Au delà du cercle polaire

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Elina Virtanen

Au delà du cercle polaire


1988 - Helsinki 10h43


Un petit pas pour l'homme, un grand pas pour l'humanité.

C’est ce que ressentait actuellement cet homme au pouvoir de ce pays de presque 5M d’habitants fin des années 1980. En effet, l’année précédente, Mikhaïl Gorbatchev avait braqué les projecteurs sur un fleuron national : Nokia. Il avait pu utiliser en avant-première mondial l’un des premiers téléphones mobiles du monde. Un « Cityman », un bijou de haute technologie pesant 1 kg et dont le coût de fabrication dépassait l’équivalent de 4 000 euros actuels.


Mais ce n’était pas vraiment ça qui excitait cet homme de 64 ans. Cette technologie sans fil ouvrait la voie à de nouvelles ambitions électorales mais surtout, personnelles.



-Allo, allo, vous m’entendez ? C’est bien moi, M. Koivisto, votre Président.

A l’autre bout du « fil », le Président du conseil d’administration de Nokia qui était présent sur un chantier dans la banlieue est de Rovaniemi, la plus grande ville au-delà du cercle polaire.

- Allo, oui, c’est bien moi Juusö, vous voulez savoir comment le projet avance, je suppose ?


Une quinte de toux grasse ponctua cette introduction.

-Oui, j’ai discuté avec d’éminents économistes de la crise à venir. J’ai l’accord de la Eduskunta, notre parlement, qui voit dans ce projet de recherches un relai de croissance important. S’ils savaient pourquoi on le construit… héhé…


Quelques instants de blanc dans la conversation, le vieil homme avait laissé son esprit partir vers de profondes pensées érotiques à la limite du sadisme.

L’URSS est au bord du chaos et l’endettement privé est trop élevé pour résister à cette onde de choc mais d’ici là, j’espère bien profiter de ma retraite dans ce charmant… hum… logis.


Il avait l’air exalté ce « Grand Président » comme certains l’appelaient affectueusement pour témoigner un certain respect à cet ancien combattant de la seconde guerre mondiale.

...

Le projet en question consistait en un bunker sous-terrain, soit disant autonome, aseptisé mais surtout vendu au Parlement comme un centre de recherche sur les réseaux en cas de catastrophe nucléaire.
C’était l’Armée le maître de l’ouvrage officiel, qui finançait le projet à coups d’enveloppes secrètes et de valises de billets mais tout le monde, dans les hautes sphères officielles connaissait le vrai but de cette entreprise.


-Ne vous inquiétez pas, tout avance bien, d’ici quelques années, ce sera bon. Une fois les modules activés et testés, nous procéderons à la sélection des… candidates. Des femmes enceintes qui souhaitent accoucher sous X. Vous aurez tout le loisir de profiter de votre retraite jusqu’à la fin de votre vie. On s'est dit qu'on partirait sur une centaine de femmes.

Et la conversation continua quelques heures sur les aspects techniques du bâtiment, sur la mise en place d’un programme d’endoctrinement et de solutions en cas de risque d’émeute dans l’espace confiné de l’abri antiatomique.

Elina Virtanen

Au delà du cercle polaire


1994 – en pleine crise finlandaise – 16h36


Malgré la tourmente qui touchait le pays, le projet fut mené à son terme. De nombreuses filles furent enlevées et personne ne les réclamerait. Enfermées dès la naissance sous terre, leurs vies allaient être gâchées.

- Allo ? C’est moi, Juusö, nous avons sélectionné les enfants, elles recevront l’éducation que nous avons programmée et seront persuadées que la fin du monde a déjà eu lieu. Elles ne pourront pas s’enfuir, seront dociles et obéissante. Bref, et la cerise sur le gâteau, nous avons même repéré quelques albinos. Un vrai festin, je vous dit et on aura tout le temps pour en profiter.


Bien que le flegme finlandais empêchait la démonstration des sentiments, l’homme exultait d’une joie profonde. Le plan qui avait été établi leur permettait de profiter de « viandes fraîches » dressées pour soi-disant faire perdurer l’espèce humaine.
Mais surtout, ils ne seront qu’une dizaine d’hommes à en profiter.
D’éminents hommes politiques, un ou deux PDG de grande société, généreux mécènes qui ont investi une fortune et le joulupukki qui est presque une personne vénérée dans le nord de la Finlande. Il s’agit simplement du Père Noël. Pourquoi donc cet homme très âgé ?...


- … Oui je sais… Oui, je sais mais on a besoin d’une figure paternelle, d’un confident, d’une icône. Ces filles vont être brutalisées, humiliées, oui, oui je sais, on s’en fiche, oui et non. L’important, c’est de garder la main mise sur elles. Qu’elles n’aient pas envie de se rebeller ou qu’on le sache si c’est le cas. Je vous rappelle que je serai votre seul contact sous terre et qu’en cas de problème, il faudra une bonne dizaine d’heures pour que l’équipe arrive de Tampere là où le service « après-vente » est installé …


Il se marrait, comme si on parlait de vulgaires travailleuses free-lance détachées, à contrecœur, le temps d’un CDI à vie.

… oui oui, il fera l’affaire ne vous inquiétez pas. Il parle vingt langues : l’allemand, le suédois et même le français et le polonais. On leur dira qu’il a connu le monde d’avant, qu'il rassemblait les foules en liesse. Oui, non, d'accord, non il n’a rien demandé...
Enfin, juste la priorité sur certaines filles. Je crois qu’il lui arrive de boire, veillez juste à ce qu’il n’en blesse ou n’en tue aucune dans ses délires sadiques. Comment ça va à Helsinki, vous vous en sortez avec tous ces technocrates ?


A l’autre bout du fil, le célèbre Président, joyeux à l’idée de prendre bientôt sa retraite. Il avait réussi à faire passer une loi pour sortir de la vie politique par la grande porte. Il n’était dorénavant plus possible de briguer un deuxième mandat, il pouvait donc partir sans honte et surtout il aura disparu des écrans radars quand toutes les affaires éclateront.

Pour le moment, seule la bulle immobilière avait éclatée laissant sur le carreau les quelques banques du pays. Le chômage augmentait, on accusait à tour de rôle les Suédois (qui étaient pourtant dans le même pétrin) puis enfin les Russes et surtout Boris Eltsine. Le pays n'était tout simplement pas prêt pour le monde post-URSS.
Le « projet » de recherche fut officiellement abandonné pour raison budgétaire mais tout avait été prévu.
Le festin allait bientôt commencer...
Mais surtout... leur calvaire.


Elina Virtanen

Au delà du cercle polaire


2021 – 10h15 (date et heure de l’abri)


Le cours d’histoire avait commencé il y a déjà dix minutes et les deux pestes étaient encore en retard. Pourtant, elles le savaient que c’était risqué de déroger aux règles, même aux plus simples.

-Vite ! Dépêche-toi ! S’exclama Giedre Morkunaite, belle blonde lituanienne de 16 ans, les yeux bleus profonds dans lesquels Elina aimait tant se plonger le soir. C’était la seule étrangère du bunker et c’est ce qui attirait le plus la petite Sami que le joulupukki appelait : « la p’tite conne d’albinos ».

Les deux femmes entretenaient une relation plus qu’amicale. Elles passaient quelque fois leur nuit ensemble, à découvrir leur corps, à s’embrasser. Elles savaient que c’était interdit. Tout devait aller dans le sens de la reproduction de l’humanité et il était contre nature d’essayer entre femme. La vraie raison était le souhait de limiter les regroupements, les secrets.
Limiter le risque de rébellion.

L’amitié était tout juste supportée.


-Quoi ? Mais t’es gonflée ! C’est de ta faute si on est sorties en retard et tu me presses maintenant ? Morue ! hihi

Elles couraient main dans la main dans les couloirs minimalistes du bunker. A chaque virage, chaque corner, elles inspectaient qu’aucun homme n’était là. Heureusement, ils étaient la plupart du temps occupés avec l’une de leurs colocataires.
Certaines filles se muraient dans le silence.
D’autres revenaient avec les poignets en sang même si ce n’était que la partie émergée de l’iceberg.

Une s’était suicidée mais l’enquête interne menée par le chef avait parlé d’une dépression amoureuse suite à une relation interdite.

« C’est interdit et voilà où ça mène », avait-il averti pour dissuader tout le monde. « Nous ne voulons que votre bien, il faut que vous respectiez les règles si nous voulons survivre, faire perdurer l’humanité. Nous sommes ce qu’il reste d’une grande civilisation. Je vous rappelle que c’est avec ces comportements… dégoûtants… que de mauvaises décisions ont été prises. Les femmes russes ont envoyés leurs missiles sur le Royaume finlandais pendant que les Belges envahissaient les paisibles France et Espagne. Que des décisions de femmes politiques qui se crurent supérieurs aux hommes. » Les discours étaient peu ou prou les mêmes. Toujours un mot pour dire à quel point tout était de la faute de la gente féminine, que tout aurait pu être évité.

Que cela justifiait en quelque sorte l’injustifiable.


-Excusez-nous Madame Papunen, nous avons été retenues par le barbu. Il nous a fait un sermon car cela faisait longtemps que nous n’étions pas allés le voir.

Giedre baissait toujours le regard et sa voix, désolée et timide aurait conquis la terre entière. Mais Elina savait que sous cet air d’enfant de chœur, un esprit plein de malice et une très grande confiance en elle se cachaient. »

Ce n'est pas la première fois que vous êtes en retard...mais bon, passons encore une fois.. vous échappez quand même de peu à un rapport alors attention ! Reprenons. Alors, la gestion des colonies suédoise et balte puis, nous ferons un rappel sur le problème des indigènes noirs… Répondit autoritairement Mme Papunen, simple employée de bureau de Nokia mal payée qui venait deux fois par semaine.

Le cours dura quarante-cinq minutes et la professeure recracha tout ce qu’on lui avait dit de recacher. A quel point les russes étaient une sous race de l’humanité, à quel point les Français était un peuple patient et diplomate qui avait dû subir une invasion d’africains voleurs et faignants. La question des colonies était plus subtile. Tout devait aller dans le sens de la Grande Nation Finlandaise apporteur de la technologie à ses voisins dont on aurait cru qu’ils étaient restés au moyen âge jusqu’au début du XXème siècle.


-Hey, Elina, Elina ! Ecoute moi, tu as vu Pauliina ces derniers temps ? Elle devait passer voir Monsieur le Président pour la séance. Mais ça fait 4 jours qu’on n’a pas de nouvelle. Il parait qu’une fois à l’âge de 17 ans, c’est la période où on est plus à même de procréer. Du coup, ça dure plus longtemps et ils sont plusieurs à nous passer dessus.

La voix était presque dure comme si elle essayait de faire peur à sa voisine de classe

- Chut ! Ne parle pas de ça s’il te plaît. Ma dernière était un calvaire et je ne suis pas sûr qu’on puisse avoir des enfants comme… ils font…

-Ah ouais ? Tu sais quoi ? Il paraît qu’on ne peut pas avoir d’enfants. Certaines disent que comme on n’a pas de règles, on ne peut pas en avoir.

-T’es sûre ? Mais Madame Papu..

-Elle ne raconte que des conneries ! Ecoute, je peux te faire confiance ?

-Oui, tu sais bien que tu peux poulette hihi

-Hey ! Arrête de m’appeler comme ça !
Bon, des filles veulent monter un plan pour se débarrasser des hommes. Et elles ont l’air bien décidé, surtout depuis que le vieux dégueu de barbu a tué cette petite fille de 8…


La conversation fut interrompue par la voix stridente de la prof.

-VOUS ! Au fond ! J’EN AI PLUS QU’ASSEZ ! Vous êtes en retard et vous n’écoutez jamais rien ! Giedre, vous irez voir le Président dans son bureau

-MAIS MADAME ! C’est injuste !

-SUFFIT ! On ne répond pas ! Vous serez punie !


De ces plus lointains souvenirs, c’est celui-là qui restera le plus fortement gravé dans sa mémoire. La petite Elina ne reverrait plus jamais la Lituanienne. Cette dernière était en fait déjà dans le collimateur des « chefs ».

Elle n’aura souffert que quelques jours après de longues tournantes qu’ils qualifièrent de « merveilleuses ». La brune faisait en effet plus âgée, elle était mieux formée. Sa poitrine, ses fesses, tout avait été analysé. Elle était mûre, ils n’attendaient que le bon prétexte pour la cueillir et la déguster.

Une fois rassasié, le Barbu, allias le Père Noël qui pour une fois, ne s’était enquillé qu’une bouteille de vodka, voulut s’amuser un peu. Ses collègues lui avaient bien dit d’y aller doucement mais il n’en faisait qu’à sa tête.

Il la tortura.

Privée de boire et de manger et brûlée par endroit, elle succombera par étouffement suite un des délires sadiques du vieil homme.

Pendant ce temps, des bataillons de jeunes femmes et d’hommes de leurs âges allaient à l’école, riaient, jouaient. Ils profitaient de leur jeunesse, de la chaleur de l’été, des premiers baisers. L’amour, la joie, la vie, les parents.
A la surface.

Sous terre, personne ne vous entend crier.


Elina Virtanen

Au delà du cercle polaire


Mars 2022 – 17h37(heure affichée)


-'lina, réveille-toi ! Tu fais du bruit quand tu dors, réveille-toi !...

Cela faisait un an.
Un an qu’elle ruminait. Que d’autres ruminaient. Car elle n’était pas la seule à être profondément outrée de ce qui s’était passé.

La blonde avait une nouvelle voisine qui avait un certain charme. Un côté brune sauvage avec son regard de panthère, ses ongles bien tenus et ses cheveux ondulés. Mais bon, Elina la trouvait niaise, trop gentille, ça lui était devenu insupportable. En plus, elle parlait tout le temps. Oui oui, c’était bien ironique de sa part de penser cela.
De plus, elle ne l’aidait pas à faire son deuil. Elle parlait tout le temps de ce qu'il s'était passé alors que la petite blonde voulait juste oublier, passer à autre chose.


Une année. Une très longue année... et devoir les croiser tous les jours, ça lui était devenu de plus en plus intenable. Plus personne ne voulait que cette situation perdure sauf les premiers concernés qui continuaient de prendre leurs pieds. Nombre de fois les hommes se faisaient des messes basses lorsqu’ils la voyaient avec ses cernes et ses yeux rougis par les quantités de larmes. Ils se marraient, la montraient du doigt. Mais il ne fallait rien montrer, faire de son mieux pour rester droite et être efficace à la tâche.


… Joyeux anniversaire ! Lui dit-elle en la secouant. Tu vas faire quoi ? Dis-moi dis-mois dis-moi !

-Ta goule ! Laisse-moi dormir euh !

-Allé ‘lina ! Ne prends pas ton air de cochon. C’est jour de fête et Juusia a récupéré une bouteille de Finlandia.


Un soupir très exagéré.

-T’es chiante ! Tu verras quand tu auras 17 ans ce que ça fait.

- Tu fais la gueule encore à cause de Giedre ? C’est bon, passe à autre chose quoi. Tu n’arrêtes pas d’y penser tout le temps, d’en parler, tu saoules tout le monde. Tu pleures, tu chouines, tu ne profites pas des quelques bons moments qu’on passe parfois ici.

-HAN ! TA GUEULEUH ! Je l’aimais cette fille putain…


Elle prit un oreiller qu’elle lui balança à la figure et se réfugia sous la couette.

17 ans… Elle savait ce qui l’attendait. Elle avait peur. Mais elle avait aussi hâte. Car cela annonçait la fin de son calvaire. Elle retrouverait Giedre dans l’au-delà. Elle reverrait sa poitrine rassurante et son regard accueillant ou peut-être bien l’inverse, elle ne savait plus. Surtout, elle ressentirait de nouveau cette alchimie, ce désir.
Mais surtout, elle ne mourrait pas pour rien. Elle ferait souffrir quelqu’un qui le méritait.

Elle la vengera et il vivra un véritable calvaire...

Sa voisine de chambre n’avait pas l’air de vouloir en rester là et lui sauta dessus pour lui pincer les côtes. Toujours se faire emmerder...


- HIHI AHAH ! Arrête ! Tu fais vraiment mais alors vraiment… chier ! Et je n’aime pas dire de.. Hihi... gros mots !

Elina Virtanen

Au delà du cercle polaire


Avril 2022 – 21h34


Quatre filles étaient réunies dans l’une des chambres. Elles discutaient de l’avenir. Quel avenir ? Celui qu’elles voulaient choisir. Enfin.
La mort ne leur faisait pas peur. Elles étaient résolues à combattre quitte à prendre le risque de se planter. Ce n’était pas grave, ça ne pouvait pas être pire. Elles avaient fait passer le mot à une cinquantaine d’autres filles, blondes ou brunes de tout âge. Il n’y avait de toute manière que 11 hommes dans l’abri dont un serait sûrement forcément occupé pour célébrer l’anniversaire d’une de leur amie.

Ils voulaient une icône, un conseiller pour les filles. Pour qu’elles soient rassurées, pour qu’elles vivent bien dans leur malheur. C’est ce type qui causera leur perte.

Elles avaient tout prévu. Certaines avaient réussis à voler des fourchettes et des couteaux. D’autres des cutters, encore une autre avait constitué un stock de bouteilles de vodka qui pourraient servir de cocktails Molotov ou une fois brisées, les utiliser comme armes contondantes.

Le seul risque : qu’elles ne puissent réussir à ouvrir la porte. Elles savaient que c’était possible mais ne savait pas comment. Elles savaient que leur professeure étaient étrangère à l’abri. Comment avaient-ils été aussi stupides pour les croire aussi naïves. Une personne ne débarque pas dans leur vie puis une fois par semaine sans qu’on remarque son absence en dehors des cours.

Il fallait prévoir un signal. Quelqu’un devrait déclencher l’alarme incendie. Chaque personne devait être à son poste pour neutraliser une partie des ennemis.

Elles étaient quand même un peu nerveuses. Mais cette nervosité n’était que la partie visible d’une certaine excitation, une certaine adrénaline.

Tout était prévu pour le mois de juillet. En attendant, il ne fallait faire comme si. Comme si le monde tournait rond.
Comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes.

Elina allait contribuer, sans s’en rendre compte même si elle n’avait aucune envie de changer le monde. Elle voulait juste faire ce qui lui permettrait de passer à autre chose, de faire le deuil une bonne fois pour toute.

Elina Virtanen

Au delà du cercle polaire


Juin 2…


L’horloge atomique s’était arrêtée. De nombreuses vibrations avaient été ressenties dans tout le bâtiment et cela retardait l’opération. La notion de temps s’était dissipée chez les malheureuses comme chez les geôliers.

Elles en avaient vu courir dans tous les sens, apeurés, cherchant à prendre contact avec l’extérieur mais aucun signal ne fonctionnait. Internet s’était brusquement éteint dans la salle de contrôle, mais elles ne connaissaient pas Internet de toute façon.

La vie devait suivre son cours dans l’abri, ne pas montrer de signe de faiblesse car elles pourraient toutes prendre le dessus si elles se rendaient compte de la situation.
Si elles s’en rendaient compte, on ne donnerait pas cher de leur peau.
Mais il fallait se rendre à l’évidence, ils n’avaient aucune chance de survie. C’était le jour J.

Pendant ce temps-là, la jeune Sami était cordialement invitée par le joulupukki à venir fêter ses 17 ans avec un peu de retard.
Oh, il n’aimait pas les retards le vieux dégueulasse même si elle n’en était pas responsable. La pompe à eau avait cessé de fonctionner, les coupures de courant se firent de plus en plus longues. C’était comme si le temps était perturbé. Les radars et « instruments de bords » du paquebot de l’enfer sous-terrain étaient totalement déréglés.
Les chefs devaient réparer les dégâts avant. Le boulot avant le plaisir.
Mais pas pour lui.
C’était son plaisir et rien d’autre ne comptait.


- Moï Elina, comment te sens-tu aujourd’hui ?

La voix sirupeuse du vieil homme barbu ne dissimulait guère l’artifice. Il n’en avait rien à battre de si elle allait bien ou pas.

- Euh, oui… oui…

- Alors déshabille-toi. Je veux voir à quel point tu te sens bien.


Elina détourna le regard avant de commencer à se déshabiller, tout doucement.
Elle profita de ce délai pour observer la pièce. Mise à part la table de bois blanc sur lequel elle était assise, la pièce était relativement vide. Aucun instrument de torture (c’était un bon point de gagné pour elle), aucun rebord, aucun élément particulier ne pouvait la sortir de ce pétrin.

Jusqu’à ce qu’elle tombe sur des cadavres de bouteille de vodka. Mais loin, à l’autre bout de la pièce. Impossible pour elle de les récupérer sans qu’elle se fasse ligoter. Elle ne pouvait pas se lever comme une fée innocente pour se défendre avec.
Lui n’avait rien, juste sa tête de pervers lubrique et son sac. Que pouvait-il contenir ?

Il remarqua qu’elle prenait son temps et qu’elle zieutait son sac, qu’elle le faisait attendre.
Il aimait ça.
Mais pas trop quand même.
Il prit son sac et s’approcha assez proche d’elle pour qu’elle puisse l’entendre lui susurrer.


- C’est ça que tu regardes ? Tu veux voir de plus près ?

Il sortit une barre en métal maculée d’un rouge séché sur le bout.
- Je sais que tu visualises très bien ce qu’on peut faire avec … Alors remue toi un peu ! j’ai une envie pressante.

La lumière blanche s’éteignit laissant place à la lanterne rouge tournoyante indiquant une urgence dans le bunker. Le courant s’était coupé. Le vieillard ne lâchait pas des yeux la jeune Finlandaise qui commençait à dégrafer son soutien-gorge. C’est alors qu’un autre signal retentit. C’était le « Grand Président » qui appelait tous les hommes du bunker à se cloîtrer dans les sas de sécurité.
Il soupira et décrocha son Nokia 3310.


- Qu’est-ce qu’il y a encore ? je suis occupé là ! Grommela-t-il.

- Des filles ont pris d’assaut la cafétéria et ont volé les couteaux de cuisine. Juha et Antii sont morts, elles leur ont fracassé le crâne. Nous sommes 2 ici dans le sas. On n’arrive plus à joindre l’extérieur et ces connasses ont bloqué la porte. On est coincé…


Le barbu, abasourdie par ce qu’il venait d’entendre se mit à trembler. Une quinte de toux bien grasse l’empêcha de se concentrer et il se retourna pour ouvrir la porte.
Heureusement pour lui, cette partie du bunker était relativement isolée par un long couloir qui donnait accès à d’autres salles de plaisir. Tout était fait pour limiter le bruit des cris et des larmes.


-Je vais essayer de me sortir de là mais je suis avec… je suis occupé, je fais quoi avec elle.

-C’est trop tard, tue-là !

-D’acc…


Un violent coup de bouteille sur la tête le sonna. Il s’écroula sur le côté, sonné. Il ne s’y attendait pas. Elle en profita pour lui prendre sa barre de métal et commença à le ruer de coups. Elle visait les articulations avec une telle énergie qu’on ne l’eut reconnu. Pourtant, quelques minutes plus tôt, elle était docile, bien sage.

Il hurla et essaya de retenir la barre avec ses mains qu’elle brisa dans sa fureur. Elle ne visait pas la tête, nan nan, elle voulait le voir souffrir, le voir à sa merci.

Elle brisa ensuite la bouteille contre le mur et monta sur lui, sur ses côtes cassées. Elle approcha le verre brisé vers son visage.


-Qu’avez-vous fait de Giedre ? DITES-MOI !

-Quu-qui ?

-GIEDRE ! Sac à merde ! L’étrangère blonde, il y a un an, le cours d'histoire !

-On n’a.. on n’a pas pu la sauver.

-QUOI ? Tu mens !


Elle enfonça le rebord de la bouteille cassée dans sa joue.


-Aaaah, arrête, arrête ! okay, okay, je me la suis faite, cette salope ! Je l’ai tué. Pitié, je suis malade, je ne sais pas ce que je fais, c’est plus fort que moi.

Elle se calma. En apparence, l’air de rien.
Puis se releva pour observer l’homme gigoter au sol, pleurnichant comme une fillette.
Cela dura une minute ou deux durant lesquelles elle essayait de retrouver son calme.
Mais c’était devenu inutile. Elle avait un volcan à l’intérieur. Un volcan de rage qui lui ôtait toute empathie, toute pitié.
Elle se vautra sur lui et enfonça la bouteille brisée dans la gorge.
C’était la fois de trop pour lui. Overdose de dessert.
L’addition était salée.

Le sang du joulupukki se déversa sur le sol. C’était la fin qu’elle souhaitait.

Sauf que chasser le naturel, il revient au galop.
La petite blonde, maladroite par nature n’avait pas vu la suite arriver.
Alors qu’elle voulut s’asseoir ne sachant plus trop quoi faire de cette liberté nouvelle, glissa dans la mare de sang et tomba la tête la première contre le rebord de la table.

A terre la Elina Virtanen.





Inspirations : Karine Giebel (Purgatoire des innocents), Fallout 1&2
Remerciements : RedAzylum pour la relecture et les quelques joueurs dont j'ignore le pseudo et qui m'ont donné leur avis ^^