Opération Saint Barthélémy

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dernière modification de Romarin à 01/06 23:50
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Dkontz

Opération Saint Barthélémy


Dkontz rumine près de sa radio. Sur le bureau présidentiel déplacé à l'extérieur pour cause de beau temps, le bordel s'accumule : un gros récepteur, cartes et notes suivant un alphabet propre au personnage, bouteilles et assiettes vides, biberons, cartouches calibre 12 et un berceau improvisé. Président mâchouille nerveusement son cigare en plastique et tapote un peu trop frénétiquement sur le dos de Barthélémy pour qu'il fasse son rôt. Il repasse en boucle ses transmissions avec un certain Steamer. Stop. Avance rapide. Retour arrière. Play. Stop. Rumine. Play.

Lorsque l'enfant, devenu Trésor National, finit par vomir sur le treillis présidentiel, la décision n'est toujours pas prise. C'est plus tard, alors que le dirigeant de Cayenne est en train de changer une couche et donc de se faire pisser dessus, que sa radio se rallume. Les communications s'enchainent et s'agglutinent sur la canal. Les éclaireurs sont en effervescence.

Soulevant l'enfant à bout de bras vers le ciel étoilé, quelques gouttes d'urine perlant sur son visage :

Barthélémy, je te dédouane cette nuit ! Elle est pour toi ! Porte nous chance, petite merveille ! Nous les tuerons en ton nom !


Il secoue amoureusement le bambin vers le nord et commence à chanter dans une langue connue de lui seul. Le rythme est lent, la voix douce : une mélopée répétitive et entêtante. La scène dure quelques minutes, l'enfant nationalisé s'endort, Dkontz le dépose dans son berceau en pneus ouatés et retourne vers la radio.

Citoyens, cette nuit nous lançons l'Opération Saint Barthélémy ! Qu'ils meurent tous !





Romarin

Opération Saint Barthélémy


La petite brune sortait en catimini de la chambre d'Étienne lorsque le message de Président résonna dans la radio qu'elle portait accrochée à la taille. Le souffle coupé et les yeux écarquillés, elle fit volte face vers le lit de son compagnon endormi. Ouf. Le soldat blessé dormait toujours profondément - vive la convalescence. Elle échapperait finalement aux explications à n'en plus finir sur sa participation à l'opération B.
Romarin ferma la porte délicatement et se rendit au pas de course dans la cour principale de la ville.

Zouave l'y attendait, déjà prête pour le voyage. Prête à mener la fleur de Paw et son Président au bout du monde s'il le fallait. La brune sourit avec fierté à la vue de son pur-sang. Un Hästvän fidèle - et tout aussi socialement handicapé que sa maîtresse. Une dernière vérification de son maigre chargement, de ses munitions et de la photo de Zig pliée en quatre dans sa poche. Y'avait plus qu'à.

La chaleur cuisante de l'été faisait déjà couler la sueur dans son dos, auréolant son débardeur grisâtre, mais la perspective de la chevauchée la galvanisait. Soudain impatiente, elle aboya un peu malgré elle :


- PREZ ! Tout est ok.

Dkontz

Opération Saint Barthélémy


L'ancien sauvage devenu dictateur connaissait ces bestioles là de vue. Il en avait déjà touché même : caressé, soigné, oui, mais monté, jamais.

La prudence et la crainte étaient donc de mise ce soir alors qu'il rejoignait Romarin dans le vieux parking sous-terrain où sont remisés les moyens de locomotion de la ville. La partie étable étant la plus proche de la sortie, il y perce encore la lumière du dehors et un petit vent frais agite les centaines de sacs plastiques coincés entre les dalles de béton.

On avait du dresser les chevaux à s'habituer à ce claquement perpétuel, certains étaient devenus fous et moururent sur pieds. Président arriva en tenue de combat, un bardas léger sur l'épaule et la peur au ventre. Après un rapide coup d’œil inquisiteur sur les boxs de fortune, Dkontz s'énerve en son fort intérieur :


Bordel ! Il en manque un ! Président recompte ses biens, il manque un cheval !
Le plus petit de tous les étalons, le brun ! Mais... mais... c'est celui de Romarin en fait. Putain quel con ! Même caractère ombrageux.

La peur s'enracine encore un peu plus encore dans l'estomac dictatorial.

Comme un acteur de vaudeville, Dkontz fait demi tour en pivotant sur les talons de ses santiags en croco. Il remonte à la surface en quatrième vitesse et va trouver sa compagne de voyage.

Après les salutations d'usage et une vérification minutieuse de leur équipement, vint le moment d’enfourcher la bête. Il demanda alors, cachant maladroitement sa trouille :


Romarin... c'est le tien non ? C'est ton chevalin ? Du coup... c'est toi qui tiens les étrennes non ?

Freyja

Opération Saint Barthélémy


Freyja avait quitté les boyaux sombres des souterrains depuis quelques lunes déjà. Guidée par des indices distillés, ses pas l'avaient conduit à Cayenne et elle avait découvert ce qu'elle était venue y chercher.
Cayenne, une ébauche assourdissante de couleurs tant les personnes qui en composaient le mécanisme étaient différentes et pourtant soudées, comme les doigts d'une main.
La jeune femme ne se sentait étrangement pas dépaysée, parfaitement à sa place parmis eux, s'habituant progressivement à ce qu'elle méconnaissait de ce monde et qui paraissait pour d'autres des choses totalement anodines.

Le ciel se zébrait d'une multitude de teintes en tout point éblouissantes lorsque l'astre solaire entama sa course vers le couché et les prunelles azuréennes contemplaient l'indécence créée. La beauté dans toute sa perfection songeait-elle. Elle gonfla ses poumons d'une bonne bouffée d'air, comme puisant de la force dans le soleil couchant.
La radio grésilla mais ne l'interrompit nullement, sachant qu'un des leurs répondrait. N'aimait guère s'approcher de la radio et encore moins s'en servir, bien qu'elle ait appris. Seule l'urgence déciderait de l'usage.

Une tape sur l'épaule manqua la faire se raidir mais le visage doux se tourna vers Zinguer qui lui donna des ordres simples, ce qui lui étira radieusement les lèvres. Quelques échanges rapides avant qu'elle ne se prépare à la marche qui l'attendait et qui ne devait souffrir d'aucun retard.
Freyja s'éloigna du campement d'une démarche alerte, les bottes de cuir soulevant la poussière tout autour d'elle, la robe de lin bleu sombre se confondant peu à peu avec le ciel nocturne.
Ce silence absolu, comme si seule au monde, glorifiait celle qu'elle était. De ses doigts fins, elle extirpa de sa besace de cuir le collier de Brisingar et en para sa gorge laiteuse, ce qui lui procura un plaisir indicible.
Cette nuit serait la leur car telle Freyja en avait décidé, apportant son soutien en tant que Déesse guerrière.
Elle goûterait enfin à sa première offensive en ce monde. Ce sevrage l'avait terriblement frustrée et elle avait soif de sang, soif de matérialiser sa puissance même si l'arme qui tonnait comme la foudre la rebutait.

Elle huma l'air, percevant l'aura d'Eddy et se dirigea vers lui le pas sûr et silencieux. Face à lui, ses doigts se tendirent et se pressèrent sur le torse tandis qu'elle souriait de ravissement de revoir ce fier guerrier. De ses azur, elle le dévisagea longuement tout en murmurant, la voix fleurant bon l'excitation du prémice de l'exécution.


Cette nuit sera la notre Eddy. Je suis heureuse de t'avoir à mes côtés. Nul mort ne tombera, excepté ceux qui auront l'immense honneur de le faire de notre main.

Eddy Glowinbeard

Opération Saint Barthélémy


Eddy faisait route avec Joshua depuis quelques jours. Ensemble ils écumaient les dunes irradiées à l'affût de tout ce qui aurait pu servir.
Un soir, à l'ombre du crépuscule, ils avaient repéré un groupe en fouillant l'horizon.
D'abord la curiosité joua, puis elle se teinta de méfiance. Dans son campement, Eddy sortit sa citizen band, qui avait connu des jours meilleurs, et contacta le Président. Des intrus foulaient des terres interdites. Ils n'étaient pas les bienvenus.


Poussé par une brûlante soif d'esthétisme rouge sang, l'écossais scella ses fontes et galopa seul en direction de l'Est. Un sourire féroce ornait son visage. Il chevauchait vers le désir.

Se passa ce qui devait se passer. La gloire arrivait en grand panache.

Eddy rejoignit son amie post-crash en vu de l'assaut. Une petite blonde à l'allure de guerrière picte. Ils s'étaient rencontrés il y a de cela moult lunes dans les égouts, la carcasse profane de ce monde décharné. Ensemble ils s'étaient serré les coudes, affrontant la nature même d'un monde nouveau, plus beau.

Il arriva en vue du point de rendez vous. Le pan d'une ruine ancienne planté au sommet d'une colline. Le flibustier mit pied à terre et s'avança vers la fille qui glissa un doigt sur son torse. L'écossais la trouvait belle, terriblement belle avec ses mots, d'une beauté presque fatale. Et sur ça il n'avait pas tort. La femme en face de lui avait tantôt le cœur d'un bébé oiseau, tantôt celui d'une louve affamée. Et elle maniait les couteaux comme personne. Cette soirée s'annonçait excellente, une diablesse, un groupe à exploser, ainsi qu'une ligne de coke. Ensemble ils boiront lentement du Serre de Bernon 1968 pour fêter la victoire. Un frisson délicieux remonta de son échine. La vie et la mort allaient danser ensemble sous la pâle lueur d'une lune malade.

Le soir tombe. Le maléfice dominant s'accompagne de la chute de la lumière.
La meute était réunie, les flingues étaient chargés, les lames affûtées, le rideau se leva.

En scène.

Freyja

Opération Saint Barthélémy


Freyja ne se formalisait nullement du motif de la mise à trépas. Une violation de territoire, de ce qu'elle avait compris mais qui supposait néanmoins bien d'autres raisons, notamment celle de protection dû à son peuple.

La jeune femme espérait que les nombreux entraînements auxquels elle avait participé seraient fructueux et dans le cas contraire, elle aurait la joie de fendre les chairs à l'arme blanche. Délestée du superflu, ne conservant que la précieuse dague ceint à son flanc et la carabine qu'elle utiliserait sur une cible vivante et probablement mouvante, l'adrénaline parcouru son corps.

Ils se séparèrent afin de prendre leurs deux prochaines victimes dans leur filet mortel.
La silhouette agile disparaît du champ de vision d'Eddy, progressant avec assurance et une extrême prudence jusqu'à la position qu'elle devait avoir. Les deux hommes se découpaient dans l'immensité nocturne, le foyer allumé projetant un peu de lumière sur eux. Luminosité en tout point suffisante.
La poitrine se gonfle au rythme de la respiration qu'elle maîtrise, régule afin que les battements ne soient assourdissant à ses oreilles. Campée sur un genou, la cuisse surélevée se dévoile au seul voyeur présent, une veine palpite à son cou, les tétons raidis luttent contre l'étoffe légère.
Elle positionne la carabine à l'allure esthétique intéressante; de ce qu'on lui aura dit; et patiente, ne faisant qu'une avec son amante meurtrière.
Les prunelles distinguent l'ombre furtive d'Eddy, rapidement camouflée par un filet nuageux qui brouille l'astre lunaire.

Son doigt effleure la gâchette, elle se cambre à peine puis elle presse celle-ci avant de relâcher. La déflagration résonne, réduisant le silence à rien. Nouvelle pression. Les plaintes accompagnent l'implacabilité dont elle fait preuve. Elle pourlèche ses lèvres, l'azur brûlant suit à la trace sa victime qui s'agite. Un ajustement corporel et un troisième projectile fend l'air, s'écrasant dans la chair. Le recul que procure l'arme lui paraît insignifiant et la vibration qui en résulte l'excite. Le doigt s'active, elle contemple sa victime se courber au quatrième impact, le cinquième survenant rapidement. Le corps tombe mais il n'est pas encore mort. Elle ressent sa peur, son effroi et cela la galvanise. L'azur oblique vers la gâchette rendue immobile par l'enrayement. Elle s'en sépare sans l'ombre d'un regret, saisissant déjà la dague à la lame argentée puis elle se déplace avec vivacité jusqu'au corps suintant le sang.
Ses doigts comme des serres le retournent et elle l'enjambe, le comprimant dans l'étau de ses cuisses. Elle se repaît de la vision offerte, allant renifler l'odeur qu'il dégage, l'azur se fixant au regard incompréhensif et surpris. Appuie la lame contre le cou, qui se met à vibrer, une douce mélodie en découle. Elle cisaille la chair tendre, un filet de sang sort de la bouche de la victime, quelques gouttes tièdes mordillent la joue pâle.
Elle exulte littéralement sous le soubressaut corporel mais nul échappatoire existe. Imprime sa main libre sur l'épaule puis porte ses yeux sur Eddy, ne se souciant aucunement des faibles tentatives sur elle-même en vue d'être repoussée.


Romarin

Opération Saint Barthélémy


Lassée de l'attente, aussi courte fut-elle, Romarin s'était assise sur le sol poussiéreux de la cour. Les vomissements à répétition dont elle était régulièrement victime depuis quelques semaines n'aidaient pas à supporter la chaleur. A l'approche de Dkontz, la petite cabocharde se leva d'un bond agile, soulevant un nuage de poussière avec elle. Les paroles craintives du dictateur lui firent lever des yeux surpris. Où était donc passé l'homme à la logorrhée incontrôlable ?

- C'est Zouave. Elle aime pas les étrangers mais si j'reste dans l'coin ça d'vrait aller.

L'art de rassurer en une leçon.

- Tu sais monter ?

La brune lut sur la réponse sur le visage du grand noir avant même qu'il ne formulât un mot. Elle comprenait maintenant pourquoi on lui avait indiqué qu'un seul cheval serait suffisant.

La leçon d'équitation fut brève, allant à l'essentiel. Romarin ne fit même pas mine d'essayer de ménager son élève. Monter, descendre, éviter de laisser traîner ses pieds près des sabots. Pour le reste, ils aviseraient en fonction des événements car quoi qu'il en soit, la jument ne se laisserait pas guider par un novice intimidé. Après deux ou trois essais de montée en scelle, la brune indiqua à Dkontz de rester en position et conclut intérieurement qu'il faudrait espérer que la chevauchée se s'éternisât pas.

Le duo improbable prit la route dans le silence. La Paw concentrée sur la feuille de route et le dictateur essayant tant bien que mal de garder son équilibre incertain. On avait déjà vu plus impressionnant dans le genre équipe d'intervention.