Borgnes to be wild

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dernière modification de Marthe à 19/02 13:45
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Dkontz

Borgnes to be wild


Extérieur nuit, temps sec. Quelques marques de givre montrent au spectateur que les températures sont basses. Plan fixe sur un immeuble en béton de deux étages dont la construction a été abandonnée avant la catastrophe. Le toit est partiellement recouvert de bâches plastiques qui claquent violemment sous le vent. Des lumières chaudes éclairent depuis l'intérieur. Entre deux bourrasques on perçoit des bruits de mécanique. Aucun mouvement ne se laisse deviner dans cette nuit que la lune a fui.

Claquement plus fort que les autres. Noir.

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Intérieur nuit, éclairé à la bougie. Les murs sont en pierre de taille mal dégrossie, des outils sont encore présents un peu partout laissant présumer que la construction est toute fraiche. Quelques plans rapides et alternés, en légère plongée, posent le décors. Un groupe de neuf personnes est rassemblé en cercle autour d'un vieux bureau en bois massif, noirci de fumée sur tout un côté. Tous les personnages ont une arme à feu en main ou à portée immédiate. Tout le monde parle entre eux rendant les dialogues incompréhensible au spectateur.

Très gros plan sur un fusil calibre 12 - cassé - qu'une paire de mains noires et gantée charge méticuleusement. Une fois les deux cartouches en place, Président prend la parole et la caméra dé-zoome progressivement en un plan taille qui introduit le personnage.

Ce dernier explique au groupe la marche à suivre. Le discours de Président fait office de voix off pendant que la caméra présente un à un les protagonistes dans un enchainement de plans américains. Le discours finit abruptement sur le "clac" du fusil que l'on referme enfin.

Écoutez moi bien.

Ce soir on tue.

Ce soir on tue des gens, chez nous. Dans les murs de la ville.

C'est grave mais nécessaire. On va les attraper au pire moment pour eux. On ne vas pas leur laisser une seule chance de s'en tirer. Je vous préviens, le désert va nous délester pour ça.

Le plan est sain comme bonsoir. Il vont mettre leurs armes en pièges rattachés dans l'armurerie pour les réparer. On attend que leur arsenal soit en petits bouts plein d'huile et on débarque. On rentre tous ensemble, en même temps. Faut que ce soit très rapide. Le bâtiment ne manque pas d'abcès, ça ne devrait pas être très dur. Avant de partir on va se répartir en groupe de deux. Vous serez matons. Votre job c'est de tout faire pour que votre maton s'en porte bien. On reste calme, on fait attention à pas trier sur un copain. Ils seront sans défense ou presque, alors prenez votre tempo.

Katrina avec Marthe. Les filles, vous êtes l'équipe de chocapic. C'est à vous de lancer l'assaut. On suit votre pot de départ.

Liana avec Saitama. Vous vous connaissez bien, vous avez déjà fait ça ensemble. Faudra juste vous en souvenir.

Djimba avec Kimbo. Je vous connais, vous me décevrez pas. Vous avez les flingues qui font plein de trous, faites attention à la distraction des plombs.

René avec moi. Je te laisserai pas tomber. J'espère que je suis pas trop dérouillé. Au pire je les finirai avec les dents.

Maor, t'es tout seul, personne ne voudra te sauver le cul. Et en plus t'es le plus vicieux d'entre nous. Je m'enquête pas trop pour toi.

Pas de piété. Pas de merci. Du sang mais pas le notre. Mort aux borgnes !

CLAC


Noir.

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Extérieur nuit. Retour au plan fixe initial. De-zoom sur le plan fixe : des silhouettes apparaissent en bordure du cadre. Elles sont quasiment immobiles, plaquées sur les surfaces qui les accueillent. Elles glissent lentement dans un balai silencieux jusqu'à se mettre en embuscade près des ouvertures du bâtiment. Quelques visages sont parfois subrepticement éclairés par les lumières intérieures. Les bruits mécaniques percent toujours entre les bourrasques et le plastique qui fouette le béton.

Début d'un fondu au noir interrompu par la reprise de l'action, violente et sonore.

Liana

Borgnes to be wild


Le groupe s’était réuni dans la grande salle, à l’abri des regards indiscrets. Quiconque se trouvait dans les parages se serait douté que quelque chose de terrible allait arriver.
La brunette écoutait attentivement son Président. Au fur et à mesure que les consignes étaient données, Liana sentait monter l’excitation en elle.
A une autre époque, elle aurait été horrifiée de l’idée d’assassiner quelqu’un à qui elle venait de donner refuge sous son toit.

D’ailleurs, et depuis la nuit des temps, un hôte se doit de protéger celui qu’il accueille dans sa demeure. Dans le cas contraire, il mérite le pire des châtiments.
Chez les premiers hommes, les enfants d’un hôte malhonnête étaient brûlés vifs devant lui, et sa femme se voyait décoller la tête, avant que son tour ne vienne.

Mais, à présent que tout avait brûlé à l’intérieur de Liana, maintenant que tout lien avec l’humanité était coupé, la chasseuse ne ressentait plus que l’excitation de la chasse. Elle ne vivait, ou ne survivait plutôt, qu’avec son instinct de tueuse.
La mort de sa femme, Sorsha, l’a réduite à agir et penser comme une bête sauvage.
Une bête sauvage redoutable en revanche, qui décolla son dos du mur auquel elle s’était adossée afin de prendre la direction de l’armurerie.

Saitama à ses côtés, Liana se dirigea d’emblée vers l’arrière de l’armurerie.
Pendant que le reste du groupe attaquerait les One Eyed de front, le binôme de choc se chargerait de les cueillir dans leur fuite vers la seule issue possible. Comme des lapins apeurés se pissant dessus devant le danger de mort inévitable.
Les deux compagnons d’arme arrivèrent rapidement et prirent leur place, chacun d’un côté de l’issue en question.


T'es prêt ?

La question ne sembla pas atteindre le guerrier à la combinaison latex qui lui donnait toute sa superbe. Puis, lentement, il regarda son amie.

Toujours. Tu me donneras le feu vert.

Les deux compagnons d'arme se regardèrent de longues secondes, attendant le signal de l'assaut imminent.

Saitama, aux aguets, était très calme, comme à son habitude. Mais il ne fallait pas se fier aux apparences.
De mémoire, Liana ne connaissait pas meilleur guerrier que lui. C’était un tueur hors pair : silencieux, discret, mais mortellement efficace.
Pas le genre de type à s’occuper d’un sale boulot, d’une boucherie sans nom.
Non. Par contre, avec une arme en main, c’était un artiste. Un véritable peintre, dont la couleur préférée restait le rouge foncé, presque noir, du sang des corps déshydratés par le climat désertique.

La chasseuse, quant à elle, se tenait prête à bondir à tout moment, rapide et silencieuse. De légers cris d’excitation, commençaient à sortir de sa gorge, qu’elle parvenait à étouffer néanmoins. Son calibre jouait dans ses mains impatientes.

Immobiles, Saitama et Liana, soufflaient une épaisse buée à chaque respiration.
De l’autre côté de la porte, dans l’armurerie, les petits lapins s’affairaient à démonter leurs précieuses armes, sans se douter que la mort s’apprêtait à leur tomber dessus sans crier gare.

Marthe

Borgnes to be wild


Marthe avait écouté les consignes du Président avec toute l'attention dont elle disposait. Autant dire qu'elle avait pas piné grand chose. Faut dire qu'on lui avait donné plein de cochonneries ces dernières lunes. De la bière de la coke, bref elle s'en était foutue plein les feuilles et elle commençait sérieusement à divaguer.

Tout ce qu'elle retint de l'allocution présidentielle, c'est que c'était elle qui devait lancer le feu d'artifice avec Katrina.

Elle dut redemander à plusieurs reprises au Président qui elle devait tuer, manière de pas commettre un impair. Un bar avec des putes et des sardines ?
Ah oui, et où ils sont déjà ?
Bon tout cela pris un certain temps. Marthe arrêta de poser des questions quand elle crut distinguer une exaspération certaine dans le regard du grand noir.
La vieille avait l'instinct de survie chevillée au corps, et elle savait quand fermer sa gueule.


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Devant l'atelier de réparation d'armes, tous les gugus s'étaient mis en position.
D'un pas hésitant et flageolant, Marthe se diriga vers l'entrée, suivi de Katrina.
Sa winchester pendait mollement dans sa main fripée. Mais après tout, qui n'est plus armé de nos jours ?

Elle utilisa la crosse de son arme pour frapper à la porte.


O'vr'z !! C''st l'v'ell' ! L'pr's'd'nt v''t v''s d'r' u'tr'c !


La porte s'ouvrit alors. Un grand type flou se tenait devant Marthe. Il devait forcément s'agir du mec qui tenait un bar à pute où on mange des sardines ou alors elle avait pas bien compris. Il était trop tard pour y remédier de toute façon.

S'l't m'ct'n ! 'n v''nt p''r l'd'm'n'g'm't ! F''dr''t qu'v''s 'c'rt'ez v's f'ss's p''r qu''n l's b''rr' d'pl'mb !


Devant la légitime incompréhension de l'homme, Marthe soupira ...

J's'va's b'en qu'ç' s'rva't à r'n d'p'rl'r d'b'rd ... 'n d'sc't' m'''x av'c l'm'rts !


D'un geste vif, auquel on ne s'attendrait pas de la part d'une vieille peau comme Marthe, elle redressa son arme à feu au niveau de la hanche et fit feu. Un tir de toute beauté qui frappa la grande sardine à pute en plein ventre.
Mais on improvise pas un tir à la hanche en déséquilibre avec une arme à feu à 80 piges sans se péter la gueule comme un vieux débris.
Les os creux de la vieille frappèrent durement le sol, alors que le bruit rassurant des déflagrations et des balles qui fussent, commençaient leur ballet mortel.