suis là parce que Zillah m'a tendu la main quand j'en avais besoin. Je reste parce que seule, je meurs. C'est mathématique.
Il a semblé accepter ça. « Reste fidèle. Le reste, c'est du bruit. »
Simple. Direct. Vrai.
Ce soir, je regarde Aline et je me demande combien de temps avant que je finisse comme elle. Ou pire. Mais pour l'instant, je tiens. Et je vais continuer à tenir.
Parce que c'est tout ce qui me reste.