La Llibreta Dolça - De l'égout au caniveau.

Chapitre débuté par Dulce Cloaca

Chapitre concerne : silkroad, Le Sac, Dulce Cloaca,

Elle était rapidement tombée sur une cavité plus grande. Les tunnels partaient dans toutes les directions ; un joli labyrinthe. Il ne lui manquait plus qu' un type dont la transformation génétique pour avoir une bite de taureau aurait mal tourné. Un temps, elle avait cru qu'il s'agissait du Bunker du gamin, et qu'elle avait touché le jackpot ; mais non, ça puait la merde, la mélasse et le faisandé. C'était un véritable gruyère, la-dessous. D'origine humaine, certainement, d'avant le Crash, même. Oué, elle n'était pas conne, elle en avait entendu parler, dans un caravane-sérail de la surface. D'anciennes villes, totalement rasées, dont il ne restait que les fondations et le réseau souterrain. Certains y tentaient leur chance, en espérant remonter une relique de l'ancien temps. La plupart s'y égarait et finissait par crever ; pourtant, y avait toujours un gars, qui connaissait un gars qui avait fait fortune comme ça.
 

Après quelques aller-retours, à tâtonner pour se frayer un chemin dans l'obscurité, en espérant que des conduits d'aération offriraient aussi un peu de lumière, elle finit par se faire une raison ;  si des gonzes avaient du y survivre pendant des mois, peut-être des années, il n'y avait plus grand monde qui trainait dans les parages, et le coin avait déjà été ratissé en long et en large. Les derniers occupants avaient aménagé à leur sauce, fait tomber des cloisons, percé des jonctions entre les égouts et ce qui ressemblait à un ancien métro. Mais aujourd'hui, c'était un cimetière à rêves.
 

Elle termina tout de même par mettre la main sur un type consentant. Enfin, un cadavre. Avec les jolies traces de découpe qu'un boucher débutant laisse sur l'os. Charmant. Il fallait faire gaffe ; comme là-haut, donc. Elle avait avisé que le malheureux avait encore une cross de hockey ; elle s'était permise de lui emprunter. 
 

« T'en auras plus besoin, hein ? »
 

Elle grogna. Putain, Captain Obvious, le type avait des vers dans l'orbite gauche, il serait bien incapable de bouger son bras sans y laisser son articulation. Pouvoir raffermir sa poigne sur le manche la rassurait : elle laisserait quelques ecchymoses au premier salopard qui tenterait de la prendre par surprise. Elle continua son exploration, manquant de se foutre par terre un paquet de fois : le sol ressemblait à la peau en fusion d'un adolescent en rut, de ceux qui ont choppé la petite vérole. 
 

Elle tomba alors sur un groupe de survivants. De survivantes, plus exactement ; et elles avaient l'air ouvertes à l'idée de bosser avec elle pour regagner la surface. Elles avaient chacune leur caractère, et la patronne, une dénommée Vixen, avait des idées bien arrêtées sur l'intérêt des hommes. Visiblement, ça se résumait dans l’assiette. Fallait se faire à l'idée, de bouffer du ragout d'humains. Ce n'était pas tant le goût qui posait problème, Dulce avait bouffé de la purée qui aurait fait vomir chien de pakistanais. C'était l'idée. Rien que d'y penser, elle avait la gerbe. 
 

Les belles histoires ont des jolies fins. Ou, au moins, l'héroïne s'en sort haut la main. Et pour l'instant, Dulce se demandait si elle avait l'étoffe. Elles avaient rejoint la surface, rencontré une Russe pommée, traversé la chaîne de montagne, pour tomber sur de généreux bienfaiteurs que Vixen avait appelé à la rescousse. Pour une bouffeuse de couilles façon tournedos sauté sur braise, elle n'avait pas de mal à faire appel à des hommes pour s'en sortir ; on pouvait lui reconnaître un certain pragmatisme. 
 

Les types tombaient à point nommé, il fallait avouer : les réserves et l'état de la troupe étaient en loque. Le moral n'était pas au beau fixe, et Dulce avait réfléchi plus d'une fois à filer à l'anglaise avec tout ce qu'elle aurait pu chopper. Mais la patronne veillait au grain. Et elle s'était un peu attachée à cette bande loufoque de détraquées. Le sauvetage en camping-car rebattait, certainement, les cartes ; on verrait ce qui les attendrait, plus tard. 
 

Dulce avait décidé de faire ami-ami avec les inconnus. Après tout, ils lui avaient filé de quoi passer la nuit, et ce soir, elle espérait pouvoir gratter un bout de banquette. Mais avant ça, elle avait besoin de voir un doc. Putain oui, c'était pas gagné, mais si elle continuait à se vider comme ça, elle allait y passer. Ou salir les chaussures de quelqu'un. 
 

Elle alpagua le premier trou duc qui passait, pour exposer sa requête. 
 

« Vous avez un putain de docteur, dans votre boutique ambulante ? Y a un type qui s'y connaît ? »
 

C'est le grand manitou qui hocha de la caboche. Il n'était pas exceptionnellement loquace, et à voir sa mine tatouée de traviole, l'aventurière ne put se retenir de penser à un iguane pelé. Un grand iguane pelé, façon dragon du Komodo qui aurait trop pris le soleil. Enfin, se faire soigner par un lézard, c'était toujours mieux que de crever en lâchant le contenu de ses entrailles, soit quasiment rien, en fin de compte. 
 

Ils se posèrent tranquillement dans le camion, pendant que d'autres s'occupaient, à l'extérieur, de trouver de quoi survivre, ou à se soulager comme on peut. Faute de steaks, on mange des bites, il paraît. C'était pas le genre de Dulce ; elle avait toujours su éviter de passer à la casserole. Et le doc ne semblait pas se préoccuper de son cul plus que de coutume. Un point pour toi, mon bonhomme. Il l'écouta tranquillement, et lui fila de quoi boire ; ça tombait à point, elle avait le palais aussi sec que le désert en été, et les lèvres gercées comme une crevasse sur Mars. Et il y rajouta, sur la lame de son couteau, une petite touche de poudre de perlimpinpin, à se fourrer dans la narine. Okey, on est potes maintenant, mec.
 

Elle ne se fit pas prier ; pas qu'elle soit camée, mais de temps à autres, quand tu viens de perdre tout ce que t'avais, quand tu dois passer quelques semaines au fin fond de la terre, au milieu des déjections et des cadavres, quand tu as du bouffer ton congénère pour assurer ta survie, que tu retrouves enfin à l'air libre pour te cailler les miches et crever de soif, t'as le droit à un remontant. Le moral, c'est important. 
 

Elle avait rapidement repris du poil de la bête, l'audacieuse. Elle avait fait ce qu'on lui demandait. Elle était restée à l'écart des bagarres, avait réussi à ne pas se mêler des embrouilles des filles avec un type qui s'appelait Max. Ça ne la regardait pas. Et puis, se faire cogner, très peu pour elle ; Vixen avait déjà pris une dérouillée, ça suffisait pour les droits des femmes ; et la petite cliquette se battait avec la Russe pour séduire un mâle assez riche pour s'offrir leurs services. Le cametard avait été abandonné pour que toute la clique saute dans une embarcation à voiles, direction le Sac. Drôle de nom pour un ville, mais c'était toujours mieux que de se noyer dans merde, donc elle estimait que sa situation s'était sensiblement améliorée. 
 

Elle avait débarqué avec le gros de la troupe, sur un ponton de bois qui n'en menait pas large. Chacun s'était affairé à décharger son barda ; l'avantage, quand on voyage léger, c'est qu'on a pas à se taper la manutention. Elle avait poussé la porte de ce qui servait de rendez-vous à tous les pauvres types du coin, à vue de nez. Y avait de tout, et ça lui convenait : plus facile de se fondre dans la masse. On l'avait séparée de ses compagnes de voyages, qui devaient déjà mouiller la chemise pour gagner leur vie. On lui avait dit, pourtant, qu'il y avait des affaires à faire dans la bourgade. Elle comptait bien se renflouer et gagner sa croûte, comme tout le monde. Enfin, si possible, un peu mieux.