Juste une histoire ?

par Domi

dernière modification de Domi à 21/01 04:43
mots clés: Domi ,

Domi

Juste une histoire ?

Ce texte vaut une bière !

Dans le bus, ça se bouscule.

J'imagine qu'une histoire doit toujours commencer par une chose banale.

Pas comme: Maman tue Papa.

Pas comme: Maman tue Hélène.

Pas comme: Maman tue Nicolas.

Pas comme: Maman tue.

Non, cette histoire doit commencer dans un bus plein d'enfants. Des adolescents. Ils ont la vie devant eux, et pour eux, tout crame.

Oui. Tout.

Sauf que...

Ils ne s'imaginent pas le bus cramé avec eux dedans.

Eux fondus dans les sièges.

Comme si on leur disait: restez là pour l'éternité.

Ils sont ici, avec leurs petites machines. L'un s'est entiché de l'autre, qui est vraiment très conne, mais la connerie parfois fait vraiment bien la conversation. Surtout quand elle a des gros seins. De très gros seins. L'autre somnole. Apparemment: ne pas travailler, ça fatigue énormement. C'est celui qui regarde derrière la vitre qui retient chaque fois mon attention. Il ne fait que regarder, et appuie, je l'imagine, sur la même touche pour réenclencher la même chanson. Que précédemment. Encore. Et encore.



Toujours la même. Qu'elle soit débile ou dure, cette chanson rythme sa vie et fait de lui un être humain supérieur. Selon lui.

Il écoute toujours la même chanson, quand il grimpe les escaliers.

Il n'a pas été dans le bus cette fois là. Mais il avait sa chanson.

Il rentre discrètement dans la chambre, il enlève son casque et se gratte le crâne pour se donner contenance. Comme si tous ces petits détails m'importaient. La preuve: je les écris.

Il a levé ses grands yeux noirs et m'a demandé: "Maman, ça va ?"

Moi, naturellement, j'ai coupé la télévision.

Et je lui ai dit comme ça, assez sèchement: "Prépare toi à barricader la maison."

Domi

Juste une histoire ?


***

...ça fait bien quatre jours, qu'il est parti chercher la môme au judo et qu'il n'est jamais revenu. Et ça fait bien trois jours, que l'on n'entend plus les sirènes municipales ni le vrombissement des pales d'hélicoptère.

Hier, on a par contre ressenti une forte explosion, localisée au nord-ouest de la ville, par-delà le périphérique. La terre a tremblé jusqu'aux rues pavées du centre bourgeois, et un truc empestait quelque chose de terrible, dans le brouillard qui ne s'est estompé qu'au crépuscule. L'odeur, elle, a rôdé jusqu'au matin blême.



Dans le noir, les yeux braqués sur la route, derrière les persiennes de la cuisine, elle repousse rudement le clébard venu lui lécher quelques doigts, à la recherche d'un peu d'attention. L'énorme pot de croquettes est presque vide. L'affaire d'une semaine tout au plus. La supérette la plus proche n'a que de la bouffe pour petits toutous à leurs mamans. Elle doit être dévastée, maintenant. Et la clinique est à dix minutes en bagnole, sur l'itinéraire classique.

Mais il n'y a plus aucun itinéraire classique.

L'haleine chargée de café et de whisky, le sang en flammes, elle est au bord de la tachycardie.

Dix minutes que la Mégane et le fourgon de gendarmerie tournent sur quelques pâtés de maison, à très faible allure, à peine révélés par l'éclairage public qui agonise. Les charognards embarquent la morbide marchandise, pendue aux lampadaires, encastrée dans les pares brises, ou éclatée contre le trottoir. Deux tiennent la garde aux HK, deux aux pompe, et les deux derniers se chargent de fourrer les cadavres dans les véhicules.

Quand trois des flicards se mettent soudainement à courir comme des dératés, tout clinquant de lourd matériel, elle tend le cou pour essayer de capter l'action, mais la visibilité peu glorieuse devient nulle. Quelques crépitements de PIE plus tard, dans le lointain, et les voilà qui reviennent avec un autre paquet, menotté, bâillonné...bien vivant ? Une petite dreadeuse blonde. La vingtaine peut-être.

La victime est balancée par dessus le corps d'un gros type à qui il manque une partie du visage, et les portes de la camionnette claquent pour la dernière fois dans le quartier, cette nuit. Avant de se coller au volant, un des agents désigne quelques maisons à son collègue, dont la sienne.

Penchée sur le plan de travail, les poings crispés sur l'inox, les yeux désormais braqués sur le vide, elle met bien une minute avant d'éjecter le fond de son estomac dans l'évier.

***

Domi

Juste une histoire ?


***

"[...]
Tu sais même pas tirer..."

Elle grimace, la tempe posée contre une paume, les doigts emmaillotés dans quelques mèches de cheveux hirsutes, alors qu'elle tourne vivement de l'autre main les feuillets de l'annuaire blanc.

"Putain boucle là."

Jamais elle ne lui a parlé de cette manière, même après une grosse bêtise. Il en reste hébété, arrêtant ses caresses dans le poil ras du chien. Ce dernier a l'air complètement abattu par la mauvaise ambiance.

"Mais..."

Un regard furibond se dresse au dessus de la danse des bougies, l'orage gronde dans la gorge de la mère, son visage devient hideux de colère.

"TU LA FERMES !"

Il se lève, file par l'escalier et va cacher ses larmes dans le creux d'un oreiller.

Hébert G., qu'elle griffonne nerveusement sur la page de bloc-notes.
Et 3 Rue du Four Banal, qu'elle ajoute à côté.

Bientôt, un peu plus d'une demi-douzaine de noms sont couchés là, avec comme amante, pour chacun, une adresse.

La chaise grince contre le carrelage lorsqu'elle se lève pour fouiller la commode, et plus précisément le tiroir qui contient les cartes routières.
Les gestes nerveux restent en suspension deux minutes, lorsqu'elle entend un aboiement au dehors. Blacky dresse les oreilles et oriente le museau dans la direction de l'appel. Il n'y répond pas malgré un début de grognement sourd, et se contente de couiner légèrement quand il croise la face de sa maîtresse, le réprimant par anticipation avec des yeux mauvais, presque infernaux.

Plus tard, le territoire est couvert de flèches et d'annotations.

Elle ne sait peut-être pas tirer mais elle sait qui chasse, dans le coin. Un avantage jusque là insoupçonné du boulot, qui a mis du temps avant de la percuter.

Alors qu'elle expire et inspire lourdement en se tenant la tête, une jambe éprise par la danse de Saint-Guy, elle se demande si elle ne s'y prend pas beaucoup trop tard.

Les chasseurs. Les femmes de chasseurs. Les amis de chasseurs. Les connaissances de chasseurs.

Les gendarmes.

Les simples vandales chanceux.

Les spectres vengeurs et les esprits malins.

Les ignobles petites créatures de la nuit.

Elle souffle les bougies.

Dans deux semaines, c'est l'anniversaire d'Hélène.


***

Domi

Juste une histoire ?


***


Le moteur tourne au garage, point mort. Le démonte pneu est brandi comme un tonfa, poing serré.

"Ok, ouvre la porte."

L'alu chante dans les rails.

Pas un chat. Ni même une souris.

Elle se précipite vers la portière, s'engouffre dans l'habitacle, frein à main, première, arrêt brutal après deux mètres. Elle se penche du côté de la vitre passager.

"Hé..."

Bref moment d'hésitation. Elle joue un peu avec le pommeau de la boite de vitesse et se force à sourire, un sourire qui inquiète plus qu'il ne rassure.

Elle aurait voulu lui dire:

"Hé, n'oublie pas d'aller-faire-faire pipi Blacky."

Ou bien:

"Hé, tu voudrais que j'achète quoi pour le goûter ?"

Mais au lieu de ça, en ravalant sa mimique atroce, elle lui lance juste:

"Pas d'conneries."

Le monospace Nissan bondit sur l'asphalte, slalome entre quelques véhicules à l'arrêt et ne tarde pas à disparaître, au bout des pavillons alignés.

Il est 4H55 du matin.

Et la bagnole avance tous feux éteints.


***

Domi

Juste une histoire ?


***

A l'arrière de la clinique vétérinaire, derrière les grosses toiles d'araignée que forment les fissures du pare-brise, elle croise son regard dans le rétroviseur. Celui d'une étrangère.

C'est si stupide et si terrifiant à la fois qu'elle fait précisément la chose la plus stupide et la plus terrifiante à faire à cet instant là : son cou pivote pour vérifier qu'il n'y a pas une autre femme installée sur la banquette arrière, en train de fixer le miroir.

Il n'y a pourtant de vivant qu'un vieux setter anglais à crâne d'obus. Les membres squelettiques de l'animal tremblent comme des feuilles, encadrés par un fouillis de fourreaux en nylon et de longues mallettes en plastique. Les sacs de transport croisés de façon anarchique se bagarrent dans l'inertie pour un peu d'espace.

Si elle devait décrire la couleur des yeux du chien, et bien, elle dirait que c'est celle du petit matin triste.

Lui ne peut plus regarder dans la glace.

***

Domi

Juste une histoire ?


***

Toux de chenil. Elle a une sacrée toux de chenil.

Le système de ventilation est à l'arrêt.
Il n'y a aucune fenêtre, c'est la quasi-pénombre.

Les animaux morts ne l'ont pas, la toux de chenil. Coincés dans leurs petits compartiments. Dans leurs petites cages.
Morts de déshydratation, d'absence de soin. Ils puent tous à leur propre manière, mais l'addition des différents stades de décomposition, de l'urine séchée et des fèces damne l'endroit d'une odeur monolithique, dictatoriale, presque trop consistante pour ne pas pouvoir être palpée du bout des doigts.

Le foulard noué à la bandito est dérisoire. La grosse couche de bleu de méthylène badigeonnée au dessous des narines ne peut rien y faire. Le quart de bouteille de Veuve-Clicquot avalé à grosses goulées avant de rentrer non plus.

Les insectes ne s'y sont pas trompés: à peine ouverte, tout un escadron est passé par la porte de derrière, dès que le sas menant à la salle de confinement a été déverrouillé en fait, et l'immigration est loin d'être terminée...

La femme est écrasée dans la putréfaction dantesque, assourdie par l'humeur morbide qui se transforme en bruit blanc, aveuglée par des larmes qu'elle croirait presque de sang. Obligée d'appuyer son épaule contre le premier meuble venu, elle hoquète, bave, sue comme du suif de chèvre chauffé. Les mains accrochées au fusil ont du mal à ne pas lâcher l'arme, elles sont aussi poisseuses que si elles avaient été trempées dans de l'huile de friture.

De l'autre côté du bâtiment, encastrée dans les portes vitrées de l'entrée, on trouve la carcasse encore fumante d'une Opel Corsa, dont l'airbag passager est souillé par le jus de crâne de celui qui s'en sert comme dernier oreiller.
La place du conducteur est vide.

***

Domi

Juste une histoire ?


***

Une détonation assourdissante, dans l'espace clos.
Le coup est comme parti tout seul, dans le couloir un peu obscur. Presque à bout portant.

La course de l'homme a été stoppée net. Criblé de plombs dans le gras du bide, il se tord au sol comme un misérable ver qu'on aurait coupé en deux. Ses gémissements de souffrance vont jusqu'à lui créer des bulles de salive à la commissure des lèvres. Ses yeux sont exorbités, comme à deux doigts de s'éjecter des orbites. Son visage comprimé est en tout point grotesque.

La femme, elle, présente une vive douleur à l'épaule.
La tenue et le maintien de l'arme ont été sacrément expérimentales. Elle a aussi un mal de chien à la casser. Les douilles sont ôtées dans la panique totale, d'autres cartouches sont fourrées avec autant de tremblements.

D'un brusque geste du pied, elle écarte le couteau gisant à côté des tennis du blessé.

Le double canon est repointé sur lui, cette fois vers la cage thoracique. Une minute se passe sans qu'il ne se passe rien, justement. La femme est juste animée d'un mouvement étrange de balancier, au niveau du tronc.

Et finalement le fusil est posé contre le mur.

Le couteau est saisi. Puis planté dans la gorge.

C'est aujourd'hui aussi qu'il va falloir apprendre à économiser les munitions, après avoir tué son premier congénère.

***

Domi

Juste une histoire ?

Ce texte vaut une bière !

***

Retour au bercail.
Un tour de bagnole, devant la maison. Deux tours de bagnole, devant la maison. C'est au troisième tour que la grande porte du garage s'ouvre, de manière presque simultanée avec la voiture qui braque en sa direction. Le moteur du véhicule est coupé alors que l'entrée est de nouveau bouchée.

"T'es toute blanche...ça va ?"

"Moins fort. Où est Blacky ?"

"Euh...derrière la porte. T'as vu des gens ? Qu'est ce qu'..."

"Prends-le et attends moi dans la cuisine. Il y a un autre clébard dans la voiture."

Le gosse tique sur cette dernière phrase, et approche donc son visage d'une des vitres arrières de la Nissan. Avant d'être un peu bousculé verbalement par la mère.

"Dépêche-toi Nicolas."

Il fronce les sourcils mais ne fait aucun commentaire. La porte est entrebâillée, il oblige le rottweiller à retirer sa truffe de l'ouverture, en le poussant du pied.

"Allez viens mon gros..."

La maman se dégage de l'habitacle, les lanières d'une muselière sortie de la boîte à gants entre les doigts. Elle traverse à son tour la maison pour rejoindre son fils et son chien dans la cuisine. Là, elle s'accroupit pour coller prestement l'outil de contention sur la gueule de l'animal. Surpris par le geste, il n'a le temps de donner que quelques coups de tête avant de s'avouer vaincu.
La tortionnaire braque son regard au dehors, dans la rue fantôme, au-delà des persiennes.

"Mais pourquoi tu lui mets ce truc ici ?"

"J'aurais du le faire avant. Il faut qu'il arrête d'aboyer sans arrêt."

"Mais... Blacky aboit quasiment jamais."

"Il peut."

"Pourquoi t'as ramené un autre chien ?"

"Viens m'aider à vider la voiture."

Retour au garage, tandis que le gros chien agacé reste dans la cuisine et donne des coups de pattes contre ce qui lui entrave nouvellement le museau. La daronne décharge une bouteille de butane du coffre, la pose contre le sol avec le plus de délicatesse possible.

"Pourquoi t'as ramené un autre chien ?"

"T'as vu un truc d'anormal ? Les flics ?"

"Non. Il n'y a rien eu. J'ai fait comme tu as dit. ... Ah ouais, si. J'ai vu un vieux."

Au tour d'un lourd sac de croquettes.

"Un vieux ? Et qu'est-ce qu'il faisait le vieux ?"

"J'sais pas trop. Il regardait un peu chez les voisins. On aurait dit un clochard."

"Il est venu là ? Il portait une arme ?"

"J'ai pas vu d'armes mais il avait des trucs dans son manteau. Il s'est approché un moment et puis, bah, il a fait demi-tour."

"...c'est à cause de ce qu'il y a sur la boîte aux lettres."

"Tu crois ?"

"Va ranger ça dans la salle de jeux."

Avant d'y aller, il regarde franchement ce qu'il y a derrière la vitre arrière, cette fois-ci.

"Pourquoi t'as ramené ça ? Il est vraiment moche."

"On s'en fiche qu'il soit moche. Je vais le piquer."

"Quoi ? J'comprends pas, ça servait à rien d'le..."

Et cette fois-ci, la mère le bouscule encore, mais physiquement en prime, par une grosse poussée contre l'épaule.

"Putain arrête de m'emmerder maintenant."

L'adolescent disparait, les mains enserrées sur les poignées de deux packs d'eau minérale.
Dominique Le Dantec appose ses mains sur son visage, cogne ses fesses et le bas du dos contre la carrosserie.
Elle fond en larmes et glisse jusqu'à se retrouver assise, devant un enjoliveur.

***

Domi

Juste une histoire ?


Domi

Juste une histoire ?


***

Trois coups sourds, sur la porte.

Puis le silence. Plein.

Trois autres coups sourds, sur la porte.

Puis plus rien.

Les gueules meurtrières et noires du double canon ne pointent vers le carrelage qu'au bout d'un quart d'heure de néant absolu.

***

Domi

Juste une histoire ?

Ce texte vaut 4 bières !

***

Quelqu'un appuie sur la sonnette de l'entrée, cette fois.

Mais il n'y a aucun son.

Puis une voix derrière crache au niveau de la porte, un peu essoufflée, un peu paniquée.

"Domi ? Patou ? C'est Sandrine."

Et c'est pas les tortues ninja, avec leurs casques et leurs gilets lourds, nan.

C'est Sandrine, ouais, comme elle le dit. Sandrine...

Toc toc toc toc toc.

Y'a personne Sandrine, bon sang.

Tu vois bien qu'il n'y a personne, alors casse toi pauvre connasse.

C'est parce que tu sens le contraire, en fait, que tu insistes comme ça ?

Toc toc toc toc.

"Ouvrez-moi pitié ! J'ai... Je..."

Cause toujours tu m'intéresses.

Sandrine essaye de voir au niveau des volets fermés de la cuisine.
Et Sandrine tente de distinguer une ouverture, au niveau des baies vitrées du salon, cachées derrière les barrières d'aluminium roulantes. Elle tire même sur le petit bitoniau, en bas, à droite. Cherche aussi à soulever le tout, avec son outil barbouillé d'hémoglobine.

...ça fait des craquements désagréables.

C'est insupportable comme son, Sandrine, aussi insupportable que les aigus de ta voix.

"Je t'ai vu Dominique, je sais que tu es là !
Je t'ai vu dans ta voiture l'autre jour !"

Tu vas casser mes volets pauvre connasse, si tu continues.
Ils m'ont coûté les yeux de la tête alors casse-toi.

Sandrine passe par le jardin, téméraire et remontée par l'absence de réponse. Ou tout simplement complètement pétée du caisson. Je vais t'apprendre, moi, à être fêlée du bulbe comme ça, tu vas voir.
Qu'est-ce que tu fais à fouiller dans mes arbres pauvre connasse ?
C'est pas le jour de la chasse aux oeufs.
Sandrine va regarder dans le puits.
Tu veux aller au fond du puits, Sandrine ?
Puis Sandrine casse d'un coup de pied de biche les fenêtres de la petite cabane. Ben tiens, fais comme chez toi, je t'en prie. Je sais que tu n'as pas une bonne assurance. Pas d'assurance du tout, aujourd'hui, en réalité.
Elle fignole la nouvelle ouverture par quelques gestes nerveux, pour éviter d'avoir à se trancher les mains.
Sandrine se hisse pour entrer dans la cahute.
Qu'est-ce que tu veux y foutre, pauvre connasse ? Piquer les lames de ma tondeuse ? Un peu de charbon de bois ? Un sécateur ? Doit aussi y avoir une corde à sauter, des cerfs-volants, des pistolets à eau et un vélo pour les bébés.
Tu sais, Sandrine, le vélo avec les petites roues pour pas tomber comme une merde.

Sandrine fait un boucan pas possible, là-dedans.

La tronçonneuse et le taille-haies sont déjà avec moi, pauvre connasse, au même titre que le fongicide.
Tu perds ton temps et tu es sérieusement en train d'écouler le mien, en terme de patience.

Tu es en train d'attirer l'attention.

Si tu n'arrêtes pas, Sandrine, je vais te donner un grand coup de club de golf en travers de la gueule, et tu ne vas pas forcément comprendre ce qui est en train d'arriver à ton crâne quand tu ressortiras par la fenêtre comme la dernière des gogoles, et que tu chuteras lourdement sur mon gazon.

C'est, d'ailleurs, précisément ce que je fais, et tu n'as même plus le temps de prononcer quoi que ce soit. Oui, le temps, il est définitivement perdu, maintenant.

Toc, toc, toc, toc, ça fait.

Comme vous tous, sur ma porte d'entrée.


***

Domi

Juste une histoire ?


***

A l'arrière de la Nissan, au niveau des sièges passagers, le vieux chien aveugle meurt dans ses bras, après la piqure.

Il flotte un sacré remugle de pisse.

Elle caresse le cadavre pendant dix minutes, les yeux dans le vague, les doigts dans les poils.

La femme ne sort de la maison barricadée que pour jeter le clébard mort plus loin, derrière la palissade d'un voisin.

***

Domi

Juste une histoire ?

Ce texte vaut une bière !

Interlude Post-Crash
Résumé du début des aventures de Domi



Dominique apparait pour la première fois dans le désert du Sud-Ouest, près de la sortie des souterrains maintenant contrôlée par la communauté de Nation, à l'époque où la ville n'existait pas encore.


Elle entretient d'abord de bonnes relations dans les communications avec les divers survivants aux alentours, qu'ils la rejoignent ou non. Très vite, son équipe se compose de quatre hommes: Prime, Dorcas, Jack et le vieux Gus. Seule femme du groupe, elle prend sans le dire ouvertement la place de meneuse naturelle: gestion des réserves, planning de route, cartographie, contact avec d'autres survivants. Elle noue plus particulièrement un lien avec l'homme le plus étrangement vivant et paradoxalement sinistre et misanthrope de la bande, le vieux Gus.


Désireuse de féminiser l'ambiance et ayant eu de très bons contacts radio avec elle, Domi décide de rejoindre Darcy O'Sullivan et ses deux compagnes, Püppchen et Megan. Darcy, aveugle depuis sa naissance, en appelle sur les fréquences publiques aux exclus de l'ancienne société afin de la rejoindre et monter un groupe dit des Singuliers. Dominique semble n'en avoir jamais fait grand cas. Pour elle, les Singuliers est un nom comme un autre...


Les hommes et les femmes - et les monstres ? - cartographient en pionniers le sud-ouest du Sud-Ouest même, constatant que la terre s'arrête après une presqu'île volcanique. Ils remontent alors le désert par le nord, finissant par découvrir les premiers un troupeau de chevaux sauvages. Entre temps, deux hommes les avaient rejoints, Calen et Roland. A l'est, la communauté de Nation avait été fondée récemment par Alfred, un mutant avec qui Dominique entretenait de très bonnes et prometteuses relations radiophoniques, s'échangeant des cartes et discutant de quelques projets. Alfred semblait désireux de bâtir un abri solide au sein du désert, et Domi semblait assez intéressée pour faire des affaires avec lui.


La ressource que constituait les équidés allait bientôt foutre en l'air l'ambiance paisible régnant en ce temps là au Sud-Ouest.


Un autre petit groupe de nomades se dénommant les Blood Brothers, venus du nord, finissent par tomber sur Dominique et les siens, contrôlant d'ors et déjà le troupeau. Il est mené par un certain Acid X, une racaille, un wesh. Dominique se met en relation avec Acid pour trouver une entente au niveau du troupeau. Les Singuliers sont plus nombreux et plus compétents en la matière pour rassembler les bêtes et les dresser, alors Domi s'octroie la plus grosse part. Acid n'y voit pas d'objection et une entente est créée, mais Dominique se méfie de lui et craint qu'ils ne se montrent violents si ses désirs ne sont pas satisfaits, autrement dit si d'autres veulent venir prendre leur part du gâteau. Elle-même n'escompte pas à ce que l'or que représentent les animaux lui file entre les doigts, allant jusqu'à défoncer de sang froid, avec un de ses hommes de main, un type venu s'approcher de trop près. Déjà à l'époque, la violence latente de Dominique aurait du mettre la puce à l'oreille à quelques-uns...


A l'est, Alfred depuis sa plus lointaine communauté commence à se faire insistant concernant le dit troupeau. Domi le rassure, lui vend deux bêtes dressées sur sa part à l'avance contre une coopération efficace vis à vis de la communauté, et lui demande de n'envoyer aucun exploitant sous peine de rendre la situation compliquée.


La situation compliquée finit par arriver. Sans crier gare, tous les exploitants de Nation, dirigés par un certain Mozart, débarquent la lune même où les individus du troupeau allaient être enfin intégralement capturés. Les exploitants ne se présentent pas, se dépêchent de capturer les dernières bêtes, et sont surtout venus armés de lances fraîches sorties des ateliers de la communauté, ce qui n'est pas pour rassurer les nomades beaucoup moins bien armés. Dominique prend la mouche mais fait mine de prendre sur elle vis à vis d'Alfred, qui tente lui de la rassurer et de lui dire qu'il souhaite toujours travailler avec elle. La femme lui demande un peu de temps pour réfléchir à cette proposition, étant donné le contexte. Elle accueille par contre très mal dans son campement Mozart venu présenter ses amabilités après coup, se contentant de faire silence et de le fixer les poings sur les hanches alors que le poudré fait dans le baratin. Acid n'est pas non plus satisfait et en appelle à la vengeance avec les Singuliers. Dominique commence donc à échafauder un plan pour voler le voleur Mozart, mais l'inconséquence des troupes d'Acid, notamment son meilleur guerrier qui préfère batifoler en tuant des infectés, finit par rendre l'opération de toute évidence impossible. Domi se rend compte qu'elle est donc baisée: il faut soit travailler avec Nation et ravaler son amertume née de l'affront, soit s'en aller de là sans rien dire, et les oublier... Sa colère intérieure est alors terrible, mais contenue...


Mais l'heure de la vengeance sonne alors même qu'elle s'était résignée à l'idée de partir sans scandale. Une femme venue renforcer le groupe déjà bien armé de Mozart, et qui plus est chargée d'eau durant la canicule, apparait lors d'un début de soirée non loin de leur campement, se dirigeant vers le camp du pseudo musicien. Cette femme n'aura pas le temps de rejoindre ses camarades: Dominique la bat à mort avec trois de ses hommes, avant que Darcy ne la dépèce comme une truie. Le lendemain matin, Dominique sur son étalon noir balance la tête de la victime à l'orée du camp des exploitants de Nation, les orifices bourrés de crin de cheval. Les nomades lèvent le camp et filent en direction du Nord-Est avec leurs chevaux, à travers le désert où ils vivent maintenant depuis pas mal de temps, se débrouillant en toute indépendance avec beaucoup de fierté. Dominique lance un communiqué à l'attention de Nation: le sang versé n'a pas suffi, elle compte encore se venger et récupérer les bêtes qu'il lui manque, si possible en massacrant tout Nation. En ce temps là apparait donc un autre trait de sa personnalité, hormis la gestion efficace d'un groupe: la tendance à l'appel à la violence, à l'insulte bourrine lorsqu'elle se sent contrariée ou n'est pas satisfaite, à une certaine volonté de puissance relativement dangereuse pour le commun des mortels...


Dominique et les siens remontent à travers le désert en direction du Pont menant au Nord. Alors que Darcy se montre toujours aimable dans ses contacts radio vis à vis des survivants étrangers, Domi, sans doute atteinte de paranoïa et encore sous le coup de la colère, se montre désormais beaucoup plus agressive, que ce soit avec le péquin moyen croisé sur la route ou des responsables de communautés lointaines. La nouvelle de la mort de son bon contact Bronco dans le Sud-Est parachève de lui faire haïr l'intégralité du Sud, en l'état les communautés de la Cité des Miracles, de Nation, et de Black Hawk Peak. Elle est au courant qu'un puissant groupe d'opportunistes et de pillards règnent dans les terres au Nord-Est, mais sait également que le Nord-Ouest, riche en ressources, sera facilement contrôlable si elle s'y prend vite et bien. L'endroit n'est foulé que par quelques petits nomades éparses, des communautés qu'elle juge minables seront facilement retournables.


Avec Darcy et un contact sur place, Cyrus Blake, elle décide de faire déménager la communauté de Bay Harbor, au bas du pont menant vers le Grand Nord, afin d'y capter de la main d'oeuvre propice à leur future installation. Les choses se passent assez facilement, les gens semblent charmés par son sens tactique et son esprit d'anticipation.


Quelques ombres se glissent toutefois au tableau. Tandis que certains vagabonds la remercient de les délester de quelques litres l'essence en échange de quelques biens quelconques sans passer par la case "la bourse ou la vie", d'autres semblent prendre peur devant le groupe des Singuliers, la personnalité de Dominique et la découverte d'armes à feu aidant. Jugeant qu'ils communiquent très mal avec elle alors qu'une grande alliance serait possible, elle commence à les prendre en grippe intérieurement, notamment le groupe des Marcheurs, et le groupe des Solitaires. La venue d'une certaine Alice dans les environs parachève la montée de sa tension. Elle ne tarde pas à découvrir qu'Alice est un pion d'un certain James Delaney, obligée de se rendre dans la région pour trouver la chef des Marcheurs, Luna, la suivre à la trace et donner des informations sur elle. James Delaney est un des pontes du puissant groupe au Nord-Est précédemment cité. Peu désireuse de susciter d'office la colère du mafieux en abattant sans compromis la pauvre Alice, Domi le contacte directement afin de trouver un accord. Alice pourra passer au Nord en quête des Marcheurs à condition que Domi obtienne aussi ses informations. Alors qu'Alice se réjouissait à l'idée de se défaire de ses chaînes vis à vis de James auprès de Domi et de sa troupe de nomades libres, elle tombe vite des nues en constatant que cette dernière est une femme insensible, calculatrice et même assez perfide. Elle est torturée psychologiquement par deux bourreaux. Les deux bourreaux, eux, entretiennent une relation radiophonique un peu trouble, semblant se respecter et se méfier réciproquement... Sans doute un peu plus faillible et moins solide mentalement que Delaney, Dominique commence à ressentir une certaine passion pour cet homme charismatique, le seul qui trouve grâce à ses yeux au sein de tout le désert, pratiquement...


Lors de la traversée du Pont, bientôt baptisé le Pont des Larmes, les choses trainent un peu. Les Singuliers ont à souffrir le premier mort dans leur rang, Roland, abattu alors qu'il mettait la main sur une arbalète par une folle suicidaire et son sbire, à quelques encablures tout juste du gros des troupes. Darcy avec qui il entretenait une relation est pleine de chagrin et de colère... Ils trouvent tout de même en une certaine Adiputri, combattante redoutable, un lot de consolation pour leur camarade tombé... Domi, elle, complète l'armement des Singuliers avec ce que lui ramène le vieux Gus, vagabond fidèle, avec ce qu'elle récupère aussi en tuant un pauvre bougre caché dans les ruines de Bay Harbor, et bientôt avec un flingue récupéré dans le Nord, auprès d'une petite coréenne l'ayant contactée pour faire affaire, étant donné que la nouvelle de la venue des Singuliers dans la région fait le tour de celle-ci.


Devant un Robert Doisneau abasourdi, dirigeant de Thunderdome, une toute petite communauté de cinq personnes, Fort Boréal est créé par Cyrus Blake et les Singuliers sur la côte, non loin de la mine de fer. Les premiers bâtiments sont construits ou réhabilités très vite grâce aux matériaux de construction transportés à travers le désert sur une distance remarquable, via les chevaux de Domi. Thunderdome est abandonné, certains habitants comme Doisneau quittent la région tandis que d'autres, comme Thormund, possesseur d'un fusil de chasse, rejoignent Fort Boréal pour renforcer la machine.
L'avenir de Fort Boréal s'annonce sous des auspices radieux.

Les Singuliers sont devenus l'un des groupes les plus puissants du désert et revendiquent le territoire du Nord-Ouest.


Mais à la fulgurante ascension suit une chute encore plus brutale.


Une chute provoquée par Domi elle-même et un certain...James Delaney et sa bande.

Domi

Juste une histoire ?


***

Ils repassent devant la maison, à très faible allure.

Qu'ils viennent.

Qu'ils viennent tous.

Le feu et la colère peuvent être très puissants, pour celle qui défend les siens, sans comprendre qu'elle se tue elle-même.

...

La mère charge et recharge les fusils.

Elle apprend.

Ils sont tous différents.

Comme les putains d'être humains, là dehors.

C'est maintenant, l'avenir.

Elle aimerait tant faire un bisou à Hélène. Une dernière fois.

Putain, c'est son anniversaire aujourd'hui.

Le cahier noir est maculé de son souvenir...

Hélène...je n'ai jamais voulu ça, en te mettant au monde.

A la réflexion, je n'aurai pas fait en sorte de me reproduire.

Je vais tuer tout le monde, Hélène.

Pour toi.

Et tu n'en diras jamais rien.

***