L’Oeil d’Insalzard


par Menear
 

 

— Chapitre 3 —

 

Les trois cavaliers arrivèrent sur les lieux, masqués par un immense nuage de poussière ; à leurs pieds le corps d'un gigantesque dragon dit "Lervy", dragon des sables, jonchait le sol, inanimé et dont l'épaisse peau rugueuse laissait à présent écouler le sang, écarlate et fumant, au pourtour du corps aux dimensions démesurées du défunt animal. Lorsque la poussière et la fumée furent dissipées les trois soldats, un à un, laissèrent leurs montures respectives puis se placèrent en cercle autour du cadavre. Ingveil inspecta la peau de l'animal, sur le flanc gauche elle avait été perforée en une multitude d'endroits, aléatoirement, du bout du museau jusqu'à l'extrémité de la queue. La bête étant allongée sur le côté droit, on ne pouvait que deviner une large plaie ouverte puisque, d'après l'étendue et la quantité du sang qui ne cessait de s'écouler sur la verte prairie de la vallée, c'est de là qu'il provenait. Cinq individus vêtus de curieuse façon s'approchèrent du dragon, ils firent mine de ne pas remarquer Ingveil, le plus proche d'eux, ils observèrent le corps et continuèrent de parler à voix basse, le jeune soldat fit de même :

- Ceux qui l'ont tué ont utilisé ces billes.

Il retira une petite pièce de plomb du corps de l'animal et la tendit à ses compagnons.

- Ils se sont probablement servis de canons, mais la dimension de ces billes me laisse perplexe. Je n'ai jamais rien vu de tel.

Un des cinq individus prit alors part au débat :

-Non, pas un canon !

Ses compagnons se mirent alors à rire bêtement et le silence se posa de nouveau. Les cinq hommes étaient étrangement vêtus, Ingveil n'avait cessé de les observer, ils portaient tous une armure légère faite d'un alliage inconnu à ses yeux, ils en étaient recouvert des pieds jusqu'à la tête et seule une cape bleutée très discrète était constituée de tissu, le reste du corps n'était que métal. Il reconnut tout de même le symbole d'El Tenadze, gravé sur la droite de leur plastron.

-Faut'pas rester ici, vous n'avez rien à y faire ! Dit l'un d'entre eux.

Ingveil se mit en travers de sa route, en rejetant sa cape vers l'arrière et en apposant sa main droite sur la garde de son épée, et lui fit opposition :

-Je suis encore sur mes terres, me semble-t-il, et les soldats d'El Tenadze n'ont aucun droit sur ces vastes contrées, qui sont d'ailleurs à bien des lieux de votre citadelle.

Sur ces paroles, des plus inhospitalières, deux personnes vinrent à leur rencontre. Il y avait une jeune femme vêtue d'une jupe très courte et d'un bustier, court lui aussi, elle avait placé une légère veste pâle sur ses épaules, ce qui était compréhensible vu la lourde chaleur qui régnait dans ces pleines arides en cette fin de matinée. Ses cheveux bruns brillaient au soleil et se mettaient en parfait accord avec ses yeux d'un bleu profond, le ciel pourtant dénudé de quelconques nuages paraissait bien fade à coté. Malgré la chaleur et la fatigue qui la rongeaient elle avançait, toujours plus vite, sans jamais quitter des yeux le cadavre de la pauvre bête. Le vent et la poussière qui volait à ses côtés semblaient l'accompagner dans sa tache, son charme, quant à lui, n'avait d'égal que sa magnificence.

Quelques mètres derrière se trouvait un mystérieux personnage, vêtu principalement d'un noir profond, le tout enveloppé dans une large cape de même couleur. Il portait un petit chapeau rectangulaire d'où pendaient deux longs rubans, noirs eux aussi, virevoltant tantôt à droite tantôt à gauche selon l'humeur du vent. Il tenait un bâton de magicien, mais la distance entre les deux hommes était telle qu'Ingveil ne put en voir davantage.

La jeune femme s'élança alors vers les cinq soldats étrangers, dégaina une fine épée de son fourreau et les chargea. Les un après les autres les individus se préparèrent au combat et, à la surprise de tous, leurs armures se mirent à recouvrir leurs bras droits respectifs, seule partie de leurs corps qui n'était pas ensevelie sous le métal, à la manière d'un ruban que l'on embobine autour d'un bâton. Ils possédaient désormais une épée qui faisait partie intégrante de leurs bras. L'un d'eux la pointa vers la jeune fille, maintenant immobile et abasourdie par cette " transformation ", les parois de la pointe de la lame s'écartèrent et un minuscule projectile en sortit touchant l'épaule gauche de celle ci, elle fut projetée vers le sol et ne se releva pas.

Ingveil s'écria alors :

- Une bille de plomb !!

Il s'élança vers le tireur, dégaina son épée, recouverte d'une aura dorée, et donna un coup à cette curieuse arme de bas en haut, de telle façon que l'homme perdit l'équilibre et tomba à la renverse. Ses compagnons pointèrent alors leurs épées vers lui, prêts à tirer, mais une voix inconnue interrompit la bataille :

- Cela suffit !

Tous se tournèrent, et découvrirent un homme, habillé tel un noble mais en tenant une fine lame d'escrimeur. Il portait des bottes fraîchement cirées et un costume d'un tissu brillant et, par endroit, de minces fil de dentelles venaient minutieusement enrichir le col ainsi que les manches de son précieux costumes. Sur son épaule gauche on pouvait distinguer un châle mauve qui descendait jusqu'aux hanches et qui, arborant fièrement l'emblème d'El Tenadze mit Ingveil sur ses gardes.
 

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