Chaptire débuté par Johanna Strigel

concerne : Dité, Les rescapées de Rügen, Johanna Strigel, ...
Johanna Strigel
Ce texte vaut 4 bières !

Sous la chaleur pesante d'une canicule sans précédent, la vie continuait dans le lugubre manoir délabré que la Géhenne avait investi. Chaque jour semblait pouvoir être le dernier, et la sensation de fin du monde n'avait jamais été aussi présente que ces dernières lunes. La soif ravageait les corps et la fatigue et l'ennui chevauchaient à ses côtés. Seule la Maladie semblait avoir oublié son rôle dans le cortège apocalyptique. Quant à la Mort, certains l'appelaient désormais de leurs voeux dans leurs songes. Le silence n'était troublé que par quelques esprits rebelles, ceux qui avaient encore l'espoir ou l'inconscience de croire un lendemain possible. Parmi eux, Johanna tentait - dans la mesure de ses modestes moyens - l'impossible pour remobiliser les troupes et assurer la solidarité active de chacun dans l'épreuve qu'ils avaient à surmonter.

Sa dernière trouvaille avait été de descendre quelques chaises et une table du grenier et de les installer à droite de l'entrée de la bâtisse. Ainsi elle pouvait saluer chacun lorsqu'il partait au travail ou lorsqu'il en revenait, et inviter son interlocuteur à venir deviser quelques minutes avec elle, que ce soit par envie ou nécessité. Derrière son nouveau bureau trônait en majesté une pancarte sur lesquels des caractères gothiques se détachaient :


EMPFANGSKOMITEE

GAZLAK
Ce texte vaut une bière !

Entre les allées et venues des survivants de Dité qui mobilisaient leur dernière force pour braver l'étouffante chaleur de l'été, GAZLAK, cuisinier de son état, s'était posté devant le nouveau trône de Johanna, les bras croisés et les sourcils froncés.

...

C'est la fin. Non ?

...


Il faut se rendre à l'évidence. Et puisque Père-Mère s'endors, tu t'attend à être la nouvelle patronne, c'est ça ? Soit. A toi le fardeau des décisions.

Gazlak regarde à gauche et à droite avant de se pencher avec un air confident, les poings sur le bureau.

Dans mon ancien culte, enfin, clan, on avait le rituel parfait pour ce moment-là... L'annihilation collective. Pour rendre ça plus fun, on a joué à la roulette russe inversée... Toutes les balles sauf une. Blam, blam, blam. Le problème, c'est qu'on a joué avec un fusil d'assaut, alors... Il n'y avait que le dernier pour se prendre la balle manquante. Moi qui m'était dévoué pour administrer les coups, je me suis senti con quand j'ai réalisé... On aurait dû appeller ça la roulette américaine.

Enfin, on refera pas la même erreur. On y va à l'arme blanche, tous en même temps. Slik, slak, jzlakgrhghglhlh...
Imitant le sang s'écouler du ventre et jaillir de la gorge. Psit- psit- psit- psiiiiit. Argh. Sa langue se pend sur le côté quelques instants avant qu'il ne prenne un sourire satisfait. Alors, c'est une bonne idée, hein ? Sehr gut, ja ? Personne ne viendra le faire à notre place, même après avoir provoqué, tué et pillé pendant si longtemps. Alors, autant prendre les choses en mains, non ?

Ah, évidemment, nous on avait préfacé ça par une grande orgie générale. C'est quand même mieux. On fout juste la gamine des cochons dehors, on dira qu'elle a gagné la roulette tchétchènes, et on passe la meilleure lune de notre vie avant notre mort.


Gaz écarte les bras comme s'il avait trouvé l'idée du siècle. Eh. T'en penses quoi, "patronne" ?

Johanna Strigel
Ce texte vaut une bière !

Parmi tous les illuminés du coin, Gazlak était probablement le plus distrayant. Enfin, il fallait aimer l'humour noir, tolérer la folie furieuse et supporter les deskriptions les plus précises des actes les plus cruels et violents possibles, mais on s'y faisait. Sa capacité à promouvoir les idées les plus stupides et à suivre aveuglément un code immoral inaccessible à la plupart des mortels le rendait attachant aux yeux de Johanna. L'exemple même du sauvage qu'il fallait civiliser en douceur ... Ou mourir en essayant.

L'Allemande fit mine d'étudier la proposition.


Tu as des arguments qui me paraissent bien rationnels, et je comprends ton envie d'unité jusque dans la mort pour rendre notre fin inoubliable ... Mais est-il déjà temps ?
As-tu déjà renoncé à ton contrat-serment, ou penses-tu changer son bénéficiaire au premier accroc venu ? Crois-tu que je ne sois qu'une sorte d'opportuniste qui veuille voler la vedette à notre diseuse de mauvaise aventure préférée ? Voyons, il est temps de se réveiller.
Si j'ai décidé de prendre les choses en main, c'est parce que nous savons tous qu'on ne peut déranger Zillah dans sa retraite spirituelle. L'enjeu est trop important. Et comme nous souffrions tous de la canicule, incapables de nous mouvoir pour autre chose que notre besogne quotidienne, je me suis sacrifiée afin d'assurer la continuité de la survie du groupe. Je te l'ai déjà dit, la coopération entre survivants est ma seule mission. Nous devons nous entraider parce que nous ne sommes pas assez nombreux pour nous permettre autre chose.

L'Empfangskomitee, c'est pour ça que je l'ai créé. Pour qu'on discute ensemble, que l'on partage ensemble nos idées, que l'on fasse enfin bloc contre la fatalité. La mort arrivera lorsqu'elle devra arriver, mais l'appeler avant l'heure, n'est-ce pas refuser sa majesté et la dégrader au rang d'une simple servante ? Je ne m'opposerai pas si vous souhaitez tous vous étriper les uns les autres afin d'atteindre le Valhalla ou je ne sais quel autre paradis, mais ... Je ne participerai pas à ça.

Par contre, je n'ai rien contre le côté "faisons la fête comme si on allait mourir demain". On ne sait jamais quand ça arrivera, donc autant profiter à fond dès maintenant !

Et arrête de m'appeler patronne, si nous avons décidé d'être ici, c'est pour être libre. Tu peux me donner ta loyauté si tu le souhaites et à tes conditions, mais ne donne jamais à qui que ce soit ta liberté. Ta destinée n'appartient à personne, ne l'oublie pas.


Elle s'allume une pipe d'opium et en propose à son chevalier du soir. Pas sûr que ce soit une bonne idée vu comme elle a douillé la dernière fois, mais après tout, c'est la dernière teuf de fin du monde avant la prochaine ou quoi la mifa ?

Iria Kessler
Ce texte vaut une bière !

Iria est arrivée en catimini pendant le discours perché de Gaz. Gaz-leak, comme elle l'appelait de son petit nom. Elle le regarde faire son numéro, tandis que les autres zombies s'affairent ailleurs, comme des petites robots ambulants sous amphets, que seul les nerfs tiennent. Ils sont là, tous les trois, les plus vivant du manoir décrépit. Iria était mi-amusée, mi-blasée, appuyé contre un poteau de fortune qui a l'incroyable capacité à tenir l'ensemble du bâtiment avec ces autres congénères. Vu leur tronche, c'est un exploit. Elle écoute et s'amuse de voir Johanna, inébranlable, dans son personnage improbable qui se fond de tout, sauf dans la masse et dans le décor. Cette meuf est incroyable. Elle arrive à s'amuser de la folie du gaz tout en paraissant complètement saine. Un autre exploit. 

Iria s'avance alors, dans le dos de Gaz et lui pince les fesses. Elle lui passe un bras autour du cou et lui pose un baiser une sur la joue. 

« You know... he is a good chump. J'aime qu'il soit serviable moi. Même si tu as raison, il est important de rester en maitrise... Ce que j'ai eu du mal à faire ces dernières semaines. J'étais comme tous les autres là. »

Elle pointe Vanya du doigt, qui regarde à peine le reste de la troupe, en train de déplacer une caisse avec des restes de bouffes de cheval. 

« Tu devrais faire gaffe avec ça, Jo. Tu fais illusion, mais je vois bien que tu tires sur la corde. J'ai cru que t'allais y passer. J'ai trop besoin de toi pour rester moi-même. Déconnes pas. »

Elle tourne la tête vers Gazlak et lui sourit.

« Je crois que ta sorcière émerge de sa torpeur. C'est en tout cas ce que j'ai braillé sur la radio, faudrait pas que les tarés du monde se pointe ici pensant qu'on est devenu sans défense. Même si dans les faits... ça n'a jamais été le cas. Well, anyway, une fois qu'on se sera amusé toi et moi, tu pourras peut-être allé lui demander comment elle se sent ? »

Elle le tire alors d'un doigt par le col et lui colle un baiser farouche. Elle le repousse légèrement, saisit la pipe d'opium qui passe et tire une latte. La grimace qui suit, inévitable, passe. 

« Bloody hell... Je sais pas d'où sortent ces doses, mais tu m'étonnes que ça te déglingue Jo ! »