Amertine et Marin étaient à présent bien rôdés: ils parcouraient les terres désolées durant quelques lunes, puis revenaient à la Capitale pour faire des emplettes. Mais cette fois-ci, c'était différent... Bien que l'accueil à la Capitale ait toujours été un peu particulier, il y avait jusqu'alors toujours eu le Président et quelques autres pour les recevoir, froidement certes, mais tout de même.
Après un long périple au sud, un passage risqué en montagne, une halte à SCP, une rivière traversée et bien d'autres lieux dont ils ne se souvenaient même plus, les deux compères arrivèrent cette fois à la Capitale les bras chargés de toutes les babioles qu'ils avaient pu dénicher en chemin.
Amertine avait encore des étoiles plein les yeux depuis leur rencontre de la veille... Des chevaux sauvages. Elle n'en avait jamais vu, ou du moins ne s'en souvenait pas. Dans son imaginaire, les chevaux avaient toujours été utilisés par l'Homme, pour toutes sortes de travaux. Mais les voir libres, en pleine santé, avait ravivé quelque chose en elle, comme une lueur d'espoir dans ce monde. Après tout, elle se reconnaissait un peu en eux : cette envie folle de liberté, de courir sans se soucier de ce qui se passe autour d'elle.
Au fil de leurs aventures, la jeune blonde avait appris à faire confiance à Marin. Ils réfléchissaient toujours ensemble aux prochaines étapes, à ce qu'ils feraient de leurs trouvailles et des découvertes faites le long de la route. Cette liberté de choisir leur chemin était quelque chose qui plaisait énormément à Amertine. Bien entendu, les nuits n'étaient pas toujours faciles, surtout lorsqu'ils décidaient de traverser les montagnes. Mais Marin était toujours là pour réchauffer la jeune femme, même si Tibby venait parfois s'immiscer entre eux.
Amertine arrivait donc à la Capitale avec le sourire, portée par cette rencontre si particulière avec les chevaux et par le succès de leur nouvelle expédition. Ils pourraient échanger quelques-unes de leurs trouvailles contre des vivres afin de poursuivre leur voyage vers d'autres horizons.
Pourtant, la Capitale n'était pas comme d'habitude. Elle semblait étrangement plus calme, si tant est que cela fût encore possible.
Marin et Amertine se séparèrent afin d'être les plus efficaces possible. Après avoir déchargé ses sacs, Amertine se dirigea vers l'un des restaurants de rue qu'elle connaissait bien. La vieille femme parlait peu et lui servit un bol de son fameux mélange. La blonde n'avait jamais osé demander ce qu'il contenait, mais visiblement, personne ne l'avait jamais fait non plus...
Elle retrouva Marin quelques heures plus tard. Elle s'avançait vers lui lorsqu'elle comprit que quelque chose n'allait pas... Il gardait la tête basse et semblait avoir quelque chose d'important à lui annoncer.
Amertine n'était plus habituée à ces scènes. Les dernières fois qu'elle avait vu des morts, ils pourrissaient dans le désert. Les corbeaux dévoraient peu à peu ce qu'il restait d'eux, et le peu de choses intéressantes qu'ils transportaient avait été emporté depuis bien longtemps, soit par leurs anciens compagnons de route qui les avaient abandonnés là, sans sépulture décente, soit par des pilleurs de passage.
Dans tous les cas, l'acte de Marin la secoua. Il avait décidé de prendre le temps de l'enterrer, et ce n'était visiblement pas la première fois que cette tâche lui était dévolue, ou qu'il la faisait sienne de son plein gré... Elle prit la main de Marin et sortit du cimetière. Comme ils venaient de laisser Presley derrière eux, elle voulait laisser aussi toute cette histoire derrière eux et reprendre leur chemin d'insouciance : un pas vers l'aventure, un pas vers l'inconnu.
Alors, on fait quoi ? On passe la nuit ici et on repart demain, c'est ce qu'on avait dit ?
Amertine et Marin s'installèrent dans l'un des nombreux coins déserts de la ville. Une vieille maison inhabitée leur offrait malgré tout un peu de confort. Ils allumèrent un feu bien mérité pour réchauffer les corps et les esprits, puis Amertine se blottit contre Marin. Même s'il empestait l'alcool, elle s'endormit rapidement.
Le lendemain matin, Marin était encore dans les bras de Morphée quand Amertine quitta les siens pour aller prendre l'air. Elle ouvrit la porte et fut surprise : c'était bien Marin qui avait la gueule de bois, mais c'était elle qui voyait de la brume partout. Un brouillard épais s'était installé, il assombrissait tout, comme pour acquiescer à la mort de la figure paternelle de cette ville, la veille.
La jeune blonde rentra à l'intérieur et commença à faire chauffer de l'eau. Elle regarda son ours en peluche, son plus fidèle compagnon depuis la mort de son frère.
Pas une belle journée, Tibby, c'est sûr... Partons d'ici rapidement.