Communion

Chapitre débuté par Vinicius

Chapitre concerne : Vinicius,

Ce texte vaut 4 bières !
D’abord il y a ce temps. Un froid glacial sous un couvercle de nuages sombres et ce vent à vous faire tomber les dents.
Le terrain lui, n’est pas vraiment favorable. Une plaine qui se gorge de l’air glacé, une terre qui se laque de neige, un froid plat qui vous casse les pattes.

Il y a ensuite cette course…Quelle heure est-il ? On regarde en l’air sans trop y penser mais l’alerte est donnée et cette heure tardive ne joue pas en faveur du fuyard. Bientôt la nuit. Et avec la nuit, le doute, la peur de se perdre soi-même.
Quant à disparaître à la vue des autres, non loin derrière ? Ne pas y compter, hélas.

Trop de traces laissées en route, trop de tout. Jamais il ne pourra les perdre, même dans cette purée de pois qui s’amorce.
Non, il faut marcher, marcher encore, accélérer tant que possible et rejoindre les autres, devant. Les vivants, les vaillants, la protection d’un mur, et le réconfort d’un couvert.

Loin devant l’ombre d’une colline et la promesse de l’abri. Loin devant…

Il tombe une première fois. Il se relève. Ils sont derrière lui, à deux cents mètres tout au plus, trois ou quatre individus à le suivre et à le pister. Ils l’ont rattrapé. Le rideau tombe sur cette journée et il voudrait bien ne pas être le trophée du soir. Il reprend sa course.

Il les devine dans son dos. Il ne faut pas qu’il ralentisse.


Le terrain s’ouvre alors sur une vaste combe, immense. Comme si la mer s’était retirée face à lui.  Si seulement il y avait encore de l’eau. « La mer est là, et qui peut l’épuiser ? », écrivait Eschyle. C’était peu connaître ce nouveau monde.

Il reprend de l’allure, le terrain lui offre désormais un plat descendant lisse comme du verre. Une plage vitrifiée sans doute. Derrière aussi on accélère. Ne te retourne pas, ne te retourne pas… ne regarde pas derrière, continue… cours maintenant… cours ! Il remarque à peine un véhicule rouillé sans porte ni capot qu’il dépasse sur sa droite…

Devant, la colline se distingue parfaitement, le vent semble ouvrir au regard ce qui se présente comme un petit bastion météorologique posé sur des ruines anciennes. La pente s’inverse, le faux plat fait mal aux jambes. Il perd de la vitesse. Il s’essouffle, il veut parler… il veut crier… il ne reste rien putain… une longueur de stade tout au plus. Ne t’affole pas lui dit son esprit, mais son coeur s’emballe et il se met à beugler, à crier… Ils vont m’entendre là-bas devant !

La peur lui noue les tripes.
Pas longtemps.
(Aïku)


Il est poussé dans le dos violemment au point de lui faire perdre l’équilibre, et il s’étale de tout son long, ses mains en avant. Il n’a pas mal, malgré les écorchures. Il panique, il se retourne sur le dos et veut dire « non ! » tout en se relevant mais… non.

Trois loups puis un quatrième le cisaillent, le déchiquètent en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Dans un dernier râle il jette un regard au bâtiment dont une fenêtre s’allume à l’étage, dans le grand salon de réception. C’est l’heure de passer à table.