Renaissace

Chapitre débuté par

Chapitre concerne : Comte Von Krakoug, L'épopée Transylvanienne,

De l’atelier du dernier étage de son manoir délabré le comte Krakoug regardait l’horizon par la mauvaise fenêtre aux carreaux délavés par la pluie qui battait au dehors.
L’horizon.
Décharné, irradié, mutilé, mais vivant.
Vivant car renaissant.
Renaissant car abreuvé de sang.
Il avait prit une décision. De ces décisions irrévocables, absolues. Piqûre préparait l’atelier selon ses instructions, ses sbires étaient partis en pleine nuit chercher le dernier ingrédient d’une effroyable formule.

Les doubles portes de l’entrée s’ouvrir avec fracas. Jacky et Abdoulaye firent irruption en tenant un jeune garçon d’une quinzaine d’année tout au plus. Ce dernier avait un oeil poché, les bras entravés et une expression de terreur sur le visage. Le comte écarta les bras et se précipita sur le jeune homme. Tendrement il l’embrassa puis commença à lui caresser le corps.
“Regardez ce corps mes fidèles. Regardez cette jeunesse. Ecoutez ce coeur qui bat ! Ô que sommes nous face à la jeunesse ? Que voyons-nous quand nous le regardons ?”
“Un puceau ? s’essaya Jacky.
Le comte, fulminant, foudroya le bandit du regard.
“C’est une question rhétorique Jacky. Une interrogation oratoire, une figure de style pour déguiser une assertion.”
Le pourfendeur de puceaux garda un silence gené.
“Bref ! Je vous ai réuni ici pour une affaire de la plus haute importance ! Regroupez-vous autour de moi mes bons ! Ce que je vais vous dire maintenant est de la plus haute importance !”
Les malfrats firent un demi-cercle autour du vieillard qui s’était juché sur un petit promontoire de fortune.
“Hier encore je vous menais de cette main audacieuse mais vieillissante vers de glorieuses aventures. Hier encore mon port altier servait de phare à une humanité perdue… et bien c’est terminé ! Demain, oui demain vous suivrez…”
Le vieux comte laissa passer un silence puis pointa vivement sa canne vers le prisonnier.
“Ce garçon !”
L'assistance se raidit comme un seul violeur à cette annonce. Même le prisonnier leva une tête stupéfaite. Mais déjà le comte Krakoug reprenait emporté par un élan mystique.
“Non fidèles je ne suis pas fou ! Vous ne suivrez pas un jeune attardé. Mais vous me suivrez moi, dans ce corps débordant de vitalité !”
Et sautant de son perchoir tel un vautour le vieillard héla son infirmière.
“Mademoiselle ! Sanglez ce jeune homme à la table d’opération ! Abdoulaye veillez à ce qu’il se montre courtois. Ce soir mes bons vous allez être témoin de la plus impie des magies noires : Le transfert de l’âme. La plus sombre, la plus terrible, la plus … salissante des formes de l’Art Occulte. Et demain je renaîtrai, tel un phoenix vengeur !”
“Un phoenix ? interrompit Balt.
“Tel un rapace de feu si tu veux, marmonna le comte.
“Un rapa?”
“Un aigle quoi.”
“C’est une sorte d’oiseau ? s’enquérit Jake.
“Tel un putain d’oiseau de la mort ! s’écria le comte en leva les bras vers le ciel. Et devant ce lyrisme accessible la petite troupe fut transportée de joie, et le prisonnier à sa table.
Mais déjà le jeune garçon pleurait alors qu’on le mettait en croix. Le vieux comte s’approcha de lui, une dague à la main, pour le consoler. Doucement il lui léchait les joues.
“Ne pleure pas mon enfant ! Ton destin est formidable. Vois, dans le désert tous crèvent en mangeant leurs croûtes, et toi tu vas fusionner avec une essence quasi-divine ! Sèche tes larmes et saisit la dimension historique de ta participation !”
Puis le vieillard se releva pour se placer debout au dessus du prisonnier.
“Mademoiselle, veuillez lui ouvrir le coeur ! Qu’il soit grand ouvert ! Je vais concentrer toute la puissance de mon âme dans mon sang et plonger dans ce coeur juvénile et ainsi renaître en lui !”
L’infirmière s’approcha un débouche-évier dans une main, un tire-bouchon dans l’autre. Le jeune homme hurla, autant de terreur que de douleur, quand la praticienne commença son office.

Alors d’un geste dramatique le vieillard fit courir la dague ouvragée sur son frêle poignet et le sang se mit à couler. Les gouttes écarlates churent sur le coeur du jeune garçon pour se mêler au bain de sang qu’était devenu sa poitrine éventrée où les spasmes de sa vie fuyante se manifestait par des gerbes de sang d’une régularité de moins en moins évidente. L’aristocrate banda violemment son bras tout en rejetant la tête en arrière. Les yeux fermés, les lèvres crispées dans un affreux rictus de puissante pénétration mystique. A l’extérieur la pluie radioactive avait repris, plus forte encore, et faisait trembler les misérables fenêtres de l’étage. Un coup de tonnerre verdâtre dévora l’obscurité de l’atelier et l’espace d’un instant imposa son propre théâtre d’ombres, en immense contre le mur des vieilles tapisseries cinq terrifiantes silhouettes jaillir comme vomies d’un cauchemar.
Puis le garçon sanglé sur sa table fut secoué d’un spasme plus fort que les précédents et rota une grosse bulle de sang avant de s’éteindre définitivement, délivré de sa douleur et de son effroi. L’ambiance et le corps retombèrent brusquement sur la sanglante scène. Un silence de mort parcouru l’assemblée. Jake jeta un oeil vers le comte, Jacky et Abdoulaye échangèrent un regard circonspect. Tout en conservant sa pose solennelle le vieil aristocrate ouvrit un oeil mauvais pour juger de la situation.
“Et alors ? Que lui arrive-t-il ? marmonna d’un ton suintant de colère froide le vieux comte.
“Ben, j’suis pas spécialement chirurgienne, mais survivre trente seconde à coeur ouvert à mon avis c’est un super record.”
“Ah le brave garçon ! Jake allez lui chercher un biscuit. Pas trop mou.”
Les sbires glissèrent comme un seul homme hors de l’atelier.
“Quant à vous mademoiselle réanimez-le.”
“C’est à dire, il est mort monsieur le comte.”
“Ah. Le comte avait finit par baisser le bras, fatigué. Il semblait troublé par la nouvelle. Mais… pour combien de temps exactement ?”
L’infirmière, inébranlable, fit mine d’observer le défunt avec attention.
“Il est mort -définitivement- monsieur le comte.”
Le vieil homme se traîna jusqu’à une chaise et se laissa choir. La dévouée Piqûre sans attendre la moindre consigne s’occupait déjà de panser son poignet meurtri. Le comte regardait le plafond d’un air hagard.
“Il s’est sacrifié pour tenter de me permettre de renaître en son corps juvénile... un acte de bravoure.”
“Tout à fait monsieur le comte.”
“Et le pauvre enfant en est mort.”
“Et oui monsieur le comte.”
“Et dire que j’ai envoyé Jake lui chercher un biscuit !” fit encore le comte dans un ricanement. Piqûre partagea son amusement d’un petit rire entendu.
Le vieillard se retourna brusquement vers son infirmière.
“Voilà qui manque cruellement de reconnaissance ! Allez dire à Jake de lui en ramener deux.”

Balt Hazard le Prince Corbeau, fier et fort comme trois taureaux, s'avance d'un pas lent et vacillant pour entamer sa besogne.
TOC TOC TOC...
Par trois reprises le toit du cercueil est frappé. Celà signifie que le soleil est couché. Notre soit disant photosensible, aristocrate, hémophile peut enfin se lever.



Très cher Comte,

Je ne voudrais vous déranger
Après cette renaissance avorté
Mais sachez que vous entendre parler
Est pour moi un moment apprécié.

Il est aujourd'hui, encore plus qu'hier
De grande importance de reprendre nos terres.
Celle vilement volé à mon grand père
M'obligeant à cette vie de misère.

Eminent émissaire
Du roi Massinissa,
De formation guerrière
La vengeance est ma foi

J'entend donc votre réveil tel un présage
Et vous accorde toujours confiance en gage