New Génésis souillée.

Chapitre débuté par

Chapitre concerne : Comte Von Krakoug, newgenesis, L'épopée Transylvanienne,

Une bise glaciale s'est abattue dans les ruelles désertées de l'ancienne New Génésis... Entre les bâtiments abandonnés, délabrés, quelques objets épars, un jouet d'enfant, une sandale, témoignent de la fuite précipitée des habitants du lieu désormais maudit. Un silence pesant, tombé comme une chape de plomb sur ce qui fût jadis la plus grande communauté du désert, règne maintenant là où tentent désespérément de se dissimuler les souvenirs d'une époque heureuse et prospère. Aucune dignité, ni modestie dans la victoire : certains des conquérants ont malicieusement maculé murs et panneaux, d'inscriptions en pâte rougeâtre, visqueuse - de provenance certainement humaine -indiquant le changement de propriétaire des lieux.

Les fenêtres de chaque cabane, de chaque maisonnée, ont été condamnées : des planches clouées en travers des ouvertures, pour préserver les nouveaux habitants - ou tout du moins le nouveau maître des lieux - de toute intrusion de la lumière du jour. Outre la fuite, une vague de suicides a laissé ses marques derrière les murs, comme autant de surprises à découvrir, seul ou en famille, au cours de promenades dominicales : dans la citerne de la communauté, entre deux eaux saumâtres, un désespéré en décomposition se laisse porter par l'ondine froide, ses yeux blancs enfoncé dans ses orbites scrutant avec insistance l'ouverture en haut de la cuve...

Seul bâtiment relativement animé, la porcherie : aux fenêtres condamnées elle aussi. A l'intérieur, pressés dans la fange et privés de lumière, des porcs malingres, rendus fous par la faim et l'obscurité, dévorent leurs porcelets, trop faibles pour résister aux épaisses mâchoires maternelles. Reine incontestée de l'ignoble bâtisse, entre les animaux infâmes, la boue, la merde et la puanteur insoutenable, l'horrible Samantha, ayant depuis longtemps dépassé le seuil de l'obésité morbide, rit aux éclats... Ses porcs, ses protégés... C'est ici, avec les bêtes comme seuls témoins, que le monstre de graisse entraîne ses conquêtes amoureuses, ou tous ceux pour qui elle aura été désignée comme récompense sexuelle par le Seigneur local...

A quelques pas de là, une sorte de long hangar délabré, sordide; rendu d'autant plus glauque par les fermetures de fortunes appliquées à toutes les ouvertures. Ici, personne n'y a encore mis les pieds, si ce n'est la sinistre infirmière, trop heureuse d'y trouver là le dispensaire de ses songes : le sanatorium dont elle a toujours rêvé. Des rangées de lits vides aux montants rouillés se succèdent sur presque toute la longueur du bâtiment. Les matelas moisis, souillés de sang ou d'urine, parfois les deux, exhalent une odeur âcre, désagréable... Mais pas autant que les pots en verre, dont l'infirmière a - volontairement ou pas - oublié de fermer les couvercles, et dans lesquels des morceaux choisis du vaillant éclaireur de Génésis, Sebastian Alvarez Neto, pourrissent de concert.

Enfin, à toute forteresse son donjon... Au centre des diverses constructions, un bloc gris, vestige de l'ancien temps, se dresse comme une redoute imprenable, dont l'ombre inquiétante s'étend sur les cabanes alentours. Devant l'entrée, un pal a été dressé, le long duquel un Leto exsangue, sans mâchoire, entièrement dénudé, a finalement glissé jusqu'à la base du pylône, bien aidé, il faut l'avouer, par le sang et la merde issus de ses intestins percés, et dont la flaque croupie attire mouches, asticots, et autres parasites, au pied de l'édifice.

C'est au dernier étage de l'imposante demeure, que le "Maire" de la nouvelle agglomération a trouvé refuge. Retranché dans une vaste pièce sombre, éclairée uniquement de bougies à la graisse de provenance plus que douteuse, celui-ci, assis à sa table, fixe le corps pourri et nu d'une femme, pendue par les pieds à une poutre au centre de la pièce. De la gorge et des diverses artères du cadavre, dépassent des tuyaux désormais à sec, tapissés d'un sang caillé depuis bien trop longtemps... Finalement, c'est dans la mort que Moon Craft aura trouvé sa plus grande utilité : faire perdurer la vitalité du vieil aristocrate.



L'ancienne New Génésis aura été souillée autant que possible, avant que les nouveaux occupants ne lui déclarent une nouvelle identité : Le Manoir Von Krakoug.

Assis dans l’ombre d’une cabane, Jacky n’est plus que l’ombre de celui qu’il était jadis. Plutôt jovial et bagarreur par le passé, les derniers mois qu’il avait passé dans le désert l’avaient complètement métamorphosé. Par deux fois, il avait échappé de justesse à une mort certaine. Par deux fois, il avait vu des membres de sa famille mourir. D’abord sa sœur, puis celle qu’il avait pensé pouvoir devenir sa moitié.

Toutes deux étaient mortes, pour ainsi dire, dans ses bras. Lui-même avait survécu à plusieurs attaques frontales et avait été forcé à tuer pour ne pas l’être.

Chaque attaque, suivi d’intenses prises d’opium pour chasser la souffrance, avait un peu plus meurtrie ses chairs et son âme pour le transformer en… quelque chose d’autre… quelque chose de sombre… et terrifiant.

Le visage entre ses mains, il avait trouvé cette cabane dont on avait condamné les fenêtres sans vérifier ce qui s’y trouvait. Lui, avait juste besoin de s’isoler un peu… de tenter de réfléchir…

Il y avait découvert une famille, un père, une mère et deux enfants étendus là, chacun dans leur lit. Une puanteur infâme se dégageait de leurs corps en putréfaction. Abandonnés là sans ressources, ils s’étaient surement cachés en espérant des jours meilleurs mais avaient dû finir par crever de faim, de soif ou de maladie comme bon nombre de gens avant eux, coincés dans ce fichu désert.

Jacky ne faisait même plus attention à l’odeur. Il y était désormais habitué. Pire, il trouvait parfois le fumet de certains… intéressant.

Jouant nerveusement avec un couteau trouvé non loin, Jacky secoua doucement la tête avant de se prendre une nouvelle bouffée de fumée dans les poumons. Il s’était fait au gout. Il ne pouvait plus s’en passer. Chaque prise le faisait voyager. Chaque prie le ramenait un peu plus loin en arrière. Il pouvait revoir le Nord, revoir les siens, partis trop tôt.

La tête en arrière, contre le mur de la cabane, il ferma les yeux pour se laisser aller… et éviter de trop penser…

Chaque château a ses tours.
Chaque tour contemple envieuse celle qui est la plus haute du château.
Chaque plus haute tour a sa princesse. Celui du Comte Von Krakoug ne déroge pas à la règle.

Perçant la brume comme la lame d'un poignard venu du sol, la vigie du Manoir Von Krakoug. Quelques corbeaux y ont élu domicile, oiseaux de mauvaise augure.
La princesse des lieux, Savannah, Gens d'Arme du Comte, dame à la cuisse légère, attend le prince charmant.

Elle le voit beau, grand, fort. Avec des muscles à des endroits que le commun des mortels n'imagine même pas. Et une bonne grosse queue qui ne fatigue jamais. Un athlète, qui va la retourner et lui laisser le fond de cale aussi bordélique qu'après un passage de déménageurs bretons.

En attendant, elle se peigne les cheveux en chantant des chansons douce. SI vous trainez par là, vous entendrez la mélopée, celle d'une chanson que Jacky lui a apprise.

"Tout ch'ti qui pisse y tient s'biroute din s'main, s'biroute din s'main..."

Dans sa nouvelle chambrée, murée pour l'occasion, par les meutrières elle observe la désolation. Elle se dit que là bas au nord les os d'Annabelle prennent le soleil. Elle se dit qu'un jour, elle l'aura sa vengeance.
Leto n'est déjà plus, d'autres suivront. C'était l'en-cas, avant le reste du buffet froid.
Elle se dit que le danger viendra des steppes ou du marais, mais qu'ils seront là pour réserver un accueil comtal.

Elle surveille le monde pour savoir où s'abattra la mort, prête à la donner elle-même si la faucheuse avait du retard.



Drôle de périple et encore plus étrange retour au bercail pour le petit vieu .
Il s'en était enfui la queue entre les jambes et les poches aussi vide que sont estomac.
Maintenant le voilà qu'il y rentre en conquérant.
Sa vie de tranquille sédentaire changé en un instant en aventures macabre auprès de la cour des damnés .

La ville a bien changé, le manoir von krakoug ressemble autant à New Genesis qu'un papillon ressemble à une chauve souris.
Les rues sont vide et lugubre .Les seuls signe de vies sont les mouches qui recouvrent le cadavre de leto et les cris mêlés des porcs et de la grasse samantha.

Le vieux trouve refuge perché dans le mirador , il ne partage pas encore les goûts du comte et de sa clique pour les ténèbres. La vue de l'horizon le calme , il sait que la folie risque de venir le cueillir un jour ou l'autre.
Il l'attends sans peur, ce n'est pas au crépuscule de sa vie qu'il renoncerais à une bonne dose d'aventures et à sa libido retrouvé.

Une infirmière faisant montre d'un impeccable professionnalisme et qui s'impose comme force de proposition devant des cas difficiles, aura toutes les chances de se voir accorder des responsabilités accrues.

Un sanatorium, elle avait toujours voulu un sanatorium.
C'était le cadeau du Comte, la récompense pour les bons traitements qu'elle lui prodiguait depuis l'époque où les lunes s'appelaient encore semaines, et pour tous les nouveaux protocoles de soins qu'elle avait mis en place depuis qu'ils s'étaient retrouvés dans les tunnels crasseux qui les avaient menés à la découverte des restes du monde, sur lesquels ils entendaient régner.

S'établir dans l'ancienne New Genesis était une évidence. Après en avoir chassé les couards qui tentaient de s'y soustraire à leur justice, récupérer l'ancienne ville florissante, pour en faire la capitale corrompue de ce monde en miettes tombait sous le sens.
Dont acte.

On avait très rapidement refait la décoration.
Sous l'impulsion des ingénieuses Samantha Nichon et Savannah, la Chauve-Souris du Manoir Von Krakoug avait rapidement englouti le naïf papillon symbole d'une renaissance qui n'avait pas duré.

Quelques petits détails toutefois étaient demeurés inchangés : le cadavre de Sebastian Alvares Neto n'avait pas été décroché de sa potence de fortune près du puits.
Non, sa sinistre silhouette battue par le vent, dansait telle une piñata morbide, qui réjouissait le cœur d'esthète du propriétaire des lieux.

Le bâtiment de tôle et de bois qui s'appelait autrefois dispensaire, serait désormais le royaume de l'infirmière Piqûre.
Point de patients pour l'instant, sinon un Jacky toxicomane qui ne risquait pas de manquer d'opium.

Leurs réserves auraient pu commencer à s’amenuiser, sans une expédition que la jeune femme avait mené à l'extérieur et qui avait doublé la qualité et la quantité des possessions qu'ils avaient amassées jusque là.

En effet, à deux lieues du Manoir, se trouvait une ville abandonnée qu'ils n'avaient que trop souvent utilisée pour se cacher et observer ce qu'il se passait dans les rangs ennemis.
Bien trop souvent à dire vrai, pour ne pas redouter que les adversaires d'hier et d'aujourd'hui ne viennent utiliser contre eux-même, le même procédé.


Aussi, un soir, entre deux entraînements au tir à la carabine dispensés par le Shérif Abdoulaye, elle s'était aventurée seule, dans ce qui avait été autrefois la Ville Blanche afin de prendre possession des lieux pour mieux les détruire.

Elle avait arpenté le chemin boueux qui menait au poste de garde des anciens propriétaires des lieux, que le vaillant Jake Fratelli avait chassés en compagnie de ses premiers compagnons.
Plus par hasard que par curiosité, elle avait ouvert les malles qui avaient dû autrefois, servir de garde manger. Ne s'attendant pas à y trouver quoi que ce soit, en raison du grand nombre de personnes qui étaient passées en ce lieu depuis sa désertion. Et qui avaient eu autant d'occasion de le piller.
Quelle n'avait donc pas était sa surprise d'y découvrir, non pas une mais deux carabines d'excellente facture, un énorme stock de munitions de tous calibres, quelques artefacts du passé dont un adorable petit seau jaune, représentant un bonhomme à tête d'éponge et à l'air rigolard, une grande profusion de drogues qui les mettrait tous à l'abri du besoin pour au moins dix lunes, et quantité de matières premières qui leur seraient fort utiles au développement du Manoir Von Krakoug.

Une véritable corne d'abondance.

Elle aurait été bien incapable de dire comment tout cela s'était retrouvé là.
Il lui paraissait improbable que les habitants de la Ville Blanche aient "oublié" pareilles richesses lorsqu'ils l'avaient quittée, et plus crédible que quelqu'un ai laissé son stock là, pour revenir le chercher.

Mais peu importait : s'il y s'était trouvé des voyageurs en ces lieux, ils auraient assisté à un bien étrange ballet, ce soir là dans la plaine.
Plusieurs allers retours entre le manoir et la Ville Blanche, les allers se faisant avec sac à dos vide et mains vides, les retours sacs et bras chargés de toutes les richesses précitées.

C'était comme un matin de Noël.
Si les pillages devenaient si faciles, ça n'allait même plus être rigolo.

Winter is coming.
Knudd s’est replié depuis plusieurs semaines dans un mutisme froid. Il a échappé de peu à la mort et n’a pratiquement plus décroché les mâchoires depuis. Prostré douloureusement sur un vieux matelas crasseux et humide, la cicatrisation de ses nombreuses blessures a été anormalement longue. La douleur a creusé des trous béants dans sa mémoire. La fièvre a broyé le réel, les cauchemars et les visions d’apocalypse et recraché une pâte grise, malodorante et gluante, qui colle à chacune de ses pensées. Les drogues qu’on lui a administrées ont fait crisser ses dents, déchiré sa conscience, décimé ses pensées et repeuplé son esprit de démons vengeurs.
Quand ses jambes ont de nouveau accepté de le porter, il a repris son service auprès du compte, plus fermé que jamais. Il a peu à peu repris l’entrainement. Les armes sont nombreuses dans leur hivernage. Chaque jour, Knudd s’exerce jusqu’à la douleur, suintant des humeurs salies, suant l’acide qui coule sous sa peau, recrachant les glaires pulmonaires en épais glaviots. Chaque jour, la fatigue d’une journée d’efforts déchirants l’assomme et l’ensommeille contre un angle de mur grisâtre. Le matin suivant le surprend, coup de pied au ventre d'un réveil malvenu.
C’est d’un œil plus fiévreux que jamais qu’il observe le reste de la coterie prendre ses quartiers d’hiver. Les accouplements furtifs ou démonstratifs. Les vociférations du compte. Les rituels absurdes… En attendant le printemps.
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