Quelques lignes dans le sable...

Chapitre débuté par Amorpha

Chapitre concerne : basslyons, basslyons, mask, tiffany, outpost, Amorpha,

 Je suis restée captive suffisamment longtemps pour énoncer sans mensonge que je n'ai pas fait mes propres choix durant une bonne partie de ma vie. Je ne le vis pas dans le regret, j'ai même été plutôt bien lotie, Tiffany ne lançait pas les dés pour savoir si j'allais être la prochaine, j'étais nourrit tout aussi bien que les autres du groupe, même armée. Cette vie m'a beaucoup apprit mais m'a aussi éloigné d'un sentiment qui me paraissait essentiel.

Me voici à présent, à l'abris entre quatre murs, aussi étrange que cela puisse paraitre, me retrouver dans un endroit clos me paraissait primordial pour pouvoir m'évader. Le jour se lève, comme à mon habitude je respire cet air frais de fin d'hiver, du haut de la vigie, je ne me lasse pas de contempler ce paysage naturel où la main de l'homme n'intervient que pour abattre quelques arbres, en replanter d'autres et prélever un peu de roches des montagnes avoisinantes. 
C'est aussi à cette heure que je souffre tout à coup de ne pas être aimé, de sentir les bras puissants et réconfortants qui se refermeraient sur moi à regarder ensemble dans la même direction. 

Ce matin, le vent est plus fort que les jours précédents et balaye le sable en déplaçant les dunes, un morceau de bois se détache de l'une d'elle, à la hâte je prends le minimum d'équipement, un tournevis, un marteau, un sac et je sors du fort. Un homme masqué à également repéré l'objet, il s'approche, comme pour un duel nous sommes tout deux à mi distance, je ne sais pas d'où il vient mais je comprends son but.
Il retire son masque et me regarde, je le trouve tout à coup moins agressif, il me laisse l'opportunité de le regarder et je me sers largement, détaillant chaque partie de son visage, ses cheveux mi longs, sa barbe, sa bouche, son regard dont j'essaye de trouver une ouverture vers son âme. Cette situation me met mal à l'aise, je me sens vulnérable, dans ma précipitation j'ai oublié de charger mon canon que je porte dans le dos. cet échange de regard me fait penser à deux fauves qui se jugent l'un et l'autre avant de s'attaquer ou de s'ébattre. 
Il me laisse l'accès à la caisse, je l'ouvre doucement, aux aguets, prête à bondir en cas d'attaque, je range le précieux chargement dans mon sac puis je repars sans un mot, je le garde le plus possible en vue avant de retourner au fort. 

Cette étrange sensation m'empêche de trouver le sommeil plusieurs nuits de suite, je le revois lorsque mes yeux se ferment, quelque chose d'inexplicable m'attire vers lui, mais je n'ai pas prit le temps de lui parler, je ne sais d'où il vient. Cette caisse m'a détourné d'un sentiment qui me paraissait essentiel.

Je reconnaitrai cette silhouette n'importe ou, mon cœur s'emballe, je sers les points pour me ramener à l'instant présent, il est là, aux premiers rayonx du soleil, en haut de la vigie à regarder ce que la nature nous offre de plus beau. Je pense que j'ai commencé à l'aimer à cet instant précis où je me suis sentie dans ses bras juste en le regardant. Quelques mètres nous séparent mais ils ont sur moi l'effet d'un chemin de croix, je sens l'empreinte de mes talons sur le sol à chaque pas, mon stress augmente à mesure que l'espace qui nous sépare se rétrécit. Son esprit ailleurs n'a pas remarqué ma présence, pourtant je suis là, tout juste derrière lui, je n'ai plus d'yeux pour ce magnifique paysage, mon regard se fixe sur sa chevelure dans laquelle je m'imagine déjà passer mes mains, il est un peu plus grand que moi, mais ses lèvres pourraient être accessibles, je secoue la tête pour me faire sortir toutes ses pensées irrationnelles. Je ne sais comment l'appeler, je ne connais pas son nom, je me permets de poser ma main droite timidement sur son épaule et lui invente un nom qui pourrait lui aller.


- Mask ?

L'instant d'après, lorsqu'il se retourne, je vois deux yeux bleu profonds qui me regarde. Mes jambes ne me tiennent plus, devenue une poupée de chiffon, je baisse le regard, juste assez pour détailler la peau de son cou et l'ouverture de son col, je sens un frisson me parcourir. 

Longtemps je suis resté prisonnier de mon masque, a tel point qu'il est devenu mon symbole, puis mon surnom.

En tant qu'exploitant, il me protège de la poussière de la mine, des gaz toxiques, de l'amiante des vieux bâtiments, du sable. En tant qu'humain, du regard et de l'attention de mes semblables. Vous n'imaginez même pas à quel point un accessoire aussi voyant peut vous rendre invisible aux yeux des gens.
Je suis sorti de mon abri avec, et me suis aussitôt mis à la recherche d'une communauté digne d'être élevée au-dessus des autres. C'était mon but, mon obsession.
Après un essai infructueux, mes pas m'ont menés vers La Déchekrie.

Dès mon arrivée je me suis mis au boulot, abattant autant d'arbres que mes forces le permettaient, puis, je me suis spécialisé dans la taille de cailloux. Là encore, les ressources exploitées doivent se compter en tonnes. Puis charbon, fer,
etc ...
C'est à peu prés à cette époque, lors de ma formation en taillage de pierres, que la com' fut attaquée, sévèrement, brutalement. Les morts se comptaient par dizaines, mais les bâtiments tinrent bon. La Déchekrie devint l'actuel Outpost, les dirigeants furent remplacés, et remplacés encore, jusqu'à l'arrivée de Bass, qui, de manière militaire et efficace prit l'ancien poste occupé par Jansen. L'ambiance se fit plus légère, les habitants travaillaient avec plus d'entrain pour élever la com' toujours plus haut, pour moderniser les structures et réinventer une technologie perdue. Les visites et les échanges se firent plus nombreux. De gros groupes venaient faire leurs affaires puis repartaient, et parfois, certaines personnes restaient.

Amorpha en faisait partie. Et, derrière mon masque, mes yeux étaient bien fixés sur elle.

Une nuit, le vent découvre une caisse. Je la vois préparer rapidement son barda et sortir. Une femme seule, dehors...
Je pense que c'est un acte irréfléchi, je prends mon sac et décide de la suivre, à bonne distance. Aprés quelques heures de marche nous nous rapprochons de l'objectif, je lui laisse la primeur de la découverte.
Lorsqu'elle passe devant moi, lourdement chargée, j'ôte mon masque pour ne pas l'effrayer. Elle continue son chemin, sans dire un mot, et retourne vers l'Outpost. Une poignée de secondes plus tard, je prends la même direction. Elle lutte pour porter ses trouvailles mais ne demandera pas d'aide. J'adapte mon rythme de marche pour ne pas la rattraper et surveiller son derrière....
heu ...ses arrières.

Je pense que c'est à ce moment que je suis tombé amoureux d'elle.

Sitôt rentré, j'enlève mon masque, pose mes affaires dans mon taudis et je repars vers mon endroit préféré dans la com' ; la vigie. On pourrait croire que je regarde le paysage mais mon esprit est trop occupé pour s'en soucier.
Une main se pose alors sur mon épaule, trop délicatement pour que ce soit une menace.

La belle est là.

 
 Le temps s'éternise, comme si nous nous interdisions l'un et l'autre de nous éloigner. Je m'accroche à ce qui me parait essentiel. Les minutes se distendent, je sens mon corps serré contre le siens et ne prète pas attention à mes pieds sur le sol froid et aux poils de mes bras qui se soulèvent et tremblent malgré le soleil naissant. 

L'opportunité de se connaitre est quelques choses de merveilleux, celle de s'aimer est indispensable. Durant ses présences à Outpost, je mesurai chaque moment où il m'etait permit de le voir, de le caresser, de l'embrasser. Nos nuits plus ardentes que nos jours où mes yeux errants se forçaient à rester ouverts malgré l'obscurité, à la recherche de cette silhouette, dont j'avais imaginé les douceurs juste en le regardant marcher, en appréciant ses yeux posés sur moi comme d'infinis caresses dont on n'est jamais rassasié. 

Mon cœur s'était éprit de Daryl (Mask), son corps robuste me portait le soir jusqu'à notre lit. Comme je rêvais qu'il en soit ainsi encore aujourd'hui, mais Bass l'avait envoyé en mission. 

J'écoutais sans plus m'en rendre compte la même musique sur le vieux poste radio ; de longues balades tristes ou des chansons qu'il appréciait. Je m'asseyais sur la chaise où il se tenait et espérait naïvement que ça le ferait surgir, je caressais son oreiller avant de le serrer contre moi, triste attache lorsqu'on a perdu sa bouée. Je fermais les yeux et l'imaginais devant moi souriant, amoureux, impatient. La douleur était si vive et dépassait de loin ce que je me croyais capable de ressentir. 
Je prenais alors la radio, et suppliait qu'il reçoive mon message, lorsque sa voix en retour me répondait faisant chanter ses mots comme une douce musique je constatais qu'un lien unique s'était créé, un lien qu'on tisse à deux, même sous les mots de surface, chacun sentait battre la sourde tristesse de notre séparation provisoire.

Même s'il n'est pas à mes côtés, je sens sa présence, il est là pour moi comme je le suis pour lui alors je suis heureuse. Il faut savoir se séparer pour avoir le plaisir de se retrouver. 

Encore une fois l'homme devait partir en mission, et laisser sa douce dans leur maison de l'Outpost. Maison créee récemment de ses propres mains.
Il était cependant rassuré de la savoir à présent protégée de murs en pierres solides, à l'écart du passage des visiteurs, dont certains semblaient peu recommandables.
Heureusement, il avait une entière confiance en elle et en ses capacités pour se défendre, ce qui lui laissait l'esprit libre pour mener à bien les missions d'exploitation nécéssaires à la survie de la com'.

Cette fois-ci il devait ramener plusieurs centaines de kilos de minerais, ce qui prendrait plus d'une dizaines de lunes à son acolyte DBoon, et à lui.
A quoi pouvait donc servir l'extraction d'autant de houille...?
Et dix lunes loin d'Amorpha... une éternité... cela en vallait-il la peine ?
C'était, semblait-il, le "prix à payer" pour bénéficier d'une relative liberté à l'Outpost. Cette communauté, comme toutes les autres, n'aimait pas trop les tires-aux-flancs.

Ce matin, aprés d'ardents adieux, il avait préparé son travoi, enfilé des vetements propres (luxe qu'il n'avait que depuis sa rencontre avec sa douce), et attaché son masque sur son épaule.
Pour l'occasion, elle l'avait ensuite accompagné jusqu'a la lisière de la foret avoisinante.
Le langoureux baiser du départ avait faillit mettre un terme prématuré à la mission. Il avait objectivement plus de raisons de rester que de se mettre en route...
Il se retourne une dernière fois, regarde la délicate silhouette qu'il connaissait à présent sur le bout des doigts, lui adresse un large signe de la main et grave ce moment dans un coin de sa tête.

Comme lors du dernier départ, il se jure de ne plus jamais partir loin de sa belle. Promesse vaine cependant, il ne le savait que trop bien.
Il y aurait toujours une mission suivante, puis une autre, puis encore une, jusqu'à une erreur de sa part dans les galeries instables de la mine, ou une rencontre délétère.
Sombres étaient ses pensées, lourd était son coeur, lorsqu'il prit le chemin du Nord.