L’Oeil d’Insalzard


par Menear
 

 

— Chapitre 6 —

 

Lorsque la curieuse troupe arriva aux alentours de la citadelle, le soleil faisait sa réapparition dans le ciel encore brumeux et gris ; pas un de ses rayons n'avait caressé la terre depuis l'impressionnant orage de la veille. Camus était en tête du cortège et il dirigeait ses hommes de la main dans les chemins tortueux du mont Argon, ils se faufilaient comme ils le pouvaient à travers d'étroits sentiers de terre boueuse. Après quelques minutes d'ascension ils firent une halte, mirent tous pied à terre et attendirent les instructions de leur guide de circonstance ; il monta sur un petit rocher haut d'une cinquantaine de centimètres et s'adressa à ses soldats ainsi qu'à ses invités :

- Mes amis, ici se termine notre bref voyage. Nous allons pénétrer dans la citadelle d'El Tenadze, aussi appelée Temeros. Par respect des lois sécuritaires de notre pays, je dois vous faire prêter serment à vous qui n'avez jamais mis les pieds dans cette ville qui m'est chère.

Il se tourna alors vers Ingveil, derrière lui se trouvait Miklaud et Neck ainsi que le mystérieux conseiller de la Princesse dont personne ne connaissait le nom. Mellia n'était pas concernée par cette mesure de sécurité, étant donné qu'elle avait, à maintes reprises déjà passée le seuil de la cité dans sa plus tendre enfance jusqu'à son âge adulte. Camus poursuivit solennellement son discours respectant fièrement les lois et coutumes de sa patrie qu'il servait avec passion et dévouement :

- Conformément aux textes de lois en vigueur dans mon pays, je vous invite à répéter ses paroles : Moi, étranger à l'impériale patrie d'El Tenadze, je jure devant les dieux de ne dévoiler à quiconque, ennemie à cette même patrie, des renseignements de sécurité nationale ou de dissimuler et dérober ce même genre de renseignements, si je ne respecte pas mon serment, il sera convenu de me rendre à la citadelle pour y être jugé par la cour royale de Temeros.

Tous les quatre répétèrent cette phrase plus ou moins forcés, l'étrange homme de main de la Princesse Mellia, qui n'avait encore proféré aucune parole mit du temps avant de dire la phrase, sa voix était rauque et il forçait à chaque parole, à chaque mot, à chaque son qu'il émettait, lorsqu'il récita la phrase dite d'entrée dans la cité, tous le regardèrent du coin de l'œil et tous mise à part la Princesse eurent un sentiment de terreur envers cette voix étrange et effrayante, mystérieuse et obscure, une voix d'outre-tombe qui n'avait rien d'humaine. Après un court moment de silence où les ténèbres se propagèrent entre les hommes apeurés, Camus brisa ce silence et invita ses hôtes à le suivre :

- Bien, dit-il, nous n'avons que très peu de temps si nous souhaitons dîner à la table du Roi, Sa majesté Desvar, il faut nous hâter même s'il ne reste plus beaucoup de chemin à parcourir.

- Mais où est donc cette citadelle, je ne la vois nulle part ?

Miklaud n'obtint comme réponse qu'un simple mouvement de la main d'un Camus de plus en plus noble dans ses gestes et ses paroles. Derrière lui se trouvait un ciel brumeux et nuageux et ni Miklaud ni ses compagnons ne comprirent l'attitude de Camus. Il précisa alors son explication :

- Ce que vous voyez n'est qu'un leurre ! Je m'explique, c'est derrière cette illusion, si cela vous convient mieux, que se trouve Temeros, elle est masquée par un voile artificiel conçu dans notre fière cité. Moi, ainsi que mes hommes la voyons parfaitement du fait que nos yeux sont habitués à cette tromperie, il vous faudra du temps avant de véritablement l'apercevoir, c'est cette technologie qui fait d'El Tenadze le plus avancé des royaumes dans ce domaine. Si vous prenez Dolomée en exemple, veuillez accepter mes excuses Princesses pour l'offense que je vais très certainement vous faire en dévalorisant de la sorte votre royaume, ce n'est qu'un petit pays, chaleureux certes mais qui n'a aucune prétention à égaler la technologie de ma patrie. Sur ce, je vous invite à découvrir de vous-même ce à quoi j'ai fait allusion, bienvenus à Temeros !

Il se retourna alors vers une petite clairière et fit signe aux autres de le rejoindre, lorsque tous, y compris les animaux furent à ses côtés il fit un signe de la main et tous les vingt et un hommes disparurent, s'évaporant ainsi dans l'air ambiant, seules quelques traces de pas et un peu de poussière qui volait encore du fait de leur bref passage témoignaient de leur venue.


 

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