Le moine, la banshee, la sorcière et le vampire : rencontre mystique sous un saule pleureur.

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dernière modification de Annabelle Winterstiefield à 25/11 23:31
mots clés: L'épopée Transylvanienne, Comte Von Krakoug,

Comte Von Krakoug

Le moine, la banshee, la sorcière et le vampire : rencontre mystique sous un saule pleureur.



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Une nouvelle nuit de terreur se lève, sur le campement sinistre en bordure de l'inquiétant marécage. Cette fois-ci, en plus des silhouettes tordues des arbres morts, la pleine lune vient prêter son pâle éclairage aux deux corps décharnés qui pendent a une branche du vieux saule pleureur, sous lequel le Comte a déposé son cercueil. Les deux cadavres, battus par la bise, semblent valser amoureusement : réunis dans la mort, le vieux salaud le leur avait promis. L'index gauche raidit de la femme morte, au gré de sa balançoire, semble désigner comme coupable le long coffre de bois au couvercle vermoulu, juste sous ses pieds.

De la verge dénudée du second cadavre, pantalon sur les chevilles, un tuyau souillé de sang caillé et ne délivrant plus aucune boisson sanguinolente descend pour aller se perdre sous le couvercle de bois du réceptacle mortuaire, alors qu'un horrible petit chien crasseux et pelé, couvert de croûtes, aboie furieusement contre le dit tuyaux, assis sur le couvercle, à essayer de saisir la sonde de fortune entre ses dents. A coté du cercueil, mue dans un silence quasi religieux, l'infirmière aux yeux enfoncés plus profondément que jamais dans leurs orbites creuses cogne trois fois sur le couvercle : c'est le sombre signal. Le réveil nocturne de l'affreustrocrate meurtrier.

*BOM ! BOM ! BOM !*

Soudain, le couvercle s'ouvre brusquement, envoyant l'horrible animal jappant, s'écraser dans la boue à quelques pas de là. Von Krakoug se redresse. Assis dans la boîte feutrée, un bidon d'essence entre les genoux, il grimace douloureusement, en portant sa main décharnée au cathéter sale enfoncé dans son vieux cou de poulet. Les yeux rougis et cernés de l'abominable s'éveillent à la nuit, alors que les figures fort peu agréables des quatre assassins, réunis autour de la couche morbide, semblent le guetter avec autant de dégoût que de déférence.

Sans un mot, la femme à la tenue d'infirmière souillée de sang désigne un campement bruyant, éclairé par la lueur d'un nouveau feu de camp. Un campement plein de vie, où plusieurs personnes semblent veiller, en se racontant allez savoir quelles histoires de sorcières, de fantômes, et autres saloperies surnaturelles. Le vieux maudit hoche la tête, sans prononcer aucun mot : ils sont inutiles. Tous se sont compris. Lui, arrache sèchement le cathéter planté dans son cou, pour le laisser pendre mollement à la verge du pendu, et se lève avec majesté. Il enjambe le coffre de bois usé, tend ses bras maigres à Piqûre, pour que celle-ci lui enfile sa veste de velour mitée et souillée.

D'une voix quasi inaudible, l'odieux seigneur murmure à sa troupe :

"Nous descendîmes sur le dernier bord du long rocher, à main gauche, et alors ma vue pénétra plus avant vers le fond, où, ministre du haut Seigneur, l'infaillible Justice punit les falsificateurs, que là elle enregistre."

Les affaires rassemblées, jetées à la hâte dans le cercueil et tenues au secret par les lourdes chaînes rouillées, la bande d'outre-tombe s'était enfin mise en marche. La vile sorcière avait bien pris soin de souffler toutes les torches, si bien que c'est uniquement éclairés par la lune, que les abominables avançaient inexorablement vers leur prochain repas. En tête, le dandy infâme, tiraillé par la faim et la soif de sang frais, et à sa suite l'éternelle tarée qui se chargeait de ses soins, dévotement, avec la plus grande abnégation.

Le lourd cercueil était toujours traîné par la Sorcière des Marais, et Knudd le guerrier fermait la marche, en compagnie d'une Savannah maussade, en manque cruel de la bagatelle. Un silence de mort pesait sur la troupe, si ce n'était le cliquetis des chaînes, et les aboiements stridents de l'animal de compagnie de l'Oracle de mauvais augure. A mesure que les sournois avançaient, la clameur du feu de camp enflait; ils pouvaient presque entendre distinctement les sujets de conversation, au coin du feu. La progression était rapide et silencieuse. Facile...

Quand soudain, le Comte se figea. Son long visage gris crispé dans une expression de terreur, puis de colère. Les malheureux voyageurs étaient en vue, là, à quelques pas, ne s'étant toujours pas rendu compte de l'odieuse visite qui se profilait au seuil de leur maisonnée, et le vieil aristocrate, furieux, pointait un doigt tremblant en direction de l'un des membres du groupe, debout devant le feu, face à eux. Un moine ! Un véritable moine, en tenue de moine, ou du moins qui s'en rapprochait. Bardé d'icônes religieux, qui terrifiaient le vieux taré, et lui faisaient montrer ses chicots rosis par le sang...

Un *clic* sec, venu de derrière Von Krakoug, signalait le chargement de l'une des armes à feu... Dans le campement, pas de réaction... Et le Comte toujours figé, son vieux doigt maigre à l'ongle noir tendu dans le vide... Auraient-ils eu plus peur que lui, ces gens là, s'ils s'étaient retournés à ce moment là pour apercevoir le danger qui les guettait?? Allez savoir...

Annabelle Winterstiefield

Le moine, la banshee, la sorcière et le vampire : rencontre mystique sous un saule pleureur.


Nous tenions les gagnants du jour.
Sortie triomphante du marasme souterrain, la jeune compagnie post-apocalyptique avait sans doute fait preuve d'une certaine solidarité, bien que d'occasion, et d'un sens particulier du désir de vivre pour s'extirper d'entre les miasmes toxiques et les morts-vivants, pour enfin profiter d'un autre paysage, de perspectives nouvelles : tout aussi désolés certes, mais à l'air libre cette fois. Peut-être étaient-ils d'ailleurs des prédateurs en puissance, là dessous, les premiers des charognards, les plus glorieux des opportunistes, les plus cruels des fils de putes que les catacombes connaissaient aux temps de leurs exploits. Le dénommé « Chien » et sa clique avaient d'ailleurs défoncé le crâne d'un clochard commun, la veille, signe qu'ils comptaient, même au dehors, bien vivre sous le signe de la maudite violence qui empuantit bien des cœurs purs et de nobles âmes, en ce monde damné... Ils avaient néanmoins négligé de lui offrir un cérémonial macabre digne de ce nom, et l'avaient laissé dans un coin, comme une offrande aux vermines... Et lesquelles... A la bonne heure !
Nous tenions les gagnants du jour. Seulement, vint la Nuit.


Ce soir là, même renforcés d'un frocard, ce n'était pas la grâce de Dieu, qui s'était faufilée le long de leur destin à ciel ouvert, mais bel et bien un gang de scélérats qui n'avaient d'yeux que pour leurs bourses : leurs petites bourses, en effet ; mais surtout leurs palpitants.

Relativement peu alertes dans le confort relatif de leur campement douteux, ils ne semblaient même pas avoir entendu les quelques rumeurs que charriaient les odieux connards, tandis que ceux-ci avançaient pour se placer derrière leurs dos, qu'un ongle répugnant désignait maintenant par de petits cercles, parkinsoniens et occultes...



Ils n'avaient pas vu non plus l'Ombre qui s'était détachée du gros de la troupe pour faire une boucle rapide. Non, ils n'avaient pas vu la bestiole de la Nuit, vite débarrassée pour l'occasion de son serviteur canin et de son sépulcral paquetage – l'un étant désormais attaché à l'autre -, se mouvoir au delà du halo précaire que déversait leur maigre foyer.


Ils ne l'avaient pas vue, non, jusqu'à ce qu'elle fisse son apparition, aussi sordide que soudaine. Longue, noire et raide, à quelques pas seulement des flammes et des corps engourdis par les paroles, les messes basses, ou tout simplement un ennui monastique...


~~~



L'une des mains gantées se lève, face au tonsuré qui semble s'être pétrifié, à la vue de la pesante présence.

Cette main porte la tête de leur victime d'un jour, qui sera leur dernière. La bouche morte « vomit » un couple de cafards, tandis qu'un crabe de terre s'accroche à une paupière violette au dessus d'un orbite vide, et que d'autres créatures du Seigneur vibrionnent au creux de ses divers orifices.
Les doigts lâchent la tignasse luisante, et la chose pourrie vient rouler dans les braises, qu'elle éteint presque...

Les réactions ne se font plus attendre, face à cette salope de l'Ankou : qui de saisir son arme, qui de se redresser, qui de hoqueter d'effroi ou de colère.

La deuxième main de l'Ombre prend le relais de sa voisine qui s'abaisse. Elle se signe, comme une bonne chrétienne : mais avec un long couteau à viande.

Un seul mot est soufflé lugubrement, depuis la capuche de la Sorcière des Marais : Amen

Piqure

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Lorsqu'elle lui prodigue ses soins, une infirmière se doit de traiter le patient avec autant de fermeté que de patience.

"Monsieur, je vais devoir vous demander de ne pas bouger."

"Monsieur", c'est le dénommé Chien, qui a l'air de croire qu'une riposte est possible, à en juger par le piolet rapidement passé de sa ceinture à sa main.

Patience et fermeté donc.

La patience infinie se lirait sûrement dans les yeux de l'infirmière, si ceux-ci n'étaient pas si profondément enfoncés dans ses orbites qu'on en devine à peine la couleur.
La fermeté est au bout de son bras, tendu vers le patient d'un soir semblant le désigner comme coupable. Mais en lieu et place d'un doigt accusateur, c'est le canon d'un petit pistolet qu'elle pointe vers le malade.

Du menton elle désigne le piolet. Arme redoutable au demeurant, pour qui se retrouve devoir y opposer sa seule tête, mais dérisoire devant le déferlement de haine et de violence qui s'apprête à s'abattre sur le campement.

"Je vais également devoir vous demander de me remettre ceci."

Pas une seule seconde, le sourire chirurgical ne quitte le visage dément.
Le voyage s'arrête ce soir pour le Chien.
Terminus, descente de tous les voyageurs.

Combien de temps, à qui n'a jamais eu affaire à une arme à feu, faut-il pour faire le lien entre une détonation assourdissante, et une douleur fulgurante au genou?
Cela se joue en millième de secondes peut-être, centièmes tout au plus. Le temps que l'autre genou se dérobe sous la violence du choc et que l'on se retrouve face contre terre?


"22 Long Rifle, cher Monsieur. Ce n'est pas de la munition perforante voyez-vous? La balle est toujours dans votre genou, il va me falloir la retirer. On ne sait jamais."

Le piolet danse dans les mains de l'infirmière.

"Justement, cet outil que vous avez la gentillesse de me prêter sera parfait pour procéder à l'extraction.
Vilaine blessure que vous avez là."

Plus un regard vers le visage (peut-être terrifié, peut-être pas), de son patient désormais. L'infirmière Piqûre est concentrée, elle à une tâche compliquée à accomplir. Les regards peuvent créer de l'affect, et d'affect l'on ne doit point s'encombrer. Surtout quand on a que de faibles garanties quant aux chances de survies du malade.

Du bout du pied, elle retourne le corps du futur mort afin d'exposer la plaie presque légère, à peine plus grosse qu'un doigt qui indique l'endroit où la balle est entrée.

A genou devant Le Chien, elle sort de son sac deux objets à la fois hétéroclites et étrangement assortis : un gourdin clouté, et ce qui ressemble à une prothèse pour manchot.






Croyant voir dans la stupeur ou la terreur ou allez savoir quelle émotion du dénommé Chien une interrogation quant à la raison pour laquelle cette main factice vient d'être glissée dans sa propre main, l'infirmière l'informe d'un ton joyeux :

"C'est pour vous sentir moins seul! C'est comme si un copain vous tenait la main.

Et ça c'est pour ne pas que vous bougiez pendant l'opération."

SSSSSSSSCCCCCCCHLLLLLLLLLLANNNNNNG!

Le gourdin clouté s'abat sur l'autre main, la traversant, et la clouant sommairement dans le sol plutôt meuble.
L'opération va pouvoir commencer.

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A la fin de l'intervention, force est de constater que l'infirmière a opéré le genou blessé, l'autre genou, les coudes, les parties génitales, le cœur, les dents et le crâne enfin. (C'est ainsi parfois, en voulant traiter une pathologie on en découvre d'autres.)

A moins qu'elle n'aie juste laissé le piolet fiché là juste pour le ranger.
Toujours est-il que le patient a été soigné avec succès, il n'a plus mal au genou, ni aux dents, ni aux cheveux. La preuve? Il a cessé de hurler.

Un franche réussite de la médecine, en somme.


Savannah

Le moine, la banshee, la sorcière et le vampire : rencontre mystique sous un saule pleureur.


Parait qu'il répondait au doux nom de Krikéon Morlan.
Qu'il avait survécu à tant de misère avec ses compagnons de route qu'il était devenu un des leurs.
Que malgré tout cela, il aspirait à vivre paisiblement dans la magnifique ville de New Genesis. Manger à la Cantine de Leto, regarder Pulse s'allumer et s'éteindre, et Jack Genesis jouer à l'espion parce que personne d'autre n'est foutu de se coller aux basses besognes dans cette ville de tarés apathiques.

Il parait également qu'il n'a pas vu venir la lame de la crosse de baston, celle là même qui s'est abattue dans son dos, dessinant un sourire horizontale à hauteur de ce que l'infirmière Piqure appellerait D11-D12. En tout cas ça serait le cas si on était certain qu'elle avait fait des études.

Il était acquis par contre que ce grand coup de lame avait sectionné la moelle. Tous les signes étaient là. Absence de contrôle des muscles abdominaux, dont on sous-estime souvent la nécessité dans les mouvements respiratoires. Les sphincters anaux comme uro-génitaux avaient visiblement cessé de fonctionner. Merde et urine se mêlaient au sang sur le sol, ce qui ne troublait pas le moins du monde Savannah.

Ah si seulement on trouvait encore des fauteuils roulant dans ce foutu désert. Il aurait pu vivre paisiblement, poussé par un aide-soignant, qui lui torcherai le cul. Mais voilà, dans ce putain de monde, les paraplégiques, on les trouve là où on les a laissé.
Pour Krikéon, le sort avait été plus clément. La lame avait percé trop loin pour que sa vie fut préservée. Lorsque Sav' lui flanqua un énorme coup de pied dans le dos, le bas du corps resta immobile. Le haut lui bascula vers l'avant, dans une envolée intestinale et sanglante.

Une oreille collée contre le sol, certains auraient pu l'entendre murmurer quelques mots qu'en son absence on ne connaitra jamais. Savannah prendra plaisir à raconter qu'il avait demandé pitié. Mais qu'avec sa gueule trempée de sang et de pisse, elle ne l'avait pas écouté, et était simplement allée attiser le feu en regardant agoniser, un sourire au coin des lèvres.

Comte Von Krakoug

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A la stupeur et à l'effroi du Comte devant le moine défroqué se succèdent bien vite la surprise et enfin la terreur, dans la bande de petites frappes qui se félicitaient encore quelques minutes auparavant de leur crime odieux : le tabassage en règle et l'assassinat d'un SDF de passage, laissé à pourrir après avoir été dépouillé de ses maigres biens... Un SDF moins la tête, puisque celle-ci avait servi à l'entrée théâtrale de la sorcière sur la grande scène. "Non" Une femme secoue la tête, semble nier l'évidence, alors que le Noble déchu lui montre le corps sans vie, d'un air fortement désapprobateur.

Autour de lui, la curée à commencé, les corps à corps sont brefs : la troupe de malfaisants n'a quasiment pas passé une lune sans se battre ni massacrer personne... Il faut bien le dire, les corps comme les cœurs se sont rôdés à l'exercice; de nécessaire, la besogne est devenue habituelle, puis enfin, plaisante. A la soif de sang du vieux malade, s'est insidieusement mêlée, au fil des semaines, la faim la plus tenace qui puisse lui tirailler les tripes : la faim de ses semblables. Ajoutez à cela les transfusions sanguines douteuses, l'exercice quotidien au grand air, et l'apport plutôt extrême en protéines : le vieux malingre est devenu un véritable poison, bien plus fort physiquement que la moyenne, dans ce monde de famine, et fort soucieux de le montrer à ses semblables.

Tremblante, l'infortunée pillarde débutante recule, en brandissant d'une main fébrile et mal assurée, un couteau de cuisine encore poisseux du sang de sa dernière victime. L'enculé en veste de velours secoue la tête; avec une vigueur quasi surnaturelle, il envoie sa lance, qui se fiche comme dans du beurre dans l'épaule gauche de la sournoise femelle, la traversant de part en part. Avant même qu'elle n'ait le temps de réaliser, le vieux dément est déjà contre elle; il a saisi la frêle main blanche qui tenait toujours le couteau, et gratifie la vilaine d'un coup de tête qui lui écrase le nez, dans un craquement désagréable.

"Misérable petite catin ! Voyez ! Voyez où vous ont conduit vos si peu vertueux agissements ! Pute !"

L'horrible main décharnée du vieux corbeau malfaisant accompagne la jeune main rose, dans laquelle le couteau est fermement maintenu par la poigne du Comte, vers l’œil de la femme. Mollement, elle tente de résister; pas assez sonnée pour échapper à l'effroi que procure l'arrivée de la pointe d'une lame crasseuse contre sa propre rétine, imaginez donc... Mais difficile de résister avec un nez cassé et une lance fichée dans l'épaule... La pointe crève l'iris, s'enfonce doucement dans le globe oculaire, et enfin, au fond de l'orbite. Le corps tombe lourdement au sol, sur le ventre, la tête tournée sur le côté, un œil ouvert, figé dans une expression de terreur, et l'autre complètement caché par l'arme de cuisine enfoncée jusqu'à la garde.

Von Krakoug saisit la lance toujours plantée dans l'épaule de la très décédée pillarde, et regarde autour de lui; ses yeux hagards semblent chercher quelqu'un en particulier... Il vocifère :

"Le moine ! TUEZ LE MOINE ! Tuez le moine, ignorants ! Ou pas un seul d'entre vous ne sauvera son âme, je vous le dis ! S'il fuit nous sommes perdus ! OU EST-IL??!!"

L'espace d'un instant, il avait cru apercevoir le tonsuré aux prises avec la sinistre sorcière encapuchonnée...

Annabelle Winterstiefield

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Elle marche tranquillement, les mains enfoncées dans les poches de ses larges voiles, à côté de l'animal qui se meut à quatre pattes, contre la terre stérile. Ils évoluent ainsi, comme des escargots, en direction du désert profond. L'infortuné balbutie des paroles incompréhensibles. Peut-être des adresses aux cieux. Ou alors des anathèmes.
On ne saisit pas bien, effectivement.
Une grosse couche de latex couvre l'intégralité de sa tête.







L'Ombre s'arrête un instant, et observe les ténèbres environnantes. Une ondulation de la partie haute du vêtement, au niveau du buste et des épaules, indique qu'elle prend une longue inspiration. Une grande bouffée d'air vicié.
Au loin, on entend les dernières clameurs d'un massacre. On entend surtout l'enflure tempêter, à propos d'une malédiction à venir, et sa silhouette malade s'agite au devant d'un feu qui reprend de l'aplomb.
Maudits, ils le sont tous, oui. Et certains plus que d'autres...



Profitons de ce maigre silence, veux-tu bien, pour prier.



Annabelle enlève sa capuche et s'agenouille pesamment, auprès du Vogon à la ramasse, pour venir lui saisir d'un coup sec les poignets, au bout desquels se trouve des mains dont un doigt sur deux a été douloureusement cassés, à la faveur d'un décapsuleur de limonadier.



Si tu crois en Dieu, alors tu crois aux extraterrestres.
Moi, je ne crois pas. Je sais.
Mais quelqu'un va prier avec toi. Il va prier ses Dieux. Avec toi.




Elle force les membres à se joindre paume contre paume, du mieux qu'ils peuvent ; l'on dirait un frémissant petit buisson de chair et d'os, mal taillé. Penchant un peu plus sa tête vers le masque, elle se sert d'un majeur et d'un index tordus pour déplacer ses mèches blondes qui lui barrent un côté de la face. Oeil vert et œil glauque se mettent à se révulser, pendant trente secondes, tandis que lèvres mi-saines et mi-pourries tremblotent.
La pression sur les jointures se fait plus écrasante, et on dirait bien, l'espace d'un instant, qu'elle va aussi finir par lui broyer les avant-bras, mue par une force inhumaine.
Chose qui n'arrive pas, tandis que les deux pupilles reviennent sur un plan horizontal, et que la pulpe monstrueuse cesse d'osciller.



Un ange passe. Sans que les paupières ne bronchent. Un regard gelé.



Et subitement, surgie des profondeurs ventrales et pulmonaires de la « Sorcière des Marais », une voix grasse, extrêmement lourde, se lance dans une sorte de mantra putrescent, et déverse les étranges syllabes à la même vitesse qu'un camion citerne faisant du cul à cul avec un tractopelle, sur une mauvaise route de campagne. Des fausses narines grotesques, le moine -ou assimilé- peut sentir les étranges et infâmes remugles pétrolifères que dégage l'haleine de la Winter.


Myurlakt'rok ifj kurdoom mgrht'frthra.

Nartkfm t'ka hur kurdoom mgrht'frthra.

Yoortuk'rok ifj kurdoom nurmf'th.




Sur ces bonnes paroles, prêchant à n'en point douter un message de paix et d'amour universel à travers l'ensemble du cosmos, la grande escogriffe se redresse lentement, tout en agrippant l'affreux masque de farce et attrape, qu'elle arrache bientôt du visage du religieux...
A la place de son cuir chevelu, où se trouvait auparavant une magnifique tonsure : des petites rivières sanguinolentes, qui dégoulinent et s'embrassent sur un crâne qui nécessiterait quelques opérations...à l'agrafeuse, peut être...



~~~



Alors que l'ermite rampe vers sa misérable destinée, allant sans doute errer à la recherche d'un signe quelconque entre les cailloux d'une morte pampa, vivre de gouttes de pluie au creux d'un tronc d'arbre mort, ou tout simplement crever comme une merde, l'odieuse mutante tombe elle même à quatre pattes...
...pour se mettre à vomir de grandes plâtrées d'un liquide ébène, épais, gluant et chaud, dont la chose la plus ressemblante pourrait être...du goudron liquide... ?



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Ludvig-Salazar, Ludvig-Salazar...



La voix éraillée de la Sorcière des Marais paraît bien faible. L'oeil est vaporeux, son visage semble luisant de sueur.
C'est presque titubante qu'elle vient agiter sous le nez du malfaisant saigneur le scalp immonde et rougeoyant de l'ancien tonsuré...



L'Enfer a ouvert ses portes, et ses griffes ont emporté le régulier... Vois le trophée...suspends le à ta lance pour déjouer les maléfices...car Ils arrivent...en masse...