Retrouvailles à la plage

Chapitre débuté par Azazel

Chapitre concerne : laura, Azazel,

Ce texte vaut une bière !
[Ecrit avec le joueur de Laura]  


  Une petite silhouette solitaire est occupée sur le pont d'un navire à préparer son prochain départ son mer. Elle s'assure que tout est en règle avant de retrouver sa compagne et son fils, tout ce petit monde devant bientôt arriver. Une dernière ronde pour vérifier que tout est en règle tandis que la radio s’éveille brusquement. A mesure que la fréquence est réglée, ce qui n’était qu’un soupçon devient une évidence. Un murmure languissant est à l’autre bout :

- Psssssst ….
- Laura….
- Lauraaaaaaa …..
 Laurrraaaaaaaa

La jeune femme ignore d'abord cette voix désagréable qu'elle ne reconnaît que trop bien.

- Dites moi, l’eau est-elle bonne en cette période de l’année ?

Un sourcil d'irritation, elle approche de la radio dans l'intention inutile de l'éteindre et mettre fin à cette nuisance.

- L’air marin fait des merveilles pour les corps fatigués vous savez ?

Un soupir, une hésitation puis la dénommée Laura choisit de répondre.

- Que veux tu Azazel ?
- Vous ne donnez plus de nouvelles madame Laura…. C’est… blessant vous savez ?
- Après…. La bonté que je vous ai manifestée…. Après tout, ne vit-elle pas encore ?
- Celle qui a perverti votre loyauté ?
- Je suis las de tes faux semblants, viens-en au but puis laisse moi tranquille.
-Vous avez fait de forts mauvais choix, ma bonne amie…. Fort mauvais…. Il vous faudra en payer le prix.
- Payer le prix ? N'as tu pas déjà suffisamment de gens à tuer et à intimider avant de venir me demander des comptes ? Dis moi ce prix à payer est...

Sans laisser à la jeune femme le temps de finir sa phrase, un agresseur plonge sa lame dans le dos de Laura tout en lui masquant la bouche de la main. Prise totalement par surprise, la petite blonde se débat comme une diablesse, tentant de viser les yeux et de mordre la main de l'intrus. Un petit bout de femme sacrément coriace pour sa taille mais le combat est perdu d'avance. Tandis qu'elle agonise dans les bras de l'homme qu'elle reconnaît rien qu'à l'odeur, celui-ci lui susurre à l'oreille :

- Chuuuuuuut chuuuuuuut, n’ayez crainte, votre départ n’est que le début de l’histoire…. Guhuhuhuhu !

L’homme lui léche alors l’oreille en la laissant tomber à ses pieds.
Quand on meurt la légende dit qu'on voit sa vie défiler, avec ses regrets et ses moments de joie. Laura pensait avoir encore un plus de temps à partager avec ceux qu'elle aime dans un monde qui à ses yeux ressemblait déjà fortement à l’au-delà. Avant que le noir n'obscurcisse sa vision sa dernière intuition est que le démon n'en a pas fini avec elle.
Il saisit son arme à deux mains et entreprend de faire exploser sa boite craniène à coup de crosse. Cela ne prend guère plus d’une délicieuse minute. Et alors que le sang macule déjà la cabine du voilier, il commence à la découper. Méthodiquement il extirpe le cœur toujours frétillant et le croque à pleines dents. Il bascule sa tête en arrière et le laisse finir de se vider dans sa gorge avec délectation.
 
Azazel se curait les dents assis sur sa bécane. Les accusations allaient bon train dans la radio depuis quelques heures et il savourait l'instant présent.
La voix agaçante avait vaguement dit quelque chose d'inintéressant concernant une bagarre, seul à seul. Elle parlait de courage.
Azazel rit en crachant par terre. 
Levant les yeux il aperçut au loin la silhouette d'un être humain dans le lointain.  Il prit alors sa radio et vociféra quelques ordres.
Il démarra la moto et se mit à se diriger vers l'apparition, assez peu inexpliquée.
Une silhouette blanche se détache dans le désert sans fin. Une chanson fredonnée à voix basse.

Promenons nous dans les bois, pendant que le loup n'y est pas, si le loup y était...

Un gloussement nerveux soulève la blanche poitrine.

Le loup y était et il a mangé le petit chaperon rouge.

Sa tête qui bascule de droite à gauche alors qu'elle avance, le sable du désert brûlant ses pieds nus. Elle est partie sans rien d'autre qu'une longue robe blanche qui couvre une peau trop pâle pour les rayons d'un soleil ardent. Sa bouche est sèche et pâteuse, son ventre a arrêté de crier famine depuis longtemps et pourtant elle marche, pas après pas.

Laura, Laura, Laura...

Plus de larmes dans ses yeux, plus de vie dans son coeur, et sa raison qui s'efilloche un peu plus à chaque pas.

Promenons nous dans les bois...

De la poussière à l'horizon, mais l'azur semble fixé sur un autre point plus lointain. L'odeur de gasoil et le tonnerre mécanique semble incapable de la soustraire du but qui est le sien.

Le loup y était...
 
Fonçant à vive allure, Azazel reconnait la nouvelle arrivante dans cette journée délicieuse. Il sourit. Cerise sur un gâteau déjà fort goûteux. La dernière fois qu'il avait vu Hécate, elle plongeait sans prévenir d'un bateau se dirigeant vers la Crique. Tant de couardise avait estomaqué le démon. Les humains sont si faillibles ...
À quelques encablures d'elle, Azazel entreprend un dérapage controlé du plus bel effet afin de soigner son entrée en scène. 
La roue arrière chasse un peu trop...
C'est ainsi qu'il arrive jusqu'à Hécate, rapant lamentablement sur le sable sa face édentée.
Se relevant douloureusement, il saigne abondamment du nez. Cela ne semble pas affecter pour autant son assurance.
Il s'approche alors au plus près et se rend alors compte que son corps a du mal à suivre. La chute a été plus violente qu'il ne le pensait.
Il montre néanmoins ses quelques dents et dit :


- C'est aimable à vous d'être venu jusqu'ici.
Vous connaissez la différence entre un bon clown et un mauvais clown ? Le bon clown il vous fait rire, le mauvais clown aussi, mais pas parce qu'il est drôle, juste parce qu'il est grotesque. Vous me direz le résultat est le même puisqu'au final vous riez...

Le vautrage pathétique du motard maladroit a de quoi faire rire, mais elle n'en a plus vraiment la force, ou l'envie, ou les deux. L'azur se pose sur l'homme, suivant ses pas peu assurés jusqu'à elle. Un voile d'incompréhension parcourt son regard, qu'accompagne un lourd silence qui se brise brusquement sur une exclamation enfantine.


Ah oui, l'Ordalie, le jugement de Dieu...

Elle tape frénétiquement dans ses mains comme si elle venait de trouver une solution à un problème apparemment insoluble. Son visage se lève vers le ciel, peut-être à la recherche d'une des puissances supérieures de ce monde. Mais à part les rayons brûlant d'un soleil qui a cramoisi sa face de craie, le ciel reste désespérément bleu et sans nuages.

Un pied qui s'anime, battant la cadence sur un rythme dans lequel pointe un agacement qui tend le corps gracile. 


Bon, c'est bon là...

L'azur qui se pose de nouveau sur l'homme en face d'elle.

Il est là, on est arrivé. Tu aurais pu prévenir qu'il puait autant, c'est infect.

Un sourire forcé pour exprimer sa gêne et sa tête commence à dodeliner de droite à gauche alors qu'elle marmonne des paroles incompréhensibles sur un rythme de plus en plus frénétique. 

Tête qui stoppe d'un seul coup, comme si quelque chose venait de se briser, sur trois syllabes prononcées plus clairement.


HE-CA-TE.

Puis le corps blanc et fragile semble s'affaisser sur lui-même, alors qu'elle rejoint le sol comme une marionnette dont on aurait coupé les fils. Le haut de son corps qui s'anime, d'avant en arrière sur un rythme lent de métronome.

Promenons-nous dans les bois.... Mais le loup y était...
L'étonnement est visible chez l'homme sans âge alors qui contemple les convulsions de la saltimbanque. Tant de fragilité dans cette humanité moribonde... tant de fugacité aussi.
L'intérêt qu'il avait porté à élaborer une punition pour l'insolente semble déjà s'évanouir. Mais il ne faut néanmoins pas en finir ici, elle aura certainement son utilité.

Au loin un nuage de poussière. Ils seront bientôt là.

Sans plus un regard il enjambe Hécate.

Le bruit du moteur est audible.

La déliquescence l'ayant privé de la terminaison de son appareil urinaire, il se contente de rester au dessus d'elle, immobile.

La fumée du camion se fait sentir.

L'urine coule le long de ses jambes. La déshydratation partielle de son corps rend ses fluides particulièrement nauséabonds aujourd'hui.

Les hommes mettent pied à terre.

A mesure que le flot pestilentiel s'étend, le trop plein tombe en averse sur le visage d'Hécate. 


-Guhuhuhuhu !

L'homme se retourne alors et se dirige vers sa moto. Il est déjà reparti quand ses hommes se jettent sur la femme sans défense.
Quelqu'un a dit : "La cruauté, c'est comme une maladie, çà s'attrape."

Il faut croire que les êtres qui se jettent sur elle, surement attirés par l'odeur infecte de leur maître qui a marqué sa proie, l'ont bel et bien attrapé. 

Il y a quelque chose de risible et de pathétique à voir ces hommes et femmes descendre de leur camion, bouffis de cette assurance que confère la force brute, qui s'emparent sans ménagements de la silhouette longiligne et fragile. A croire qu'ils viennent de capturer un dangereux démon sorti tout droit des enfers qui un jour les consumera peut-être. 

Les effluves nauséeux ne semblent pas les déranger outre mesure, prouvant à ceux qui en douteraient encore que l'Homme peut s'habituer à tout, même au plus abject. 

Certains visages lui seraient sans nulle doute familiers, si son esprit était encore capable de percevoir distinctement son environnement. Mais tous les visages se ressemblent lorsque plus rien n'a d'importance, lorsque les choses ont perdu toute saveur car on vous à ôté ce qui comptait réellement pour vous. 

Pourtant la vie coule encore sous la peau blanche. Comme celle de ces cafards que vous foulez du pied mais qui s'obstinent à bouger encore et encore, se débattant alors que tout semble perdu. A se demander ce qui peu encore animer cet être qui devrait être définitivement brisé.