Le cul sur la table...

Chapitre débuté par

Chapitre concerne : L'épopée Transylvanienne, Comte Von Krakoug,

Ces affreux là auront trouvé refuge, pour la nuit orageuse, dans un vieux corps de ferme, battu par la pluie et le vent glacial. De dehors, on ne peut repérer l'imposante bâtisse que par la lueur vacillante d'une bougie, derrière une fenêtre donnant sur la cour boueuse... Impraticable. Seul un chemin de planches, jetées à même la boue, mène du portail de la cour à la porte d'entrée du lieu lugubre...

Derrière la seule fenêtre éclairée de la ferme, une attablée tant fantastique qu'hétéroclite tient lieu : ici, dans ce lieu désolé, abandonné de tous, trône le Comte Von Krakoug, en bout de la lourde table en chêne au centre de la pièce. Rassemblés autour de la même table, assis eux aussi, la suite abominable du Noble déchu : l'infirmière odieuse s'est défaite pour la première fois de son calot médical, pour dévoiler à tous une chevelure crasseuse, encore pleine de sang caillé, et de morceaux des divers patients. Les cheveux se serrent par plaques et par gangues de gras et de sang, laissant entrevoir par endroit le crâne blanc pâle...

A côté de l'infirmière, le shérif Abdoulaye, pieds croisés sur la table, nettoie consciencieusement son USP 45, au moyen d'un chiffon noir de poudre, qu'il roule en tige pour le passer maniaquement à l'intérieur du canon démonté, et limer la poudre piégée à l'intérieur. Geste de lime obscène qui ne peut l'empêcher de se bidonner discrètement, tout en adressant un regard stupidement amusé à Fratelli, de l'autre côté de la table. L'odieux Fratelli, qui, triomphalement, a posé devant lui, sur le plateau de chêne, un abominable cul empaillé... Empaillé aux dires du Shérif, qui s'est en réalité contenté de bourrer l'intérieur avec des cailloux, du sable, et des herbes, pour l'empêcher de sécher, ou de se décomposer.

Avec le succès relatif qu'on connaît : l'artefact ignoble empeste à des lieues à la ronde. Si le violeur Italien semble ne pas s'en rendre compte, tout à la joie de sa nouvelle acquisition, tel ne semble pas être le cas de Balt Hazard, le Prince noir comme envoûté, assis à côté de lui, qui ne peut s'empêcher de réprimer un haut le cœur, face au fessier mort, objet de tous les regards... Les chairs au niveau des cuisses et du tronc, sciées à la hâte, ont commencé à noircir, et la vulve malmenée dégage une abominable odeur d’œuf pourri et de sperme, à mesure qu'en coulent divers fluides aux couleurs bigarrées : semence, pus, et autre fluide corporel...

Les bouts de ses doigts décharnés joints en pyramide, le vieux Comte observe l'atroce trophée, l'air pensif, plus que dégoûté... Après tout, qu'est-ce qui pourrait bien dégoûter le vieil affreux, maintenant... A part les mauvaises manières, bien entendu. Le jeune Lays jette une dernière bûche dans l'âtre de la cheminée, à quelques pas de là; le craquement tire Von Krakoug de sa torpeur méditative. Il brise le silence.

"Très estimable Monsieur Fratelli; en dépit de toute l'amitié - la plus profonde croyez-le - que je puisse vous porter, il est des manières et des façons sur lesquelles je ne saurais passer. Prenez cela pour du bigotisme exacerbé, ou de la bienséance mal placée... Je souhaiterais tout de même que le fondement de feu mademoiselle Siobhan, si attractif puisse-t-il être, ne se montre pas à table. Ou du moins, trouvez-lui une chaise."

Contre les carreaux de la fenêtre, la pluie redouble d'intensité... Un éclair barre l'obscurité, dehors, puis un coup de tonnerre fracassant retentit, comme pour ponctuer la déclaration du vieil enfoiré. Sur la table sont posées, outre le cul de Siobhan, une quantité impressionnante d'armes et de munitions; tout ceci obtenu grâce à l'alliance improbable, et pourtant si prévisible, des pires fils de pute ayant certainement jamais écumé le désert jusqu'à présent...

Le Comte fait rouler entre ses doigts décharnés aux ongles beaucoup trop longs, une cartouche de calibre .45; ses yeux gonflés, rougis, soulignés de profondes cernes noires, fixent le petit objet meurtrier...

"Shérif Abdoulaye, ces choses, si fine et subtile puisse-être leur composition, sont bien trop dangereuses pour que nous laissions n'importe qui les posséder... Je vous propose d'établir un arrêté Comtal, qui règlementera la possession d'armes à feu à travers le désert... Un arrêté en notre faveur, cela va sans dire... Hin hin hin hin... Mademoiselle Piqûre, fort lettrée, joindra son talent à vos connaissances judiciaires, pour la création du document."

Il ricane bêtement, avant de se replonger dans la contemplation de la cartouche... Nuit de veille au pays des enfoirés...

Le Shérif auto-proclamé, étalé en partie sur la table se balance légèrement sur une petite chaise tenant miraculeusement le coup en poussant des sinistres grincements. L'arme une fois propre et correctement remontrée reprend sa place entre sa ceinture et le bourrelet qui passe par-dessus.

Partisan du moindre effort, Le gros flemmard s'étire longuement et soupir à l'idée de rédiger un document. D'un revers de la main, il chasse une mouche ayant certainement élu domicile dans le jouet de Jake Fratelli. Le "spécialiste des lois", un peu surpris par la demande, regarde Von krakoug et Piqûre à tour de rôle avant de répondre.

Ouais! ch'pense aussi qui faudrait régl'menter tout ça! C'est qu'c'est dang'reux ces p'tites choses. Un accident est siiii viiiiite arrivé!

Il y a les liens du sang, les liens du coeur, les amours éternelles, les amitiés indéfectibles, les pactes inébranlables, les amitiés des champs de bataille, les contrats tout ce qu'il y a d'officiel, les causes communes, les ennemis communs, les opportunités, les profits, et encore bien des choses humaines, et explicables, compréhensibles, tangibles ou encore évidentes, qui peuvent lier une troupe de gens entre eux, en une petite société.

Et puis il y a cette troupe là, dans cette masure délabrée là, cette nuit-là.
Ces six individus sont de l'espèce à qui le crash a profité. Des personnes à qui convient parfaitement le monde tel qu'il est devenu.
L'effondrement de la société humaine et sociale, leur a permis de révéler ce qu'il y avait de meilleur en eux : le pire de l'espèce humaine.

A première vue, le lien qui les tient ensemble paraît simple : ils sont des criminels qui se sont unis pour augmenter leurs profits.

Mais la chose est légèrement plus complexe : dans un monde dévasté, que la chute de toute structure sociale a plongé dans un état de confusion absolue, il appartient à chacun d'établir sa propre notion d'ordre et de normalité.

Et leur normalité à eux, elle est là : dans cette masure délabrée, au milieu de nulle part, dans le nettoyage consciencieux de leurs armes, dans leurs mains tachées de sang, et dans ce cul empaillé à la va vite, posé sur la table, bientôt sur une chaise, et qui est là pour la seule et unique raison, que l'un d'entre eux l'a voulu.

C'est ça la vie désormais. Ils convoitent, ils se servent, ils partagent, ils profitent.

L'infirmière Piqûre évolue parfaitement à son aise au sein de cette troupe dont elle est la seule femme, mais où cela importe peu. Elle n'a jamais attendu d'eux qu'ils lui tiennent les portes, qu'ils évitent de dire des gros mots en sa présence, ou qu'ils mâchent la bouche fermée.

Après tout, quand vous avez vu vos compagnons d'armes ouvrir leurs braguettes devant les orifices encore fumants de leurs dernière victimes, les conventions sociales hein...!

Mais tout de même, avec cette histoire de cul portable, il y a quelque chose qui la chagrine, l'infirmière Piqûre.
Pas énormément, mais un peu quand même.
C'est à dire que dans leur périple, ils ont déjà dû se débarrasser de bon nombre de choses, souvent fort utiles aux yeux de tout un chacun, mais encombrantes, quand il s'agit de voyager au pas de course, et de traquer les criminels.

Or ce cul empaillé...il prend de la place, et n'est pas si indispensable puisque ce bon Jake trouve toujours à se satisfaire auprès de la population locale.

Elle sait qu'il l'adore son cul empaillé, et elle ne voudrait pas l'en priver...mais...mais...mais...il prend de la place dans leur équipement.

C'est alors qu'elle a une idée! Une idée à la fois brillante, et pragmatique qui leur permettrait de conserver la précieuse relique tout en lui trouvant un utilité.

Elle lève les yeux vers ses camarades, et désigne du menton l'objet :

"Dites-voir, y'aurait pas moyen de s'en servir comme d'un sac à dos?

Je veux dire, je sais qu'elle avait que la peau sur les os, mais tout de même, on devrait pouvoir y stocker 2-3 cartouches non?"

Abdoulaye se met a fouiner dans les ruines leur servant de refuge. Au bout de quelques instants, il tombe sur du papier et un feutre bleu. Il manque juste un peu de sang caillé pour avoir du rouge. Ca ne devrait pas être difficile a trouver. Le justicier "rédige" la futur pancarte des lois... Tout en oeuvrant pour améliorer ce monde, notre brave shérif n'en oublie pas moins les problèmes pratiques du quotidien.

En v'la une bonne idée! Un sac à fion d'Siobhan! Autant joind' l'utile à l'agréab'!
Ouuuu p'tet même une sorte d'hoslter.. Un peu encombrant non? Muahahah!

Les gros doigts boudinées lâchent enfin le feutre. Fier de lui, Abdou fait glisser la feuille en direction du noble Comte Von Krakoug et de son infirmière dévouée.

J'ai commencé par les armes... Après j'ai pensé aux aut' trucs importants qui fallait contrôler... Et c'est qui en a quand on y pense!