VI - Elle sort
Alfa Duprince mourut ainsi sous les coups de la technique de
l'école Galgam[1].
Son fils, Alfa Duprince Junior, occupe encore à ce jour la fonction de chef de
la cavalerie à la place de son père. Ceci est un détail important dans
l'histoire de Varl car.... car....
Dans la tête de Varl, la voix se fit hésitante. Et toujours ce
mal de tête.... Et cette lumière en bas de la colline... Et ses gens qui
s'agitent.... et la voix reprit son cour , de nouveau imperturbable
Car il est en partie responsable d'un drame sur lequel je
reviendrais ultérieurement. Toujours est-il que Léna était devenue l'idole du
village, l'héroïne que chacun attendait. Le doyen n'était pas dupe et savait
qu'il s'agissait uniquement d'un geste politique. Et.. et...
Encore une fois, elle buttait. Quelque chose dérangeait la voix. Et
le mal de tête augmentait. Varl semblait maintenant entendre une autre voix qui
disait " laisse moi sortir, laisse moi sortir "... La voix reprit le cours de
son histoire, mais elle semblait perdue et troublée.
Et... il dut pourtant se résigner à suivre les gens du village.
Tous les hommes et une bonne partie des femmes célibataires et sans enfants
s'engagèrent immédiatement dans l'armée de Léna. Parmi eux, un voyageur du nom
de Gabriel se fit tout particulièrement remarquer. C'était un jeune albinos avec
d'énormes mèches qui lui tombaient sur le front. De plus, il était relativement
chétif. Et pourtant, il s'agissait du plus redoutable épéiste que... Jamais
vu... Léna.... Revenir.... Par....
La voix venait de s'éteindre. Puis la lumière. Partout, la lumière.
Le mal de tête, la lumière, la douleur, le bruit, en bas, la lumière dans la
ville, dans le ciel, sur le visage de Mina, de Sédall, de Clément... Même sur le
visage de Clément qui n'était pas la..
Puis le noir. Le noir total.
Et soudain, la vision d'un tunnel. Une jeune fille à l'aura blanche
et munie d'ailes dans le dos courrant vers une sortie toujours plus lointaine.
Et derrière, Mina criant " Valentin ! " et Sédall hurlant des choses
incompréhensibles, et Lina regarde sans comprendre.
Puis ce fut la lumière, de nouveau. Tout était redevenu clair. Le
ciel résonnait, Mina le secouait, la lumière montait toujours dans le ciel. Et
au dessus de Varl... Deux esprits flottaient. Ils devenaient de plus en plus
palpables, concrets, prenaient lentement forme et taille humaine. Bientôt, les
autres les verraient. Il s'agissait de la fille qui courait dans le tunnel
sombre et... d'un amas de matière informe. Un sinistre amas d’énergie.
Ca y était. Ils les avaient vues. Sédall criait à Mina de s'écarter.
Varl ne comprenait plus rien. Mais il se sentait bien, bercé par la lueur des
esprits. Bercé par cette jeune fille, par cette chose livide qui tournait, par
le chant de la lumière dans le ciel, par le cri muet de celui qui montait dans
la lumière en portant un cadavre de petite fille vers un monde céleste et
incompréhensible. Lui aussi sans doute se sentait-il bien à présent.
La fille au dessus de Varl tomba d'un coté, l'amas de plasma de
l'autre. Et Varl sentit son corps se réchauffer.
Blanche, fée de la rune éponyme, était sortie.
[1] Celui qui parle ici à Varl lui ment. Il semblerait que le chef de la cavalerie se soit fait assassiné par son second fils.